Guerres de Religion (France)

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En France, on appelle guerres de Religion une série de huit conflits (guerres civiles, guerres de religion et opérations militaires) qui ont ravagé le royaume de France dans la seconde moitié du XVIe siècle et où se sont opposés catholiques et protestants, appelés aussi huguenots.

À partir du XVIe siècle, au catholicisme s’oppose le protestantisme, opposition qui débouche sur une terrible guerre civile. Les premières persécutions contre ceux qui adhèrent aux idées nouvelles commencent dans les années 1520[a]. Mais il faut attendre les années 1540 et 1550, pour voir le développement des clivages. À la fin du règne d'Henri II, le conflit se politise. Les guerres de Religion commencent en 1562 et se poursuivent entrecoupées de périodes de paix jusqu'en 1598, avec la mise en place de l'édit de Nantes. Les guerres de Religion trouvent un prolongement aux XVIIe (siège de La Rochelle, révocation de l'édit de Nantes) et XVIIIe siècles (guerre des camisards), jusqu'à l’arrêt des persécutions sous Louis XVI (édit de Versailles en 1787).

Le massacre de la Saint-Barthélemy (1572)
par François Dubois, peintre protestant.
Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne.
Une procession de la Ligue pendant le siège de Paris (1590).
Musée Carnavalet, Paris.

Les causes du conflit

L'affaiblissement du pouvoir royal

Ces troubles coïncident avec un affaiblissement de l’autorité royale. Les rois François François Ier et Henri II n'ont permis aucune contestation de leur pouvoir. Lorsque Henri II meurt accidentellement le , ses successeurs François François II puis Charles Charles IX sont trop jeunes pour pouvoir imposer leur autorité. Ils ne peuvent pas empêcher les Français de s’entre-déchirer. Entre les deux camps belligérants, la reine-mère Catherine de Médicis hésite entre tolérance religieuse et répression, ce qui ne fait qu'accentuer les tensions.

Le caractère féodal du pays apparaît nettement avec l'indépendance croissante des princes et des partis qui augmentent dangereusement le réseau de leurs clientèles. La réunion des États généraux, effectuée par trois fois durant les guerres de Religion, est le témoin de cet affaiblissement de l'autorité royale. Le roi a besoin de l'appui de ses sujets pour pouvoir prendre des décisions qui seront respectées. À cette occasion, le pouvoir royal est remis en cause par des hommes de loi et des lettrés qui aspirent à une plus grande subordination du roi à l'égard de ces assemblées.

Les clans nobiliaires

Les rois étant trop jeunes pour gouverner, différents camps politiques tentent de s’imposer pour contrôler le pouvoir royal. Trois grands clans nobiliaires, par ailleurs tous liés par divers liens familiaux, vont ainsi s'opposer :

  • Blason Mathieu II de Montmorency.svg
    Les Montmorency : Il s'agit d'une ancienne et puissante famille qui tire sa fortune de la formidable ascension politique du connétable Anne de Montmorency sous le règne de François François Ier. Dans cette famille s'illustrent les deux fils du connétable, François de Montmorency et Henri de Damville ainsi que leurs cousins germains, les trois frères Châtillon (Gaspard de Coligny, François d'Andelot et Odet, cardinal de Châtillon). Bien que partagés entre catholiques et protestants, les Montmorency-Châtillon s'unissent à l'occasion pour contrer l'influence croissante des Guise, leurs rivaux. Sans réduire les guerres de Religion à un conflit privé entre ces deux familles[b], leur concurrence dans la course au pouvoir mobilise leur immense clientèle respective, répartie sur l'ensemble du royaume et jusqu'aux Pays-Bas espagnols, le comte de Hornes, mis à mort à Bruxelles pour avoir participé à la révolte des gueux étant un Montmorency.
  • Armoiries ducs de Guise.svg
    Les Guise : Ce sont les meneurs du parti catholique. Cousins du duc de Lorraine, ils connaissent leur ascension politique grâce à Claude de Lorraine et son fils François, les deux premiers ducs de Guise. Grâce au mariage de Marie Stuart (petite-fille de Claude et nièce de François) avec l'héritier du trône (futur François II), les Lorrains renforcent les liens entre leur maison et la dynastie des Valois. Dans leur famille s'illustrent également Charles, cardinal de Lorraine, Henri Henri Ier, duc de Guise et Charles, duc de Mayenne. Si l'hostilité manifestée par les Guise à l'encontre de la politique de tolérance religieuse de Catherine de Médicis cause parfois leur mise à l'écart sous le règne de Charles IX, cette intransigeance catholique leur permet de cultiver une grande popularité auprès du peuple. Loués comme champions de la foi, ils reviennent triomphalement sur le devant de la scène sous Henri III grâce à la Ligue. En 1588, les ligueurs parisiens parviennent à chasser Henri III de la capitale, ce qui renforce considérablement l'influence des Lorrains. Catherine de Médicis elle-même finit par « prier » son fils de « rendre content »[c] le duc de Guise. L'année suivante, la Ligue destitue le roi à la suite de l'assassinat des deux chefs de la maison ; leur frère survivant, Charles, duc de Mayenne, devient le principal opposant à l'avènement du roi protestant Henri IV.
  • Blason duche fr Bourbon (moderne).svg
    Les Bourbons : Descendants de saint Louis en ligne directe, ce sont des princes du sang. Les membres de cette maison ont donc la préséance sur tous les autres gentilshommes du royaume et siègent non loin du roi dans les cérémonies. En dépit des indécisions et volte-face politique et religieuse du chef de famille Antoine de Bourbon, les Bourbons se distinguent comme meneurs du parti protestant durant les guerres de Religion grâce au frère cadet d'Antoine, Louis de Condé, puis au fils de ce dernier, Henri de Condé. Mais c'est le fils d'Antoine de Bourbon et de Jeanne d'Albret, Henri de Navarre, qui finit par s'imposer progressivement à la tête des huguenots malgré une conversion forcée et temporaire au catholicisme après le massacre de la Saint-Barthélemy.

L'ingérence des pays voisins

En 1572, la reine d'Angleterre Élisabeth Élisabeth Ire s'allie à la France contre l'Espagne.

Les guerres de Religion ont également pour cause l'ingérence des pays voisins qui entretiennent le feu des troubles pour mieux affaiblir la France. Après avoir perdu la bataille de Saint-Quentin en 1557 et signé le traité du Cateau-Cambrésis en 1559, la France voit l'affaiblissement de sa suprématie au profit du roi d'Espagne Philippe II. Du fait de la guerre civile, elle connaît un recul dans la seconde moitié du XVIe siècle dont profitent l'Espagne et l'Angleterre. Mais en dépit de la montée de ces deux pays, la France demeure une très grande puissance en Europe par sa démographie, sa richesse et son prestige.

Pour abaisser la France, l'Espagne et l'Angleterre ne cessent de prêter la main aux sujets rebelles. La reine d'Angleterre Élisabeth Élisabeth Ire intervient en soutenant les protestants et le roi d'Espagne en soutenant le clan des Guise, partisan du catholicisme intransigeant. Pendant les guerres de Religion, la France est ainsi divisée par deux factions soutenues financièrement et militairement par des pays étrangers. Durant les années 1580, la France semble même devenir un terrain de combat où s'affrontent l'Espagne et l'Angleterre par partis interposés.

Les voisins limitrophes de la France ont également des ambitions territoriales. L'Angleterre entend récupérer la ville de Calais dont elle n'a pas accepté la perte en 1558. L'Espagne espère recouvrer la partie septentrionale de la Navarre. La Savoie, alliée à l'Espagne, entend récupérer les places italiennes occupées par la France depuis les guerres d'Italie.

Les guerres de Religion sont en France très dépendantes du contexte européen. Cela est particulièrement le cas à l'égard des Pays-Bas espagnols où les troubles politico-religieux sévissent depuis la date de 1566. La guerre aux Pays-Bas espagnols se répercute automatiquement sur les conflits français et vice versa.

Le roi de France fait également appel à des mercenaires étrangers pour l'aider à rétablir son autorité. Il fait ainsi venir des Suisses, et des troupes italiennes envoyées par le pape. Les reîtres et les lansquenets allemands sont largement utilisés dans le conflit par les deux partis. Les Espagnols utilisent des troupes flamandes.

Les causes proprement religieuses

L'historiographie récente tend à insister sur les causes proprement religieuses des guerres de Religion. Denis Crouzet (Les Guerriers de Dieu, Champ Vallon, 1990), s'attache à montrer comment les peurs eschatologiques, liées à la croyance en une fin proche du monde, ont pu mener dans les années 1560 à une « violence de la possession divine » cherchant à réinstaurer la pureté du royaume. C'est ainsi qu'on observe de nombreux rituels de violence ayant pour but de mettre au grand jour la corruption des hérétiques : mises en scène macabres, mutilations des cadavres... Les calvinistes auraient quant à eux tenté de désenchanter ce monde plein des signes divins en démontrant la rationalité de la religion du Verbe, d'où une violence plus modérée dans un premier temps, avant d'adopter cependant par la suite une tactique terroriste cherchant à intimider l'adversaire. Selon l'analyse de Denis Crouzet, le massacre de la Saint-Barthélemy, loin de casser simplement la dynamique du parti huguenot, a mené paradoxalement à un recul de la violence catholique : après le rêve de l'unité en Dieu, les catholiques auraient sombré dans la mélancolie avec la prise de conscience de l'inutilité de la violence. La Ligue, qui marque la dernière phase des guerres de Religion de son empreinte, a ainsi cherché à limiter la violence prophétique et eschatologique des débuts des troubles religieux, pour adopter une attitude de pénitence dans l'attente de la venue du Christ.

Plus récemment, William T. Cavanaugh, dans son livre le « Mythe de la violence religieuse », a montré comment la dimension « religieuse » des guerres du XVIe siècle avait été instrumentalisée par les historiens et les politiques des siècles suivants. Par une étude serrée de l'histoire du mot « religion, » il met en évidence que le terme n'apparaît dans son acception actuelle qu'après le XVIIe siècle. Auparavant, religion signifie « piété » et l'idée qu'il puisse exister des « religions » différentes, y compris l'Islam ou le Judaïsme est impensable pour l'homme médiéval car il n'existe pour lui qu'une seule connaissance de Dieu, avec des variantes et des hérésies (voir par exemple Thomas d'Aquin, Somme contre les Gentils, livre 1, question 6). Les conflits que nous qualifions aujourd'hui de « religieux » sont, au XVIe siècle, essentiellement d'ordre politique car le contenu théologique des oppositions reste secondaire par rapport aux intérêts politiques ou économiques en jeu. Dès le XVIIe siècle mais plus encore à partir du XVIIIe siècle, la référence religieuse pour caractériser un parti construit le mythe d'une violence religieuse que le politique a charge de contenir, ce qui permet de légitimer la puissance de l'État moderne et de ceux qui en détiennent le contrôle sur la société[3].

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