Jean-Pierre Melville

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Melville et Grumbach (homonymie).
Jean-Pierre Melville
Nom de naissanceJean-Pierre Grumbach
Naissance
Paris (France)
NationalitéFlag of France.svg Française
Décès (à 55 ans)
Paris (France)
ProfessionRéalisateur
Films notablesLe Silence de la mer
Léon Morin, prêtre
Le Doulos
L'Aîné des Ferchaux
Le Deuxième Souffle
Le Samouraï
L'Armée des ombres
Le Cercle rouge
Un flic

Jean-Pierre Melville, né Jean-Pierre Grumbach le à Paris et mort le à Paris, est un réalisateur et scénariste français. Il a choisi son pseudonyme en hommage à l'écrivain américain Herman Melville[1].

Ses films, dominés par la solitude, l'échec et la mort, sont devenus pour la plupart des classiques du cinéma français : les trois films qui forment une trilogie sur la France de l'Occupation (Le Silence de la mer, Léon Morin, prêtre et L'Armée des ombres) et les films d'hommes (Le Doulos, Le Deuxième Souffle, Le Samouraï, Le Cercle rouge, Un flic).

Biographie

Il naît dans une famille juive alsacienne. En 1923, alors qu'il a six ans, ses parents lui offrent une Pathé-Baby. Il commence à réaliser ses premiers films en filmant ses proches : ses parents, sa sœur Janine (1912-1978) et son frère Jacques (1902-1942). Il est le cousin de Michel Drach et Nicole Stéphane, qui ont tous deux débuté avec lui.

En 1933, à l'âge de quinze ans, il décide de devenir cinéaste après avoir assisté à la projection du film épique de Frank Lloyd : Cavalcade. Il se vanta d'avoir revu le film une centaine de fois[2]. C'est là que naît sa passion du cinéma américain, qui l'influencera de manière capitale dans son œuvre.

Durant la guerre, il part rejoindre la France libre à Londres en 1942, c'est à ce moment qu'il prend le pseudonyme de « Melville » en hommage à l'auteur de Moby Dick. Après la Guerre, qu'il passe dans la résistance, puis en participant au débarquement en Provence, il demande une carte d'assistant metteur en scène qui lui est refusée. C'est en livrant assaut lors de la bataille du mont Cassin qu'il se serait promis de monter ses propres studios s'il en réchappait. Il devient son propre producteur et tourne un court métrage. Plus tard, il économise, achète de la pellicule (au marché noir car, refusant d'adhérer au syndicat des réalisateurs, il ne pouvait obtenir de « bonnes pellicules »), et réalise, dans des conditions très précaires, son premier film : Le Silence de la mer. Sans qu'il le sache, ses méthodes de tournage sont déjà celles de la Nouvelle Vague, ce qui lui vaudra l'appellation de « père » du mouvement, terme qu'il récusera plus tard.

Longtemps perçu comme un intellectuel, à cause notamment de son adaptation très littéraire du Silence de la mer de Vercors, au point de ressembler à Jean Cocteau, le metteur en images tout désigné de ses Enfants terribles, il récusait ce terme, se percevant davantage comme un auteur. C'est dans cet état d'esprit qu'il tourne Bob le flambeur en 1955, une histoire tantôt truculente tantôt dramatique sur le milieu parisien.

En 1955, il crée ses propres studios, les studios Jenner, dans le XIIIe arrondissement de Paris, 25 bis, rue Jenner, réinventant l'usage d'un entrepôt au-dessus duquel il vit de 1953 à 1967, descendant même nuitamment préparer les plans du lendemain. Il y produit ses films jusqu'au , lorsqu'un incendie détruit les studios alors qu'il tourne Le Samouraï. Obsessionnel, il persiste à rester dans ses studios, où il monte L'Armée des ombres. En 1961, il travaille avec Michel Mardore pour le producteur Georges de Beauregard à un projet intitulé Les Don Juans (avec Jean-Paul Belmondo et Anthony Perkins), qu'il abandonne au profit du Doulos.

Après l'incendie de ses studios, où il avait un appartement à l'étage, il achète une maison à Tilly, dans les Yvelines, après en avoir visité plus d'une centaine en trois mois. Située en bordure des champs, elle lui permettait de retrouver la solitude et les grands espaces dont il était friand.

Capable de se montrer aussi bien jovial que glacial, Jean-Pierre Melville se disputait souvent avec son entourage. Il s'est fâché avec un très grand nombre de ses collaborateurs. Anecdotes célèbres : Lino Ventura ne lui adressa plus la parole durant tout le tournage de L'Armée des ombres, ne communiquant avec lui que par assistant interposé. Melville avait déclaré à la presse que Ventura avait eu de très grandes difficultés à monter dans le wagon au début du film Le Deuxième Souffle. En fait, le cinéaste avait caché à son acteur qu'il avait donné l'ordre d'augmenter la vitesse du train. Sur le tournage de L'Aîné des Ferchaux, Melville s'en prenait sans arrêt à Charles Vanel, à la suite de quoi un jour, Jean-Paul Belmondo, qui ne supportait plus ces remontrances, arracha les lunettes et le stetson de Melville, le poussa violemment pour qu'il tombe puis quitta le plateau avec Vanel pour ne plus y revenir, ce qui posa de gros problèmes pour terminer le film.

Pendant plusieurs années, Melville siégea à la Commission de classification des œuvres cinématographiques et pourchassa toute manifestation de la pornographie au cinéma. Il était avant tout un homme nostalgique, s'autodéfinissant comme un « passéiste » (explicitement déclaré dans le portrait qu'il composa pour André S. Labarthe) tentant aussi de réinventer à l'écran les plus forts instants de sa vie personnelle, sans jamais faire du réalisme.

En 1970, il réalise Le Cercle rouge, qui reste son plus grand succès. Le film réunit 4 300 000 spectateurs, et est le cinquième film de l'année au box-office en France. La critique dans son ensemble reconnaît un grand film.

Parfois tenaillé de tendances maniaco-dépressives, il fit ainsi construire une cabane en bois sur le plateau de son dernier film, Un flic, en 1971 et n'en sortait que pour diriger ses acteurs ou régler ses éclairages. Jean-Pierre Melville demanda aussi à Florence Moncorgé-Gabin, scripte sur le film, de porter une perruque, car il n'aimait pas la couleur d'origine de ses cheveux.

Selon José Giovanni, il aimait à se réjouir de l'échec de ses confrères cinéastes.

L'échec relatif d'Un flic en 1972 le toucha considérablement, selon le récit qu'en a fait son ami Philippe Labro dans Je connais des gens de toutes sortes.

Tombe de Jean-Pierre Melville au cimetière parisien de Pantin

Il meurt peu de temps après, des suites d'un accident vasculaire cérébral survenu dans le restaurant de l'Hôtel PLM Saint-Jacques (Paris XIVe), alors qu'il travaillait à son nouveau film, Contre-enquête, un sujet d'espionnage avec Yves Montand dans le rôle principal[3]. Sa mort est évoquée dans le livre de Philippe Labro, qui dînait avec lui.

Jean-Pierre Melville repose au cimetière de Pantin, section 8.

Les bâtiments des studios rue Jenner ont été abattus pour faire place à des immeubles résidentiels.

Other Languages