Kolyma

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La Kolyma en Russie.

La Kolyma est une région de l' Extrême-Orient russe devenue un centre majeur d' extraction minière au cours du XXe siècle grâce au travail forcé.

La région tire son nom du fleuve Kolyma, long de 2 129 km et drainant un bassin de 680 000 km2. Celui-ci est constitué de montagnes au sud et à l'est, atteignant 3 000 mètres au mont Chen, dans la chaîne Cherskii, et de la vaste plaine de la Kolyma dans le nord, où le fleuve s'écoule vers l' océan Arctique. Son débit de 4 060 mètres cubes par seconde est le sixième plus important de la Russie après l' Ienisseï, la Léna, l' Ob, l' Amour et la Volga. Le fleuve Kolyma est gelé sur une profondeur de plusieurs mètres pendant environ 250 jours par an, redevenant libre de glace seulement début juin et gelant à nouveau début octobre.

Pendant l'époque stalinienne, de nombreux condamnés furent envoyés dans les camps du Goulag de la région. Cette période est connue, entre autres, grâce aux nouvelles de Varlam Chalamov, Récits de la Kolyma, avec lesquelles le terme Kolyma est devenu emblématique du Goulag.

Vue d'ensemble

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La Kolyma, vaste territoire arctique et sub-arctique, avec des frontières politiques et géographiques mal définies, se trouve dans les plus lointains confins nord-est de la Sibérie. L'éloignement et l'isolement, la sévérité du climat [1] et les conditions de vie très dures en font un « enfer blanc » [2], un lieu à part. Les soviétiques redoutaient la Kolyma plus qu'aucune autre région de l' archipel du Goulag : « Колыма значит смерть » « Kolyma znatchit smert » (Kolyma veut dire mort) disait-on à l'époque. Une maxime, connue dans toute l'URSS, disait : « Kolyma, Kolyma, ô planète enchantée / l'hiver a douze mois, tout le reste c'est l'été [3]. »

La région appartenait de longue date à l' Empire russe, mais elle est restée pratiquement inconnue jusqu'au début du xxe siècle. Bien avant que ce territoire longtemps ignoré ne soit connu comme le «  four crématoire blanc » ou « le pays de la mort blanche », des explorateurs russes, chasseurs et aventuriers, avaient évoqué son existence. Deux éléments avaient maintenu les pionniers hors de la région : son climat sévère et son isolement géographique. Le premier Européen a l'avoir explorée semble avoir été le Polonais Jan Czerski, exilé en Sibérie orientale par Alexandre II après l' insurrection polonaise de 1861-1864 [4].

Cependant, la Kolyma présente une spécificité remarquable : sa richesse en gisements d' or. Un premier gisement aurifère est découvert en 1916 dans la vallée du Srednekam (un affluent de la Kolyma). En 1928, cette découverte est confirmée par un autre gisement au bord d'un autre affluent du fleuve. Sur des rumeurs de nouvel Eldorado, des orpailleurs affluent, principalement de Iakoutie. En juillet 1928, on organise la première expédition géologique. En 1929, la prospection individuelle est interdite par les autorités ; les orpailleurs sont tenus de céder leurs trouvailles pour un prix dérisoire à la société minière d'état Soyouzzoloto (Compagnie de l'Or). En septembre 1929, les responsables de l'expédition géologique publient un rapport dithyrambique au sujet de la richesse en or de la région. Les moyens de la société Soyouzzoloto sont renforcés ; ils restent cependant dérisoires : 150 chevaux, 300 rennes, etc. [5].

La société minière souffre d'un évident manque de main-d'œuvre. Les conditions climatiques l'expliquent facilement. Les quantités d'or extraites sont très faibles : 274 kg en 1930,153 kg en 1931. Le est créé le Dalstroï, organisme chargé de l'exploitation des mines et de la construction des routes de la région ; toutefois le territoire reste directement géré depuis Moscou par le Politburo. La main-d'œuvre connaît un développement certain : en juin 1929, une réforme pénale impose en effet que les condamnés à plus de trois d'incarcération ne soient plus détenus en prison mais astreints à un travail forcé et transférés dans des camps de travail [2].

Après la découverte de son riche potentiel minier, la région devient l'objet d'une exploitation intensifiée. Les prisonniers, ou lagerniks, comme on les appelle communément, en sont les outils principaux. Des milliers d' «  ennemis du peuple », utilisés comme main-d'œuvre servile, meurent dans les mines d'or du Nord sibérien, dans un double but : l'exploitation des ressources minières et la liquidation des opposants.

L'inaccessibilité de la région entraîne l'abandon d'un projet de route entre Vladivostok et Magadan, la principale ville de la Kolyma. La seule liaison possible est donc maritime, de Vladivostok au petit port de Magadan, Kamtchatka et au port de la mer arctique d' Ambartchik. On crée une flotte de cargos transportant les prisonniers à l'aller et l'or au retour.

Le premier directeur des camps de travail de la Kolymaest est investi en 1932 ; Edvard Petrovitch Berzine, haut responsable du Guépéou dispose de tous les pouvoirs pour mettre en valeur la région [6]. À la fin 1932, la région compte déjà 11 000 détenus, dont 90 % sont affectés à la construction des infrastructures carcérales, minières et logistiques [7]. Sous la direction de Berzine, la Kolyma devint la nouvelle frontière de l'Union soviétique. Toute l' économie y est fondée sur le travail forcé des prisonniers. Peu après, la première route transversale vers le Nord passe de 13 à 1 034 km, allant de Magadan au port arctique d' Ambartchik. Des camps de travail sont construits le long de cette route et de nouvelles mines, principalement des mines d'or, entrent en exploitation.

Magadan

Le centre de ce développement rapide était la capitale de la Kolyma, Magadan. Ce petit village de pêcheurs se développa rapidement en une active colonie pénitentiaire. Des centaines de milliers de prisonniers arrivaient chaque année, destinés aux camps de travail. Ils constituaient la population de Magadan et de son arrière-pays et étaient supposés travailler jusqu'à leur mort : aucun retour n'était prévu. Ainsi, Magadan, qui comptait seulement 165 maisons en 1935, devint en un demi-siècle une ville de 100 000 habitants.

Des publications soviétiques, comme le livre Magadan, décrivent la ville comme un endroit agréable et moderne : vivante, en progrès et, plus que tout, libre. Rien n'indique que sa naissance résulte du travail forcé des déportés soviétiques, des prisonniers polonais, allemands, roumains, lituaniens, lettons, mongols, chinois, coréens, afghans, arméniens ou de prisonniers de guerre japonais. Avec le démantèlement des camps de travail dans les années 1950, la mémoire de ces esclaves a disparu. Bien que les archives soviétiques aient livré quelques lumières, le déni du passé de la Kolyma demeure aujourd'hui.

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