Homosexualité dans le christianisme

Traditionnellement, les différentes Églises chrétiennes ont considéré les actes homosexuels comme des pratiques contre nature, des péchés gravement contraires à la chasteté, à l'instar de la masturbation, de la fornication et de la pornographie [1], [2], [3]. En empêchant la procréation, première des fins de l'union conjugale et donc sexuelle, les pratiques homosexuelles s'opposeraient ainsi directement à l'action créatrice de Dieu. D'autre part, le sujet de l' homosexualité est souvent débattu dans les églises chrétiennes [4].

Plusieurs approches existent dans les Églises chrétiennes. La première est la position libérale. C'est celle d'Églises protestantes et anglicanes qui acceptent le ministère ecclésial de personnes homosexuelles et bénissent des couples de personnes de même sexe ou transgenres. La deuxième est la position modérée. C'est celle d'Églises catholique, orthodoxe, protestantes ou évangéliques qui font une différence entre les pratiques homosexuelles et les personnes homosexuelles à respecter et à aimer. La troisième est la position conservatrice. C'est celle de certaines Églises qui considèrent l' homosexualité comme un des péchés les plus graves.

Aspects historiques

Les autorités chrétiennes et l'homosexualité

Le modèle historique le plus communément accepté, sur la base des travaux de Kenneth Dover et de Michel Foucault, affirme que le concept d' homosexualité n'existe pas dans l'Antiquité : les relations sexuelles ne sont pas définies selon des critères biologiques (identité ou différence sexuelle des partenaires) mais selon des critères sociaux, à savoir l'adéquation entre l'usage d'autrui pour le plaisir charnel et sa place dans la structure sociale (esclave, citoyen, etc.) [5]. Cette théorie est contestée, essentiellement par l'historien et militant LGBT John Boswell. Selon lui, à l'apogée de l' Empire romain, la situation des homosexuels était assez favorable : « leurs contemporains ne regardaient pas leurs inclinations comme néfastes, bizarres, immorales ou dangereuses, de sorte qu'ils se trouvaient pleinement intégrés à la vie et à la civilisation romaine [6]. » Il ajoute que « les mariages homosexuels (…) étaient choses courantes et tout à fait légales dans les classes supérieures [7] », mais il n'apporte pas de preuves convaincantes à l'appui de cette assertion. Ensuite l'adoption du christianisme comme religion d'État, au cours du IVe siècle, fit, des pratiques homosexuelles, un crime. Selon Éric Stemmelen, « l'affirmation d'une haine maniaque à l'encontre de l'homosexualité sera, de tout temps, un trait caractéristique des autorités politiques et morales du christianisme [8]. »

Buste de l'empereur romain Constant. Marbre, deuxième tiers du IVe siècle.

En effet, le , les empereurs romains Constantin II et Constant Constant Ier décrétèrent, dans leur édit sur les adultères, la punition de tout homme, déclaré « infâme », qui se marierait en femme [9] ». Cette condamnation paraît contraster avec le fait que Constant Ier était lui-même notoirement homosexuel [8]. Cet édit fut suivi par la loi du des empereurs Théodose Théodose Ier, Valentinien II et Arcadius, qui condamna les homosexuels passifs à la peine de mort par le feu, devant la plèbe réunie. Ce qui horrifie, dans ce texte, le législateur, est le fait qu'un homme ait abandonné la jouissance du genre viril pour livrer son corps à la passivité féminine [10].

Plus tard, au VIe siècle de notre ère, jusque là considérée comme un crime contre la dignité, l'homosexualité devint un crime contre l'ordre naturel créé par Dieu. En effet, en 538, l'empereur chrétien Justinien publia la première de ses Novellæ contre les personnes persévérant dans l'accomplissement d'actes homosexuels (ceux qui « commettent des [actes] contraires à la nature » [11]), qu'il condamnait, en même temps que les blasphémateurs, à être arrêtés et soumis « aux derniers supplices ». Vers 542, en l'an 15 de son règne, Justinien ordonna de couper les parties génitales de deux évêques, Isaïe, évêque de Rhodes, et Alexandre, évêque de Diospolis, présents à Constantinople et, selon Michel le Syrien, « livrés à l'impureté sodomite ». Ils furent ensuite promenés par toute la ville, leurs membres amputés portés sur des lances. Justinien en profita pour établir « au nom de Dieu, la loi que quiconque serait surpris couché avec un mâle, aurait les parties viriles coupées ». Michel le Syrien ajoute, dans sa chronique que « la crainte régna par tout l'empire » [12]. Le même empereur chrétien renouvela sa condamnation, le , lors d'une grande épidémie de peste répandue sur Constantinople [13]. Il introduisit, à cette occasion, les grands thèmes illustrant la condamnation de la sodomie, thèmes et justifications qui seront repris durant tout le temps de l'ère chrétienne : colère de Dieu manifestée par la destruction de la ville de Sodome, nécessaires crainte de Dieu et respect de ses lois, caractère anti-naturel des actes homosexuels, étrangers « aux animaux eux-mêmes », demande de pénitence, et menace des châtiments temporels et spirituels [14]. La Lex Visigothorum (loi des Wisigoths, 644 ap. J.-C.), transposera plus tard, pour l' Espagne, l'émasculation des sodomites, en y ajoutant l'incarcération dans un cachot [8], [15].

Sodoma (Giovanni Antonio Bazzi), Saint Sébastien, 1525, Florence, palazzo Pitti [16].

Historiquement, en Europe ce n'est qu'au XIe siècle que la notion de sodomia est instituée en droit canon par Pierre Damien, mais il s'agit d'un concept complexe qui englobe de manière générale tous les comportements sexuels ne visant pas à la procréation (donc aussi la masturbation ou la fellation, comme le mot anglais). Le sexe des impétrants n'est d'ailleurs pas précisé, et la ligne de faille se situe plus entre l'amour charnel au sens large et l'amour intellectuel, qu'entre une sexualité « naturelle » et une autre « contre nature » (notions bien plus tardives) [17]. Il faudra attendre les XIIIe et surtout XIVe et XVe siècles [18] pour assister à une condamnation de la sodomie et des rapports homoérotiques en général par l’Église, en parallèle des débuts de la sacralisation du mariage et dans le cadre de la lutte contre toutes les formes de déviance : hérétiques, pauvres, infidèles… Cependant, cette condamnation essentiellement morale ne déboucha que rarement sur une pénalisation active des pratiques, sauf dans les cas aggravés (viol, pédophilie, ou utilisation politique) [17].

L'homosexualité, considérée en lien avec l' hérésie, fut combattue, notamment par l' Inquisition, sous le nom de bougrerie ; réciproquement, certains hérétiques, tels les cathares, furent accusés de bougrerie, sous le prétexte que leurs prêcheurs, de même sexe, circulaient deux par deux. Cependant, en dehors du contexte hérétique l'écrivain et journaliste Jean-Claude Guillebaud précise que le plus grand nombre des cas de condamnation pour sodomie ou pédérastie étaient en fait des cas de pédophilie [19].

Cet engagement ne survivra pas à la Contre-Réforme, et l'influence de l'Antiquité sur l’Église renaissante aboutira pendant l'âge classique à une condamnation essentiellement formelle, et concentrée sur les cas très aggravés [20]. Au XVIIIe siècle, ce ne sont pas tant les autorités religieuses que les philosophes des Lumières (comme Voltaire) qui reprendront la condamnation de l'homosexualité, au nom de la Raison et du contrôle des passions [21]. Il faut attendre le XIXe siècle et la vague du «  nouvel ordre moral » pour que l’Église reparte en croisade contre l'homosexualité, avec un zèle reposant toutefois plus sur l'initiative individuelle de certains prélats et évêques que sur un engagement massif du Vatican.

Cette tendance perdure au XXe siècle, même si des associations comme David et Jonathan militent à partir des années 1980 pour la reconnaissance des catholiques homosexuels.

Au XXIe siècle, l’Église catholique se trouve de nouveau dans une tendance plus ouverte à l'homosexualité (voir la section «  évolution », notamment sous l'influence du pape François, et la conférence des évêques de France considère qu'on peut « être homosexuel et « bon catholique » [22] ».

Une occurrence historique de bénédiction d'unions homosexuelles ?

Il exista, toujours selon l'historien John Boswell [23], des rites religieux accompagnant l' άδελφοποιια, transcrit adelphopoiia (adoption comme frère ou sœur spirituel) dans l'Église latine jusqu'au XIIIe siècle et dans les Églises orientales plus tardivement encore. Boswell propose de nommer ces liens « unions de personnes de même sexe » et considère qu'il s'agit d'unions semblables au mariage, y compris sur le plan sexuel. Ces bénédictions de couples d'hommes et de femmes auraient été accomplies suivant le modèle des couples de saints comme Saint Serge et Saint Bacchus, pour les hommes. Plusieurs auteurs ont critiqué ces affirmations, y discernant des interprétations hâtives, orientées par le militantisme de Boswell [24]. Ils soulignent le fait que tous les documents disponibles font état d'un lien spirituel et non charnel. L'historien Brent Shaw a ainsi accusé Boswell d'ignorer les études récentes sur le rite de l'adelphopoiia [25]. Des assertions analogues ont été formulées au sujet des contrats et rites d'affrèrement en Occident.

Une situation contemporaine contrastée

L'homosexualité reste en général fermement condamnée par les églises chrétiennes. Quelques-unes adoptent depuis la fin du e siècle d'autres positions doctrinales quant à l'accueil des personnes homosexuelles.