Józef Piłsudski

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Józef Piłsudski
Image illustrative de l'article Józef Piłsudski
Fonctions
Chef de l'État polonais [C]

(4 ans et 27 jours)
Premier ministre Ignacy Daszyński
Jędrzej Moraczewski
Ignacy Jan Paderewski
Leopold Skulski
Władysław Grabski
Wincenty Witos
Antoni Ponikowski
Artur Śliwiński
Julian Nowak
Prédécesseur Indépendance
Successeur Gabriel Narutowicz (président de la République)
Premier ministre de Pologne

(4 mois)
Président Ignacy Mościcki
Prédécesseur Walery Sławek
Successeur Walery Sławek

(1 an, 8 mois et 5 jours)
Président Ignacy Mościcki
Prédécesseur Kazimierz Bartel
Successeur Kazimierz Bartel
Ministre des Forces armées

(8 ans, 11 mois et 26 jours)
Président Maciej Rataj (intérim)
Ignacy Mościcki
Président du Conseil Kazimierz Bartel
Lui-même
Kazimierz Świtalski
Walery Sławek
Aleksander Prystor
Janusz Jędrzejewicz
Leon Kozłowski
Marian Zyndram-Kościałkowski
Prédécesseur Juliusz Tarnawa-Malczewski
Successeur Tadeusz Kasprzycki
Biographie
Nom de naissance Józef Klemens Piłsudski
Date de naissance
Lieu de naissance Zułów ( lituanien : Zalavas), Lituanie, Empire russe
Date de décès (à 67 ans)
Lieu de décès Varsovie, Pologne
Nationalité polonaise
Parti politique Aucun (initialement PPS)
Religion catholique, converti au luthéranisme puis reconverti au catholicisme

Signature de Józef Piłsudski

Józef Piłsudski Józef Piłsudski
Chefs d'État polonais
Premiers ministres de Pologne

Józef Klemens Piłsudski [A] (5 décembre 1867 - 12 mai 1935) est un militaire polonais et le principal homme d'État de la Deuxième République.

À partir du milieu de la Première Guerre mondiale, il eut une influence considérable sur la politique polonaise et fut un personnage important de la scène politique européenne [1]. Il est largement crédité de la création de la deuxième république de Pologne en 1918, 123 ans après les Partages [2], [3], [4], [5], [6].

Après avoir été condamné à l'exil en Sibérie pour complot contre le régime tsariste, Piłsudski devint le chef du Parti socialiste polonais et mena une lutte armée pour obtenir l'indépendance de la Pologne. En 1914, il anticipa le déclenchement d'une guerre européenne, la défaite de l' Empire russe par les Empires centraux et la défaite de ces derniers par les puissances occidentales [7], [8]. Au début de la Première Guerre mondiale, il fonda les légions polonaises qui combattirent avec les troupes austro-hongroises et allemandes contre la Russie. Avec l'effondrement de l'Empire russe en 1917, Piłsudski mit fin à son soutien aux Empires centraux.

De l'indépendance de la Pologne, en novembre 1918, à 1922, Piłsudski fut le chef de l'État polonais. Entre 1919 et 1921, il commanda les troupes polonaises lors de la guerre soviéto-polonaise. En 1923, face à l'opposition de plus en plus forte des nationaux-démocrates dans le gouvernement, il se retira de la politique. Trois ans plus tard, un coup d'État lui permit de revenir au pouvoir et il devint de facto le dirigeant de la Pologne. Un ambassadeur de l' Italie fasciste le décrivit comme un « démocrate libéral dans les habits d'un chevalier de l'ancien régime [9] ». Jusqu'à sa mort en 1935, il s'intéressa principalement aux questions militaires et à la politique étrangère.

Du début de la Première Guerre mondiale jusqu'à sa mort, Piłsudski mena, avec une intensité variable, deux stratégies complémentaires pour assurer la sécurité de la Pologne : le «  prométhéisme  (en) » visant à désintégrer l'Empire russe puis l' Union soviétique en plusieurs États et la création de la Fédération Międzymorze (Fédération Entre Mers) rassemblant la Pologne et plusieurs de ses voisins. Même si un grand nombre de ses actes politiques restent controversés, Piłsudski est tenu en haute estime par ses compatriotes [10], [11], [12], [13].

Jeunesse

Armoiries de la famille Piłsudski

Józef Piłsudski est né le 5 décembre 1867 dans le manoir de sa famille près du village de Zułów (en lituanien : Zalavas), dans le gouvernement de Vilna de l' Empire russe (de nos jours en Lituanie [14]). Aujourd'hui, il se trouve dans la municipalité du district de Švenčionys en Lituanie [15]. La famille Piłsudski faisait partie de la petite aristocratie polonaise [16]. Elle avait une forte tradition patriotique polonaise [15], [17] et a été caractérisée comme une famille polonaise [18], [19] ou une famille lituanienne polonisée [16], [20] [B]. Józef était le second fils de la famille.

Le jeune Piłsudski

Józef, durant sa scolarité au gymnasium russe de Vilna, n'était pas un élève particulièrement brillant [21]. Parmi les autres élèves du gymnasium se trouvait Félix Dzerjinski, un futur communiste qui devint le pire adversaire de Piłsudski [22]. Avec ses frères Adam, Bronisław et Jan, Józef fut initié par sa mère, Maria née Billewicz  (pl), à l'histoire et la culture polonaises, qui étaient réprimées par les autorités russes [23]. Son père, également appelé Józef, avait combattu durant l' insurrection polonaise de 1861-1864 contre la domination russe de la Pologne [15]. La famille ne supportait pas les politiques de russification du gouvernement russe. Le jeune Józef détestait particulièrement assister aux messes de l' église orthodoxe russe [23] et il quitta l'école avec une aversion, non seulement envers le tsar et l'Empire russe mais également contre sa culture qu'il connaissait bien [16].

En 1885, Piłsudski entra à la faculté de médecine de l' université de Kharkov où il rejoignit la Narodnaïa Volia affiliée au mouvement révolutionnaire russe Narodniki [24]. En 1886, il fut suspendu pour avoir participé à une manifestation étudiante [15]. Il fut rejeté de l' université de Dorpat (aujourd'hui Tartu, Estonie) dont les autorités avaient appris ses affiliations politiques [15]. Le , il fut accusé de comploter avec les socialistes de Vilna en vue d'assassiner le tsar Alexandre III et il fut arrêté par les autorités tsaristes. En réalité, le principal lien de Piłsudski avec le complot était son frère Bronisław [25]. Ce dernier fut condamné à quinze ans de travaux forcés ( katorga) en Sibérie [25], [26].

Józef fut condamné à cinq ans d'exil en Sibérie, initialement à Kirensk sur la Léna puis à Tunka [15], [26]. Alors qu'il était transporté dans un convoi de prisonniers en Sibérie, Piłsudski fut emprisonné pendant plusieurs semaines à Irkoutsk [27]. Il participa à ce que les autorités considérèrent comme une révolte : après que l'un des détenus eut insulté un gardien et refusé de s'excuser, Piłsudski et d'autres prisonniers furent tabassés par les gardes pour leur résistance [28] ; il perdit deux dents et participa à une grève de la faim jusqu'à ce que les autorités rétablissent les privilèges des prisonniers politiques qui avaient été suspendus après l'incident [28]. Pour son implication, il fut condamné en 1888 à six mois de prison [29]. Il fut obligé de passer la première nuit de son incarcération par une température de −40 °C ; il contracta une maladie qui faillit le tuer et les problèmes de santé qui en découlèrent le suivirent toute sa vie [29].

Reproduction de 1928 d'un avis de recherche de 1887 concernant J. Piłsudski, distribué (probablement par ses adversaires politiques) « le 10e anniversaire de l'indépendance polonaise » :

Durant son exil en Sibérie, Piłsudski rencontra de nombreux Sybiraks  (en), dont Bronisław Szwarce qui avait été arrêté peu avant l'insurrection polonaise de 1861-1864 [30]. Il fut autorisé à travailler dans le métier de son choix et il gagna sa vie comme tuteur de mathématiques et de langues étrangères pour les enfants locaux [16] ; il parlait en effet le français, l'allemand et le lituanien [31] en plus du russe et de son polonais maternel et il apprit par la suite l'anglais [32]. Les fonctionnaires locaux décidèrent qu'en tant que noble polonais, il n'était pas éligible à la pension de 10 roubles reçue par la plupart des autres exilés [33].

En 1892, Piłsudski revint d'exil et s'installa à Adomavas Manor près de Teneniai (actuellement dans la municipalité du district de Šilalė) en Lituanie. En 1893, il rejoignit le Parti socialiste polonais (PPS) [15] et il aida à organiser sa branche lituanienne [34]. Initialement, il se positionna avec l'aide socialiste radicale mais malgré l' internationalisme ostensible du mouvement socialiste, il resta un nationaliste polonais [35]. En 1894, il fonda un journal socialiste clandestin appelé Robotnik (« le Travailleur ») et en devint rédacteur en chef [15], [24], [36], [37]. En 1895, il devint l'un des dirigeants du PPS et avança que les questions doctrinales avaient peu d'importance et que l'idéologie socialiste devait être associée avec l'idéologie nationaliste car cette combinaison offrait les meilleures chances de rétablir l'indépendance polonaise [24].

Le 15 juillet 1899, Piłsudski épousa une activiste socialiste, Maria Juszkiewiczowa, née Koplewska [38], [39], [40]. Selon son principal biographe, Wacław Jędrzejewicz, le mariage fut plus pragmatique que romantique. Les deux époux étaient impliqués dans le mouvement indépendantiste et socialiste et l'impression de Robotnik se fit initialement dans leur appartement de Wilno (en lituanien : Vilnius) puis à Łódź. Du fait de cette vie de famille normale, leur appartement n'était pas soupçonné. La loi russe protégeait également son épouse contre les accusations d'activités illégales de son mari [41]. Les relations se détériorèrent quelques années plus tard lorsque Piłsudski entama une liaison avec une jeune socialiste, Aleksandra Szczerbińska [35]. Maria mourut en août 1921 et en octobre, Piłsudski épousa Aleksandra. À ce moment le couple avait deux petites filles, Wanda  (en) et Jadwiga  (en).

En février 1900, les autorités russes découvrirent l'imprimerie clandestine de Robotnik à Łódź et Piłsudski fut emprisonné à la citadelle de Varsovie. Il parvint cependant à simuler une maladie mentale et il s'échappa d'un hôpital psychiatrique de Saint-Pétersbourg en mai 1901 avec l'aide d'un médecin polonais, Władysław Mazurkiewicz, et avec d'autres il rejoignit la Galicie faisant alors partie de l' Autriche-Hongrie [15].

À ce moment, alors que presque tous les partis de la Pologne russe adoptaient une position conciliatoire envers l'Empire russe et visaient à obtenir une autonomie limitée pour la Pologne, le PPS de Piłsudski était la seule force politique qui se préparait à combattre l'Empire russe pour l'indépendance de la Pologne et à user de la violence pour achever cet objectif [16].

Piłsudski en 1899

Au déclenchement de la guerre russo-japonaise à l'été 1904, Piłsudski se rendit à Tokyo au Japon où il essaya, sans succès, d'obtenir le soutien de ce pays pour un soulèvement en Pologne. Il offrit de fournir des renseignements militaires aux Japonais et proposa la création d'une légion polonaise composée de Polonais [42] recrutés parmi les prisonniers de guerre russes. Il suggéra également un projet «  prométhéen » visant à désintégrer l'Empire russe, un objectif qu'il continua de poursuivre par la suite [43]. Un autre notable polonais, Roman Dmowski, se rendit également au Japon où il se prononça contre le plan de Piłsudski et s'efforça de décourager le gouvernement japonais de soutenir à ce moment une révolution polonaise qu'il jugeait vouée à l'échec [42], [44]. Dmowski, lui-même un patriote polonais, resta un farouche adversaire politique de Piłsudski jusqu'à sa mort [45]. Finalement, les Japonais accordèrent à Piłsudski bien moins que ce qu'il espérait ; il reçut une aide financière pour acheter des armes et des munitions mais les Japonais déclinèrent l'idée d'une légion [15], [42].

À l'automne 1904, Piłsudski forma une unité paramilitaire du PPS appelée bojówki pour créer un mouvement de résistance contre les autorités russes [44]. Le PPS organisa de plus en plus de manifestations, essentiellement à Varsovie. Le 28 octobre 1904, la cavalerie cosaque russe attaqua une manifestation et en représailles, les paramilitaires du PPS ouvrirent le feu sur les policiers et les militaires russes durant une manifestation le 13 novembre [44], [46]. Après s'être concentrée sur les espions et les informateurs, les paramilitaires commencèrent à mener des attaques à la bombe contre les officiers de police russes [47].

Durant la Révolution russe de 1905, Piłsudski joua un rôle majeur dans les événements au Royaume du Congrès [44]. Au début de l'année 1905, il ordonna au PPS de lancer une grève générale qui impliqua 400 000 ouvriers et dura deux mois avant sa répression par les autorités russes [44]. Durant l'insurrection de Łódź en juin, les paramilitaires de Piłsudski affrontèrent violemment les partisans de Dmowski et ses nationaux-démocrates [44]. Le , Piłsudski appela tous les ouvriers polonais à se soulever mais l'appel fut largement ignoré [44].

À la différence des nationaux-démocrates, Piłsudski ordonna au PPS de boycotter les élections à la Douma [44]. Cette décision et sa résolution à obtenir l'indépendance de la Pologne par la violence, causa des tensions au sein du PPS et en novembre 1906, le parti se scinda au sujet de sa direction [45]. La faction de Piłsudski finit par s'appeler l'« Ancienne Faction » ou « Faction révolutionnaire » (Starzy ou Frakcja Rewolucyjna) tandis que ses opposants furent connus comme la « Jeune Faction », « Faction modérée » ou « Aile gauche » (Młodzi, Frakcja Umiarkowana, Lewica). Les « Jeunes » se rapprochèrent des sociaux-démocrates du Royaume de Pologne et de Lituanie et considéraient que la priorité devait être donnée à la coopération avec les révolutionnaires russes pour renverser le régime tsariste et créer une utopie socialiste qui faciliterait des négociations pour l'indépendance [24]. Piłsudski et ses partisans continuèrent de comploter une révolution contre la Russie qui permettrait d'obtenir l'indépendance [15]. En 1909, sa faction redevint majoritaire au sein du PPS et Piłsudski resta l'un des dirigeants les plus importants du parti jusqu'au déclenchement de la Première Guerre mondiale [48].

Piłsudski anticipait une guerre européenne [7], [8] et le besoin d'organiser le noyau d'une future armée polonaise qui pourrait défendre l'indépendance polonaise contre les trois empires qui s'étaient partagé le pays à la fin du XVIIIe siècle. En 1906, Piłsudski, avec la complicité des autorités austro-hongroises, fonda une école militaire à Cracovie pour entraîner les unités paramilitaires [45]. Durant la seule année 1906, les 800 paramilitaires répartis en cinq équipes, tuèrent 336 fonctionnaires russes ; le nombre de tués diminua dans les années suivantes tandis que le nombre de paramilitaires passa à environ 2 000 en 1908 [45], [49].

Józef Piłsudski (au centre) avec le commandement suprême de l'Organisation militaire polonaise en 1917

Les paramilitaires attaquèrent également les transports de fonds russes quittant les territoires polonais. Dans la nuit du 26 au 27 septembre 1908, ils braquèrent un train postal convoyant les impôts de Varsovie à Saint-Pétersbourg [45]. Piłsudski, qui prit part à ce qui fut appelé le raid Bezdany, du nom de la ville près de Vilna où il eut lieu l'attaque, utilisa l'argent obtenu pour financer son organisation secrète [50]. Le butin de cette unique attaque, 200 812 roubles, représentait une fortune pour l'époque et égalait toutes les prises au cours des deux années précédentes [49].

En 1908, Piłsudski transforma ses unités paramilitaires en une « association de lutte active » (Związek Walki Czynnej ou ZWC) dirigée par trois de ses associés Władysław Sikorski, Marian Kukiel et Kazimierz Sosnkowski [45]. L'un des principaux objectifs de la ZWC était de former des officiers et des sous-officiers pour une future armée polonaise [24]. En 1910, deux organisations paramilitaires furent légalement créées dans la partie austro-hongroise de la Pologne, une à Lwów (en ukrainien : Lviv aujourd'hui en Ukraine) et l'autre à Cracovie, pour assurer des cours de science militaire. Avec la permission des autorités austro-hongroises, Piłsudski fonda une série de « clubs sportifs » appelés Związek Strzelecki (« Association des fusiliers ») qui servirent de couverture pour entraîner les forces militaires polonaises. En 1912, Piłsudski (utilisant son nom de guerre, Mieczysław) devint commandant-en-chef d'une de ces organisations qui atteignit 12 000 hommes en 1914 [15], [45]. En 1914, Piłsudski déclara que « seul le sabre a maintenant une importance dans la balance de la destinée d'une nation [45] ».

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