Guerre franco-allemande de 1870

Guerre de 1870
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Informations générales
DateDu
au
LieuFrance et Prusse
Casus belliDépêche d'Ems
Issue

Victoire allemande

- Annexion de l'Alsace-Moselle (dite Alsace-Lorraine) par l'Allemagne
- Proclamation de l'Empire allemand
- Chute du Second Empire et capture de Napoléon III
Belligérants
Drapeau de l'Empire français Empire français puis
Drapeau de la France République française
Drapeau de la confédération de l'Allemagne du Nord Confédération de l'Allemagne du Nord puis
Flag of the German Empire.svg Empire allemand
Drapeau de la Prusse Royaume de Prusse
Drapeau du Royaume de Bavière Royaume de Bavière
Drapeau du Grand-duché de Bade Grand-duché de Bade
Flagge Königreich Württemberg.svg Royaume de Wurtemberg
Commandants
Napoléon III
puis Louis Jules Trochu
Léon Gambetta
Guillaume Guillaume Ier
Otto von Bismarck
Helmuth von Moltke
Forces en présence
230 000 fantassins[1]
25 000 cavaliers[1]
1 600 000 hommes mobilisés
462 000 fantassins[2]
56 000 cavaliers[2]
1 400 000 hommes mobilisés
Pertes
139 000 morts[3] 474 414 prisonniers[Note 1],51 000 morts[3]

Batailles

Chronologie de la guerre franco-prussienne de 1870 · Sarrebruck (08-1870) · Wissembourg (08-1870) · Forbach-Spicheren (08-1870) · Wœrth (08-1870) · Siège de Bitche (08-1870) · Borny-Colombey (08-1870) · Mars-la-Tour (08-1870) · Siège de Toul (08-1870) · Gravelotte (08-1870) · Siège de Metz (08-1870) · Siège de Strasbourg (08-1870) · Beaumont (08-1870) · Noisseville (08-1870) · Sedan (08-1870) · Soissons (09-1870) · Siège de Paris et Chronologie du siège (09-1870) · Bellevue (10-1870) · Châteaudun (10-1870) · Dijon (10-1870) · Siège de Belfort (11-1870) · La Fère (11-1870) · Bouvet et Meteor (navale) (11-1870) · Coulmiers (11-1870) · Villers-Bretonneux (11-1870) · Beaune-la-Rolande (11-1870) · Champigny (11-1870) · Orléans (12-1870) · Loigny (12-1870) · Longeau (12-1870) · l’Hallue (12-1870) · Bapaume (01-1871) · Villersexel (01-1871) · Le Mans (01-1871) · Héricourt (01-1871) · Saint-Quentin (01-1871) · Buzenval (01-1871)

La guerre franco-allemande de 1870[4], parfois appelée guerre franco-prussienne ou guerre de 1870, fut un conflit qui opposa, du au [4], la France et une coalition d'États allemands dirigée par la Prusse et comprenant les vingt-et-un autres États membres de la confédération de l'Allemagne du Nord ainsi que le royaume de Bavière, celui de Wurtemberg et le grand-duché de Bade[5]. Cette guerre fut considérée par Otto von Bismarck lui-même comme une conséquence de la défaite prussienne lors de la bataille d'Iéna de 1806. Il dira d'ailleurs, après la proclamation de l'Empire allemand à Versailles en 1871 : « Sans Iéna, pas de Versailles »[6].

Le , l’Empire français déclarait la guerre au royaume de Prusse[5]. Les hostilités allaient prendre fin le avec la signature d’un armistice[4],[7]. Le traité de paix, signé le 10 mai à Francfort-sur-le-Main, consacrait la défaite de la France.

Ce conflit se solda par la défaite française, et, forts de cette victoire, les États allemands s’unirent en un Empire allemand, proclamé au château de Versailles, le 18 janvier 1871. La victoire entraîna l’annexion par le Reich du territoire d’Alsace-Moselle (dite Alsace-Lorraine) et l’affirmation de la puissance allemande en Europe au détriment de l’Autriche-Hongrie et de la France qui fut confrontée à l'occupation de son territoire et à l'épisode de la Commune de Paris du 26 mars au 20 mai 1871.

La défaite de Sedan et la capitulation de Napoléon III, provoquèrent, le , la chute du Second Empire, l'exil de Napoléon III et marqua la naissance en France d'un régime républicain pérenne avec la Troisième République.

La défaite et la perte de l'Alsace-Lorraine provoquèrent en France un sentiment de frustration qui contribua à l'échec du pacifisme, et plus tard, à l'entrée du pays dans la Première Guerre mondiale.

Causes

Contexte historique

Le mouvement des nationalités

La guerre franco-allemande s’inscrivit dans le contexte troublé du XIXe siècle où les aspirations nationales de peuples s’exprimèrent à plusieurs reprises sans toujours aboutir à la création d’un État-nation. La Grèce, la Belgique et l’Italie y parvinrent. Grâce à l’intervention militaire de la France contre l’Autriche, un élan unitaire entraîna la fusion des États italiens avec le royaume de Piémont-Sardaigne, à la suite de plébiscites organisés. Le royaume d’Italie fut proclamé par le parlement réuni à Turin, le 17 mars 1861.

Le projet d'unification allemande prit naissance, quant à lui, avec les Discours à la nation allemande (Reden an die deutsche Nation) de Johann Gottlieb Fichte qui, en décembre 1807, essaya d'éveiller un sentiment national ayant pour but la création d'un État national allemand, sur les ruines du Saint-Empire romain germanique, libérant les Allemands de l'occupation napoléonienne.

En 1834, fut créée une union douanière, le Zollverein entre la Prusse et une trentaine d’États allemands du Nord qui permit la construction d'un réseau ferré puissant et le décollage économique de l'Allemagne du Nord par le désenclavement de régions industrielles comme la Ruhr ou la Saxe et l'ascension d'une bourgeoisie libérale, initiatrice du mouvement unitaire. Plusieurs tentatives libérales d'union échouèrent, notamment en 1848.

Napoléon III, devenu empereur des Français en 1852, souhaitait un remaniement de la carte de l’Europe. Selon lui, les mouvements nationaux étaient un facteur d’instabilité qu’il fallait canaliser pour permettre l’avènement d’une Europe nouvelle, rééquilibrée, pacifiée par le respect du principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et de la souveraineté nationale[8].

La politique de Bismarck

Carte de la situation politique de la confédération de l'Allemagne du Nord (en rouge), des États germaniques du Sud (en jaune) et de l'Alsace-Lorraine (en beige).

Toute autre était la vision d’Otto von Bismarck, ministre-président de Prusse, qui, issu de la noblesse terrienne, était conservateur dans l’âme. Selon sa formule[9] :

« L'Allemagne ne s'intéresse pas au libéralisme de la Prusse mais à sa force (…). La Prusse doit rassembler ses forces et les tenir en réserve pour un moment favorable qu'on a déjà laissé passer plusieurs fois. Depuis les traités de Vienne, nos frontières ne sont pas favorables au développement de notre État. Ce n'est pas par des discours et des votes de majorité que les grandes questions de notre époque seront résolues, comme on l'a cru en 1848, mais par le fer et par le sang. »

Pour lui donc, primait la force. Pour réaliser l’unité de l’Allemagne autour de la Prusse, il convenait, en premier lieu, d’éliminer l’Autriche qui présidait la Confédération germanique rassemblant tous les États allemands dans un vaste ensemble dont le poids politique était à peu près nul.

Sous l’impulsion de Bismarck, l’unité allemande ne suivit pas le même cheminement que celui de l’Italie. Après avoir réussi à unifier les États germaniques du Nord en créant la confédération de l'Allemagne du Nord en 1867, Otto von Bismarck souhaita réunir les États catholiques du Sud (notamment la Bavière, le pays de Bade et le Wurtemberg, traditionnellement francophiles) pour créer un nouvel Empire allemand qui aurait été alors une puissance économique et militaire considérable et aurait changé l'équilibre des puissances en Europe, jusque-là dominée par l'Angleterre, la France, l'Autriche et la Russie, mais ce projet ne put aboutir.

Bismarck décida alors de provoquer délibérément l’Autriche pour en découdre militairement. Le 3 juillet 1866, l’armée prussienne écrasa l’armée autrichienne à Sadowa. En conséquence, l’Autriche se trouva écartée des affaires allemandes.

Voyant se profiler l'éventualité d'un conflit austro-prussien, Napoléon III avait tenté de monnayer sa neutralité en négociant avec Bismarck l'annexion par la France d'une partie de la rive gauche dans le cas où la Prusse sortait victorieuse du conflit. Parallèlement, il signait avec l'Autriche un traité secret aux termes duquel il garantissait à ce pays sa neutralité et la neutralité de l'Italie en échange de la cession de la Vénétie, qu'il comptait remettre ensuite à l'Italie. La défaite éclair de l'Autriche et l'annexion partielle ou totale par la Prusse d'États allemands alliés de l'Autriche bouleversa les plans de l'Empereur, qui s'était attendu à une longue guerre. Il demande alors comme compensation le retour à la frontière de 1814, soit l'annexion de la Sarre, du Luxembourg et du Palatinat bavarrois. Bismarck fait échouer ce qu'il appelait la politique des pourboires et communique au gouvernement bavarois et aux autres États d'Allemagne du Sud les visées de la France sur des territoires allemands, ce qui ne peut que faciliter la négociation d'alliances militaires avec ces pays dans l'éventualité d'une guerre avec la France. Napoléon III oriente alors ses revendications sur des territoires non allemands — Belgique et Luxembourg — mais Bismarck laisse les négociations s'enliser[10]. La France, humiliée, dut reculer mais le danger prussien apparut dans toute son ampleur et l’opinion publique française jugea désormais la guerre comme inévitable[8].

Bismarck, quant à lui, pensait qu’un conflit armé avec la France était inévitable, comme il l’a lui-même reconnu dans son livre de souvenirs : « Je ne doutais pas de la nécessité d’une guerre franco-allemande avant de pouvoir mener à bien la construction d’une Allemagne Unie »[11]. Cette certitude allait de pair avec la conviction qu’il exprime ainsi : « Si les Français nous combattent seuls, ils sont perdus ».

L'élément déclencheur : la candidature d'un prince prussien au trône d'Espagne

L'une des causes de la guerre fut le jeu politique des classes dominantes autour du trône d'Espagne (vacant depuis la révolution de septembre 1868).

Le , poussé par Bismarck[12],[13],[14],[15], Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, un cousin catholique du roi Guillaume Guillaume Ier de Prusse, accepte l'offre que lui fait le général Prim, l'homme fort du gouvernement espagnol, d'être candidat au trône d'Espagne[16].

Cette candidature souleva les craintes de la France d'être « encerclée » par une possible coalition rappelant l'empire de Charles Quint, mais ce fut la surenchère politique dans le cadre des luttes d'influence sur la scène européenne (surtout après l'échec de l'intervention française au Mexique) qui, le 6 juillet, poussa le duc de Gramont, ministre des Affaires étrangères de Napoléon III, à annoncer que la France s'opposait à cette candidature.

Monument commémoratif de la dépêche d'Ems à Bad Ems (Allemagne).

Le roi de Prusse soucieux de ne pas déclencher un conflit européen fit pression pour que Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen retirât sa candidature. Il le fit par une déclaration de son père le Prince Antoine (dont la famille avait été favorisée par Napoléon Napoléon Ier), le 12 juillet, afin d'apaiser les tensions diplomatiques.

La dépêche d'Ems

Le roi Guillaume de Prusse approuva la renonciation du prince au trône d'Espagne. Cependant, la France voulait obtenir la garantie qu'aucun autre prince de la maison Hohenzollern ne prétendrait jamais plus au trône d'Espagne. L'ambassadeur de France, Vincent Benedetti, fut reçu, le 13 juillet, à Ems par le roi de Prusse qui lui confirma son approbation du retrait du prince mais ne voulut pas s'engager plus avant (pour ne pas céder aux exigences françaises), considérant l'affaire comme close. Il refusa courtoisement d'accorder une seconde entrevue à l'ambassadeur lui faisant savoir qu'il « n'a plus rien d'autre à dire à l'ambassadeur ». L'ambassadeur de France alla cependant saluer le roi de Prusse avant son départ pour Berlin. La situation semblait donc s'apaiser.

Cependant, Bismarck, bien informé des réalités de l'armée française, fort peu préparée à une guerre européenne et démoralisée par le désastre de l'expédition au Mexique, en avait décidé autrement. Après concertation avec le chef d'état-major des armées Moltke, il adressa aux chancelleries étrangères un récit tronqué de l'entretien entre Guillaume de Prusse et l'ambassadeur de France, c'est la « dépêche d'Ems », qui laissait croire à un congédiement humiliant de l'ambassadeur, espérant que « ce texte fera sur le taureau gaulois l'effet d'un chiffon rouge »[17]. En effet, il provoqua, à Paris, l'indignation de l'opinion. Le 19 juillet 1870, la France déclara la guerre à la Prusse[8].

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