Jean Madiran

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Jean Madiran
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Biographie
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Décès
Nom de naissance
Jean ArfelVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
Jean-Louis LagorVoir et modifier les données sur Wikidata
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Jean Madiran, de son vrai nom Jean Arfel, né le à Libourne (Gironde) et mort le à Suresnes[1], est un journaliste et essayiste français.

Militant du traditionalisme catholique, sans rompre pour autant avec le Vatican, il milite d'abord dans les rangs de l'Action française et soutient par la suite le Front national[2].

Il a également fait usage du nom de plume Jean-Louis Lagor[3], en début de carrière, ainsi que celui de Jean-Baptiste Castetis (Lagor, Madiran et Castétis sont des communes des Pyrénées-Atlantiques).

Biographie

Une jeunesse royaliste et pétainiste sous l'Occupation

Lycéen puis étudiant, il milite avant juin 1940 à l'Action française à Bordeaux[4], aux côtés du jeune Daniel Cordier. Ce-dernier l'évoque dans Alias Caracalla, avant et après juin 1940, qui vit Cordier gagner l'Angleterre: « Avec un des camarades du cercle Charles Maurras [ allusion à un cercle fondé par Cordier pour les collégiens et lycéens d'AF ], Jean Arfel, nous projetions de nous emparer du mensuel régional de l'Action française (...). Notre projet fut l'objet d'une longue correspondance. (...) ( Un ancien camarade de Cordier ) m'informe que le cercle a fusionné avec l'association des étudiants dans un nouveau mouvement. (...) Jean Arfel est devenu l'étoile montante de l'organisation à Bordeaux. (...) Je me souviens bien de la participation efficace d'Arfel à la vie du cercle, où son intelligence et sa passion doctrinale faisaient merveille. J'ai toujours cru qu'il serait destiné à un rôle de premier plan dans le journalisme politique. Blanquat douche mon optimisme: il soutient Pétain à fond ». Durant l'Occupation, il échoue au concours d'entrée à l'École normale supérieure (Paris) en 1941 ( il est cependant admissible[5] ) puis poursuit ses études jusqu'au diplôme d'études supérieures.

Il est rédacteur au quotidien catholique La Liberté du Sud-Ouest[6], de Bordeaux. Il collabore en 1941-42 à la Nouvelle Guyenne, le périodique de l'Action française en Gironde dirigé par Nel Ariès. Il y réclame la confiscation des biens des « Juifs, déserteurs et fuyards » et dénonce les gaullistes comme « racaille anarchisante »[7]. Il collabore aussi à partir d'août 1941 à la petite revue Jeune Aquitaine, organe d'un groupe de jeunes, la Légion Aquitaine-Jeunesse de France, fondée en novembre 1940 par Jean-Marie Bugat et dont Arfel est l'un des animateurs ( il porte le titre de président de la fédération girondine ). Il y dénonce en janvier 1942 les « manœuvres gaullistes » et dit son espoir de voir « les traîtres à la Patrie (...) traduits en cour martiale, qu'y soient trainés tous les représentants actifs de l'Anti-France de toujours, agents britanniques, républicains sectaires et francs-maçons »[8]. Il fonde à Angoulême et anime une autre petite revue, qui s'appelle successivement France. Revue littéraire et artistique ( juillet 1941 à juillet 1942 ), Grande France littéraire et documentaire ( août 1942 à mai 1943 ) et Les Nouveaux cahiers de France ( juin 1943-juin 1944 )[9].

Il est vite repéré par Charles Maurras et Henri Massis. Selon ce-dernier, Maurras cherchait alors à mettre en lumière des disciples et des héritiers catholiques, pour prolonger sa doctrine et combattre les mauvaises influences philosophiques[10]. Ses articles sont loués par Maurras - qu'Arfel rencontre à Pau en avril 1943[11] - et par l'L'Action française[12], à laquelle il collabore à partir de 1943. Il collabore aussi à l'Étudiant français[13], l'organe des étudiants d'AF et à la Revue universelle de Massis. Maurras l'aurait désigné en 1944 comme l'un de ses héritiers, à l'instar de Jean Ousset[14].

Ses écrits se caractérisent par une admiration pour Maurras et un catholicisme thomiste affirmé[15], par une dénonciation du philosophe Henri Bergson - « un juif qui a eu l'occasion avant de mourir de manifester son hostilité à l'égard du nouveau régime et du maréchal Pétain »[16]. Il dénonce les catholiques qui osent revendiquer le mot de socialisme[17]. Ses articles expriment alors une haine de la « République maçonnique et policière »[18], du « dément fanatisme démocratique »[19]. Il s'en prend à la « tolérance moderne » et à la « barbarie moderne », à la « démocratie internationale » et à la « nation juive », à la franc-maçonnerie et au communisme[20]. Son antisémitisme est revendiqué et assumé; il s'agit de « l'antisémitisme d'État », que l'AF oppose à l'antisémitisme raciste nazi[21]. Il prône un soutien inconditionnel au maréchal Pétain[22]. « Le salut est 1° nationaliste, et c'est le maréchal, 2° royal »[23], affirme-t-il encore en juillet 1944. Il est décoré de l'Ordre de la Francisque.

Jean Madiran, aurait été, selon certaines sources[24],[25], secrétaire de Charles Maurras, assertion contre laquelle Jeanne Smits, directrice du quotidien Présent, s'élève avec force[26] et contre laquelle Jean Madiran lui-même s'était inscrit en faux, quelques mois auparavant[27].

Le journaliste et essayiste maurrassien et catholique traditionaliste

A la Libération, il se réfugie dans un monastère situé sur la colline de Madiran, d'où son pseudonyme. Il devient un temps professeur de philosophie à l'annexe de l'École des Roches[28], située à Maslacq autour d'André Charlier, tout en poursuivant sa carrière de journaliste. Il est l'éditorialiste politique, sous le pseudonyme de Jean-Louis Lagor, d'une publication d'inspiration maurassienne, l'Indépendance française, fondée en 1946 et rachetée en 1950 par Aspects de la France. Elle a pour programme: le « combat contre la loi du nombre, la tyrannie des camarillas politiciennes, le communisme favorisé par la démocratie » et « pour l'annulation de l'épuration, la réhabilitation du Maréchal, la réconciliation française »[29]. Pétain est la principale préoccupation de ce journal qui polémique avec les maurrassiens moins ou non pétainistes. Arfel refuse ainsi la fusion avec Aspects de la France, jugeant le rival trop gaulliste, du fait de la personnalité de l'un de ses rédacteurs, Pierre Boutang, autre héritier putatif de Maurras[30]. Il correspond alors avec Maurras, emprisonné. Ce-dernier commente ainsi ses articles: « Il va, comme toujours, à la limite, ce qui peut avoir des inconvénients de tactique, mais donne du tranchant, de la pointe, du venin à la polémique: contre l'adversaire, c'est parfait »[31].

Il collabore ensuite à l'hebdomadaire Rivarol de 1951 à 1958[32]. C'est l'arrivée de Lucien Rebatet, qui a rompu avec fracas avec l'Action française durant la guerre et que Madiran juge anticatholique, qui le fait quitter ce périodique d'extrême droite[33]. Ainsi qu'aux Écrits de Paris – il y critique en 1955 un jésuite, le Père Bigo, de L'Action populaire[34] –, à Aspects de la France[35] puis à La Nation française, l'hebdomadaire néomaurrassien fondé par Boutang en 1955[36]. En outre, il travaille à partir de la fin de l'été 1950 pour le Bureau d'études et de documentation économique et sociale (BEDES), l'officine anticommuniste de Georges Albertini. Il y rédige des fiches électorales, assure des cours et s'occupe de la feuille consacrée au PCF et au communisme. Sa personnalité tranche dans ce milieu plutôt athée; Albertini et Claude Harmel venant du socialisme et du milieu collaborationniste[37].

Il devient parallèlement un essayiste et un pamphlétaire réputé dans les milieux traditionalistes catholiques et nationalistes[14]. Il publie plusieurs ouvrages sous le pseudonyme de Jean-Louis Lagor. Un livre de philosophie, qui reprend les études publiées dans l'Action française et dans la Revue universelle sous l'Occupation, dans lesquelles il entendait lier le thomisme et l'empirisme organisateur de Maurras[38]: La Philosophie politique de saint Thomas, préfacé par Maurras (lettre de 2 septembre 1944). Des pamphlets visant de Gaulle en 1947 et 1948, lui reprochant ses « mensonges » sur l'armistice et sur le régime de Vichy, le rétablissement de la République démocratique et parlementaire ainsi que l'épuration« Qui de Gaulle veut-il encore emprisonner au nom de la liberté ? quels innocents martyriser au nom de la justice ? (...) Veut-il donc (...) se repaître de cadavres ? », écrit-il ainsi dans De Gaulle au pouvoir... pour quoi faire ? –, les nationalisations, l'amnistie de Maurice Thorez et l'entrée de communistes au gouvernement[39]. Il publie en 1955 deux pamphlets contre le directeur du Monde Hubert Beuve-Méry[40] et contre les catholiques progressistes qu'il accuse de philocommunisme, Ils ne savent pas ce qu’ils font et Ils ne savent pas ce qu’ils disent.

L'année suivante, il lance une revue mensuelle de réflexion, anticommuniste[41] et catholique traditionaliste, Itinéraires, qu'il dirige jusqu'en 1996. Elle est à la pointe du combat contre l'épiscopat français – il dénonce notamment son éloignement de la doctrine sociale de l’Église – et contre les nouveautés liturgiques post-conciliaires: suppression de latin, nouvelles traductions – Madiran engage sa revue en 1966-67 dans la querelle du consubstantiel, en lançant une pétition internationale demandant aux évêques « le rétablissement du consubstantiel dans la traduction française du Credo de la messe »[42] –, nouveau catéchisme, nouveau missel romain, nouvelle messe, etc. Madiran participe à ce combat, par ses articles et ses livres, aux côtés d'un Jean Ousset (jusqu'en 1970) ou d'un Louis Salleron. Il adresse le 25 octobre 1972 une lettre ouverte au pape Paul VI: « Rendez-nous l'Écriture, le catéchisme et la messe »[43]. « Depuis octobre 1958, mort de Pie XII, écrit-il en 1974 dans sa Réclamation au Saint-Père, l'apostasie moderne, n'étant plus suffisamment contrecarrée dans l'Église, y a peu à peu conquis droit de cité. Depuis octobre 1962, ouverture du concile, une avalanche de solennelles ambiguïtés, tombées de haut, a méthodiquement désorienté la foi et l'espérance des fidèles. Depuis l'année 1969 [ la transformation officielle de la liturgie a lieu le premier dimanche de l'Avent de cette année-là ], on ne peut plus douter que nous sommes en présence d'un système délibéré de destruction de l'Église, imposé par une faction qui, campée comme une armée d'occupation, tient sous sa botte les hiérarchies et les administrations de l'Église militante »[44].

Ses relations avec la hiérarchie française de l'Église catholique ont été tendues. S'il adresse en février 1965 avec Michel de Saint Pierre un appel aux évêques exigeant un dialogue avec les catholiques qu'ils représentent, il dénonce en même temps les catholiques progressistes et le dialogue avec les communistes. L'épiscopat met en garde les catholiques contre Itinéraires l'année suivante. Il s'agit toutefois d'une condamnation morale, et non canonique[45]. Madiran s'en prend violemment à plusieurs figures de l'épiscopat. A l'évêque de Metz Paul-Joseph Schmitt en 1968[46], ou dans les années 1970 au cardinal François Marty, président de la conférence épiscopale française, qualifié d'« ennemi sournois de la foi catholique »[47]. Ainsi, en 1973, il lui reproche la publication du nouveau Missel des dimanches: « Le « Nouveau Missel des dimanches » que l’épiscopat français a mis en circulation pour l’année 1973 est hérétique, vous ne pouvez pas l’ignorer, et ses auteurs sont anathèmes : en vertu du premier et du troisième canons du concile de Trente sur le saint sacrifice de la messe. (...) Accepter sans rien dire la direction spirituelle d’un Père François Marty est même devenu le test certain de l’indifférentisme religieux. Mais la foi réclame votre rétractation publique ou votre destitution. Confessez que la messe est, d’une manière non sanglante, le même sacrifice que celui du Calvaire, avec le même prêtre et la même victime ; réprouvez votre missel qui le nie ; ou bien disparaissez. Daigne ou ne daigne pas, peu importe désormais, Votre Éminence comprendra qu’il ne m’est plus possible de vous saluer »[48].

Le sacre de quatre évêques à Écône par Monseigneur Lefebvre en 1988, qui consomme un schisme entre le Vatican et les lefebvristes, met fin à l'entente entre les deux hommes – même si Madiran dira avant sa mort son admiration pour Mgr Lefebvre[49]. En décembre 1989, il est obligé de ralentir le rythme de parution de sa revue pour lui faire adopter une périodicité trimestrielle, car une partie de ses abonnés le quitte, lui reprochant de rester fidèle à Rome. Le politologue Jean-Yves Camus le présente dès lors comme un « théologien laïc du courant antilibéral et antimoderniste à l’intérieur de l’Église catholique »[14]. Il est proche de Dom Gérard Calvet, qui fut son élève à Maslacq.

En 1982, il est l'un des fondateurs, avec notamment François Brigneau et Bernard Antony, du quotidien d'extrême droite Présent[50]. Il y occupe durant des années les fonctions de directeur de la rédaction, puis de directeur émérite.

Compagnon de route du Front national, Jean Madiran n'a pas pris parti lors du conflit entre Jean-Marie Le Pen et Bruno Mégret, ce qui a entraîné un appel au boycott du journal de la part de Le Pen[51]. Jean Madiran se réclame de la « droite nationale » traditionnelle et se définit comme un « intellectuel catholique ». Toutefois, dans un article paru dans le journal Itinéraires[52], il écrivait : « Mais si l’on nous demande de “nous situer”, c’est-à-dire de déclarer nous-mêmes ce que nous sommes et où nous sommes, alors il faut entendre la réponse qui est la nôtre. C’est une réponse qui modifie la formule de François Brigneau, ou plutôt qui l’accomplit et l’épanouit dans sa complète vérité : Nous sommes à droite de l’extrême droite. Ce n’est point mépris non différencié pour tous ceux et tout cela que le jargon officiel présente comme “l’extrême droite”. Mais d’abord c’est, ici encore, refus de l’arbitraire de gauche qui inspire et impose un faux classement. Il n’y a en réalité aucun extrémisme, de droite ou d’ailleurs, à vouloir fonder la vie sociale sur “travail-famille-patrie”, “Dieu premier servi”. »

En , il participe à Nice aux Assises internationales de la désinformation, organisées par l' Institut d'études de la désinformation et soutenues par la municipalité de Jacques Médecin[53].

En 1991, lors du procès du milicien Paul Touvier, il prend sa défense dans le quotidien Présent : « Paul Touvier n'a tué ni torturé personne, il n'a fait tuer ni torturer personne. Mais il a été milicien. Il “faut” donc qu'il soit coupable[54]. »

Le 6 février 1995, à Paris, Madiran organise avec d'autres personnalités dont François Brigneau, une réunion présidée par Maurice Bardèche pour célébrer l'anniversaire du 6 février 1934 et la mort de Robert Brasillach. Il déclare : « Jeunes gens et jeunes filles qui êtes ici ce soir, nous remettons entre vos mains la mémoire de la Révolution nationale, nous vous remettons la mémoire de la France qui attend, qui espère et qui veut sa libération[55] ». En 1997, au lendemain de la déclaration de repentance des évêques de France au sujet du silence de l'épiscopat français lors de la promulgation du statut des juifs de 1940 et 1941, Présent, contrairement à tous les organes de la presse confessionnelle, n'accepte pas « cette capitulation épiscopale » et Madiran accuse les évêques de mensonge: « Le statut des juifs du maréchal Pétain n'a rien eu à voir avec le national-socialisme et l'extermination des juifs. Pas davantage avec l'antijudaïsme de saint Jean l'Evangéliste, des Pères de l'Eglise, des papes et des conciles »[56].

Dans le cadre de la bataille pour la succession de Jean-Marie Le Pen, il n'a jamais pris position estimant que : « Le plus vraisemblable est que Jean-Marie Le Pen installera Marine pour lui succéder. C’est aussi le plus raisonnable. »

Après la mort de Jean Madiran, le 31 juillet 2013, ses obsèques sont célébrées le 5 août 2013 en l'église Notre-Dame des Armées, à Versailles, l'homélie étant prononcée par Louis-Marie de Geyer d'Orth, père abbé de l'abbaye Sainte-Madeleine du Barroux[57],[58].

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