Jean-Luc Mélenchon

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Jean-Luc Mélenchon
Illustration.
Jean-Luc Mélenchon en 2017.
Fonctions
Président du groupe FI à l'Assemblée nationale
En fonction depuis le
(10 mois et 27 jours)
LégislatureXVe (Cinquième République)
PrédécesseurCréation du groupe
Député français
En fonction depuis le
(11 mois et 3 jours)
Élection18 juin 2017
Circonscription4e des Bouches-du-Rhône
LégislatureXVe (Cinquième République)
Groupe politiqueFI
PrédécesseurPatrick Mennucci
Député européen

(7 ans, 11 mois et 4 jours)
Élection7 juin 2009
Réélection25 mai 2014
CirconscriptionSud-Ouest
Législature7e et 8e
Groupe politiqueGUE/NGL
SuccesseurMarie-Pierre Vieu
Président puis coprésident du bureau national du Parti de gauche

(5 ans, 6 mois et 21 jours)
AvecMartine Billard
PrédécesseurFonction créée
SuccesseurÉric Coquerel
(coordinateur politique)
Ministre délégué à l'Enseignement professionnel

(2 ans, 1 mois et 9 jours)
PrésidentJacques Chirac
GouvernementLionel Jospin
PrédécesseurPoste créé
SuccesseurPoste supprimé
Sénateur français

(5 ans, 3 mois et 6 jours)
Élection26 septembre 2004
CirconscriptionEssonne
Groupe politiqueSOC (2004-2008)
CRC-SPG (2008-2010)

(13 ans, 6 mois et 25 jours)
Élection28 septembre 1986
Réélection24 septembre 1995
CirconscriptionEssonne
Groupe politiqueSOC
Président délégué du conseil
général de l'Essonne

(6 ans et 10 jours)
Élection23 mars 1998
PrésidentMichel Berson
Conseiller général de l'Essonne

(6 ans et 10 jours)
Réélection22 mars 1998
Circonscriptioncanton de Massy-Ouest
PrésidentMichel Berson
PrédécesseurVincent Delahaye
SuccesseurMarie-Pierre Oprandi

(7 ans et 10 jours)
Élection17 mars 1985
Circonscriptioncanton de Massy-Ouest
PrésidentJean Simonin
Xavier Dugoin
PrédécesseurMarie-Noëlle Lienemann
SuccesseurVincent Delahaye
Biographie
Nom de naissanceJean-Luc Antoine Pierre Mélenchon
Date de naissance (66 ans)
Lieu de naissanceTanger (Maroc)[n 1]
Nationalitéfrançaise
Parti politiqueOCI (1972-1976)
PS (1976-2008)
PG (depuis 2009)
FG (2009-2016)
FI (depuis 2016)
Diplômé deuniversité de Franche-Comté
Professionprofesseur de l'enseignement technique
Journaliste
Site webmelenchon.fr

Signature de Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon, né le à Tanger (Maroc), est un homme politique français.

Membre du Parti socialiste (PS) à partir de 1976, il est successivement élu conseiller municipal de Massy en 1983, conseiller général de l'Essonne en 1985 et sénateur en 1986. Il est également ministre délégué à l'Enseignement professionnel de 2000 à 2002, dans le gouvernement Lionel Jospin.

Il fait partie de l'aile gauche du PS jusqu'au congrès de Reims de 2008, à l'issue duquel il quitte le parti pour fonder le Parti de gauche (PG), dont il devient d'abord président du bureau national, puis coprésident, fonction qu'il conserve jusqu'en 2014.

Sous les couleurs du Front de gauche, coalition qui réunit notamment le PG et le Parti communiste (PCF), il est élu député européen en 2009 et réélu en 2014. Il est candidat de cette coalition à l'élection présidentielle de 2012, à l'issue de laquelle il arrive en quatrième position au premier tour, avec 11,10 % des voix. En 2016, il fonde le mouvement La France insoumise (FI) et se présente sous cette étiquette à l'élection présidentielle de l'année suivante : il termine à nouveau en quatrième position, avec 19,58 % des suffrages exprimés.

Il est ensuite élu député dans la quatrième circonscription des Bouches-du-Rhône et préside le nouveau groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale, au sein duquel il s'oppose à la politique du président Emmanuel Macron.

Biographie

Famille

Jean-Luc Mélenchon naît le 19 août 1951 à Tanger, au Maroc, alors zone internationale, où ses parents travaillent[1].

Il est le fils cadet de Georges Mélenchon, receveur des Postes, télégraphes et téléphones (PTT), et de Jeanine Bayona, institutrice, tous deux Français d'Algérie (« pieds-noirs »)[2],[3].

Son grand-père paternel, Antonio Melenchón est un Espagnol de la région de Murcie. Au début des années 1900, il s'installe à Oran, en Algérie française, et y épouse Aimée Canicio, elle aussi d'origine espagnole. Du côté maternel, son grand-père, François Bayonna, est né en 1889 près de Valence, en Espagne, et est marié à Jeanne Emmanuelle Caserta, une Italienne originaire de Sicile[2].

Jean-Luc Mélenchon reçoit une éducation catholique de par sa mère : il est notamment enfant de chœur et sert la messe en latin[3]. Sa mère s'éloigne ensuite de la religion[3]. Sans revendiquer sa foi, il déclare être de « culture catholique »[4].

En 1962, à la suite du divorce de ses parents deux ans plus tôt[5], il quitte le Maroc pour la France : il s'installe à Elbeuf, puis à Yvetot, dans le pays de Caux[6], puis dans le Jura, où sa mère est mutée[1],[7],[8].

Marié avec Bernadette Abriel durant son séjour à Besançon (puis divorcé), il a une fille, Maryline Camille[9], née en 1974[8], adjointe au maire du 4e arrondissement de Lyon de mars 2008 à février 2009[10] et compagne de Gabriel Amard, secrétaire national du Parti de gauche et ancien maire de Viry-Châtillon[11].

Parcours professionnel

Bachelier en 1969 après avoir été scolarisé au lycée Rouget de Lisle de Lons-le-Saunier[12], Mélenchon est titulaire d'une licence de philosophie obtenue à la faculté de lettres et sciences humaines de l'université de Besançon en 1972, ainsi que d'une licence en lettres modernes[13],[7],[14]. Il devient correcteur[8] à l'imprimerie Néo-Typo[15] de Besançon, parallèlement à ses études[8]. Il travaille également dans l'entreprise d'horlogerie Maty et dans une station-service[15].

En 1975, il devient surveillant, puis professeur auxiliaire au lycée du bois de Mouchard[16],[17]. En 1976, il retourne à Lons-le-Saunier[8], où il est professeur auxiliaire de français dans un lycée technique[18],[19],[20],[8], après avoir obtenu le CAPES de lettres modernes[21],[22].

Il est ensuite journaliste à La Dépêche du Jura, collabore ponctuellement en qualité de dessinateur à l'hebdomadaire catholique d'information Voix du Jura et dirige La Tribune du Jura, le mensuel de la fédération socialiste du Jura, qui finit par péricliter, à la fin des années 1970[23],[24]. En 1978, à la demande de Claude Germon, maire de Massy qu'il a rencontré lors d'une visite de ce dernier dans le Jura, il s'installe dans l'Essonne où il devient son directeur de cabinet[23],[14],[25] et fonde un bulletin hebdomadaire intitulé À Gauche[8]. De 1993 à 1995, il est directeur politique de l'hebdomadaire du Parti socialiste Vendredi[7],[14],[8].

Premiers pas en politique

Élève au lycée Rouget-de-Lisle de Lons-le-Saunier, il est un des meneurs du mouvement lycéen de la ville[23],[26],[27] lors de Mai 68. Il obtient son baccalauréat en 1969[28] et rejoint l'Union nationale des étudiants de France (UNEF) dès son entrée à la faculté des lettres et sciences humaines de Besançon[7] en .

À l'issue des évènements de mai-juin 1968 à Besançon, la Ligue communiste et le Parti socialiste unifié (PSU), majoritaires dans l'AGEB-UNEF, appuient une prise en main du syndicat par les partisans de sa mutation en « mouvement politique de masse ». En s'y opposant, Jean-Luc Mélenchon rejoint l'Organisation communiste internationaliste (OCI), courant trotskiste d'obédience lambertiste, qui tente de contrer cette politique[AA 1].

Jean-Luc Mélenchon participe aux efforts pour reconstruire une cellule locale du syndicat étudiant[8], à la fois contre le courant syndical issu de l'Union des étudiants communistes (UEC), animant l'UNEF-Renouveau, qui choisit de participer aux conseils de gestion de la loi Edgar Faure, et prend le contrôle de l'AGEB historique[29], et contre celui de la direction nationale, issue du PSU qui vise la transformation du syndicat étudiant en mouvement politique révolutionnaire, jusqu'à la scission de l'UNEF en 1971. C'est à ce titre qu'il devient président de l'union locale étudiante (UGEB), puis intègre le bureau national de l'UNEF-US en 1974. Sa liste aux élections du Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) en 1975 obtient 60 % des suffrages exprimés[23].

De 1972 à 1979[AA 1], il est le dirigeant de l'OCI à Besançon, où cette organisation est bien implantée[23]. Pendant ces années, sous le pseudonyme de « Santerre »[30], il participe à toutes les luttes étudiantes et ouvrières du Jura — en particulier la grève des Lip[8], importante entreprise horlogère bisontine démantelée quelques années plus tard. Cette expérience l'amène progressivement à prendre ses distances avec la conception léniniste du parti (« ma vraie divergence, c'est que je n'ai jamais cru à l'avant-gardisme », a-t-il expliqué plus tard). Cela lui vaut, selon lui, d'être « radié » de l'organisation — Charles Berg, dirigeant lambertiste, affirme de son côté qu'il a « négocié son départ » avec lui[23]. C'est l'époque où le Parti socialiste (PS) de François Mitterrand reconstitué au congrès d'Épinay en 1971, occupe progressivement à gauche tout l'espace du socialisme démocratique, mettant le Parti communiste français (PCF) en difficulté électorale.

Militant socialiste mitterrandiste

Jean-Luc Mélenchon quitte Besançon pour entrer dans la vie professionnelle à Lons-le-Saunier et adhère au PS en septembre 1976[AA 2]. Il y occupe très vite des responsabilités locales (secrétaire de section adjoint de Montaigu) et départementales et développe un journal fédéral qui combat pour l'union PS-PCF ; c'est l'époque où le second rompt les accords d'union de la gauche sur un programme commun de gouvernement. Il est remarqué lors d'une fête jurassienne du Poing et la Rose par Claude Germon, maire de Massy et membre du bureau exécutif du PS responsable du secteur entreprise du Parti socialiste. Sans travail stable une fois sa candidature écartée à la Croix du Jura[AA 3], il est engagé par Claude Germon pour devenir son directeur de cabinet[AA 4].

Il devient un des principaux dirigeants mitterrandistes de la fédération de l'Essonne, ce qui le conduit au poste de premier secrétaire de cette fédération au congrès de Valence en 1981 — il conserve cette fonction jusqu'en 1986[14]. Se positionnant à la fois contre la Deuxième gauche rocardienne et le Centre d'études, de recherches et d'éducation socialiste (CERES) de Chevènement, il s'oppose à la rocardienne Marie-Noëlle Lienemann, par associations locales et radios interposées. Ainsi, quand cette dernière crée Radio Massy-Pal, il fonde Radio Nord Essonne[23] et offre son premier emploi à l'animateur Arthur[31],[32] lors de la fusion des deux émetteurs. Il travaille à l'organisation du courant mitterrandiste, en Essonne d'abord puis à travers une publication Données et arguments, qui sera le creuset d'un courant ancré à la gauche du parti.

Hispanophone, il développe à Massy la solidarité avec les milieux communistes de l'Amérique du Sud, organisant un rassemblement de Chiliens et d'Argentins[23].

Motivé par le tournant de la rigueur entrepris par le gouvernement socialiste en 1983, il intègre la loge franc-maçonne Roger Leray du Grand Orient de France (GODF) où il a comme thèmes de prédilection l'idéal républicain et la défense de la laïcité[AA 5]. Outre cette filiation politique, il trouve dans la franc-maçonnerie une filiation personnelle, son père et son grand-père étant eux-mêmes maçons[AA 6]. En 1984, lors des débats relatifs à la loi Savary, il reproche au GODF de ne pas s'engager pleinement dans la bataille en faveur de l'unification des enseignements public et privé au sein d'un grand service public de l'Éducation nationale[AA 7]. Amer, il reste franc-maçon mais de manière peu assidue, sans s'impliquer fortement dans les affaires internes du GODF et refusant de participer aux « fraternelles parlementaires » qu'il dénonce comme étant de son point de vue une « déviance grave, un attentat contre la République »[AA 8].

Il est élu sénateur lors des sénatoriales de 1986[33].

De la Gauche socialiste à Pour la République sociale

Jean-Luc Mélenchon en 2005.

Fondateur avec Julien Dray de la Gauche socialiste en 1988, il s'oppose à la politique d'ouverture du second septennat de François Mitterrand, prenant pour cible Michel Rocard et la « gauche molle », ainsi qu'à l'entrée de la France dans la première guerre du Golfe — contre la majorité de son parti et le président[23].

Lors du congrès de Rennes de 1990 où aucune motion n'atteint 30 %, l'aile gauche du parti part divisée en quatre, Jean-Luc Mélenchon conduit sa propre motion, qui obtient 1,35 % des voix. Il dépose au Sénat un projet de loi pour la création d'un « partenariat civil », texte précurseur de ce qui deviendra le Pacs en 1999[34].

En 1992, il appelle à voter pour le traité de Maastricht, qu'il considère comme un « compromis de gauche ». Dans un discours au Sénat, il considère que la monnaie unique est l'instrument majeur qui permettra à l'Europe d'être « porteuse de civilisation, de culture, de réseaux de solidarité » contre le dollar, qui « porte la violence »[35]. Dans cette logique, il regrette le vote des Danois sur le traité de Maastricht, affirmant : « Si cruel que ce soit à entendre, les peuples peuvent se tromper. Le nôtre s'est déjà trompé et on sait de quel prix il faut payer dans l'histoire le fait d'avoir manqué le train qui passait[35]. »

Tout en continuant à défendre l'existence de la monnaie unique, il regrette rapidement son choix sur le traité de Maastricht[36] et dépose avec la Gauche socialiste un amendement, intitulé « Tourner la page de Maastricht », à une convention du PS de 1996[37]. Il déclare par la suite que ce sont les opposants à ce traité qui avaient raison et que l'objectif affiché à l'époque est un « échec total »[38].

Courant longtemps stable et solide, la Gauche socialiste présente sa propre motion lors de trois congrès du PS jusqu'à sa disparition en 2002. Elle obtient des scores oscillant entre 7,3 % et 13,3 % des suffrages exprimés.

Bien que mitterrandiste, Jean-Luc Mélenchon soutient en 1993 l'accession de Michel Rocard au poste de Premier secrétaire du Parti socialiste, ce qui lui permet d'accéder lui-même à la direction du Parti, puisqu'il devient chargé de la presse : « Rocard, qui plaidait pour le consensus quand il était à Matignon, ne parle plus d’alliance avec les centristes mais d’un axe avec les socialistes, les communistes et les écologistes. Voilà le changement... »[39].

Lors du congrès de Brest en 1997, Jean-Luc Mélenchon se présente au poste de premier secrétaire du PS : seul concurrent face à François Hollande[AA 9], il obtient 8,81 % des voix, un score inférieur à celui de la motion de la Gauche socialiste et vit cette défaite comme une humiliation[AA 10]. En 2009, il affirme que François Hollande n'a pas tenu sa parole de lui accorder un score de 15 % conformément à leur accord et indique lui avoir dit qu'il ne lui « pardonnerai[t] jamais »[40],[41].

Les 22 et 23 avril 1998, il va à l'encontre de la position du parti et est l'unique sénateur du groupe socialiste à voter contre le projet de loi d'intégration de la Banque de France au système européen de banques centrales[42] et contre la résolution sur le passage à l'euro[43]. Il affirme à cette occasion que face au capitalisme transnationalisé, l'intégration économique européenne « donne l'illusion de la puissance, alors qu'elle est, au contraire, le moyen d'un enfermement »[44],[45] À la suite de ce vote, il est sanctionné, comme cinq autres parlementaires, par le bureau national du Parti socialiste et reçoit du premier secrétaire, François Hollande, une lettre de blâme[46].

Jean-Luc Mélenchon et ses collègues du courant de la Gauche socialiste s'opposent, les mois suivants, au traité d'Amsterdam, qu'ils critiquent notamment pour l'absence de gouvernement économique et le manque d'avancée vers l'Europe sociale. Selon eux, ce traité constitue une menace pour le modèle social français et ne peut mener qu'à « de graves risques sociaux, économiques, dangereux pour la démocratie »[47]. Lors de la ratification du traité en Congrès le , il fait partie des cinq parlementaires du groupe socialiste à voter contre le texte[48].

En , il accepte de participer au gouvernement de cohabitation de Lionel Jospin comme ministre délégué à l'Enseignement professionnel auprès du ministre de l'Éducation nationale Jack Lang, après avoir refusé les secrétariats d'État au Logement en 1997[1] et à l'Outre-Mer[23]. Son passage à ce ministère délégué est notamment marqué par une réforme des certificats d'aptitude professionnelle (CAP), une réforme de la validation des acquis, et la création du label « lycées des métiers »[49]. Il occupe cette fonction jusqu'à l'élection présidentielle de 2002, qui voit le Premier ministre socialiste, Lionel Jospin, éliminé.

Tirant le bilan de la défaite électorale d'avril 2002, lorsque la composante animée par Julien Dray fait le choix de passer dans l'équipe de François Hollande, Jean-Luc Mélenchon cofonde le courant Nouveau Monde, avec Henri Emmanuelli. Leur motion obtient 16,3 % des voix au congrès de Dijon, un score équivalent à celui du NPS, l'autre principale formation de l'aile gauche du parti.

Jean-Luc Mélenchon en compagnie d'Olivier Besancenot et de José Bové, lors d'un meeting pour le non au référendum sur la Constitution européenne.
Jean-Luc Mélenchon en compagnie d'Olivier Besancenot et de José Bové lors d'un meeting pour le non au référendum sur la Constitution européenne.

Après la victoire du « oui » au référendum interne au Parti socialiste sur le projet de traité établissant une Constitution pour l'Europe, il enfreint les consignes de son parti et fait campagne aux côtés de Marie-George Buffet (PCF), Olivier Besancenot (LCR) et José Bové (Confédération paysanne) lors de meetings pour le « non ». La campagne du « non » amène l'éclatement de Nouveau Monde : alors qu'Henri Emmanuelli crée un nouveau courant, Alternative socialiste, Jean-Luc Mélenchon crée Trait d'union (TU). Il fonde dans le même temps l'association Pour la République sociale (PRS), en dehors du Parti socialiste, dans le but de formuler et de faire vivre une orientation « républicaine et antilibérale » dans la gauche française. PRS se prononce pour une force politique nouvelle qui prenne en compte à la fois l'échec de ce qui fut le modèle soviétique[50] et l'impasse d'une social-démocratie européenne qui accompagne les « réformes » du néolibéralisme[51],[52],[53].

Il défend l'idée selon laquelle le candidat socialiste pour l'élection présidentielle de 2007 doit être une personne qui a défendu le « non » au référendum sur la Constitution européenne, car cette échéance coïncide selon lui avec le calendrier européen pour une renégociation du traité constitutionnel, qui devrait s'appliquer à partir de 2009. Dans cet esprit, pour Jean-Luc Mélenchon, Laurent Fabius est le mieux placé pour l'élection présidentielle de 2007[54].

Dernières années au Parti socialiste

Lors du congrès du Mans, en novembre 2005, Trait d'union (TU) dépose une contribution. L'aile gauche du PS, malgré le consensus de ses leaders sur la question européenne, part cependant divisée, TU rejoignant la motion conduite par Laurent Fabius et soutenue par Marie-Noëlle Lienemann, tandis que les autres leaders de l'aile gauche se rassemblent derrière la motion présentée par le NPS. La première obtient 21,2 %, la seconde 23,6 %, tandis que les militants reconduisent la majorité sortante de François Hollande (53 %). Dans le cadre de l'élection primaire organisée un an plus tard au PS pour départager les candidats à la candidature socialiste à l'élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon apporte à nouveau son soutien à Laurent Fabius.

À ce titre, il déclare, le  : « Il n'y a pas cinquante candidats pour l'élection présidentielle de 2007 au PS, au point où nous en sommes, il n'en reste que deux : Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn. Ce sont deux hommes intelligents, qui ont bonne mine, mais il faut bien les démarquer sur quelque chose donc sur leurs idées et leurs engagements. […] Je souhaite que le PS ne fasse pas l'erreur d'aller présenter un candidat qui aurait été partisan du oui [à la Constitution européenne, ce qui est le cas de Dominique Strauss-Kahn]. Par raisonnement, je déduis que c'est Laurent Fabius qui doit être candidat. […] Fabius a été ministre, il est capable de diriger le pays. Je vais le soutenir, mais pas de chèque en blanc. » Le surlendemain de l'investiture de Ségolène Royal par le Parti socialiste, il assiste à un meeting de la gauche antilibérale, laissant planer le doute sur son éventuel soutien à sa candidature à l'élection présidentielle.

Après l'échec du Collectif national pour un rassemblement antilibéral à apporter son soutien à une candidature, il écrit sur son blog : « Une partie de l'électorat politisé de la gauche se démobilise. Il ne se sent pas représenté. Une partie de la population électorale parmi les désemparés (par la dureté de la vie) — désorientés (par l'absence d'alternative politique radicale intelligible) va continuer à flotter entre l'indifférence écœurée et les poussées de colère électorale aveugle. Enfin, la centralité de la candidature socialiste à gauche est désormais totale, que cela plaise ou pas, parce qu'elle paraît la seule efficace pour atteindre le programme commun le plus élémentaire : être présent au deuxième tour et battre la droite[55] », affirmant donc son soutien à Ségolène Royal. La défaite de cette dernière au second tour du scrutin présidentiel, face au candidat de l'UMP Nicolas Sarkozy, l'amène à critiquer de manière très vive la stratégie de l'ex-candidate, notamment par le biais de son livre En quête de gauche.

À l'occasion du congrès de Reims en , Trait d'union dépose une nouvelle contribution. Appelant à l'union de toutes les tendances de l'aile gauche du PS, Jean-Luc Mélenchon parvient très tôt à un accord avec le courant Forces militantes animé par le député nordiste Marc Dolez. Mais les autres tendances, rassemblées autour du Nouveau Parti socialiste de Benoît Hamon et Henri Emmanuelli, hésitent longtemps entre cette stratégie et un soutien à la motion conduite par Martine Aubry et Laurent Fabius. La veille du dépôt des motions, un accord est finalement conclu entre les sept contributions de l'aile gauche du PS, et Jean-Luc Mélenchon fait partie des signataires de la motion C intitulée « Un monde d'avance », conduite par Benoît Hamon[56]. Il a qualifié ce rassemblement d'« événement historique »[57] : cette motion rassemble en effet pour la première fois toutes les sensibilités de l'aile gauche du PS, avec des personnalités emblématiques de cette tendance comme Gérard Filoche, Marie-Noëlle Lienemann ou Paul Quilès.

Le 6 novembre 2008, les militants socialistes votent pour départager les différentes motions. La motion soutenue par Ségolène Royal arrive en tête avec environ 29 % des suffrages exprimés, tandis que celle conduite par Benoît Hamon arrive en quatrième position avec 18,5 %. Pour Jean-Luc Mélenchon, c'est une victoire de la majorité sortante, qui emporte 80 % des suffrages et, parmi elles, de celle prônant l'alliance au centre[58]. S'estimant trop éloignés de cette tendance au point qu'il ne soit pas utile de prendre part au congrès, Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez annoncent le 7 novembre leur décision, « par fidélité à leurs engagements » et dans un souci d'indépendance d'action, de quitter le Parti socialiste, pour créer un nouveau mouvement « sans concession face à la droite »[59].

Ils annoncent « la construction d'un nouveau parti de gauche », simplement intitulé le « Parti de gauche » (sur le modèle allemand de Die Linke), et appellent « à la constitution d'un front de forces de gauche pour les élections européennes »[60]. Le 18 novembre, à l'occasion d'une rencontre avec le Parti communiste français, les deux partis ont annoncé leur alliance sous forme de « partenariat », dans le cadre d'un « front de gauche pour une autre Europe démocratique et sociale, contre la ratification du Traité de Lisbonne et les traités européens actuels ». Le meeting de lancement du Parti de gauche se tient le à Saint-Ouen, en présence du coprésident de Die Linke Oskar Lafontaine[61].

Fondation et émergence du Parti de gauche

Jean-Luc Mélenchon, lors d'un meeting du Front de gauche, en mars 2009.
Jean-Luc Mélenchon, lors d'un meeting du Front de gauche en mars 2009.

Le Parti de gauche (PG) est fondé le lors du Congrès de Limeil-Brévannes, en présence de quelque six cents délégués venus de tous les départements dans lesquels des comités du parti se sont formés. Jean-Luc Mélenchon est élu président du bureau national, puis coprésident de ce parti (en binôme avec Martine Billard) lors du congrès du Mans en .

À l'occasion de cette fondation s'inspirant du modèle de Die Linke, un secrétariat national (SN) au combat écologique (confié à Corinne Morel Darleux) est fondé pour réconcilier socialisme et préservation des ressources de la planète Terre. Il s'inspire en partie des théories de la décroissance pour réaffirmer l'idée forte d'une organisation de gauche sociale et écologique. Le développement des énergies alternatives, du fret et du ferroutage sont donc des chevaux de bataille décisifs pour le PG et son président Mélenchon qui considère qu'« écologie et capitalisme sont incompatibles »[62].

Bien qu'ayant réalisé l'essentiel de sa carrière politique dans l'Essonne, la répartition des candidatures au sein du Front de gauche l'amène à conduire la liste présentée par la nouvelle alliance dans la circonscription Sud-Ouest lors des élections européennes de juin 2009. Cette liste obtient 8,15 % des suffrages exprimés, le meilleur résultat du Front de gauche, et lui permet de devenir député européen. Selon Lilian Alemagna et Stéphane Alliès[34], son appartenance à la franc-maçonnerie aurait pesé dans le choix du Sud-Ouest, dont Jean-Luc Mélenchon apprécie la tradition radicale et laïque[63].

Peu de temps après avoir été élu député européen le , Jean-Luc Mélenchon livre notamment dans son blog qu'il se rend compte (notamment lors de la désignation du président (PPE) du Parlement européen, l'ancien Premier ministre de la Pologne, Jerzy Buzek et de la réélection du président portugais Barroso à la tête de la Commission européenne) qu'en réalité un eurodéputé a encore moins de pouvoir qu'un parlementaire national (temps de parole réduit à une minute au lieu de trois dans le parlement français) dans des institutions européennes.

Dès lors, en octobre 2009, il se dit disponible pour se présenter aux élections régionales françaises de 2010 en tant que tête de liste dans la région Languedoc-Roussillon[64]. Puis, à la suite de l'affaire Jean Sarkozy portant sur la direction de l'EPAD, situé dans le département des Hauts-de-Seine, au sein du quartier de la Défense, il signale sa disponibilité pour mener la liste Front de gauche en Île-de-France pour remporter la bataille du leadership à gauche. Pierre Laurent, futur secrétaire fédéral du PCF, conduit le Front de gauche en Île-de-France, Jean-Luc Mélenchon n'étant pas candidat aux élections régionales.

Scrutins nationaux de 2012

Jean-Luc Mélenchon propose sa candidature à l'élection présidentielle le [65]. Il obtient successivement le soutien du Parti de gauche, de Gauche unitaire et de la Fédération pour une alternative sociale et écologique. Le , 63,6 % des huit cents délégués du Parti communiste français réunis lors d'une conférence nationale à Montreuil votent en faveur d'une résolution politique incluant la candidature de Jean-Luc Mélenchon en vue de l'élection présidentielle de 2012[66]. Lors d'une consultation interne qui se tient du et , les militants communistes se prononcent majoritairement en faveur de sa candidature (59,12 %) face à celles d'André Chassaigne (36,82 %) et d'Emmanuel Dang Tran (4,07 %). Jean-Luc Mélenchon devient ainsi le candidat officiel du Front de gauche pour l'élection présidentielle de 2012[67],[68],[69]. Il reçoit le soutien de l'ensemble des composantes du Front de gauche, d'autres partis comme les Alternatifs, et de plusieurs dirigeants du Nouveau Parti anticapitaliste qui le préfèrent au candidat présenté par leur parti, Philippe Poutou[70].

Jean-Luc Mélenchon lors de son dernier meeting de campagne, le 19 avril 2012.
Jean-Luc Mélenchon lors de son dernier meeting de campagne, le 19 avril 2012.

Au cours de sa campagne, Jean-Luc Mélenchon tient de nombreux meetings qui connaissent de vrais succès d'affluence[71]. Il rassemble jusqu'à cent vingt mille personnes, selon les organisateurs, lors d'une « marche pour la Sixième République » organisée place de la Bastille, à Paris, le [72]. Le candidat du Front de gauche connaît une progression constante dans les sondages ; le sondeur CSA lui attribue ainsi 13 % d'intentions de vote le [73]. Le , en recueillant 14 % des intentions de vote selon un sondage BVA[74], il confirme cette dynamique positive en dépassant, dans ce sondage, François Bayrou et Marine Le Pen qu'il prend souvent pour cible dans le cadre de sa campagne. Le , le Front de gauche réunit vingt-trois mille personnes lors de son meeting à Lille[75]. La semaine suivante, après deux meetings en salle comble à Vierzon et Limoges, il réunit près de soixante-dix mille personnes place du Capitole à Toulouse et près de cent vingt mille au Prado à Marseille le 14 avril. Le , il reçoit le soutien du président équatorien Rafael Correa[76]. Lors de la dernière semaine de l'élection, sa présence, quatre ans auparavant en 2008, lors la remise de la Légion d'honneur à Patrick Buisson est évoquée provoquant une courte polémique[77],[78]. Le , un manifeste intitulé « pour nous, c'est Mélenchon » est lancé par plus de mille universitaires, chercheurs, artistes « travailleurs de la culture » appelant à voter en sa faveur[79].

Totalisant 11,10 % des voix (3 984 822 voix) au premier tour[80], Jean-Luc Mélenchon termine quatrième de cette élection présidentielle, derrière Marine Le Pen et devant François Bayrou, se trouvant à un niveau nettement supérieur à celui de Marie-George Buffet en 2007 (1,93 %), certains auteurs avançant que c'est grâce à une captation supposée des voix des différents mouvements d'extrême gauche et écologistes qui, pour ceux encore présents en 2012, virent leurs scores s'effondrer (NPA : 1,15 % ; LO : 0,56 % ; EELV : 2,31 %)[81].

En appelant dès le soir du premier tour à voter contre Nicolas Sarkozy au second tour, il demande à ses électeurs de voter « sans demander rien en échange » pour le candidat du Parti socialiste François Hollande (sans toutefois prononcer le nom de ce dernier)[82].

Selon un sondage OpinionWay-Fiducial-Le Figaro conduit le jour du vote du premier tour de l'élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a recueilli 15 % chez les ouvriers, 14 % chez les professions intermédiaires, 18 % chez les intérimaires, 17 % chez les personnes vivant dans un foyer dont les revenus mensuels sont inférieurs à 999  par mois, 23 % chez les électeurs de confession musulmane, 18 % chez les « sans-religion » et 16 % chez les 18 à 24 ans[83].

À l'issue de la présidentielle, il se présente aux élections législatives dans la onzième circonscription du Pas-de-Calais afin, selon lui, de « faire barrage » à Marine Le Pen[84].

Jean-Luc Mélenchon obtient 21,46 % des votes exprimés au premier tour, contre 42,26 % pour Marine Le Pen et 23,72 % à Philippe Kemel (PS)[85]. N'ayant pas atteint les 12,5 % de voix d'inscrits avec 11 406 voix sur les 11 767 nécessaires, il ne peut se qualifier pour le second tour et appelle à faire battre la candidate frontiste. Même si la presse présente dans la foulée cela comme un second échec après la présidentielle, il relativise ce constat en soulignant sa progression de 965 voix dans cette circonscription par rapport à la présidentielle[86].

Opposant à la présidence Hollande

Le , Jean-Luc Mélenchon rencontre Julian Assange à l'ambassade de l'Équateur à Londres, prenant la défense du fondateur de WikiLeaks, menacé d'extradition vers les États-Unis pour des crimes qu'il nie avoir commis[87].

Il se rend, le , sur la tombe de Chokri Belaïd, homme politique tunisien assassiné quelques jours avant son arrivée au Maghreb[88],[89].

Marche citoyenne pour la VIe République, place de la Bastille, le 5 mai 2013.

Au printemps 2013, Jean-Luc Mélenchon appelle à une manifestation de masse, baptisée « Marche citoyenne pour la VIe République », organisée à Paris le par le Parti de gauche entre la place de la Bastille et la place de la Nation[90]. Elle réunit cent quatre-vingt mille personnes selon les organisateurs et trente mille selon la préfecture[91].

Le , il dirige à Paris une nouvelle manifestation pour la « révolution fiscale », protestant notamment contre les hausses de TVA décidées par le gouvernement Ayrault. Elle réunit cent mille personnes selon les organisateurs et sept mille selon la police. Une polémique concernant ces chiffres, ainsi que les conditions d'une interview donnée à la télévision TF1, met en cause Jean-Luc Mélenchon[92] ainsi que les rôles de différents médias[93]. L'association de critique des médias proche de la gauche antilibérale Acrimed, publie peu après un récapitulatif de la couverture médiatique de l'événement[94].

Il est à nouveau désigné tête de liste du Front de gauche pour les élections européennes de 2014 dans la circonscription Sud-Ouest (Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon). Dans le cadre de ce scrutin, il se dit pessimiste sur l'avenir de la monnaie unique européenne : « La question n'est pas de savoir si on doit sortir de l'euro mais quand et comment on le fera[95]. » La liste qu'il mène obtient un élu avec un score de 8,57 % et arrive en sixième position, ce qui lui permet d'être réélu député européen le .

Au niveau national, le Front de gauche obtient 6,6 %. Pour le politologue Thomas Guénolé, Jean-Luc Mélenchon est responsable de la démobilisation des électeurs du parti. Selon lui, ses discours commencent principalement par des critiques de l'action gouvernementale alors qu'il devrait développer les propositions proches des électeurs « d'extrême gauche et de gauche socialiste » ; il déplore par ailleurs une « agressivité formelle », qui ne serait pas nécessaire compte tenu de sa notoriété, tout en concluant que pour la prochaine présidentielle : « Je ne vois pas qui dans cette portion du paysage politique se révélerait d'ici là plus charismatique, meilleur orateur ou meilleur débatteur que lui[96]. » Si Jean-Luc Mélenchon reconnaît un « échec » du Front de gauche, il en rejette la responsabilité sur le Parti communiste et les accords électoraux conclus entre celui-ci et le Parti socialiste aux élections municipales de mars 2014[97].

Le 22 juillet 2014, il annonce l'évolution de sa position au sein du Parti de gauche :

« Pour moi, ce n'est pas de me mettre en retrait, c'est m'utiliser autrement. J'ai fait mon temps à organiser la vie d'un parti. J'essaie de cristalliser quelque chose qui existe en dehors de moi. J'ai besoin de temps, je ne peux plus continuer comme cela[98]. »

Il annonce, le 22 août suivant, son départ de la direction du Parti de gauche et la création d'une direction collégiale[99]. Cette mise en retrait au sein du parti n'est pas une mise en retrait politique, et il déclare fin janvier 2015 être « disponible » pour l'élection présidentielle de 2017[100].

En septembre 2014, il lance un appel pour un grand mouvement populaire en faveur d'une Sixième République[101].

Il milite pour une alliance Front de gauche-Europe Écologie Les Verts, en y engageant éventuellement l'aile gauche (« frondeurs ») du Parti socialiste, le Nouveau Parti anticapitaliste et Nouvelle Donne[102]. Son but est de créer un équivalent français à la coalition SYRIZA[102], qui a pris le pouvoir en Grèce à la suite des élections législatives grecques de janvier 2015. Ce projet déclenche des tensions entre l'aile droite d'Europe Écologie Les Verts (surtout représentée par Jean-Vincent Placé), favorable à un retour au gouvernement social-libéral de Manuel Valls[103], et l'aile gauche (surtout représentée par Cécile Duflot), plus sensible aux appels de Mélenchon[104],[105].

Élection présidentielle de 2017

Jean-Luc Mélenchon, le 26 mai 2016 à Paris, lors d'une manifestation contre la loi El Khomri.
Jean-Luc Mélenchon, le 26 mai 2016 à Paris, lors d'une manifestation contre la loi El Khomri.

Mélenchon annonce le qu'il entend être candidat à l'élection présidentielle de 2017, argumentant qu'il ne faut pas tourner « autour du pot : la présidentielle sera le moment de renverser la table. Parce que la Constitution de la Ve République est ainsi faite que, par un seul vote, on prend tous les pouvoirs[106] ». Il confirme le sa candidature sur TF1[107] en écartant sa participation à la primaire de la Belle Alliance populaire[108].

Il propose une candidature « hors cadre de partis », donc hors du cadre du Front de gauche[109]. Le 10 février 2016, Jean-Luc Mélenchon propose aux citoyens de soutenir sa candidature à l'élection présidentielle ; pour cela il lance le mouvement La France insoumise (FI), dont l'outil principal est une plate-forme internet participative. Elle permet de contribuer collectivement en s'appuyant sur le programme « L'Humain d'abord »[110], dans lequel la VIe République, le partage des richesses, la planification écologique ou la sortie des traités européens constituent les thèmes directeurs. Des groupes d'appui à la candidature de Jean-Luc Mélenchon sont ainsi créés localement en France. Par ce mouvement collectif hors cadre des partis, il propose « une candidature, un projet en construction, un moyen de travail commun et un outil d'action », l'objectif étant avant tout de réunir une assemblée représentative chargée d'élaborer une nouvelle Constitution en vue d’établir un nouveau régime. Le , son mouvement dépasse les cent mille soutiens individuels recueillis[111]. Le 12 janvier 2017, ce même site jlm2017.fr dépasse les deux cent mille soutiens. Il annonce le même jour, dans une conférence de presse, recueillir cinq cent dix-sept promesses de parrainage pour l'élection présidentielle.

Réunion publique à la Brest Arena, le 28 février 2017.

Son mouvement et sa candidature reçoivent a posteriori le soutien des trois principales composantes du Front de gauche, à savoir le Parti de gauche[112], le mouvement Ensemble ![113] et le Parti communiste français[114], ainsi que de la Nouvelle Gauche socialiste fondée par d'anciens membres du PS[115] et de plusieurs membres d'Europe Écologie Les Verts comme la « Coopérative écologie sociale » avec le député Sergio Coronado[116], ou encore le maire de Grenoble, Éric Piolle[117].

Largement perçu par les organes de presse comme le meilleur orateur des principaux candidats[118], Jean-Luc Mélenchon choisit d'opter pour une « stratégie numérique » visant à utiliser des médias nouveaux afin de pouvoir s'exprimer en dehors du cadre des médias traditionnels, sans pour autant les laisser de côté. Il devient ainsi massivement suivi sur YouTube, puisque sa chaîne est la première parmi les personnalités politiques françaises avec plus de cent trente mille abonnés en décembre 2016[119],[120] — il dépasse les chaînes du président américain élu Donald Trump et de son adversaire Hillary Clinton durant le même mois[121] — puis plus de deux cent soixante-dix mille abonnés en avril 2017[122]. Il y propose notamment une émission hebdomadaire, intitulée La Revue de la semaine. Pour son meeting sur l'esprit des sciences et du partage du 5 février 2017, le candidat réalise également une première mondiale en étant présent à la fois à Lyon et, en « hologramme », à Paris[123],[124],[125]. Il est également soutenu toute la campagne durant par de nombreuses initiatives émanant du Discord insoumis, une plate-forme numérique depuis laquelle se coordonnent plusieurs milliers de sympathisants sur les réseaux sociaux.

À partir de juin 2016, des enquêtes d'opinion donnent Jean-Luc Mélenchon devant le président sortant François Hollande comme devant le Premier ministre Manuel Valls en termes d'intentions de vote à la présidentielle et indiquent qu'il est le candidat préféré des sympathisants de gauche[126],[127]. Il publie en décembre le programme de La France insoumise (L'Avenir en commun, aux éditions du Seuil), qui entre directement dans le top 10 des ventes tous genres confondus selon le classement GFK/ LivresHebdo, puis se retrouvera en avril 2017 avec un total de 250 000 exemplaires vendus, ce qui selon Challenges « pulvérise les records »[128],[129],[130].

Damon Mayaffre relève que lors de cette campagne, « le mélenchonisme se présente [...] de manière ambitieuse et officielle comme un « néohumanisme social et écologique », et revendique dans un même mouvement les Lumières et la Révolution jacobine comme passé, le socialisme comme présent et l'exigence écologique comme avenir »[131]. Selon les Organisations non gouvernementales Action contre la faim, Action Santé mondiale, Care France et ONE, qui confrontent les propositions de chacun des candidats à l’élection présidentielle sur l'aide au développement pour les pays les plus pauvres, Mélenchon est le candidat le plus engagé en matière de solidarité internationale[132]. Cependant, le volet international de son programme pose plusieurs questions, notamment sur la volonté de rapprochement avec la Russie : Mélenchon souhaite faire retirer le système de défense antimissile de l'OTAN en Europe de l'Est avant de quitter l'organisation et convoquer une conférence internationale sur la Crimée afin de statuer sur de nouvelles frontières à la suite de l'annexion russe de 2014. Le candidat socialiste Benoît Hamon qualifie cette légitimation de l'invasion de fait « extrêmement dangereux » alors que plusieurs historiens signent une tribune dans Libération contre cette proposition[133]. Pour la journaliste Aude Lorriaux de Slate, Jean-Luc Mélenchon est « le plus profondément féministe des cinq « grands »[n 2] candidats » et « est celui qui a le plus travaillé son programme [...], son texte [étant] le plus pointu et le plus précis de tous les candidats » en ce qui concerne « la question des droits des femmes »[134].

Évolution des intentions de vote à l'élection présidentielle de 2017 : en rouge, celles de Jean-Luc Mélenchon, qui connaissent une forte augmentation en fin de campagne au détriment de Benoît Hamon (en rose).

Alors qu'il cherche à progresser parmi les électeurs indécis et à atténuer l'image révolutionnaire qu'il mettait en avant durant sa précédente campagne présidentielle[135],[136], sa percée dans les sondages, où il passe en quelques semaines de 11 % à 19 %, fait de lui « la cible privilégiée de ses adversaires » selon L'Express, qui souligne qu'il avait été jusqu'ici épargné[137]. Le chef de l'État, François Hollande, déclare à son sujet que la classe politique à « besoin de renouvellement », ce qui, d'après L'Express, est une « façon d'enfoncer un peu plus Jean-Luc Mélenchon, élu depuis le début des années 1990 »[137]. Selon l'association de gauche Acrimed, il subit de la part des médias dominants « un déferlement de commentaires hostiles, outranciers et grossièrement partisans ». Acrimed estime que Libération et l'économiste François Lenglet tentent de le décrédibiliser en comparant les insoumis à l'extrême droite[138]. D'après le journaliste politique Alexandre Poussart, la presse de droite tombe « parfois dans la caricature anticommuniste »[139]. Le journal de droite Le Figaro estime d'ailleurs que son programme est « délirant » et le qualifie d'« apôtre des dictateurs révolutionnaires » (Chávez, Castro, Robespierre). Pour Mathias Reymond d'Acrimed, Jean-Luc Mélenchon subit un traitement médiatique qu'aucun autre politique n'avait subi avant lui, excepté Jean-Marie Le Pen en 2002[138]. Selon Thomas Guénolé, deux voire trois fois plus d'articles traitant de Jean-Luc Mélenchon (40 % à 65 %) que ceux traitant d'Emmanuel Macron (environ 28 %) ont une portée négative à la fin de la campagne[140]. Pour Marianne, la perspective de le voir au second tour déclenche un violent tir de barrage de la « presse conservatrice » : il est accusé d'être extrémiste, et son électorat est traité d'irresponsable. Marianne raille les craintes concernant le programme social de Mélenchon[n 3]. Selon le journal Les Échos, le candidat insoumis inquiète les marchés financiers à cause de son programme fiscal, qui prévoit de taxer à 100 % les revenus au-dessus de 20 fois le revenu médian, ce dernier étant à 1 800 euros[139],[141]. Une autre source d'inquiétude est une éventuelle sortie de l'euro s'il venait à être élu président de la République[n 4].

Jean-Luc Mélenchon termine finalement à la quatrième position, avec 19,58 % des voix, soit 7 060 885 personnes qui ont voté pour lui, derrière Emmanuel Macron avec 24,01 % des voix, Marine Le Pen avec 21,30 % des voix, et François Fillon avec 20,01 % des voix. Jean-Luc Mélenchon arrive en première position dans les départements de la Seine-Saint-Denis, de la Dordogne, de l'Ariège, de la Guyane, de la Martinique, de La Réunion et à Saint-Pierre-et-Miquelon, mais sur ces sept départements et collectivité, quatre présentent la caractéristique d'un pourcentage de votes exprimés inférieur à 55 % des inscrits[142].

Pour le second tour, opposant Marine Le Pen à Emmanuel Macron, il renvoie dos à dos les deux qualifiés et ne donne aucune consigne de vote[143], refusant d'appeler au « front républicain » contre Le Pen, alors qu'en 2002, il avait appelé à voter Jacques Chirac contre le père de la candidate Jean-Marie Le Pen[144],[145]. Il appelle à la responsabilité de ses électeurs, tendant en grande majorité contre Marine Le Pen[146],[147], et invite les membres de la France insoumise à se positionner en votant sur la plate-forme Internet du mouvement, dont le résultat sera publié le 2 mai[148]. Les membres de la plate-forme s'étant inscrits avant le 23 avril à 22 heures sont appelés à choisir entre l'abstention, le vote blanc ou nul, et le vote en faveur d'Emmanuel Macron seulement[149]. Le 26 avril, Jean-Luc Mélenchon décide de ne pas communiquer sur son choix personnel[147]. Selon Claude Askolovitch, Jean-Luc Mélenchon a voté Macron, contrairement à la plupart de ses proches ; le journaliste souligne qu'« il est resté dans la tradition des gauches et les scrupules de toute une vie. Il n’a pas pu le dire[150]. » D'après les études d'opinion, les partisans de Jean-Luc Mélenchon ont voté majoritairement pour Macron, alors que le sondage proposé sur la plate-forme Internet des Insoumis donnait le vote Macron à seulement 34 %[143].

En novembre 2017, Jean-Guy de Chalvron, un rapporteur chargé de vérifier les dépenses de Jean-Luc Mélenchon au sein la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), démissionne de l'institution, dénonçant « de nombreuses divergences de fond » quant à la décision de la Commission de valider les comptes du candidat de La France insoumise. Selon lui, 1,5 million de dépenses de Jean-Luc Mélenchon sont litigieuses et ne devaient pas être remboursées par l'État[151]. Le Parisien indique que d’autres rapporteurs ont également contesté cette décision au sujet d'autres candidats à la présidentielle dont ils étaient chargés de vérifier les comptes[151]. Avec onze millions d'euros de dépenses, la campagne de Jean-Luc Mélenchon était la moins coûteuse des cinq « grands candidats »[152]. Le 13 février 2018, la décision de la CNCCFP approuvant la régularité de ses comptes de campagne est publiée ; parmi les surfacturations et dépenses insuffisamment justifiées, seuls 435 000 euros de dépenses sont jugées litigieux[153].

Député de la XVe législature française

Jean-Luc Mélenchon (au centre) lors de la « fête à Macron », en 2018.

Jean-Luc Mélenchon conduit la campagne législative de juin 2017 pour son mouvement[154] et annonce sa candidature à Marseille, ville dans laquelle il est arrivé en tête au premier tour de la présidentielle. Il se présente dans la quatrième circonscription des Bouches-du-Rhône, notamment face au député PS sortant, Patrick Mennucci[155]. Cette candidature est dénoncée par certains commentateurs et responsables politiques comme un « parachutage »[156],[157]. Candidat précédemment investi par la France insoumise dans cette circonscription, Gérard Souchet regrette qu'il ne s'attaque pas à une zone de force de l'extrême droite : « Je pensais qu'il se présenterait dans la troisième où il y a un vrai défi avec le Front national. Mais son équipe est traumatisée par l'échec de 2012 à Hénin-Beaumont[155]. » Mélenchon explique qu'il ne se présente pas dans la troisième circonscription afin de permettre l'élection de Sarah Soilihi[158], qui finalement n'est pas élue[159].

Lors de la campagne pour les législatives, Jean-Luc Mélenchon attaque l'ancien ministre de l'Intérieur, alors Premier ministre, Bernard Cazeneuve en déclarant qu'il « s'est occupé de l'assassinat de Rémi Fraisse », un militant écologiste tué par une grenade de gendarme en 2014. Ces déclarations suscitent des désapprobations et Cazeneuve porte plainte contre Mélenchon pour « diffamation »[160]. Celui-ci refuse de s'excuser, mais reconnaît un mot « mal calibré » en ayant parlé d'« assassinat »[161].

Au premier tour de l'élection législative dans la quatrième circonscription des Bouches-du-Rhône, Jean-Luc Mélenchon devance ses concurrents avec 34,31 % des voix[162],[163]. Il est élu député au second tour, le , avec 59,85 % des suffrages exprimés, face à Corinne Versini, candidate de La République en marche[164],[165]. Il entre en fonction trois jours plus tard et devient membre de la commission des Affaires étrangères[166].

Son élection entraîne son départ du Parlement européen et son remplacement par la communiste Marie-Pierre Vieu, qui le suivait sur la liste de candidature du Front de gauche dans la circonscription Sud-Ouest en 2014. Jean-Luc Mélenchon aurait préféré qu'elle cède sa place au suivant sur la liste, Manuel Bompard, qui a dirigé sa campagne présidentielle de 2017[167].

Alors que Jean-Luc Mélenchon, contrairement à une partie des autres députés de France insoumise, est absent de la Fête de l'Humanité, Pierre Laurent regrette que celui-ci ne cherche pas des alliances avec les autres partis de gauche dont le Parti communiste français et indique : « Personne ne peut prétendre détenir la vérité à lui tout seul[168]. » En réaction, Jean-Luc Mélenchon évoque « une direction communiste en perdition, qui s'accroche, qui ne s'exprime plus que contre [lui] » et appelle les militants communistes à le rejoindre lors de la manifestation du 23 septembre pour s'opposer au projet de réforme du code du travail[169].

Le 17 octobre 2017, Jean-Luc Mélenchon apprend par la presse que des partisans de l'« ultra-droite » auraient projeté des attaques armées contre des migrants, des lieux de culte musulmans et des hommes politiques, dont lui-même[170],[171]. Le leader de ces militants ayant été arrêté au mois de juin, Jean-Luc Mélenchon interpelle à l'Assemblée nationale le Premier ministre, Édouard Philippe, déclarant qu'il aurait voulu être averti de la menace qui pesait sur lui. Philippe lui répond qu'une communication aurait pu fragiliser l'enquête[172],[173],[174], tandis que le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, dément le « sérieux » de la menace constituée par ce groupe[175],[176].

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