Histoire de l'Union européenne

Élargissements successifs de l'Union européenne.
Le drapeau européen : 12 étoiles, quel que soit l' élargissement, pour 28 membres de l' Union et 47 membres du Conseil de l'Europe [1], [Note 1], [Note 2].

L'histoire de l'Union européenne remonte à la période d' après-guerre et à la volonté des dirigeants politiques de l'époque de créer un « espace de paix et de stabilité » [2]. L'idée d'une unification politique des pays du continent européen, en germe depuis le e siècle et les courants de pensée des Lumières et du Printemps des peuples, apparaît plus que jamais indispensable dans une Europe dévastée par des années d'affrontement entre les totalitaristes et le « Monde libre » [3]. De cette volonté, émerge le rêve des grands dirigeants de fonder les « États-unis d'Europe ». Le processus d'unification économique et politique s'est concrétisé par les élargissements successifs de la Communauté européenne puis de l' Union européenne et par l'approfondissement continu de son rôle dans les États membres et à l'international [4].

Historique de l'Europe

Géographie de l'Europe, des finistères européens jusqu'à l' Oural.
Voir : 20x Atlas Wikimédia de l'Europe, dans Commons.

Le terme «  Europe » n'était pas fréquemment employé avant la Renaissance des e et e siècle [5]. L'Europe était bien le terme désignant le continent nord européen (au côté des deux autres continents, l' Asie et l' Afrique), mais on l'employait avec un sens strictement géographique. On employait plus fréquemment le terme «  Occident » (par opposition à l'«  Orient byzantin »). Le terme «  chrétienté » (christianitas) englobait quant à lui l' Occident et l' Orient chrétien [5].

De l'antiquité aux premières phases d'intégration européenne, l'Europe a fait émerger – entre phase de conflits et de paix – les bases de valeurs communes [6].

Principales tentatives d'unification en Europe

L'espace occupé par le sud et l'ouest de l'Union européenne actuelle était occupé par l' Empire romain [7]. Dès le Ier siècle Ier siècle av. J.-C., il englobait le bassin méditerranéen. Cependant, après le partage de 395, l' Empire romain fut séparé entre l' Empire romain d'Occident et l' Empire romain d'Orient. L'Empire d'Occident ne survécut pas à la période des Grandes invasions [5], tandis que l'empire d'Orient survécut, sous le nom d' Empire byzantin.

La renaissance carolingienne apporte à l'Occident l'uniformité de l' écriture.

Après la chute de l' Empire romain d'Occident, l' Occident entre dans une période de déclin jusqu'au rétablissement temporaire de l'unité politique au sein de l' Empire carolingien [5]. Pépin le Bref restaura un pouvoir stable en accord avec l' Église de Rome. Son fils Charlemagne établit un pouvoir politique par des conquêtes territoriales. Il se considérait comme le successeur des empereurs romains. Les limites de l' Empire carolingien rappellent alors celle de l' Europe des Six [5] et fut utilisé comme référent culturel de l'Europe naissante [8]. Les problèmes de succession aboutirent au démantèlement de l' Empire carolingien après la mort de l'empereur Louis le Pieux ( partage de Verdun de 843) et les invasions normandes, sarrasines et hongroises du e siècle dévastèrent une grande partie de l'ancien empire.

Au XIIe siècle, les échanges avec la civilisation arabo-musulmane, alors en avance sur l' Occident chrétien dans les domaines de la science et de la technique, engendrèrent une nouvelle période de renouveau [9]. En pleine période d'essor urbain, le renouveau du savoir se traduisit par l'ouverture d' universités dans quelques grandes villes européennes [9]. L'unité de l'Europe était donc surtout religieuse et culturelle. La querelle entre guelfes et gibelins aux e et e siècle témoigne d'une recherche d'organisation politique [10]. Le pouvoir politique se démarqua de l' Église à partir de Philippe le Bel (début du e siècle). Cependant, la peste noire et la guerre de Cent Ans interrompirent cet élan.

Dans son épître du à Nicolas de Cues, le pape Pie II, auteur du traité De Europa, fait part de ses inquiétudes vis-à-vis de la menace turque alors que l'Europe se livre « à des guerres intestines, [pourchassant ses] propres frères, [laissant] les ennemis de la Croix se déchaîner » contre elle. La même année, il concluait dans une lettre à Léonardo Benvoglienti « Tel est le visage de l'Europe, telle est la situation de la religion chrétienne ». À la même époque, le roi hussite de Bohême, Georges de Bohême propose dans son Universitas de 1464, de contenir cette menace par la création d'une assemblée commune et itinérante de l'Europe catholique, financée par la création d'impôts et de moyens spécifiques et impliquant le renoncement de ses membres aux guerres intestines. Cette assemblée avec blason, sceau, trésor, archives, syndic, procurateur fiscal et fonctionnaires, au sein de laquelle chaque nation chrétienne (France, Germanie, Italie...) se verrait attribuer une voie aux suffrages et où les décisions seraient prise à la majorité aurait eu le rôle de force d'arbitrage [11].

Les Empires coloniaux : la plupart des européens, dominent le Monde depuis l' Époque moderne jusqu'en 1945. Le centralisme vers chaque métropole souligne en revanche leur désunion (situation en 1898).

Érasme avançait déjà dans son Plaidoyer pour la paix l'idée d'un grand ensemble européen. Il désirait que celui-ci contînt les États chrétiens et qu'il reposât sur des valeurs de tolérance et de paix [12].

L'unification de l'Europe par la force [6] continue sous le règne de Charles Quint, empereur du Saint-Empire romain germanique (première partie du XVIe siècle). De leurs côtés, les Habsbourg dominent l'Autriche, l'Espagne, la Franche-Comté, Milan, Naples et les Pays-Bas. Ils ont façonné le continent européen en l'unifiant politiquement par des guerres, mais aussi par des mariages. Aux XVe et XVIe siècles, l'Europe obtint la suprématie mondiale grâce aux grandes découvertes : c'est le début d'une « protomondialisation », dont la caractéristique est le commerce triangulaire.

En 1620, le duc de Sully imagine, dans ses mémoires, « un corps politique de tous les États d'Europe » dont l'objectif serait la création d'une « paix inaltérable et un commerce perpétuel » [13], [14].

Aux traités de Westphalie en 1648, pour la première fois se retrouvent autour d'une table de négociation les grands États d'Europe afin de définir les relations entre eux dans le respect de leur souveraineté respective. Il n'est plus question comme au Moyen Âge d'une chrétienté occidentale unie autour d'une foi commune sous la haute autorité du souverain pontife. Chaque monarque est désormais maître chez lui, y compris en matière religieuse (principe Cujus regio, ejus religio) [15].

Le siècle des Lumières vit des échanges culturels transcendant les frontières : les Lumières françaises avaient leur équivalent avec l'«  Enlightenment » anglais, l'«  Aufklärung » allemand, l'« Illuminismo » (en italien), l'« Ilustración » (en espagnol).

La Révolution française avait l'ambition d'étendre les valeurs révolutionnaires à toute l'Europe, l'ambition d'accéder à une société plus juste se répandit en Europe au cours du XIXe siècle ( Printemps des peuples). Cependant, l'arrivée au pouvoir de Napoléon étendit temporairement et par la force la domination française sur la majeure partie de l'Europe, avec des territoires sous administration française (130 départements) ou des royaumes sous influence française. Cette période propagea certaines valeurs révolutionnaires.

En 1815, après la chute de Napoléon, le Congrès de Vienne consacre la création d'un ordre européen où les relations entre États sont contractualisées, avec un « système des congrès » dans lequel les diplomates du continent se réunissent régulièrement. La Sainte-Alliance est le premier traité postulant une unique nation en Europe, signé par l'ensemble des pays du continent, sauf l'Angleterre et le Vatican [16].

Après la Première Guerre mondiale, le traité de Versailles ( 1918) entraina la disparition des Empires austro-hongrois et allemand.

En septembre 1929, Aristide Briand propose un Mémorandum sur l'organisation d'un régime d'union fédérale européenne lors de la réunion annuelle de l' Assemblée de la Société des Nations [17]

La Seconde Guerre mondiale, le projet d'intégration forcé de l' Europe sous domination nazie sous Hitler chercha à imposer la vision d'un Empire européen mené par l' Allemagne nazie ( Troisième Reich), destiné à durer mille ans (promesses d'un « Ordre nouveau ») [3]. Les dégâts humains, sociaux et économiques des deux guerres sur le théâtre européen imposent aux vainqueurs comme aux vaincus l'idée d'une nécessaire pacification des relations sur le continent.

Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis appuient la création d'une union économique et assurent la défense militaire de l' Europe de l'Ouest face au bloc de l'Est [18], [3].

Idée des « États-Unis d'Europe »

Article détaillé : États-Unis d'Europe.
Article connexe : Pan-européanisme.

L'idée d'une unité politique européenne s'est construite progressivement à partir du XVIe siècle. Dès la Renaissance, en 1526, dans son ouvrage Des conflits européens et de la guerre turque, l' humaniste espagnol Jean Louis Vivès préconise une union des royaumes d'Europe contre les Turcs. L'Espagne est alors à son apogée et doit mener presque seule des combats contre les Turcs qui s'imposent en Méditerranée [19].

Les penseurs des Lumières évoquaient déjà cette idée. En 1713, à la suite de la guerre de Succession d'Espagne, longue et sanglante guerre paneuropéenne ( 1701- 1713), l' abbé de Saint-Pierre évoque une union des États de l'Europe afin de supprimer les guerres dans le monde [20]. En 1756, le philosophe Jean-Jacques Rousseau rédige les Extraits et jugements sur le projet de paix perpétuelle, d'après les écrits de Saint-Pierre et note deux idées importantes : associer les États dans leurs relations extérieures, de la même façon que les citoyens sont associés dans l'État et par l'État dans une démocratie et créer un pacte protecteur de lois internationalement reconnues, auxquelles obéiraient les États signataires du pacte [20], [21].

La Révolution française tenta sans grand succès d'unifier les peuples d'Europe contre les pouvoirs monarchiques. En 1795, dans son Essai sur la paix perpétuelle, Emmanuel Kant préconisait une « fédération d'États libres » :

« Ce serait là une « Fédération » de peuples, et non pas un seul et même État, l'idée d'État supposant le rapport d'un souverain au peuple, d'un supérieur à son inférieur. Or plusieurs peuples réunis en un même État ne formeraient plus qu'un seul peuple, ce qui contredit la supposition, vu qu'il s'agit ici des droits réciproques des peuples, en tant qu'ils composent une multitude d'États différents qui ne doivent pas se confondre en un seul [22]. »

En 1870, avant la Commune, les militants de l' Association internationale des travailleurs en France adressent un manifeste au peuple allemand : « tendons-nous la main, oublions les crimes militaires que les despotes nous ont fait commettre, les uns contre les autres. Proclamons : la liberté, l'égalité, la fraternité des peuples. Par notre alliance, fondons les États-Unis d'Europe [23]. »

Mais ce fut surtout en réaction aux horreurs de la guerre qu'elle s'imposa avec plus de force, particulièrement après la guerre de 1870 : Victor Hugo appelait de ses vœux la construction d'un État paneuropéen, seul garant de la paix sur le continent. Aussi ces États-Unis d'Europe devaient être également l'endroit où les valeurs républicaines seraient respectées, afin que le monde entier s'en inspirât.

« […] Et on entendra la France crier : C'est mon tour ! Allemagne, me voilà ! Suis-je ton ennemie ? Non ! je suis ta sœur. Je t'ai tout repris, et je te rends tout, à une condition : c'est que nous ne ferons plus qu'un seul peuple, qu'une seule famille, qu'une seule république. Je vais démolir mes forteresses, tu vas démolir les tiennes. Ma vengeance, c'est la fraternité ! Plus de frontières ! Le Rhin à tous. Soyons la même République, soyons les États-Unis d'Europe, soyons la fédération continentale, soyons la liberté européenne, soyons la paix universelle ! »

— Discours du 1er mars 1871 à l'Assemblée nationale.

Cette expression sera d'ailleurs reprise, dans les années 1920 par Aristide Briand. Un autre célèbre discours de Victor Hugo en faveur de la création d'une union du continent européen, est l'appel à l'union européenne en faveur de la Serbie pour l'aider dans sa lutte d'indépendance contre l'occupation turque [24].

Après la Première Guerre mondiale, la France imposa à l'Allemagne vaincue dans le traité de Versailles le paiement de réparations dans des conditions jugées humiliantes par les Allemands. On peut noter cependant les initiatives de Aristide Briand auprès de la SDN, ainsi que le mouvement « pan européen », véritable laboratoire d'idée pour le futur. Le Marché commun européen fut précédé de tentatives du même ordre, dès les années 1920, dont la plus important prit la forme d'un appel aux Européens en faveur d'une Union douanière européenne, lancé le 12 mars 1925 par le journaliste Edgar Stern-Rubarth et neuf autres personnalités internationales, parmi lesquelles l'économiste hongrois Elemér Hantos ou l'économiste français Charles Gide, titulaire depuis 1921 de la chaire de coopération au Collège de France [25].

Dans les années 1930, l'idée d'une «  union douanière européenne » était soumise à la conférence économique internationale, afin de lutter contre des barrières douanières alors perçues comme pouvant avoir des conséquences néfastes [26].

À cette période de nombreux marxistes mettent en avant l'objectif de créer des « États-Unis socialistes d'Europe », avec pour but d'empêcher les guerres et de franchir une étape pour aller vers un internationalisme véritable, tout en s'opposant au capitalisme [Note 3].

Ce fut après les nouvelles horreurs de la Seconde Guerre mondiale que l'idée est reparue de façon plus large. Durant la guerre, des initiatives en vue de préparer la paix naquirent dans les mouvements de résistance [3]. Ainsi, Altiero Spinelli fonde en 1943 à Milan le Mouvement fédéraliste européen. En 1944 est fondé à Lyon le Comité français pour la fédération européenne. En Allemagne, le mouvement La Rose blanche, dont les dirigeants seront exécutés par les nazis, appelle à une fédération européenne pour l'après-guerre .

Article connexe : Fédéralisme européen.

Dans un célèbre discours prononcé en 1946 à l'université de Zurich, l'ancien Premier ministre britannique Winston Churchill déclarait, en ne parlant que de l'Europe continentale sans le Royaume-Uni [27] :

« Il existe un remède qui, s'il était généralement et spontanément adopté par la grande majorité des peuples dans de nombreux pays pourrait, comme par miracle, rendre l'Europe aussi libre et heureuse que la Suisse de nos jours. […] Nous devons construire une sorte d'États-Unis d'Europe. […] La première étape consiste à former un Conseil de l'Europe. Et de ce travail urgent, la France et l'Allemagne doivent ensemble prendre la direction. […] Je vous dis donc : « Debout, l'Europe ! ». »

— Discours de Winston Churchill à Zurich en 1946.

En 1947, des socialistes de divers partis européens créent le Mouvement pour les États-Unis socialistes d'Europe [28]. La même année, l'écrivain George Orwell se prononce également pour des États-Unis socialistes d'Europe [29].

Le Congrès de la Haye, en 1948, rassemble les différents partisans de l'unification de l'Europe. L'une de ses conséquences fut la création du Conseil de l'Europe, première tentative vers la construction d'un avenir commun aux nations d'Europe.

Entre 1948 et 1960, dans un contexte de guerre froide et de lutte contre le communisme, le gouvernement américain, au travers du Comité américain pour une Europe unie, apporta un soutien financier à diverses organisations promouvant l'intégration ou le fédéralisme politique en Europe, à l'instar du Mouvement européen [30].

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