Homo erectus

Homo erectus
Description de cette image, également commentée ci-après

Crâne de sinanthrope,
l'un des Homo erectus asiatiques.

Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Mammalia
Ordre Primates
Famille Hominidae
Sous-famille Homininae
Genre Homo

Nom binominal

 Homo erectus
Dubois, 1894

Un buste
Reconstitution scientifique d'Homo erectus.

Homo erectus est un représentant fossile du genre Homo qui a vécu en Afrique, notamment au Kenya, et en Asie centrale et orientale au Paléolithique inférieur, entre plus de 1,8 million d'années et moins de 100 000 ans avant le présent. Les plus anciennes traces de foyers impliquant la maîtrise du feu datent d'environ 400 000 ans et lui sont généralement attribuées [1], [2]. Avant les années 1980, le taxon incluait également des fossiles africains aujourd’hui attribués par beaucoup de chercheurs (mais pas par tous [3]) à Homo ergaster .

Homo erectus signifie littéralement « homme dressé, droit » en latin : ce nom binominal d' espèce est un héritage historique lié à la description du fossile de Pithecanthropus erectus par Eugène Dubois en 1894. Il s'agissait alors du plus ancien ancêtre bipède connu d' Homo sapiens, mais ce n'est plus le cas aujourd'hui.

Homo erectus comporte un certain nombre de variantes régionales qui ont été considérées comme des sous-espèces à l'origine, dont le pithécanthrope et le sinanthrope, ce n'est plus le cas aujourd'hui.

Confortés par la publication controversée en 2013 des analyses du 5e crâne de Dmanisi (D4500) en Géorgie, certains chercheurs [4] croient que des espèces d’ hominines auparavant identifiées comme des espèces distinctes, dont Homo ergaster, Homo heidelbergensis, Homo rudolfensis et peut-être Homo habilis, pourraient toutes être rattachées à Homo erectus [5].

Historique

À la recherche du Pithécanthrope [6], [7]

Fossiles découverts par Eugène Dubois ayant servi à définir Pithecanthropus erectus.

Peu après la publication des travaux de Charles Darwin, notamment de L'Origine des espèces en 1859, le biologiste et philosophe allemand Ernst Haeckel proposa un arbre généalogique théorique de l’homme dans lequel il fait apparaître un «  chaînon manquant », un être intermédiaire entre le singe et l’homme. Dans son ouvrage L’histoire de la création naturelle paru en 1868, il nomma cette créature hypothétique Pithecanthropus alalus [8]. Le nom de genre est formé à partir des racines grecques πίθηκος, píthēkos, «  singe » et ἄνθρωπος, anthropos, «  homme ». Le nom d’espèce est formé sur le préfixe privatif « a- » et le λαλέω / laleô, « parler » : l’absence de langage articulé était en effet considérée comme l’une des caractéristiques nécessaires du Pithécanthrope.

Le médecin et anatomiste néerlandais Eugène Dubois, passionné par les nouvelles théories relatives à l’origine de l’homme, entreprit de rechercher les fossiles prouvant l’existence du Pithécanthrope imaginé par Haeckel. Pour cela, il s’engagea comme médecin militaire dans l’armée des Indes orientales néerlandaises. Nommé à Sumatra en Indonésie en 1887, il s’y rendit convaincu qu’il trouverait sous les tropiques les traces d’un être intermédiaire entre l’homme et les grands singes.

Après plusieurs années de recherches infructueuses à Sumatra, il se rendit à Java où il entreprit de fouiller les dépôts alluviaux du fleuve Solo à Trinil, assisté de deux ingénieurs et d’un groupe de prisonniers condamnés aux travaux forcés. En 1890, il découvrit un premier fragment de mandibule. En 1891, il découvrit une molaire supérieure droite (Trinil 1) et une calotte crânienne très particulière (Trinil 2), présentant des caractéristiques qu’il considéra comme intermédiaires entre les grands singes et l’homme. En août 1892, il exhuma dans le même site un fémur portant une excroissance pathologique mais très proche d’un fémur humain, appartenant incontestablement à un être parfaitement bipède. En 1894, Dubois décrivit ces différents fossiles ainsi que quelques autres dents comme les restes d’une espèce inconnue jusqu’alors, Pithecanthropus erectus, le « singe-homme érigé » [9].

La publication d’Eugène Dubois fut accueillie avec scepticisme. Aucune forme humaine ancienne n’était connue à ce jour et les fossiles de l’ Homme de Néandertal et de l’ Homme de Cro-Magnon suscitaient encore des débats. De nombreux spécialistes doutaient du caractère humain de la calotte de Java et surtout de son association avec le fémur. Il n'y a depuis aucun doute, ces fossiles ont bien été mis au jour dans des niveaux sédimentaires anciens et sont bien des restes d'Homo erectus [10].

La découverte du Sinanthrope

Les premiers restes de Sinanthrope ont été découverts en 1921 par le géologue suédois Johan Gunnar Andersson, dans une carrière de Zhoukoudian près de Pékin, en Chine. Il y recueille des dents, des molaires.

En 1926, le professeur canadien Davidson Black publie la description des fossiles découverts par Anderson qu'il attribue à une nouvelle espèce, Sinanthropus pekinensis. Black reçoit l'aide de la fondation Rockfeller et fouille le site jusqu'à sa mort en 1934. En décembre 1929, le jeune géologue chinois Pei Wen Zhong découvre la première calotte, celle d'un adolescent. À partir de ce jour, l'authenticité de l' homme de Pékin est définitivement reconnue.

Pierre Teilhard de Chardin, spécialiste des mammifères tertiaires d'Asie, se voit confier par le Geological Survey of China (GSC) la supervision du chantier de fouilles de Zhoukoudian pour la géologie et l'étude de la faune. Les fouilleurs et chercheurs chinois récoltent progressivement un nombre important de fragments d'hominidés. En 1937, le laboratoire du Cénozoïque, créé à cette occasion par le GSC, a déjà récolté 14 crânes plus ou moins complets, 11 fragments de mandibules, 117 dents et 15 fragments de fémurs. C'est la première fois qu'autant de restes d'une même espèce d'hominidé disparue et aussi ancienne sont collectés en stratigraphie. L'étude paléoenvironnementale des remplissages et l'étude anatomique des hominidés, réalisées avec les moyens les plus modernes de l'époque, deviennent des références pour les sciences préhistoriques. Franz Weidenreich, successeur de Raymond Dart, et Gustav Heinrich Ralph von Koenigswald s'associent pour comparer les crânes de Pékin et de Java et pour comprendre les différences avec l'Homo sapiens.

La Seconde Guerre mondiale approche et la fouille s'arrête, notamment pour préserver la sécurité des chercheurs dans le contexte troublé de l'époque. Les fossiles sont placés dans deux grandes caisses et partent par voie de mer en direction des États-Unis. Ils n'y arriveront jamais, occasionnant une perte irrémédiable pour l'évolution des connaissances et la recherche sur l'homme de Pékin.

La communauté scientifique accueillit avec réserve la découverte de l' homme de Pékin, comme lors des précédentes découvertes de l' homme de Néandertal ou de Cro-Magnon. En ce début du XXe siècle, les esprits commençaient à se faire à l'idée de l'existence d'une forme humaine plus ancienne et plus animale que l' homme de Néandertal. Le fait que l'homme ne soit pas apparu sous sa forme actuelle commence à être accepté.

Des Homo erectus africains ?

« En 1991, Bernard Wood, à l'époque à l'université de Liverpool, [a proposé] de désigner sous le nom d' Homo ergaster le groupe africain [de fossiles d’H. erectus], plus généraliste et plus primitif que le groupe indonésien et chinois [3] ». Dans cette optique, Homo erectus était désormais considéré comme exclusivement eurasiatique.

Ce point de vue a été assez largement repris et les fossiles africains autrefois attribués à H. erectus sont souvent présentés aujourd'hui comme relevant d’ Homo ergaster, une espèce assez proche des H. erectus asiatiques, mais plus primitive.

Les Homo ergaster ont vécu entre 1,8 et 1 million d'années avant notre ère. Ils descendraient vraisemblablement d’ Homo habilis. Leur cerveau atteint une capacité de 850 cm3, ce qui impliquerait une consommation régulière de viande.

Les spécimens découverts mesuraient entre 1,55 m et 1,70 m, pour un poids de 50 à 65 kg. Le dimorphisme sexuel de cette espèce est plus réduit que chez Homo habilis. Le faciès d' Homo ergaster présente encore des caractères archaïques, notamment un fort prognathisme.

D’après l’hypothèse la plus couramment acceptée actuellement, Homo ergaster serait l’ancêtre d’Homo erectus. Il est possible qu’il soit aussi l'ancêtre d' Homo antecessor.

Quelques rares scientifiques sont cependant hostiles à la distinction H. erectus - H. ergaster. Ainsi, pour Fred Spoor [11], « quand j'ai vraiment examiné les plus petits détails […], j'ai été obligé de conclure qu'il n'y a pas de séparation claire entre les deux. [Ainsi le fossile KNM-ER 42700 du Kenya] présente en effet des caractères typiquement « asiatiques » : une carène sagittale sur l'os frontal et l' os pariétal ; des arrangements de la base crânienne […] qui sont reliés avec l'orientation du canal auditif identiques à ceux que Franz Weidenreich avait décrit dans les années 1940 pour l' homme de Pékin [3] ».

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