Jacques Derrida

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Jacques Derrida
Derrida-by-Pablo-Secca.jpg
Naissance
Décès
(à 74 ans)
Paris ( France)
Nationalité
Formation
École/tradition
Principaux intérêts
Idées remarquables
Déconstruction du phallogocentrisme, différance, trace, dissémination, apories, événement, don
Œuvres principales
De la grammatologie
L’écriture et la différence
La carte postale. De Socrate à Freud et au-delà
Donner le temps 1. La fausse monnaie
Influencé par
A influencé
Distinction

Jacques Derrida (de son vrai nom Jackie Derrida) est un philosophe français né le 15 juillet 1930 à El Biar ( Algérie) et mort le 8 octobre 2004 à Paris.

Professeur à l'École normale supérieure, puis directeur d'études à l' École des hautes études en sciences sociales, il a créé et développé l'école de pensée autour du déconstructionnisme. Dans la lignée de Husserl et de Heidegger, Derrida remet en question la phénoménologie et la métaphysique traditionnelle et introduit une nouvelle manière de penser les sciences humaines [1].

Le point de départ de son œuvre est une critique de la linguistique et de la place dominante qu'elle occupe dans le champ des sciences humaines. Dans son ouvrage De la grammatologie (1967), Derrida montre que le modèle linguistique alors dominant repose sur une contradiction: la langue serait constituée d'une parole orale, dont l'écriture serait la transcription. La vraie langue (la langue originaire) serait donc la langue orale. Mais la linguistique s'appuie sur la langue écrite pour la structure de la langue, de sorte que l'origine de la langue écrite est la parole vive, mais que l'origine de la parole vive est la langue écrite. Derrida transpose ici dans le domaine de la linguistique le questionnement de l'origine qui était celui de Husserl dans L'Origine de la géométrie (1954) [2] et introduit la notion de supplément originaire, ou simplement de supplément [3].

Cette contradiction de l'origine, posée d'abord — au niveau de la langue — entre parole et écriture, va ensuite se répercuter dans tous les domaines où Derrida portera son investigation: structure d'un texte et supplément n'entrant pas dans cette structure mais la fondant (le pharmakon [4] platonicien [5]), œuvre d'art et cadre ou marge de l'œuvre (le parergon [6]) [7], mort d'une idéologie et principe fondateur de cette idéologie ( Spectres de Marx), donner la mort et assumer la responsabilité de la mort donnée (Donner la mort [8]) [9], interrogations sur l'hostilité et l' hospitalité [10]' [11], sur la différence sexuelle [12]

En 2007, Derrida était considéré par The Times Higher Education Guide [13] comme le troisième auteur le plus cité dans les ouvrages de sciences humaines de l’année.

Biographie

Une enfance algéroise

Jacques Derrida est le troisième fils d’Aimé Derrida qui est d'origine séfarade et de Georgette Sultana Esther Safar [14] qui est issue d'une famille juive d' Algérie et dont les aïeux établis depuis des siècles en Algérie reçurent la nationalité française lors de la promulgation du décret Crémieux en 1870 [15].

Il grandit en Algérie française et subit les lois de Vichy en 1940 lorsque sa famille est déchue pendant deux ans de la nationalité française [16]. De 1935 à 1941, il va à l'école maternelle et primaire d' El-Biar. Les enfants sont obligés de manifester leur attachement au Maréchal de multiples manières. Derrida, en qualité de juif, doit laisser au deuxième de la classe sa place pour le lever de drapeau. Son frère et sa sœur ont été exclus de l'école pour la même raison [17]. En 1941, il est lui-même exclu du lycée Ben Aknoun et il est inscrit jusqu'en 1943 au lycée Émile-Maupas, mais il ne supporte pas l'atmosphère communautaire. Il retourne au lycée Ben Aknoun en 1944.

Derrida connaît ainsi, durant sa jeunesse, une scolarité mouvementée. Il voit les métropolitains comme oppresseurs et normatifs, normalisateurs et moralisateurs. Sportif, il participe à de nombreuses compétitions sportives et rêve de devenir footballeur professionnel. Mais c'est aussi à cette époque qu'il découvre et lit des philosophes et écrivains comme Jean-Jacques Rousseau, Friedrich Nietzsche, André Gide et Albert Camus. Il commence à écrire un « journal intime ». En 1947-1948, en classe de philosophie au lycée Gautier d' Alger, il lit Bergson et Sartre. En 1948, inscrit en lettres supérieures au lycée Bugeaud, il est marqué par la lecture de Kierkegaard et Heidegger [18].

Les années de formation en France

En 1949, il va en France pour étudier en classe de première supérieure au lycée Louis-le-Grand à Paris, où il se lie d'amitié avec Pierre Bourdieu, Lucien Bianco, Michel Deguy ou Louis Marin. Son professeur de philosophie Étienne Borne trouve que ses dissertations sont «  plotiniennes [18] ». Il entre — après deux échecs — à l' École normale supérieure en 1952. Il y fait la rencontre de Louis Althusser, agrégé-préparateur. Derrida milite dans des groupes d'extrême gauche non communiste.

Après sa licence en lettres à l'université de Paris, il part aux Archives Husserl de Louvain en 1953-1954. Il obtient le diplôme d'études supérieures en philosophie avec un mémoire concernant Le Problème de la genèse dans la philosophie de Husserl [19], influencé par les travaux de Jean Hyppolite, Tran Duc Thao et Jean Cavaillès. Il suit les cours de Michel Foucault.

Reçu quatorzième au concours d'agrégation de philosophie de 1956 [20], après un échec en 1955, il part à l' université Harvard comme special auditor. Il commence la traduction et l'introduction de L'Origine de la géométrie de Husserl. Il se marie en juin 1957 avec Marguerite Aucouturier, une psychanalyste qu'il a rencontrée en 1953 par l'intermédiaire de son frère qui étudiait avec lui à l'École normale supérieure.

Il effectue son service militaire de 1957 à 1959 (en pleine guerre d'Algérie) comme enseignant dans une école d'enfants de troupe près d'Alger [21]. Il rencontre souvent Pierre Bourdieu à Alger. Il condamne la politique coloniale de la France et espère une forme d'indépendance pour l'Algérie où pourraient coexister les Algériens et les Français d'Algérie [22].

En 1959, Derrida est affecté au lycée Montesquieu du Mans en classe de lettres supérieures et est invité à la première décade de Cerisy-la-Salle (cycle de conférences auquel il sera invité quatre fois). Il fait son premier voyage à Prague pour rendre visite à la famille de son épouse.

L'année suivante il devient assistant à la faculté des lettres de l' université de Paris. Il y enseignera jusqu'en 1964 (« philosophie générale et logique »). Il publie à cette époque dans les revues Critique et Tel Quel et se lie d'amitié avec Philippe Sollers. Il fréquente également Robert Antelme, Pierre Boulez, Jean Genet, Pierre Klossowski, Francis Ponge et Nathalie Sarraute.

Des débuts en philosophie

En 1963, naît son premier fils avec Marguerite Aucouturier, Pierre. La même année, il donne une conférence au Collège philosophique sur Michel Foucault en sa présence et critique sa thèse sur la folie à propos de Descartes [23].

En 1964, il obtient le prix Jean-Cavaillès (prix d' épistémologie) pour la traduction et le commentaire de l'Origine de la géométrie d' Edmund Husserl [24]. Il est ensuite nommé maître-assistant d'histoire de la philosophie à l'École normale supérieure sur recommandation d' Althusser et Jean Hyppolite [25]. Il conservera ce poste pendant vingt ans.

Sa participation au colloque de Baltimore à l' université Johns-Hopkins marque le début de ses fréquents voyages aux États-Unis et de l'introduction de la nouvelle pensée française sur le continent nord-américain. La polémique débute en Amérique entre les partisans et les adversaires de la «  déconstruction ». Derrida rencontre à cette occasion Jacques Lacan et Paul de Man.

Les premiers succès et l'invention de la « déconstruction »

En 1967, ses trois premiers livres sont publiés. Il prononce une conférence à la Société française de philosophie sur « La différance » et publie ses trois grands livres : De la grammatologie, L'écriture et la différence, La voix et le phénomène. Il côtoie régulièrement Edmond Jabès, Gabriel Bounoure ou Maurice Blanchot et s'associe progressivement à Jean-Luc Nancy, Philippe Lacoue-Labarthe et Sarah Kofman. Les éditions Galilée sont fondées à cette époque et deviennent la « voix » de la déconstruction.

En 1967, naît son second fils avec Marguerite Aucouturier, Jean.

Derrida participe aux défilés de Mai 1968 et organise la première assemblée générale à l'École normale supérieure.

Il est accueilli avec une grande hospitalité aux États-Unis, il enseigne dans des dizaines d'universités tandis que son travail se heurte en France à une opposition massive [26].

En 1970, son père Aimé meurt d'un cancer à l'âge de 74 ans.

En 1971, il revient en Algérie après neuf ans d'absence. Il y donne cours et conférence.

En 1974, il met en place un Groupe de recherches sur l'enseignement supérieur philosophique et s'engage contre la Loi Haby de 1975.

En 1975, il devient professeur invité à l' université Yale puis à l' université Cornell comme A. D. White Professor-at-large.

En 1977, il signe les Pétitions françaises contre la majorité sexuelle adressée au Parlement, appelant à l’abrogation de plusieurs articles du Code pénal sur la majorité sexuelle et la dépénalisation de toutes relations consenties entre adultes et mineurs de moins de quinze ans (la majorité sexuelle en France) avec Michel Foucault, René Schérer, Gabriel Matzneff, Tony Duvert, Louis Althusser, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir et André Glucksmann, Roland Barthes, Guy Hocquenghem, Jean Danet, Alain Robbe-Grillet, Philippe Sollers et Françoise Dolto.

En 1978, Jacques Derrida prend l'initiative de lancer les États généraux de la philosophie à la Sorbonne. Il s'implique de plus en plus dans des actions politiques, domaine qu'il avait apparemment écarté de sa vie professionnelle (il est resté en retrait par rapport aux événements de mai 1968). Ainsi, il soutient toute sa vie la cause démocratique en Afrique du Sud, ce qu'il nomme « l'admiration » de Nelson Mandela ; un de ses ultimes textes, in articulo mortis, est consacré au sujet de la réconciliation ( Commission de la vérité et de la réconciliation).

En 1980, en vue de poser sa candidature au poste de professeur laissé vacant par Paul Ricœur à l'université Nanterre-Paris-X, Derrida soutient à l'université Paris-I une thèse [27] pour le doctorat d'État sur la base d'un ensemble d'anciens travaux des années 1967 et 1972 [28]. Le poste à Paris-X fut cependant supprimé par la ministre Alice Saunier-Séïté.

En 1981, il fonde l'association Jean-Hus avec Jean-Pierre Vernant qui aide les intellectuels tchèques dissidents. Il sera arrêté et brièvement emprisonné à Prague (des agents des services tchèques ont dissimulé de la drogue dans ses bagages) à la suite d'un séminaire clandestin. C'est François Mitterrand qui le fera libérer.

Un philosophe de renommée internationale

Jacques Derrida avec Chinmoy Guha

Il fonde le Collège international de philosophie en 1983 avec François Chatelet, Jean Pierre Faye et Dominique Lecourt. L'une des traces les plus visibles dans son travail de ce que certains ont considéré comme sa « politisation » aura été la publication en 1993 de Spectres de Marx.

En 1984, alors toujours maître-assistant, il devient directeur d'études à l' École des hautes études en sciences sociales.

En 1984, naît son troisième fils, Daniel Agacinski, issu de sa relation hors mariage avec Sylviane Agacinski. Jacques Derrida aura eu donc trois enfants, trois fils.

Il est Distinguished Professor en philosophie, français et littérature comparée à l' Université de Californie à Irvine aux États-Unis à partir de 1986.

Le 5 décembre 1991, sa mère Georgette meurt. Les derniers mois de vie ont suscité chez Derrida la rédaction d'un texte autobiographique mêlé de réminiscences augustiniennes, Circonfession [29].

En 1995, Jacques Derrida est membre du comité de soutien à Lionel Jospin. Mais il refuse de l'être en 2002, en raison notamment du jugement qu'il porte sur la politique du gouvernement socialiste sur l'immigration. Sylviane Agacinski, qui fut la compagne de Derrida dont elle a eu un fils, écrit dans son Journal interrompu, publié après la défaite de Jospin : « Je lis le 23 mai dans Libération que Jacques Derrida n'a pas voté au premier tour "par mauvaise humeur contre tous les candidats" ».

En 2002, Jacques Derrida et René Schérer rendent un hommage à Pierre Bourdieu, à l'occasion d'un débat sur la question de l' hospitalité [30].

Tombe de Jacques Derrida

À partir de 2003, Jacques Derrida souffre d'un cancer du pancréas et réduit considérablement ses conférences et ses déplacements. Il meurt le dans un hôpital parisien, à l'âge de 74 ans.

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