Guillaume Apollinaire

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Guillaume Apollinaire
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Guillaume Apollinaire en 1916.

Nom de naissance Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinare de Kostrowitzky
Alias
Guillaume Albert Vladimir Alexandre Apollinaire de Kostrowitzky
Naissance
Rome, Royaume d'Italie
Décès (à 38 ans)
Paris, France
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture Français
Mouvement Précurseur du surréalisme, Symbolisme, Esprit nouveau, Cubisme
Genres

Wilhelm Apollinaris de Kostrowitski [1] dit Guillaume Apollinaire est un poète et écrivain français, critique et théoricien d'art qui serait [Note 1] né sujet polonais de l' Empire russe le à Rome. Il meurt à Paris le de la grippe espagnole, mais est déclaré mort pour la France [2] en raison de son engagement durant la guerre.

Considéré comme l'un des poètes français les plus importants du début du XXe siècle, il est l'auteur de poèmes tels Zone, La Chanson du mal-aimé, Le Pont Mirabeau, ayant fait l'objet de plusieurs adaptations en chanson au cours du siècle. La part érotique de son œuvre (dont principalement un roman, de nombreux poèmes et des introductions à des auteurs licencieux) est également passée à la postérité. Il expérimenta un temps la pratique du calligramme (terme de son invention, quoiqu'il ne soit pas l'inventeur du genre lui-même, désignant des poèmes écrits en forme de dessins et non de forme classique en vers et strophes). Il fut le chantre de nombreuses avant-gardes artistiques de son temps, notamment du cubisme et de l'orphisme à la gestation desquels il participa en tant que poète et théoricien de l'Esprit nouveau [Note 2]. Précurseur du surréalisme, avec son drame Les Mamelles de Tirésias (1917), il en forgea le nom.

Biographie

Guillaume Apollinaire est né à Rome sous le nom de Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinare de Kostrowitzky, en polonais Wilhelm Albert Włodzimierz Aleksander Apolinary Kostrowicki, herb. Wąż. Apollinaire est en réalité — jusqu'à sa naturalisation en 1916 — le 5e prénom de Guillaume Albert Vladimir Alexandre Apollinaire de Kostrowitzky.

Sa mère, Angelika Kostrowicka ( clan Wąż, ou Angelica de Wąż-Kostrowicky), est née à Nowogródek dans le grand-duché de Lituanie, appartenant à l' Empire russe (aujourd'hui Navahrudak en Biélorussie) dans une famille de la petite noblesse polonaise. Après la mort de son père, camérier honorifique de cape et d'épée du pape, elle demeura à Rome où elle devint la maîtresse d'un noble et eut une grossesse non désirée. Son fils fut déclaré à la mairie comme étant né le [3] d'un père inconnu et d'une mère voulant rester anonyme, de ce fait l'administration l'affubla d'un nom de famille d'emprunt Dulcigny, , Angelika le reconnaitra quelques mois plus tard devant notaire comme son fils, sous le nom de Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandroi Apollinare de Kostrowitzky [4]. Selon l'hypothèse la plus probable, son père serait un officier italien, Francesco Flugi d'Aspermont [5]. En 1882, elle lui donne comme frère ou demi-frère (l'incertitude demeure) Alberto Eugenio Giovanni. En 1887 elle s'installe à Monaco avec ses fils sous le nom d'Olga de Kostrowitzky. Très vite elle y est arrêtée et fichée par la police comme femme galante, gagnant probablement sa vie comme entraîneuse dans le nouveau casino. Guillaume, placé en pension au collège Saint Charles dirigé par les frères Maristes y fait ses études de 1887 à 1895 et se révèle l'un des meilleurs élèves. Puis il est inscrit au lycée Stanislas de Cannes et ensuite au lycée Masséna de Nice où il échoue à son premier baccalauréat [6] et ne se représente pas. Durant les trois mois de l'été 1899, sa mère l'a installé, avec son frère, dans une pension de la petite bourgade wallonne de Stavelot, pension qu'ils quittent, le 6 octobre, à « la cloche de bois » : leur mère ne leur ayant envoyé que l'argent du train, ils ne peuvent payer la note de l'hôtel, et doivent fuir en secret une fois tout le monde endormi. L'épisode wallon féconde durablement son imagination et sa création. Ainsi, de cette époque date le souvenir des danses festives de cette contrée (« C'est la maclotte qui sautille ... »), dans Marie, celui des Hautes Fagnes, ainsi que l'emprunt au dialecte wallon [7].

En 1900, il s'installe à Paris, centre des arts et de la littérature européenne à l'époque. Vivant dans la précarité, sa mère lui demande pour gagner sa vie de passer un diplôme de sténographie et il devient employé de banque comme son demi-frère Alberto Eugenio Giovanni. L'avocat Esnard l'engage un mois comme nègre pour écrire le roman-feuilleton Que faire ? dans Le Matin, mais refuse de le payer. Pour se venger, il séduit sa jeune maîtresse [8].

En juillet 1901, il écrit son premier article pour Tabarin, hebdomadaire satirique dirigé par Ernest Gaillet, puis en septembre 1901 ses premiers poèmes paraissent dans la revue La Grande France sous son nom Wilhelm Kostrowiztky [9]. De mai 1901 au 21 août 1902, il est le précepteur de la fille de Élinor Hölterhoff, vicomtesse de Milhau, d'origine allemande et veuve d'un comte français. Il tombe amoureux de la gouvernante anglaise de la petite fille, Annie Playden, qui refuse ses avances [10]. C'est alors la période « rhénane » dont ses recueils portent la trace (La Lorelei, Schinderhannes). De retour à Paris en , il garde le contact avec Annie et se rend auprès d'elle à deux reprises à Londres. Mais en 1905, elle part pour l'Amérique. Le poète célèbre la douleur de l'éconduit dans Annie, La Chanson du mal-aimé, L'Émigrant de Landor Road, Rhénanes [4].

« La Joconde est Retrouvée », Le Petit Parisien, numéro 13559, 13 décembre 1913

Entre 1902 et 1907, il travaille pour divers organismes boursiers et parallèlement publie contes et poèmes dans des revues. Il prend à cette époque pour pseudonyme Apollinaire d'après le prénom de son grand-père maternel, Apollinaris, qui rappelle Apollon, dieu de la poésie [11]. En novembre 1903, il crée [réf. nécessaire] un mensuel dont il est rédacteur en chef, Le festin d'Ésope, revue des belles lettres [12] dans lequel il publie quelques poèmes ; on y trouve également des textes de ses amis André Salmon, Alfred Jarry, Mécislas Golberg, entre autres.

En 1907, il rencontre l'artiste peintre Marie Laurencin. Ils entretiendront une relation chaotique et orageuse durant sept ans. À cette même époque, il commence à vivre de sa plume et se lie d'amitié avec Pablo Picasso [13], Antonio de La Gandara, Jean Metzinger, Paul Gordeaux, André Derain, Edmond-Marie Poullain, Maurice de Vlaminck et le Douanier Rousseau, se fait un nom de poète et de journaliste [Note 3], de conférencier et de critique d'art à L'Intransigeant [14]. En 1909, L'Enchanteur pourrissant, son œuvre ornée de de reproductions de bois gravés d' André Derain est publiée par le marchand d'art Daniel-Henry Kahnweiler . Le 7 septembre 1911, accusé de complicité de vol de La Joconde parce qu'une de ses relations avait dérobé des statuettes au Louvre, il est emprisonné durant une semaine à la prison de la Santé ; cette expérience le marque [Note 4]. Cette année là, il publie Le Bestiaire ou Cortège d'Orphée ornée des gravures de Raoul Dufy. En 1913, les éditions du Mercure de France éditent Alcools, somme de son travail poétique depuis 1898 [4].

Dossier de naturalisation de Guillaume Kostrowitzky, dit Apollinaire. Archives nationales de France.

En août 1914, il tente de s'engager dans l' armée française [Note 5], mais le conseil de révision ajourne sa demande car il n'a pas la nationalité française. Il part à Nice où sa seconde demande, en , sera acceptée, ce qui lancera sa procédure de naturalisation [15]. Peu après son arrivée, un ami lui présente Louise de Coligny-Châtillon, lors d'un déjeuner dans un restaurant niçois. Divorcée, elle demeure chez son ex belle-sœur à la Villa Baratier, dans les environs de Nice, et mène une vie très libre. Guillaume Apollinaire s'éprend aussitôt d'elle, la surnomme Lou et la courtise d'abord en vain. Puis elle lui accorde ses faveurs, les lui retire et quand il est envoyé faire ses classes à Nîmes après l'acceptation de sa demande d'engagement, elle l'y rejoint pendant une semaine, mais ne lui dissimule pas son attachement pour un homme qu'elle surnommait Toutou. Une correspondance naît de leur relation ; au dos des lettres qu'Apollinaire envoyait au début au rythme d'une par jour ou tous les deux jours, puis de plus en plus espacées, se trouvent des poèmes qui furent rassemblés plus tard sous le titre de Ombre de mon amour puis de Poèmes à Lou [16].

Le 2 août 1914, Guillaume Apollinaire (à gauche) et le caricaturiste André Rouveyre, qui après un reportage à Deauville pour la revue Comœdia, viennent de rentrer à Paris à l'annonce de la mobilisation, se rendent dans une boutique Biofix, boulevard Poissonnière, où l’on enregistre de petits films souvenirs sur le principe des photomatons.

Sa déclaration d'amour, dans une lettre datée du , commençait en ces termes : « Vous ayant dit ce matin que je vous aimais, ma voisine d'hier soir, j'éprouve maintenant moins de gêne à vous l'écrire. Je l'avais déjà senti dès ce déjeuner dans le vieux Nice où vos grands et beaux yeux de biche m'avaient tant troublé que je m'en étais allé aussi tôt que possible afin d'éviter le vertige qu'ils me donnaient. »

Mais la jeune femme ne l'aimera jamais comme il l'aurait voulu ; elle refuse de quitter Toutou et à la veille du départ d'Apollinaire pour le front, en mars 1915, ils rompent en se promettant de rester amis. Il part avec le 38e régiment d'artillerie de campagne pour le front de Champagne le . Malgré les vicissitudes de l'existence en temps de guerre, il écrit dès qu'il le peut pour garder le moral et rester poète (Case d'Armons, et une abondante correspondance avec Lou, ses nombreux amis, et une jeune fille, Madeleine Pagès, qu'il avait rencontrée dans le train, le 2 janvier 1915, au retour d'un rendez-vous avec Lou. Une fois sur le front, il lui envoie une carte, elle lui répond et ainsi, débute une correspondance vite enflammée qui débouche en août et toujours par correspondance, à une demande en mariage. En novembre 1915, dans le but de devenir officier, Wilhelm de Kostrowitzky est transféré à sa demande dans l'infanterie dont les rangs sont décimés. Il entre au 96e régiment d'infanterie avec le grade de sous-lieutenant puis à Noël, il part à Oran retrouver sa fiancée pour sa première permission.

Le 9 mars 1916, il obtient sa naturalisation française mais quelques jours plus tard, le , il est blessé à la tempe par un éclat d'obus. Il lisait alors le Mercure de France dans sa tranchée [17]. Évacué à Paris, il y sera finalement trépané le puis entame une longue convalescence au cours de laquelle il cesse d'écrire à Madeleine. Fin octobre, son recueil de contes, Le Poète Assassiné est publié et la parution est couronnée le 31 décembre, par un mémorable banquet organisé par ses amis dans l' Ancien Palais d'Orléans.

En mars 1917, il crée le terme de sur-réalisme qui apparaît dans une de ses lettres à Paul Dermée [18] et dans le programme du ballet Parade qu'il rédigea pour la représentation du 18 mai. Le 11 mai, il est déclaré définitivement inapte à faire campagne aux armées par la commission médicale et reclassé dans un service auxiliaire. Le 19 juin 1917, il est rattaché au ministère de la guerre qui l'affecte à la Censure. Le 24 juin, il fait jouer sa pièce Les Mamelles de Tirésias (sous-titrée Drame surréaliste en deux actes et un prologue) dans la salle du conservatoire Renée Maubel, aujourd'hui théâtre Galabru. Le 26 novembre, il se dit souffrant et fait prononcer par le comédien Pierre Bertin, sa fameuse conférence L'Esprit Nouveau au théâtre du Vieux Colombier.

En 1918, les Éditions Sic publient sa pièce Les Mamelles de Tirésias. Son poème, La jolie rousse, dédié à sa nouvelle compagne, paraît en mars dans l'Éventail. En avril, le Mercure de France publie son nouveau recueil de poésies, Calligrammes. Le 2 mai, il épouse Jacqueline [Note 6] (la « jolie rousse » du poème), à qui l'on doit de nombreuses publications posthumes des œuvres d'Apollinaire. Il a pour témoins Picasso et le célèbre marchand d'art Vollard. Affecté le 21 mai au bureau de presse du Ministère des Colonies, il est promu Lieutenant le 28 juillet. Après une permission de trois semaines auprès de Jacqueline, à Kervoyal (à Damgan, dans le Morbihan), il retourne à son bureau du ministère et continue parallèlement à travailler à des articles, à un scénario pour le cinéma, et aux répétitions de sa nouvelle pièce, Couleur du temps.

Apollinaire son épouse Jacqueline, sur la terrasse de leur appartement, au no 202 du boulevard Saint-Germain, en mai ou juin 1918.
Tombe de Guillaume Apollinaire au cimetière du Père-Lachaise à Paris.

Affaibli par sa blessure, Guillaume Apollinaire meurt chez lui au no 202 du boulevard Saint-Germain le de la grippe espagnole, « grippe intestinale compliquée de congestion pulmonaire » ainsi que l'écrit Paul Léautaud dans son journal du 11 novembre 1918 [2]. Alors qu'il agonise par asphyxie, les Parisiens défilent sous ses fenêtres en criant « À mort Guillaume ! », faisant référence non au poète mais à l'empereur Guillaume II d'Allemagne qui a abdiqué le même jour [4]. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise.

Histoire du monument funéraire [19] : En mai 1921, ses compagnons et intimes constituèrent un comité afin de collecter des fonds pour l'exécution, par Picasso, du monument funéraire de sa tombe. Soixante cinq artistes offrirent des œuvres dont la vente aux enchères à la Galerie Paul Guillaume, les 16 et 18 juin 1924, rapporta 30 450 francs. En 1927 et 1928, Picasso proposa deux projets mais aucun ne fut retenu. Le premier fut jugé par le comité, obscène. Pour le second - une construction de tiges en métal - Picasso s'inspira du « monument en vide » créé par l'oiseau du Bénin [Quoi ?] pour Croniamantal, dans Le Poète assassiné. A l'automne de 1928, il réalisa quatre constructions avec l'aide de son ami Julio Gonzalez, peintre, orfèvre et ferronnier d'art. Le comité n'en voulut point. Trois sont au Musée Picasso à Paris, la quatrième appartient à une collection privée. Finalement c'est l'ami d'Apollinaire, le peintre Serge Férat qui dessina le monument-menhir en granit [20] surmontant la tombe au cimetière du Père-Lachaise, division 86. La tombe porte également une double épitaphe extraite du recueil Calligrammes, trois strophes discontinues de Colline [Note 7], qui évoquent son projet poétique et sa mort, et un calligramme de tessons verts et blancs en forme de cœur qui se lit « mon cœur pareil à une flamme renversée ».

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