Judith Gautier

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Judith Gautier
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Judith Gautier par Nadar, vers 1880
Nom de naissanceLouise Charlotte Ernestine Gautier
Alias
Judith Walter
Naissance
Paris
Décès (à 72 ans)
Saint-Énogat
Auteur
Langue d’écriturefrançais

Compléments

Louise Charlotte Ernestine Gautier, dite Judith Gautier, par son mariage Madame Catulle Mendès, est une femme de lettres française, née à Paris le et morte à Saint-Énogat (aujourd’hui Dinard) le .

Judith Gautier est l'une des femmes les plus fascinantes de son époque, par sa passion pour l'Asie (Chine et Japon notamment), par son rôle de pionnière dans l'analyse de la mystique wagnérienne, et par ses relations passionnées avec l'avant-garde littéraire française, de Victor Hugo à Baudelaire en passant par Gustave Flaubert. Elle est également la première femme à entrer à l’Académie Goncourt, en 1910.

Biographie

Judith Gautier, portrait de John Singer Sargent, 1885

Fille de l'écrivain Théophile Gautier et d'Ernesta Grisi (la sœur de la danseuse Carlotta Grisi), elle passe sa petite enfance dans une liberté quasi-absolue et sous la surveillance d'une nourrice à sa dévotion, qui ne lui rendent que plus pesant son internement au pensionnat Notre-Dame-de-la-Miséricorde[1].

Enfin, son père la fait venir auprès de lui et de sa plus jeune sœur, Estelle. C'est là qu'elle fait montre de talents originaux, et qu'elle fait la connaissance de nombreux amis de son père, parmi lesquels Baudelaire ou les frères Goncourt.

La première contribution de Judith Gautier à la littérature est la publication d'un article sur la traduction française d'Euréka, d'Edgar Poe, par Baudelaire[2]. Ce dernier est absolument bouleversé par l'article de Judith.

Théophile Gautier recueille un jour un lettré chinois du nom de Ding Dunling, réfugié politique en France, qui apprend à Judith la langue chinoise et l'initie à la civilisation, notamment la littérature, de l'Empire du Milieu. À vingt-deux ans, elle publie Le Livre de Jade, une collection d'anciens poèmes chinois, choisis et traduits avec l'assistance de son précepteur, et ce premier livre lui assure d'emblée un succès auprès des lettrés de l'époque. Judith Gautier atteint peu après un succès encore plus éclatant avec la publication de ses deux premiers romans, Le Dragon impérial (1869) et L'Usurpateur (1875).

Son père était entouré d'un cercle cosmopolite – recevant constamment Théodore de Banville, Gustave Flaubert, Edmond de Goncourt, Charles Baudelaire, Champfleury, Arsène Houssaye, Gustave Doré... Elle y fait des ravages. Un prince persan la poursuit longtemps de ses assiduités. Mais Judith finit par tomber amoureuse de Catulle Mendès, un écrivain jeune, très séduisant et, alors, talentueux. Cependant, cette histoire d'amour et leur projet de mariage déplait souverainement à Théophile Gautier et entraîne la séparation des parents de Judith, car Ernesta soutient sa fille. Le mariage a lieu, sans la présence de Théophile, en 1866. Ce dernier savait, par son enquête personnelle, que Catulle Mendès était un personnage de très mauvaise vie, et il avait prévu que le mariage n'apporterait que le malheur à sa fille. C'est ce qui arrive en effet, et celle-ci en est très malheureuse, pendant plusieurs années. Les jeunes époux finissent par se séparer, et Catulle peut dès lors se livrer à sa passion pour sa maîtresse Augusta Holmès, qui avait eu de lui plusieurs enfants avant et pendant son mariage avec Judith. Les deux époux divorcent officiellement lorsque la loi le permet, c'est-à-dire de nombreuses années plus tard.

Cette expérience a une influence sur le reste de la vie de Judith, qui ne prit jamais d'autre époux et garda toujours une certaine méfiance à l'égard des hommes. Plus tard, elle eut pour compagnon ordinaire son propre neveu, le chimiste et musicien d'origine hollandaise Édouard Bénédictus (1878-1930), personnage tout à sa dévotion, d'un naturel très discret et toujours prêt à satisfaire les moindres caprices de son égérie[réf. nécessaire].

Mais auparavant, à l'été 1869, Judith et Catulle, accompagnés de Villiers de l'Isle-Adam, rendent visite à Richard Wagner à Tribschen, près de Lucerne[note 1]. On dit qu'elle inspire à Wagner les « filles-fleurs » de Parsifal et qu'il a écrit près d'elle le troisième acte de Siegfried. Elle devient une habituée de Bayreuth, enseignant au maître les subtilités des mystiques orientaux. Peut-être ne devient-elle pas sa maîtresse, mais elle fut assurément son dernier amour. Elle-même écrit plusieurs livres sur Wagner, sur son dernier opéra, Parsifal, et sur leurs relations.

Plusieurs années plus tard, après 1870, elle fascine également Victor Hugo, revenu en France, qui écrit en son honneur l'un de ses très rares sonnets. Après la mort de Théophile Gautier en 1872, elle devient sa maîtresse[3]. Elle subjugue également Jean Lorrain, rencontré en 1873 lors de vacances à Fécamp.

Elle se sépare de Catulle Mendès, qui entretenait depuis plusieurs années une liaison avec la compositrice Augusta Holmès, en 1878 — le divorce est prononcé en — et s'installe au 31 rue Washington (VIIIe arrondissement), dans un charmant appartement rempli de bouddhas où elle tient salon tous les dimanches. Mais elle passe aussi beaucoup de temps dans sa villa en Bretagne, à Saint-Énogat, où elle étudie l'occultisme aux échos des légendes celtes.

À la fin des années 1870, Judith Gautier publie son troisième roman, Lucienne, qui retient moins l'attention que ses précédents livres, peut-être parce que ce roman se passe en France et non plus dans un cadre oriental.

Durant les années 1880 et 1890, elle publie plusieurs recueils d'articles et de contes, ainsi qu'une nouvelle, Isoline, et que plusieurs romans, dont La conquête du Paradis, Le Roman d'un éléphant blanc et Iskender. Son recueil de poèmes traduits du japonais Les poèmes de la libellule, tiré dans une édition de luxe, fait également sensation. Elle écrit un certain nombre de pièces de théâtre.

À partir de 1904, elle publie trois volumes de souvenirs, Le Collier des jours, Le Second rang du collier et Le Troisième rang du collier, exemples d'autobiographie. À la même époque, elle continue de fournir un recueil de nouvelles, Le Paravent de Soie et d'or. Son ami Pierre Louÿs écrit, dans une annexe du Pré aux oiseaux, sa plus célèbre œuvre, Aphrodite. Judith fréquente Péladan ou encore Pierre Loti, avec lequel elle écrit une pièce de théâtre destinée à Sarah Bernhardt, La fille du ciel en 1911. La comédienne décide malheureusement de ne point jouer cette pièce. Le dernier roman de Judith, Le roman d'un grand chanteur (1912) est en réalité la biographie de l'un de ses cousins italiens, Mario de Candia.

En 1904, le comité du Prix Fémina sollicite son adhésion. Mais la consécration survient en octobre 1910, lorsqu’elle devient la première femme à entrer à l’Académie Goncourt[4],[5]. Élue au second couvert à la mort de Jules Renard, elle prend ironiquement la place de celui qui la désignait comme « une vieille outre noire, mauvaise et fielleuse, couronnée de roses comme une vache de concours ». Malgré l'ampleur de l'honneur, Judith siège fort peu dans cette assemblée.

Dans la dernière époque de sa vie, Judith Gautier est accompagnée d'une jeune fille toute à sa dévotion, Suzanne Meyer-Zundell. Cette relation fait que certains auteurs envisagent aujourd'hui une éventuelle homosexualité de Judith Gautier. Mais elle est âgée alors de plus de 60 ans.

Judith Gautier meurt, de fatigue, à l'âge de 72 ans dans sa propriété de Saint-Énogat, « Le pré aux oiseaux », avant la fin de la Première Guerre mondiale. Elle est inhumée à Dinard dans le cimetière de Saint-Enogat, proche de sa propriété. Une épitaphe en chinois est gravée sur la dalle de granit : « La lumière du ciel arrive... »[6].

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