Homo erectus

Reconstitution d'Homo erectus

Homo erectus est une espèce éteinte du genre Homo, qui aurait vécu en Asie entre environ 1 million d'années et 140 000 ans avant le présent[réf. nécessaire]. Les plus anciennes traces de foyers impliquant la maitrise du feu datent d'environ 400 000 ans et lui sont généralement attribuées en Asie[1]. Avant les années 1990, le taxon incluait également des fossiles africains, aujourd’hui attribués par la majorité des chercheurs à Homo ergaster, bien que d'autres préfèrent rester fidèles à l'ancienne appellation[2].

Homo erectus signifie littéralement « homme dressé, droit » en latin : ce nom binominal d'espèce est un héritage historique lié à la description du fossile de Pithecanthropus erectus par Eugène Dubois en 1894. Il s'agissait alors de la plus ancienne forme bipède connue d'hominidé, mais elle a été supplantée dès 1924 par la découverte du premier Australopithèque en Afrique du Sud.

Historique

Homo erectus comporte un certain nombre de variantes régionales qui ont été considérées comme des espèces distinctes à l'origine, dont le Pithécanthrope et le Sinanthrope. Ces différentes formes ont été à partir de 1939 réattribuées à l'espèce Homo erectus.

À la recherche du Pithécanthrope

Fossiles découverts par Eugène Dubois ayant servi à définir Pithecanthropus erectus

Peu après la publication des travaux de Charles Darwin, notamment de L'Origine des espèces en 1859, le biologiste et philosophe allemand Ernst Haeckel proposa un arbre généalogique théorique de l’homme, dans lequel il faisait apparaitre un « chainon manquant », un être intermédiaire entre le singe et l’homme. Dans son ouvrage L’histoire de la création naturelle paru en 1868, il nomma cette créature hypothétique Pithecanthropus alalus[3]. Le nom de genre était formé à partir des racines grecques πίθηκος, píthēkos, « grand singe » et ἄνθρωπος, anthropos, « homme ». Le nom d’espèce était formé sur le préfixe privatif « a- » et le λαλέω / laleô, « parler » : l’absence de langage articulé était en effet considérée comme l’une des caractéristiques nécessaires du Pithécanthrope.

Le médecin et anatomiste néerlandais Eugène Dubois, passionné par les nouvelles théories relatives à l’origine de l’homme, entreprit de rechercher les fossiles prouvant l’existence du Pithécanthrope, que Haeckel imaginait originaire d'Asie. Pour cela, il s’engagea comme médecin militaire dans l’armée des Indes orientales néerlandaises. Nommé en 1887 à Sumatra, en Indonésie, il s’y rendit convaincu qu’il trouverait sous les tropiques les traces d’un être intermédiaire entre l’homme et les grands singes[4],[5].

Après plusieurs années de recherches infructueuses à Sumatra, la découverte de l'Homme de Wajak en 1888 dans l'est de l'île de Java l'incita à se rendre à Java où il entreprit de fouiller les dépôts alluviaux du fleuve Solo, à Trinil, assisté de deux ingénieurs et d’un groupe de prisonniers condamnés aux travaux forcés. En 1890, il découvrit un premier fragment de mandibule. En 1891, il découvrit une molaire supérieure droite (Trinil 1) et une calotte crânienne très particulière (Trinil 2), présentant des caractéristiques qu’il considéra comme intermédiaires entre les grands singes et l’homme. En aout 1892, il exhuma sur le même site un fémur portant une excroissance pathologique (Trinil 3) mais très proche d’un fémur humain, appartenant incontestablement à un être parfaitement bipède. En 1894, Dubois décrivit ces différents fossiles ainsi que quelques autres dents comme les restes d’une espèce inconnue jusqu’alors, Pithecanthropus erectus, le « singe-homme érigé »[6].

La publication d’Eugène Dubois fut accueillie avec scepticisme. Seul l'Homme de Néandertal était alors connu, et ses rares fossiles, tout comme ceux de l’Homme de Cro-Magnon, suscitaient encore des débats. De nombreux spécialistes doutaient du caractère humain de la calotte crânienne de Java et surtout de son association avec le fémur. Tout doute a depuis été levé : ces fossiles ont bien été mis au jour dans des niveaux sédimentaires anciens et sont bien des restes d'Homo erectus[7].

La découverte du Sinanthrope

Les premiers restes de Sinanthrope furent découverts en 1921 par le géologue suédois Johan Gunnar Andersson et son assistant Otto Zdansky, dans une carrière de Zhoukoudian près de Pékin, en Chine. Ils y recueillirent des dents, des molaires.

En 1927, le paléoanthropologue canadien Davidson Black publia la description des fossiles découverts par Andersson, qu'il attribua à une nouvelle espèce, Sinanthropus pekinensis. Davidson Black reçut l'aide de la Fondation Rockefeller et fouilla le site jusqu'à sa mort en 1934. En décembre 1929, le jeune géologue chinois Pei Wen Zhong découvrit la première calotte crânienne, celle d'un adolescent. À partir de ce moment, l'authenticité de l'Homme de Pékin fut largement reconnue.

Pierre Teilhard de Chardin, spécialiste des mammifères tertiaires d'Asie, se vit confier par le Geological Survey of China (GSC) la supervision du chantier de fouilles de Zhoukoudian pour la géologie et l'étude de la faune. Les fouilleurs et chercheurs chinois récoltèrent progressivement un nombre important de fragments fossiles humains. En 1937, le laboratoire du Cénozoïque, créé à cette occasion par le GSC, avait déjà récolté 14 crânes plus ou moins complets, 11 fragments de mandibules, 117 dents, et 15 fragments de fémurs. C'était la première fois qu'autant de restes d'une même espèce humaine disparue et aussi ancienne étaient collectés en stratigraphie. L'étude paléoenvironnementale des remplissages et l'étude anatomique des fossiles, réalisées avec les moyens les plus modernes de l'époque, devinrent des références pour la science préhistorique.

La Seconde Guerre mondiale avait commencé et les fouilles durent s'arrêter, pour préserver la sécurité des chercheurs dans le contexte dangereux de l'époque. Les fossiles furent placés dans deux grandes caisses et partirent par voie de chemin de fer en direction d'un port vers les États-Unis. Ils n'y arriveront jamais, occasionnant une grave perte pour la paléoanthropologie. Franz Weidenreich avait cependant procédé à une description écrite minutieuse et détaillée de chacun des fossiles découverts, qui fut préservée et servit ensuite de référence aux études ultérieures.

La communauté scientifique accueillit d'abord avec réserve la découverte de l'Homme de Pékin, comme lors des précédentes découvertes de l'Homme de Néandertal ou de l'Homme de Cro-Magnon. Puis les esprits commencèrent à se faire à l'idée de l'existence d'une forme humaine plus ancienne et plus archaïque que l'Homme de Néandertal. Le fait que l'homme ne soit pas apparu sous sa forme actuelle commençait à être plus largement accepté.

L'émergence d'Homo erectus

En 1939, Gustav von Koenigswald apporta plusieurs spécimens fossiles javanais à Franz Weidenreich, qui travaillait sur l'Homme de Pékin, à Zhoukoudian, en Chine. La comparaison des fossiles javanais avec ceux de l'Homme de Pékin, ou Sinanthropus pekinensis, trouvés sur le site chinois de Zhoukoudian, les amena à conclure que les morphologies étaient très proches. Ils décidèrent alors d'abandonner le genre Sinanthrope, créé par le paléoanthropologue canadien Davidson Black en 1927, en ramenant tous les fossiles chinois au genre de création antérieure Pithécanthrope.

En 1944, le biologiste germano-américain Ernst Mayr proposa de remplacer le genre Pithécanthrope par le genre Homo, pour toutes les espèces potentiellement concernées, et obtint progressivement un consensus scientifique sur ce changement de dénomination. L'appellation Pithécanthrope n'a plus aujourd'hui qu'une valeur historique.

Des Homo erectus africains ?

A partir de 1960, les paléoanthropologues découvrirent des fossiles humains encore plus anciens en Afrique de l'Est, avec le premier fossile d'Homo habilis trouvé en 1960 (décrit et nommé en 1964), et le premier fossile reconnu d'Homo ergaster trouvé en 1971 (décrit et nommé en 1975). Pendant une vingtaine d'années, les fossiles africains d'Homo ergaster furent connus sous l'appellation d'Homo erectus.

En 1991, Bernard Wood, à l'époque à l'université de Liverpool, proposa de désigner sous le nom d'Homo ergaster le groupe africain de fossiles d’Homo erectus, plus généraliste et plus primitif que le groupe indonésien et chinois[2]. Dans cette optique, Homo erectus était désormais considéré comme exclusivement asiatique.
Ce point de vue a été assez largement repris et les fossiles africains autrefois attribués à Homo erectus sont présentés aujourd'hui comme relevant d’Homo ergaster. L’hypothèse la plus couramment acceptée fait d'Homo ergaster l’ancêtre d’Homo erectus. Il est possible qu’il soit aussi l'ancêtre d'Homo antecessor.

Quelques chercheurs sont cependant hostiles à la distinction Homo erectus - Homo ergaster. Ainsi, pour Fred Spoor[8], « quand j'ai vraiment examiné les plus petits détails […], j'ai été obligé de conclure qu'il n'y a pas de séparation claire entre les deux. [Ainsi le fossile KNM-ER 42700 du Kenya] présente en effet des caractères typiquement « asiatiques » : une carène sagittale sur l'os frontal et l'os pariétal ; des arrangements de la base crânienne […] qui sont reliés avec l'orientation du canal auditif identiques à ceux que Franz Weidenreich avait décrit dans les années 1940 pour l'homme de Pékin[2] ».

La question qui demeure en suspens à ce jour est de savoir si l'Homo erectus asiatique descend d'une forme sortie d'Afrique vers 1 million d'années avant le présent, ou bien d'une forme sortie d'Afrique antérieurement et ayant évolué en Asie. Ces deux thèses aujourd'hui concurrentes contribuent à brouiller la compréhension d'une partie de la taxonomie actuelle du genre Homo.

Sangiran 17, un spécimen d'Homo erectus de Java (Indonésie)
L'Homme de Pékin (Chine)
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