Homme de Néandertal

Homo neanderthalensis

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Répartition de l'Homme de Néandertal en Europe (bleu), au Moyen-Orient (orange), en Asie centrale (vert), et dans l'Altaï (violet)

L'Homme de Néandertal, ou Néandertalien, est une espèce éteinte du genre Homo, qui a vécu en Europe, au Moyen-Orient et en Asie centrale, entre environ 450 000 et 35 000 ans avant le présent [1]. Depuis sa découverte en 1856, son statut a varié : un temps considéré comme une sous-espèce d' Homo sapiens et nommé en conséquence Homo sapiens neanderthalensis, il est aujourd'hui considéré comme une espèce à part entière nommée Homo neanderthalensis. Le séquençage de l' ADN nucléaire néandertalien réalisé depuis 2006 et publié en 2010 a montré un « flux de gènes » ancien entre les hommes de Néandertal et les hommes modernes d'Eurasie. Selon les scientifiques, les hommes modernes non africains possèdent selon les individus entre 1,8 et 2,6 % de gènes néandertaliens, acquis par hybridation lors de leur sortie d'Afrique, et environ 20 % du génome de Néandertal a survécu au sein des populations humaines modernes à différents endroits de notre génome [2].

Premier homme fossile reconnu, contemporain mais distinct d' Homo sapiens, l'Homme de Néandertal se caractérise par sa culture matérielle appelée Moustérien, ainsi que par les premières sépultures. Après une difficile reconnaissance, l'Homme de Néandertal a longtemps pâti d'un jugement négatif par rapport à l’ Homo sapiens. Il était considéré dans l'imagerie populaire comme un être simiesque, fruste, laid et attardé. Les progrès de l' archéologie préhistorique et de la paléoanthropologie depuis les années 1960 ont en fait révélé une espèce humaine d'un certain développement culturel.

L'Homme de Néandertal était physiquement plus robuste et plus trapu que l’ Homo sapiens, en raison de son développement dans un environnement plus froid. Il avait un cerveau un peu plus volumineux en moyenne, mais avec un coefficient d'encéphalisation légèrement moindre.

De nombreux points restent encore à élucider, comme son ascendance précise ainsi que la date et les causes de son extinction après plus de 400 000 ans d'existence. Certains outils découverts à Gibraltar et attribués aux Néandertaliens pourraient dater de 28 000 ans avant le présent (cf. infra). Toutefois, une étude parue dans la revue Nature en 2014, basée sur des datations par le carbone 14 effectuées selon un protocole amélioré, suggère qu'ils auraient disparu plus tôt, il y a peut-être environ 40 000 ans.

Historique de la découverte

Les Néandertaliens avant Neandertal

Photo d'une grotte dans un espace vallonné boisé sous une lumière indirecte rasante.
Le vallon des Grottes Schmerling à Engis en Belgique, où furent découverts en 1829 les premiers ossements néandertaliens.

Deux fossiles de Néandertaliens ont été découverts avant celui auquel on a donné ce nom. En 1829, un crâne d'enfant, Engis 2, fut mis au jour par Philippe-Charles Schmerling à Engis ( Belgique). En 1848, un crâne d'adulte fut trouvé à Gibraltar, dans le site de la carrière de Forbes. Si le premier appartenait à un jeune individu sur lequel les traits caractéristiques des Néandertaliens sont moins évidents, le deuxième aurait pu conduire à reconnaitre l'existence d'une espèce humaine fossile. Sans doute était-il trop tôt, comme le prouvent d'ailleurs les difficultés pour faire admettre que les os recueillis en 1856 à Neandertal, en Allemagne, correspondaient bien à un homme fossile [3].

1856 : Neandertal ou la « vallée de l'homme nouveau »

Le mot « Néandertalien » est tiré de Neandertal, nom d'une petite vallée située sur le territoire des villes d' Erkrath et de Mettmann, entre Düsseldorf et Wuppertal ( Allemagne). Au mois d', dans le cadre de l'exploitation d'une carrière, des ouvriers vidèrent une petite cavité de cette vallée, la grotte de Feldhofer. Ils y découvrirent des ossements et un fragment de crâne qu'ils remirent à Johann Carl Fuhlrott, un instituteur d' Elberfeld passionné d'histoire naturelle.

3 dessins fins alignés verticalement d'une calotte crânienne vue de gauche, de face et de dessus.
Calotte crânienne découverte à Neandertal en 1856
Photo en intérieur d'un squelette reconstitué en station debout sur une plaque colorée.
Squelette reconstitué d'un homme de Néandertal

Par un heureux hasard, le toponyme Neandertal signifie « vallée de l'homme nouveau ». En effet le nom de Neander a été donné à cette vallée (en allemand tal, anciennement thal) en l’honneur de Joachim Neumann (1650-1680), appelé aussi Joachim Neander, car, suivant un usage familial datant de son grand-père et très courant à l'époque, il avait traduit en grec ancien son patronyme allemand, qui signifie littéralement « homme nouveau ». Ce pasteur et compositeur, auteur de cantiques religieux encore populaires dans le protestantisme allemand, aimait chercher son inspiration dans cette vallée, jadis idyllique.

Comme, à l'époque, le nom de la vallée s'écrivait encore Neanderthal, l'homme qui y fut découvert reçut le nom latin d’Homo neanderthalensis. Ultérieurement une réforme orthographique de l' allemand a supprimé les h superflus, mais, la nomenclature évitant de revenir sur les formes latinisées, on a continué à écrire Homo neanderthalensis. La graphie française la plus courante, proposée par Henri Vallois en 1952, est Homme de Néandertal, même si l'on trouve parfois Homme de Neandertal, Homme de Néanderthal ou Homme de Neanderthal. En anglais, la forme ancienne Neanderthal est encore très répandue, ce qui peut induire pour la séquence thal une prononciation incorrecte du nom allemand originel [4].

Une découverte controversée

Fuhlrott comprend rapidement l'intérêt de la découverte et se rend sur place pour tenter en vain de découvrir d'autres ossements ou des vestiges qui leur seraient associés. Il se rend compte qu'il s'agit d'ossements anciens mais surtout incroyablement primitifs, correspondant à un homme nouveau, d'une « conformation naturelle jusqu'ici inconnue » [5], [6].

L'Homme de Néandertal est effectivement le premier homme fossile distinct d'Homo sapiens, et il est découvert avant l' Homme de Cro-Magnon (1868). L'idée même qu'une espèce d'homme distincte de la nôtre ait existé par le passé (et ait disparu) fut d'ailleurs particulièrement difficile à admettre. On se souviendra par exemple que Charles Darwin ne publiera L'Origine des espèces par la sélection naturelle qu'en 1859 et qu'il n'élargira explicitement sa théorie à l'homme qu'en 1871 dans La Filiation de l'homme et la sélection liée au sexe.

Malgré des différences importantes avec les os d'hommes modernes, Fuhlrott reconnait dans ses trouvailles des os humains et les soumet à Hermann Schaaffhausen pour un examen complémentaire. Ce dernier présente ses premières conclusions en 1857 [7]. Il estime que les ossements datent d'une période antérieure aux Celtes et aux Germains, et sont ceux d'un individu appartenant à l'une des races sauvages du nord-ouest de l' Europe dont parlent les auteurs latins. Tous les chercheurs n'acceptent pas cette interprétation : pour certains, les os ont appartenu à un genre différent du nôtre, sans doute plus proche du singe, pour d'autres ils renvoient à un individu pathologique ou frappé de crétinisme. Certains évoquent même un cosaque ayant déserté les armées russes en 1814.

Reconnaissance de l'ancienneté de l'Homme et de son évolution

Peu à peu les découvertes se multiplient, d'abord celles de fossiles d' Homo sapiens associés à des vestiges lithiques et à des animaux disparus (dont l' Homme de Cro-Magnon en 1868) puis d'autres Homo neanderthalensis, encore en place dans les sédiments, complets et présentant les mêmes spécificités anatomiques, mais souvent hors contexte archéologique (pas d'ossements d'animaux ou d'outils associés), y compris en mer du Nord [8], ce qui rend difficile leur datation et leur interprétation. Parmi les plus spectaculaires, il faut citer les deux squelettes de la Grotte de Spy ( région wallonne de Belgique) en 1886 puis la sépulture de l'Homme de la Chapelle-aux-Saints ( Corrèze) en 1908. Elles contribuent à faire définitivement accepter l'existence d'une nouvelle espèce d'humain par la communauté scientifique.

Le nom scientifique Homo neanderthalensis est proposé en 1864 par William King, professeur au Queen's College de Galway en Irlande et ancien élève de Charles Lyell [9]. En 1866, Ernst Haeckel propose le nom surprenant d’Homo stupidus, qui n'est pas retenu en vertu des règles de nomenclature donnant priorité à l'appellation antérieure. Les partisans du rattachement à une sous-espèce parleraient sinon d’Homo sapiens stupidus !

Les premières études (et les reconstitutions qui en découlaient) donnèrent de l'Homme de Néandertal une image déformée, accentuant les traits primitifs, voire simiesques. Ce fut le cas de l'étude de l'Homme de la Chapelle-aux-Saints publiée par Marcellin Boule en 1911 : même s'il s'agissait d'une étude très complète, qui fit référence pendant de nombreuses années, elle présentait un Homme de Néandertal voûté, la colonne vertébrale courbée (comme chez les gorilles) et les membres inférieurs semi-fléchis [10]. Il fallut presque un siècle à la communauté scientifique pour corriger cette perception influencée par des a priori peu scientifiques.

Au début du XXe siècle, certains furent scandalisés par le fait que ces découvertes se détachaient d'une lecture littérale de la Bible [11]. Ils reprochaient au prêtre catholique Jean Bouyssonie, qui découvrit le squelette d'un Néandertalien à la Chapelle-aux-Saints, de soutenir la théorie de l'évolution. Le , un journaliste de La Lanterne écrivit : « Les savants prétendent que c’est le crâne du plus ancien homme du Monde. C’est une malveillante insinuation destinée à faire croire que les hommes du Monde descendent du singe ». Une caricature montrait Jean Bouyssonie sous les traits d’un homme de Néandertal en soutane, montrant sa découverte à un savant [12].

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