Haï Gaon

Ne doit pas être confondu avec Haï ben David ou Haï ben Nahshon.

Haï Gaon ( hébreu : רב האי בן שרירא גאון, Rav Haï ben Sherira Gaon, parfois orthographié האיי Hayy) est un rabbin babylonien des e et e siècles ( 939- 1038 EC [1]), considéré comme le dernier grand Gaon ( directeur d' académie talmudique) de Poumbedita.

Bien que d'autres lui aient succédé à ce poste, la date de sa mort est considérée comme le terme de la période des Gueonim, le judaïsme babylonien n'assurant plus un rôle central mais local.

Éléments biographiques

Origines

Sa vie est peu connue, malgré la longévité exceptionnelle dont le crédite Abraham ibn Dawd [1] (le Raaba"d).
Ainsi que l'indique son père, Sherira Gaon, dans son Iggeret (Lettre) destinée aux Juifs de Kairouan, leur famille est d' ascendance davidique ; autrefois proche de l' exilarque, elle s'en est distanciée, et a renoncé à diriger la communauté juive de Babylonie lorsque les luttes de pouvoir, et la corruption, ont commencé, ceci avant même la crise suscitée par le mariage de Bostanaï avec une princesse persane non-juive [2]. Ayant rejoint les académies talmudiques, elle est devenue l'une des dynasties au sein desquelles ont été choisis de nombreux Gueonim et autres dignitaires académiques. Haï lui-même épousera la fille de Samuel ben Hofni, descendante d'une autre de ces dynasties, dans un but probable de conciliation entre les familles [3].

Jeunesse et accession au gaonat

Haï assiste dès sa jeunesse son père dans les cours qu'il doit dispenser [4]. Après la nomination de ce dernier au gaonat, en 968, Haï devient son Av beit din adjoint, deux ans avant la rédaction de l'Iggeret. Sherira mentionne son fils, Haï ba'hourani, dans d'autres écrits.

Selon le Raaba"d, Haï et son père sont calomniés par des adversaires environ 20 ans plus tard, jetés en prison et leurs avoirs confisqués par le calife Al-Qadir [1]. À leur sortie, Sherira abdique devant son fils, dont la nomination est accueillie avec un grand enthousiasme par la population juive : selon une vieille tradition [5], l'assemblée modifie la lecture d'un verset biblique, substituant à « Et Salomon s'assit sur le trône de David, son père, et sa royauté fut très solidement établie [6], » « Et Haï s'assit sur le trône de Sherira, etc. »

Haï le Gaon

Le gaonat de Haï et celui de son père auront permis de maintenir l'académie de Poumbedita à flot pendant encore environ 140 ans. Des élèves en provenance de l'empire byzantin, d'Italie, d'Égypte, d'Espagne et jusqu'au fils du Rav Shlomo bar Yehouda, Gaon de la terre d'Israël (alors que les deux centres traditionnels du judaïsme sont traditionnellement rivaux), sont assis devant Haï Gaon pour écouter ses leçons. Des questions, s'accompagnant de contributions monétaires au fonctionnement de l'académie, lui parviennent également de Samuel ibn Nagrela de Grenade, de Hananel ben Houshiel et Nissim ben Jacob de Kairouan, de Meshoullam ben Kalonymos de Lucques, du fils de Shemarya ben Elhanan de Fostat, et d'ailleurs. Le monde juif est alors tourné vers un Sage de Babylone, pour la dernière fois.

L'étude des œuvres de Haï Gaon, en particulier de ses responsa, révèle un homme d'une profonde culture, connaisseur non seulement de la littérature hébraïque et judéo-arabe, mais aussi du Coran et des Hadith, de Platon, d' Aristote et d' al-Farabi, de la Septante, du calendrier et de l'histoire grecque (ainsi qu'il ressort de ses responsa) et de la traduction persane de Kalila wa-Dimna.

Il n'hésite pas, selon un dayan sicilien, à consulter jusqu'au Catholicos pour une difficulté exégétique sur Ps. 141:5, arguant que ses prédécesseurs jusqu'aux temps anciens étaient à l'écoute de tous, y compris ceux qui ne partageaient pas leur foi [7]. Il avait d'ailleurs une assez bonne connaissance des mouvements théologiques de son temps, se sentant le plus d'affinité avec l' acharisme orthodoxe, au point que Moïse ibn Ezra le qualifie, dans son Kitāb al-Muḥāḍarawa al-Mudhākarain (folio 1196), de Motekallam, et était capable de disputer avec des théologiens musulmans, en utilisant parfois leur propre méthode polémique [8].

Il n'en est pas moins très attaché aux traditions et aux coutumes, établissant le principe que dans les cas où le Talmud ne donne pas de décision, il faut adhérer aux coutumes traditionnelles, recommandant même de suivre toutes les coutumes qui ne sont pas en opposition directe avec la loi, et de les observer quand bien même sa signification originelle n'a plus cours ou n'est plus connue, comme la coutume de ne pas boire d'eau pendant les Teḳoufot [9]. Son conservatisme ne l'empêche toutefois pas de dénoncer les abus commis en son temps: il proteste ainsi contre la pratique de déclarer nuls et non avenus tous les vœux et promesses qui pourraient être faits l'an prochain [10], et contre le refus de donner une sépulture honorable aux personnes excommuniées et à leurs relations [11].

Sa position sur l'étude des sciences ésotériques ou de la philosophie, qu'il décourage, doivent se comprendre à la lumière de ces traits : bien qu'il ne les limite pas per se, il craint que, trop poussées, elles ne détournent de l'étude de la Loi [12].

Ses propres opinions philosophiques sont à peine esquissées dans un petit nombre de responsa, et ne seront connues, à l'ère moderne, qu'avec la publication du commentaire de Juda ibn Balaam sur le Livre d'Isaïe. L'influence de Saadia Gaon, notamment sur des questions de prescience divine, est marquante [13].

Quant aux traditions kabbalistiques, il les considère comme véridiques pour autant qu'on puisse les faire remonter à une source ancienne, comme les Talmuds. Ainsi, lorsqu'on lui demande ce qu'il faut penser de la tradition des quatre qui sont entrés dans le verger de la connaissance [14], il cite l'opinion de divers docteurs de la Loi, selon laquelle des personnes très particulière peuvent, à l'aide de mortifications et de récitation des Psaumes, atteindre un état extatique qui leur permet de « voir » les palais célestes (heikhalot) comme s'ils s'y trouvaient [15] ; contrairement à son beau-père Samuel ben Hophni, Gaon de Soura, il abonde dans le sens d'anciens savants et n'estime pas impossible que Dieu dévoile les merveilles des cieux dans cet état d'extase [16]. En revanche, lorsque les habitants de Fès lui adressent une question relative aux proportions de Dieu, telles que détaillées dans le Shiour Qomah, il leur répond que Dieu est au-delà de toute qualification corporelle, et qu'en outre, le Talmud prohibe d'en discuter publiquement. De même, il raille la croyance, sans fondement talmudique, selon laquelle des miracles peuvent être réalisés au moyen de Noms divins.

Décès

Haï exerce ses fonctions jusqu'en 1038, l'année de son décès. Disparu sans enfants [17], il aura formé de nombreux disciples, directs et par correspondance, dont Rabbenou Hananel et Nissim Gaon, dirigeants spirituels de la communauté juive de Kairouan et transmetteurs de l'enseignement des Gueonim.

Sa mort donne lieu à des élégies, dont la plus connue est celle de Samuel HaNaggid.

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