Jean-François Champollion

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Jean-François Champollion
Égyptologue
Image illustrative de l'article Jean-François Champollion
Portrait par Léon Cogniet ( 1831)
Surnom Champollion le Jeune ou l'Égyptien
Pays de naissance Drapeau de la France  France
Naissance
Figeac ( Lot)
Décès (à 41 ans)
Paris
Nationalité Française
Famille Jacques-Joseph Champollion (frère aîné).
Découvertes principales Déchiffreur des hiéroglyphes
Autres activités Professeur-adjoint d'histoire à l' université de Grenoble
Conservateur du musée égyptien du Louvre

Jean-François Champollion dit Champollion le Jeune (né le à Figeac, dans le Lot et mort le à Paris), est un égyptologue français. Il fut le premier à déchiffrer les hiéroglyphes, il est considéré comme le père de l' égyptologie.

Il disait de lui-même : « Je suis tout à l'Égypte, elle est tout pour moi ».

Naissance et enfance

Origine

Du côté paternel, Jean-François, dit le Jeune [Note 1], appartenait à une famille du Valbonnais [1] originaire de Valjouffrey ( Isère) [2], [3], village habité par des paysans qui parcouraient la région comme colporteurs durant l’hiver [3]. Ses grands-parents, Barthélemy Champollion, né en 1694 à Valjouffrey [2], qui ne savait pas signer [3], et Marie Géréoud ou Géroux, née en 1709 à Valbonnais [2], se marièrent à Valbonnais en 1727 [2], [4]. Ils eurent cinq enfants [3] dont Jacques, né le à La-Roche-des-Engelas (aujourd'hui hameau de Valbonnais) [2], [5], [3], qui fut expulsé de son hameau natal pour des causes peut-être politiques [Note 2], [3] et dut sillonner la France comme colporteur avant de s’installer à Figeac [6] sans doute invité par un cousin chanoine de la basilique Saint-Sauveur [7]. Il y épousa le Jeanne-Françoise Gualieu [Note 3], d’une famille de bourgeois de cette ville ; il put acheter en 1772 une maison [8] et en 1779 une boutique de libraire sur la place Basse ainsi qu’une nouvelle maison qui deviendra le musée Champollion [9]. Il eut huit enfants [10] de sa femme : Guillaume, mort à la naissance (), Thérèse née un an après, Pétronille en 1776, Jacques-Joseph le , Jean-Baptiste mort à trois ans et Marie-Jeanne en 1782 [10].

Naissance et petite enfance

Une étrange histoire [Note 4] qui court sur la naissance de Champollion nous raconte que sa mère, affectée de rhumatisme au point de l’empêcher de se mouvoir, fut guérie par un paysan qui lui promit, alors qu’elle avait 48 ans, la naissance d’un fils. En effet, Champollion naît un an après ces faits, le [Note 5] à Figeac et est baptisé le soir même [Note 6], [11]. La Révolution fait alors rage à Figeac et le père de Champollion est plutôt dans la mouvance jacobine même s’il est douteux qu’il soit secrétaire de police [12].

Il apprit tout seul à lire dans un missel dès l’âge de 5 ans [13]. Il est élevé principalement par son frère, mais celui-ci part à Grenoble en [Note 7], [14]. Il entre à l’école en novembre de la même année [14]. Il a de très grandes difficultés en mathématiques et en orthographe [15] (elle ne se corrigera que bien plus tard [16]…) ; son très mauvais caractère lui donne beaucoup de difficultés. Il a un précepteur, l’abbé Jean-Joseph Calmels [Note 8], [14], qui l’ouvre à la culture et lui enseigne des rudiments de latin, de grec ancien et d’histoire naturelle [17] et son grand frère s’occupe encore de lui malgré les distances par une abondante correspondance [18].

Une éducation dirigée par son frère

Fin mars 1801, il part de Figeac pour arriver à Grenoble le , quittant sa famille pour rejoindre son frère Jacques-Joseph [Note 9] qui dirige son éducation [19]. En effet, son grand frère commence par lui donner lui-même des cours [20].

La tâche étant beaucoup trop lourde [Note 10], il décide de confier son élève à l'abbé Dussert, pédagogue réputé de Grenoble [Note 11], [21]. Champollion est son élève de novembre 1802 aux vacances d’été de 1804. Ses cours se passent alors pour les lettres auprès de l’abbé et pour le reste à l’école centrale de Grenoble [21] où son professeur de dessin est Louis-Joseph Jay. L’abbé lui enseigne le latin et le grec, et il peut aborder l’étude de l' hébreu et acquérir des rudiments d' arabe, de syriaque et de chaldéen, encouragé en cela par l’abbé et son frère, grand admirateur de l'Orient et qui lui transmet son goût pour l' archéologie [Note 12]. Il est en effet très motivé pour ces études.

En , il est admis avec une bourse dans la nouvelle institution créée par Napoléon, le lycée impérial de Grenoble (actuel lycée Stendhal), après en avoir brillamment passé le concours devant les commissaires Villars et Lefèvre-Gineau [22]. Il le fréquente jusqu'en , année où sa mère décède [23]. Il a pour maître l’abbé Claude-Marie Gattel, qui l’aide dans son apprentissage linguistique, et le botaniste Dominique Villars [16]. Il y est très malheureux, car il se plie mal à la discipline presque militaire du lycée, même s’il exerce souvent la fonction de « caporal », qui consiste à surveiller les autres élèves, et il est gêné par le peu de richesse que possède son frère [Note 13], [16], à qui il devait tout demander [24].

Les contacts étroits et fréquents avec son frère Jacques-Joseph, nouveau secrétaire de l' Académie Delphinale, mettent l'Égypte au centre des préoccupations des deux frères, puisqu'en juin 1804, Jacques-Joseph fait à cette académie une communication sur les inscriptions de la pierre de Rosette et publie deux ans plus tard sa Lettre sur une inscription grecque du temple de Denderah. Son horreur du lycée culmine vers 1807 lors de « l’affaire Wangelis », du nom de son seul ami de lycée, de qui on le sépare de force [25], [16]. Il y étudie, à côté des mathématiques et du latin, les deux grandes disciplines du Lycée, les langues anciennes, pour lesquelles il se passionne, grâce à de nombreuses lectures fournies par son frère, comme le relate sa correspondance [Note 14], [16]. Il crée aussi une « Académie des Muses » avec d’autres élèves, pour débattre de littérature [16], et est conduit à commenter un passage de la Genèse en hébreu devant le préfet Joseph Fourier [Note 15], [26]. Il rencontre alors en juin 1805, Dom Raphaël de Monachis, moine grec proche de Bonaparte ayant participé à l’ expédition d’Égypte, par l’intermédiaire de Fourier, et il est probable que celui-ci lui démontre que le copte vient de l’ égyptien ancien [27]. Il veut alors s’engager dans l’étude de cette langue, mais il ne peut le faire, Grenoble offrant trop peu de ressources [27]. C’est à cette époque que naît sa passion pour les hiéroglyphes égyptiens. Il écrit en une lettre à ses parents [Note 16] :

« Je veux faire de cette antique nation une étude approfondie et continuelle. L’enthousiasme où la description de leurs monuments énormes m’a porté, l’admiration dont m’ont rempli leur puissance et leurs connaissances, vont s’accroître par les nouvelles notions que j’acquerrai. De tous les peuples que j’aime le mieux, je vous avouerai qu’aucun ne balance les Égyptiens dans mon cœur. »

Le 27 mai 1806, le général de La Salette lit devant le lycée des sciences et des arts de Grenoble ses Remarques sur la fable des Géants d'après les étymologies hébraïques. Il travaille beaucoup, rédige quelques opuscules comme un « Dictionnaire géographique de l’Orient », un « Commentaire sur Isaïe » [28]… Pour continuer ses études, il veut partir pour Paris, Grenoble limitant les possibilités de recevoir un enseignement très spécialisé. Son frère part d’août à septembre 1806 à Paris pour chercher à obtenir l’admission de son frère dans un établissement spécialisé [29]. Alors qu'il vient de quitter le lycée et qu'il possède les meilleures armes pour entreprendre une carrière d'orientaliste, Jean-François Champollion présente le à l’Académie des sciences et des Arts de Grenoble un Essai de description géographique de l’Égypte avant la conquête de Cambyse. La prestation surprit et intéresse tant que six mois plus tard, il sera élu membre correspondant de cette académie. Le maire de Grenoble, Charles Renauldon va lui annoncer la nouvelle en ces termes :

« En vous nommant un de ses membres malgré votre jeunesse, l'Académie a compté sur ce que vous avez fait, elle compte encore plus sur ce que vous pouvez faire. Elle aime à croire que vous justifierez ses espérances et si un jour vos travaux vous font un nom, vous vous souviendrez que vous avez reçu d'elle les premiers encouragements [30]. »

Les études

Statue de Champollion par Bartholdi, cour du Collège de France, Paris.

Le , après soixante-dix heures de voyage en diligence, il arrive enfin dans la capitale pour étudier, entre autres, le copte et l’ amharique. Il obtient une bourse, mais vit chichement. En effet, la bourse n’est pas suffisante pour subvenir à ses besoins, et son frère doit lui payer sa chambre et sa nourriture [Note 17], [31]. Il suit les cours de langues orientales au Collège de France, et plus particulièrement ceux d’ arabe par Antoine-Isaac Silvestre de Sacy, de persan par Louis Langlès et d’ hébreu par Prosper Audran [32]. Il assiste aussi à ceux de l’ École des langues orientales dans les mêmes matières [32] et fréquente la Bibliothèque impériale [32]. Il se lie avec Aubin-Louis Millin, conservateur du cabinet des antiques qui lui enseigne la numismatique [32], avec Prosper Audran qui ira même jusqu’à lui confier son cours au Collège de France lors de ses absences [33], et avec Dom Raphaël de Monachis qui lui fait connaître un prêtre égyptien, Geha Cheftitchi, qui lui apprend le copte [33]. Il est si doué qu’en décembre, un homme nommé Id Saouda le prend pour un Arabe [33]. Voici son emploi du temps tel qu’il l’explique à son frère le [34], [35] :

« Le lundi, à huit heures et quart, je pars pour le Collège de France, où j’arrive à neuf heures : tu sais qu’il y a beaucoup de chemin : c’est place Cambrai près le Panthéon. À neuf heures, je suis le cours de persan de M. de Sacy, jusqu’à dix. En sortant du cours de persan, comme celui d’hébreu, de syriaque et de chaldéen se fait à midi, je vais de suite chez M. Audran, qui m’a proposé de me garder chez lui les lundis, mercredis et vendredis, depuis dix heures jusqu’à midi. Il reste dans l’intérieur du Collège de France. Nous passons ces deux heures à causer langues orientales, à traduire de l’hébreu, du syriaque, du chaldéen ou de l’arabe. Nous consacrons toujours une demi-heure à travailler à sa « Grammaire chaldéenne et syriaque ». À midi, nous descendons et il fait son cours d’hébreu. Il m’appelle le « patriarche de la classe », parce que je suis le plus fort. En sortant de ce cours, à une heure, je traverse tout Paris, et je vais à l’École spéciale suivre à deux heures le cours de M. Langlès, qui me donne des soins particuliers. Le mardi je vais au cours de M. de Sacy à une heure à l’École spéciale. Le mercredi je vais au Collège de France à neuf heures. À dix heures je monte chez M. Audran. À midi, je vais à son cours. À une heure, je vais à l’École spéciale pour (deux heures) le cours de M. Langlès ; et le soir, à cinq heures je suis celui de Dom Raphaël, qui nous fait traduire les fables de La Fontaine en arabe. Le jeudi à une heure, le cours de M. de Sacy. Le vendredi je vais comme le lundi au Collège de France, et chez M. Audran. Le samedi, chez M. Langlès à deux heures. Je voulais aussi suivre le cours de turc chez M. Jaubert qui est excellent ; mais comme cela me fatiguait trop de courir tant, j’ai remis cette fatigue à l’année prochaine. »

Un jour de 1808, sur le chemin du collège de France, un de ses camarades lui annonce que l'archéologue Alexandre Lenoir vient de publier un déchiffrement complet des hiéroglyphes égyptiens. Bien que cette publication soit fantasque, cela décide Champollion à porter une partie de ses études sur le déchiffrement des hiéroglyphes [36].

Il arrive, grâce à l’abbé de Tersan, un collectionneur, à obtenir une copie de la pierre de Rosette [37], mais préfère étudier d’abord des papyrus en écritures cursives. Il découvre en 1808 le principe de ligatures (regroupement) des signes. Il postule alors, sur des analogies avec l'un des dialectes coptes, l'absence de voyelles dans l'écriture égyptienne et obtient le , comme il l’explique dans une lettre à son frère, ses premières conclusions [37] :

« J’ai fait un assez grand pas dans cette étude : 1° j’ai prouvé par des rapprochements que tous les papyrus appartiennent à un même système d’écriture – 2° que j’ai la valeur de toutes les lettres par l’inscription de Rosette qu’elles sont absolument les mêmes – 3° que j’ai déchiffré le commencement du papyrus gravé dans Denon, planche 138 […] qui en copte veut dire mot pour mot : « Dis : repose en paix, ô Égyptien, remplis ta dernière destination, échappe aux Ténèbres du tombeau et de la mort. » »

Mais il s’attarde sur l’histoire étrusque. Il écrit en effet : « Les Étrusques m’occupent en ce moment, langue, médailles, pierres gravées, monuments, sarcophages, tout se grave dans ma tête ; et pourquoi ? Parce que les Étrusques viennent de l'Égypte. » [38], Mais son frère le rappelle à l’ordre : « Étudie donc une chose au lieu de divaguer sur tous les coins du monde et d’effleurer la matière » [39]. Il se remet à ses études craignant qu’ Étienne Quatremère déchiffre les hiéroglyphes avant lui dans ses Recherches critiques et historiques sur la langue égyptienne, publiées en [40]. Au printemps 1809, il se met à rédiger une grammaire copte et étudie le texte démotique de la pierre de Rosette [40]. Il fait « table rase » des précédentes tentatives de déchiffrement des hiéroglyphes [40] : il dit en effet des membres de la Commission d’Égypte que « leurs explications ne sont justement que de l’eau de boudin… » [40], et se lance dans de grandes diatribes contre les autres chercheurs : « Tout ce qu’ont dit sur les obélisques les Kircher, Jablonsky, Warburton, etc., ne sert qu’à y prouver qu’on n’y entend rien et qu’on n’y entendra jamais rien » [40]. Lors de l’été 1809, il commence une grammaire du « langage thébain-sahidique », celui de la communauté copte de la région de Saïd [41]. Il écrit en effet à son frère en mars ou avril 1809 [41], [34] :

« Je me livre entièrement au kopte [Note 18]. […] Je veux savoir l'égyptien comme mon français parce que sur cette langue sera basé mon grand travail sur les papyrus égyptiens. […] Je ne fais que du kopte, égyptien. […] J’ai fait 1) une grammaire thébaine saïdique (la seule qui existe). 2) une memphitique. 3) la concordance des deux dialectes. 4) J’ai transcrit la grammaire saïdique en arabe, d’un manuscrit copte. 5) J’ai copié les textes. 6) J’ai fait la lettre "A" d’un dictionnaire saïdique. 7) J’ai parachevé sept lettres d’un dictionnaire memphitique par racines. »

Après avoir longuement étudié la Bible, il critique « les juifs ignorants et superstitieux qui veulent soutenir que le bon père Abraham et les prêtres hébreux ont appris les quatre règles de l’arithmétique et tous les arts aux Égyptiens [42] ». Il continue de travailler à essayer de déchiffrer le texte démotique de la pierre de Rosette. Mais la tâche n’est pas de tout repos et il bute sur de nombreux obstacles [43]. Sa lettre à son frère du en est un bon exemple [43] :

« La tentative sur le texte égyptien n’a produit aucun résultat… Les noms propres que j’ai lus comme Äkerblad (quoique différent sur la manière de dégrouper les lettres simples) ne sont point en exacte concordance avec le texte grec… Ainsi la marche que tu m'as indiquée n’est point praticable, puisqu’elle est basée sur l’entière conformité des textes grec et égyptien… »

Il aime deux personnes durant cette période. D’abord Pauline Berriat, la sœur de la femme de son frère, d’octobre 1807 à l’automne 1808 [44] puis Louise Deschamps, femme d’un fonctionnaire beaucoup plus âgé qu’elle, de l’automne 1808 jusqu’à son départ pour Grenoble en 1809 [44].

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