Léo Malet

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Léo Malet
Nom de naissance Léon Malet
Alias
Frank Harding, Léo Latimer,
Lionel Doucet, Jean de Selneuves, Noël Letam, Omer Refreger,
Louis Refreger, John-Silver Lee
Naissance
Montpellier, Hérault, Drapeau de la France  France
Décès (à 86 ans)
Châtillon-sous-Bagneux, Hauts-de-Seine, Drapeau de la France  France
Activité principale
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture Français
Mouvement Surréalisme
Genres

Œuvres principales

Léon Malet, dit Léo Malet, né le à Montpellier et mort le à Châtillon-sous-Bagneux, est un écrivain et poète français, auteur de nombreux romans policiers, dont la série ayant pour héros Nestor Burma, « détective de choc ».

Il a également écrit sous différents pseudonymes : Frank Harding, Léo Latimer, Lionel Doucet, Jean de Selneuves, Noël Letam, Omer Refreger, Louis Refreger — ainsi que, en association avec les écrivains Serge Arcouët et Pierre Ayraud, sous le pseudonyme collectif de John-Silver Lee —. Il est pour certains « l'inventeur du roman noir français » [1].

Biographie

Jeunesse et premiers engagements politiques

La place de la Comédie (photographiée ici en 1949) où Léo Malet vendait à la criée L'Insurgé chaque dimanche.

Léo Malet est fils de Jean-Marie Gaston Malet, employé de bureau, et de Louise Nathalie Refreger, couturière. À l'âge de deux ans il perd son père puis, deux jours après, son petit frère âgé de six mois et, dans l'année qui suit, sa mère. Tous les trois sont morts de la tuberculose. Léo est recueilli par son grand-père Omer Refreger, ouvrier tonnelier, et par sa grand-mère Marie Refreger, gardienne d'un parc avicole [2].

En 1923, à la suite du suicide de Philippe Daudet, il découvre le journal Le Libertaire où il trouve, comme il le précise plus tard dans son autobiographie, « un écho de [s]es préoccupations » [3]. À la suite de cette lecture, il rejoint le groupe libertaire de Montpellier : « c'est ainsi que je me suis intégré au groupe libertaire de Montpellier et que j'ai participé à leurs actions, vente de journaux, distribution de tracts, collage d'affiches. À ce moment-là, on menait une grande campagne pour l'amnistie des mutins de la mer Noire... » [3]. En 1925, André Colomer qui vient de fonder L'Insurgé vient à Montpellier pour traiter du thème : « Deux monstres, Dieu et la Patrie, ravagent l'humanité ». Léo Malet le rencontre à cette occasion. Il s'ensuit une correspondance entre les deux hommes. « André Colomer m'envoyait chaque semaine un paquet de L'Insurgé, que je distribuais dans quelques kiosques, et que l'on vendait à la criée, le dimanche, sur la place de la Comédie et l' Esplanade [3]. »

Montée à Paris, la période de la vache enragée

Il « débarque à Paris avec 105 francs en poche. C'était le , à 9 heures du matin » et est hébergé par André Colomer [4]. Il fréquente les milieux anarchistes [5], dont le foyer végétalien de la rue de Tolbiac qu'il décrira plus tard dans plusieurs romans [6]. Il commence sa carrière comme chansonnier au cabaret La Vache enragée à Montmartre fin 1925. Il exerce ensuite différents petits métiers : employé de bureau, manœuvre, journaliste occasionnel (En dehors, L'Insurgé, Journal de l'Homme aux Sandales, la Revue Anarchiste, etc.), «  nègre » pour un journal de maître-chanteur [7], gérant de magasin de mode, figurant de cinéma, crieur de journaux, emballeur (chez Hachette).

Au printemps 1926, il passe deux mois à la prison pour mineurs de la Petite Roquette pour vagabondage [8]. De retour à Montpellier, il dépose sa candidature aux élections législatives françaises de 1928 comme candidat antiparlementaire, avec comme consigne « Ne votez pas ». « Pour être candidat, pas besoin d'argent, comme aujourd'hui : il suffisait de se déclarer à la mairie ou à la préfecture. Ce qui nous permettait d'avoir accès à des panneaux sur lesquels nous pouvions poser nos affiches sans payer le droit de timbre. J'étais mineur. Mais on acceptait tout le monde. Évidemment, si j'avais recueilli le nombre de suffrages nécessaires pour être élu, ça aurait compté pour rien [9]. »

La même année, il remonte à Paris et rencontre Paulette Doucet, qui devient immédiatement sa compagne. Ils se marient en 1940, et vivent ensemble jusqu'au décès de Paulette en 1981. Lors de la réédition de ses romans écrits sous pseudonymes, Léo Malet lui rendra hommage avec cette dédicace : « À la mémoire de Paulette, mon épouse qui, pendant tant d'années, m'a distribué le pain qu'elle était seule à gagner [10]. »

Rencontre avec le mouvement surréaliste

Couverture de La Révolution surréaliste.

Au début des années 1930, « après voir lu le numéro 12 de La révolution surréaliste, où j'avais pris connaissance du Second Manifeste, je me suis procuré le Premier Manifeste qui avait été réédité avec la Lettre aux voyantes… et je me suis mis à écrire quelques textes automatiques selon la méthode surréaliste. Et je les ai envoyés à André Breton » [11]. Il rencontre André Breton le .

Lié au groupe surréaliste de 1931 à 1949, il écrit de la poésie, publiant en 1936 Ne pas voir plus loin que le bout de son sexe, imprimé à seulement une trentaine d'exemplaires.

Éprouvant « une passion presque artistique pour trois assassins célèbres : Lacenaire, Landru et Weidmann, [il] voulai[t] publier une brochure aux éditions surréalistes avec Maurice Heine, Henri Pastoureau et Georges Mouton, sur l'affaire Eugène Weidmann » [12]. Ce projet ne se réalise pas mais « c'est Eugène Weidmann qui m'a inspiré mon poème Le Frère de Lacenaire » [12].

De nombreux surréalistes étant alors proches du trotskisme, il milite avec Benjamin Péret au parti trotskyste POI ( parti ouvrier internationaliste), de 1936 à 1939 [13]. C'est en tant que militant du POI qu'il héberge quelques jours Rudolf Klement, ancien secrétaire de Leon Trotsky, juste avant sa disparition et son assassinat [14].

Léo Malet tenait, avant-guerre, le magasin de journaux à l'angle des rues Sainte-Anne et des Petits-Champs à Paris. Ce fut pour lui une expérience de vie enrichissante sur le plan social. Il en parlait souvent dans ses interviews. Son personnage de fiction, le détective privé Nestor Burma, a installé ses bureaux, ceux de l'agence Fiat Lux, au-dessus de ce magasin de journaux (qui existe toujours en 2012). Le bâtiment est un immeuble à cariatides restitué par Tardi dans ses bandes-dessinées consacrées à Nestor Burma.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, le , Léo Malet est arrêté et accusé, selon ce qu'il relate dans son autobiographie, de faire partie d'un « complot surréalo-trotskyste » [15], [16] « d'atteinte à la sûreté de l'État et reconstitution de ligue dissoute, « complot » dans lequel était également impliqué, entre autres, Benjamin Péret... » [16]. Il est emprisonné à la prison de Rennes, puis est transféré au stalag X-B à Sandbostel [17] entre Brême et Hambourg jusqu'en mai 1941 [16].

L'écrivain

Dès son retour de captivité, à la demande de Louis Chavance, Léo Malet se met à écrire des romans policiers, en adoptant d'emblée l'écriture à la première personne : « j'avais remarqué en lisant La Moisson rouge de Dashiell Hammett et L'Adieu aux armes d' Hemingway, combien cela donnait un style plus spontané, plus direct. Selon la suggestion de Chavance, je pensais aussi à certains film comme Scarface » [18].

En 1941 il publie sous le pseudonyme de Frank Harding son premier roman, Johnny Metal, et crée le personnage éponyme, journaliste américain lui permettant « toutes sortes de libertés, sans avoir à m'emmerder avec le décor » [19]. Dans son autobiographie, Léo Malet affirme qu'en écrivant ce roman, qui devait initialement être intitulé L'ordre est de tuer, il ne s'« étai[t] pas aperçu que Metal était l' anagramme de Malet ! » [20]. Après ce premier succès (tirage à 40 000 exemplaires) [21], il publie en 1942 un « second faux policier américain, mijoté selon la même recette » [21], La Mort de Jim Licking, qu'il signe Leo Latimer.

C'est en 1943 que Léo Malet publie 120, rue de la Gare — initialement intitulé L'Homme qui mourut au Stalag et refusé par un premier éditeur [22] —, mettant en scène son célèbre détective privé Nestor Burma. « L'authenticité du récit, qui n'est toutefois pas exempt d'aspects poétiques (notamment lorsque sont évoqués les rêves de certains personnages), mais aussi l'humour sarcastique dont fait preuve son héros, caractérisent 120, rue de la Gare, premier roman noir français » [23]. « Les dix mille exemplaires de mon bouquin sont partis dans la semaine » [22] et « quinze jours après [...] la maison de production cinématographique Sirius achetait les droits pour en tirer un film » [22]. Devant ce succès, il se met à écrire un deuxième roman avec le même héros, Nestor Burma contre C.Q.F.D, publié en 1945.

Durant la même période, en 1944 et 1945, il publie des romans de cape et d'épée signés Omer Refreger, Lionel Doucet ou Jean de Selneuves, dans la collection Carré d'As.

En 1948, Léo Malet devient le premier lauréat du grand prix de littérature policière pour Le Cinquième Procédé [24]. La même année, il commence à écrire ce qui deviendra la Trilogie noire car « devant le succès de J'irai cracher sur vos tombes, de Vian-Sullivan, je me suis dit que je pourrais tenter un essai dans cette direction » [25]. Il souhaite « exprimer certains sentiments ou préoccupations qui [l]'habitaient depuis longtemps », le genre du roman policier ne se prêtant pas à leur « véhiculation ». Une partie de ces livres est relativement autobiographique [25]. Le premier titre de la trilogie est La vie est dégueulasse, titre qu'il a « voulu par provocation » [25]. Le deuxième tome, Le soleil n'est pas pour nous, publié en 1949, raconte, dit-il, « certaines des histoires qui me sont arrivées quand je traînais la savate à Paris » [25]. Le troisième, Sueur aux tripes, écrit dans la foulée, n'est publié que vingt ans plus tard en 1969.

En 1954, utilisant toujours le personnage de Nestor Burma, il commence la série des Nouveaux Mystères de Paris, dont chaque énigme a pour décor un arrondissement de la capitale.

Pont de Bir-Hakeim où Léo Malet eut l'idée de la série Les Nouveaux Mystères de Paris

L'idée de créer cette série est venue à Léo Malet lors d'une promenade dans Paris avec son fils : « L'idée m'est venue au pont de Bir-Hakeim. Devant ce paysage de Paris, je me suis dit que c'était quand même extraordinaire que personne n'ait jamais pensé à faire un vrai film sur Paris à part Louis Feuillade. J'ai eu l'idée confuse de romans policiers très différents de Fantômas qui se passeraient chacun dans un quartier ou arrondissement et il y en aurait plusieurs » [26]. Le titre de la série revient à Maurice Renault : « c'est lui qui a eu l'idée du titre » [26]. Quinze arrondissements de Paris forment le décor de ces Nouveaux Mystères, dont le 13e arrondissement de Paris avec Brouillard au pont de Tolbiac, publié en 1956 et qui « se détache indéniablement de cette série. Roman central d'une œuvre imposante, il fourmille d'anecdotes autobiographiques » [23]. Le seizième ne sera jamais écrit. « J'étais en train de préparer le seizième roman, qui devait concerner le onzième arrondissement et s'appeler La Méprise de la Bastille, explique Léo Malet, lorsque je me suis aperçu, en me promenant dans ce coin que j'avais bien connu, que j'étais pris de vertige » [27]. Devant ces problèmes de santé, « incapable de continuer ce cycle des Nouveaux Mystères, j'ai décidé, de commun accord avec Robert Laffont, de l'interrompre » [27]. Entre temps, en 1958, il reçoit le prix de l'Humour noir pour l'ensemble de la série [28].

Léo Malet ne sera jamais publié dans la collection Série noire. En 1957, Marcel Duhamel écrit à son agent littéraire. Tout en reconnaissant le talent de l'auteur, « aussi bien dans l’atmosphère, le décor et la façon dont certains personnages sont plantés », il trouve les intrigues trop fantaisistes pour la collection ; « l'auteur donne l'impression de ne pas croire à ses histoires, d'hésiter entre le roman populiste, revendicateur et le policier. Par exemple Le soleil n'est pas pour nous est très attachant, mais tel quel : trop systématiquement noir et un peu trop invraisemblable. Pour les autres, le genre enquête policière n'est pas notre spécialité » [29]

Rencontrant de nouvelles difficultés financières, Léo Malet écrit en 1962 à la demande de Jean Diwo, directeur à l'époque de l'hebdomadaire Télé 7 jours, un feuilleton dont l'action se déroule à la télévision. Ce sera 6/35 contre 819, renommé Nestor Burma en direct lors de sa parution au Fleuve noir en 1967 [30]. Après un intermède comme bouquiniste quai de l’Hôtel-de-Ville en 1965, il obtient grâce à Maurice Renault un contrat au Fleuve noir, qui publie six romans avec Nestor Burma et un septième et dernier roman, Abattoir ensoleillé, en 1972 [31]. En 1981, Léo Malet fait un caméo dans le film Nestor Burma, détective de choc de Jean-Luc Miesch : il y incarne un vendeur de journaux, clin d'œil à son ancienne profession. En 1984, il reçoit pour l'ensemble de la série Nestor Burma le grand prix Paul-Féval de littérature populaire [32].

Un entretien que donne Léo Malet en juin 1985 au journal Libération fait scandale en raison de ses propos xénophobes [33]. Dans son autobiographie publiée en 1988, il écrit « il s'est créé un malentendu, à mon sujet. Je passe pour un homme de gauche, or il y a longtemps que je ne sais plus ce qu'est la gauche ou la droite et, si l'on veut à toutes forces me classer, je serai plutôt de droite - certains ont même dit « anarchiste de droite », mais attention de droite... La droite selon Léon Malet » [34]. « Que penserait mon double de dix-sept ans, au drapeau noir, du Léo Malet d'aujourd'hui ? conclut-il. Beaucoup de mal certainement. Lui était révolutionnaire et moi je ne le suis plus. Il y en a qui dépouillent le vieil homme, moi j'ai dépouillé le jeune adolescent » [34].

Léo Malet meurt le . « Aujourd'hui, Malet fait partie des classiques » [35].

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