Grande Loge nationale française

Ne doit pas être confondu avec Grande Loge de France ou Loge nationale française.
Grande Loge nationale française
Logo de l’association
Cadre
Forme juridiqueAssociation loi de 1901
ButObédience maçonnique
Zone d’influenceFrance
Fondation
Fondation5 novembre 1913
Identité
Siège

12, rue Christine-de-Pisan

75017 Paris
PrésidentJean-Pierre Servel
Site webhttp://www.glnf.fr

La Grande Loge nationale française (GLNF) est une obédience maçonnique française fondée en 1913 sous le nom de « Grande Loge nationale indépendante et régulière pour la France et ses colonies » . Elle est reconnue l'année de sa création par la Grande Loge unie d'Angleterre (GLUA) comme faisant partie des obédiences régulières, « régularité maçonnique » dont les préceptes sont proclamés en 1929 par cette dernière.

Comme toutes les obédiences françaises, elle est interdite au cours de la Seconde Guerre mondiale. Après son retour dans la vie maçonnique française à la fin de la guerre, elle adopte le nom de Grande Loge nationale française en 1948 et se développe à l'instar de toutes les obédiences dans les années 1960. Sa forte croissance, à partir de 1985, soulève des problèmes de fonctionnement et de gestion qui aboutissent à la plus grave crise de son histoire en 2011, celle-ci se soldant par une scission d'un partie de ses membres et de la suspension temporaire de sa reconnaissance par la GLUA.

Obédience exclusivement masculine conformément à ses statuts, elle n’entretient pas d’accords formels de reconnaissance avec les autres obédiences françaises, tout en maintenant des relations amicales ou des rencontres occasionnelles, ainsi que certains liens administratifs avec la plupart de celles-ci.

Histoire

L’origine de la création

Pour comprendre l'histoire de la GLNF, il convient de remonter à la décision prise en 1877 par la principale obédience maçonnique française de l'époque, le Grand Orient de France, dans le cadre de la querelle liée au Grand Architecte de l'Univers:

Dans le contexte de la fin du Second Empire et du rétablissement d'un système républicain en France, l'Église catholique romaine, craignant de perdre à terme son statut privilégié de religion d'État, s'engageait de tout son poids dans les questions politiques et condamnait avec une égale vigueur la franc-maçonnerie et la République française. Ce conflit bouleversa l'équilibre idéologique des loges : les catholiques pratiquants et les royalistes se tenant désormais à l'écart des loges, celles-ci devinrent assez rapidement républicaines et anticléricales[1].

C'est dans ce climat passionné que le convent du Grand Orient de France en 1877 supprime de ses constitutions l'obligation de la croyance en Dieu, ainsi que toutes références au Grand Architecte de l'Univers, lors de l'ouverture de leurs travaux notamment. Chaque loge devenait ainsi libre de le faire ou pas[2].

Ces décisions, ainsi que le soutien accordé par le Grand Orient de France à un régime républicain, furent très mal ressenties par plusieurs loges en France, par la Grande Loge unie d'Angleterre et par la plupart des autres obédiences dans le monde, principalement dans l'Empire britannique. Toutefois, les évolutions politiques suivantes, et en particulier celles qui allaient donner naissance à l'Entente cordiale à l'approche de la Première Guerre mondiale, permirent un certain temps le maintien de relations amicales, exprimées notamment lors de la consécration à Londres, sous la Grande Loge unie d'Angleterre, des loges « la France » et « l'Entente Cordiale »[3].

Cependant, différents membres du Grand Orient de France, et notamment Édouard de Ribaucourt[n 1] étaient en désaccord avec les positions anticléricales de leur obédience. D'autres ne supportaient plus ses diktats centralisateurs. En 1911, Ribaucourt réveille à Paris la loge « Le Centre des amis », pour laquelle il obtient du Grand Orient une patente lui permettant de travailler au Rite écossais rectifié et d'utiliser l'invocation au Grand Architecte de l'Univers lors des tenues. En 1913, il reçoit une nouvelle version obligatoire des rituels, où toutes les références au Grand Architecte de l'univers ont été soigneusement omises. Après de nombreuses négociations qui n'aboutirent pas, la rupture fut décidée[3].

Les débuts de la GLNF

La Loge « Le Centre des amis » s'érige en « Grande Loge nationale indépendante et régulière pour la France et ses colonies » le 5 octobre 1913[n 2]. Puis, dans une lettre datée du 29 octobre 1913[3], « L'Anglaise 204 » de Bordeaux annonce son souhait de rejoindre la nouvelle obédience. L'annonce de la reconnaissance anglaise a lieu le 3 décembre 1913 en tenue trimestrielle de Grande Loge au Freemason's hall de Londres. « L'Anglaise 204 » rejoint alors la « Grande Loge nationale indépendante et régulière pour la France et ses colonies » le 4 décembre au lendemain de la reconnaissance par la Grande Loge unie d'Angleterre.

Le 29 octobre 1948, l’obédience change de nom pour adopter le nom de« Grande Loge Nationale Française » (GLNF). Elle demeure néanmoins marginale, n'étant pas très représentative par son effectif, qui restera jusque dans les années 1960 principalement composé d’anglophones résidant en France[n 3].[réf. insuffisante]

De 1964 à 1985 : l’essor

Il faut attendre l'année 1965 pour voir l'essor de la GLNF. Une scission importante intervient en 1964 au sein de la Grande Loge de France, à la suite d'un traité d'alliance conclu avec le Grand Orient de France. Au cours de cette crise plusieurs centaines de francs-maçons - parmi lesquels une vingtaine de membres de « L'Anglaise 204 », qui avait rejoint la GLDF - quittèrent la Grande Loge de France pour rejoindre les rangs de la Grande Loge nationale française, lui permettant ainsi de dépasser les 4 000 membres, de travailler au Rite écossais ancien et accepté et de fonder des loges composées principalement de francophones[4].

Dans un mouvement inverse, il arrive à plusieurs reprises que des membres d'une grande loge, désireux d'autonomie et/ou de nouer des relations fraternelles avec un courant maçonnique différent, la quittent pour fonder de nouvelles obédiences. Ce fut le cas avec la Grande Loge traditionnelle et symbolique Opéra en 1958, du réveil de la Troisième Province de la Stricte observance templière (puis rectifiée)[n 4] en 1995, du Grand Prieuré des Gaules en 2000, et en 2005 de la Grande Loge des maçons réguliers francs et accepté[5].

De 1985 à 2008 : la forte croissance

Jusqu'à la fin des années 1960, la GLNF a été en France une obédience maçonnique très minoritaire (moins de 4 000 membres), bien que représentant très discrètement le courant maçonnique majoritaire dans le monde. La GLNF a connu depuis un développement très important au point de devenir la deuxième obédience française après le Grand Orient de France. Ses effectifs sont ainsi passés de 6 000 au début des années 1970 à 35 000 en 2000, puis à 44 000, regroupés en plus de 1 400 loges, en 2011, avec à l'époque un objectif annoncé par son grand maître d'alors, de 50 000 en 2012[6].

Cette croissance importante souleva un certain nombre d'interrogations parmi ses membres, comme parmi ses détracteurs. Il est avéré qu'elle fut en partie le résultat d'une politique de recrutement particulièrement active dans certaines de ses « provinces », notamment du sud de la France[7]. Des journalistes accusèrent l'obédience d'affairisme, en particulier dans ces provinces, pour expliquer ces recrutements en nombre élevé et soi-disant fondés sur d'autres critères que la recherche de la voie initiatique[8]. À la fin des années 1990, plusieurs scandales éclatent dans ces provinces, les instances de la GLNF affirment alors avoir fait un certain ménage interne et recentré leurs activités autour de leurs préoccupations spirituelles, ainsi que de l'interdiction traditionnelle des débats politiques ou religieux en loge[9].

De 2008 à 2012 : la crise traversée par l’obédience

En 2008 une crise se développe au sein de la GLNF, principalement autour de la conception de la grande maîtrise exprimée par l’ancien grand maître, François Stifani, ainsi que des pratiques et des modalités de sa gouvernance, notamment quant aux rapports qu'il entretenait avec la classe politique[10].

En décembre 2009 plusieurs représentants provinciaux de la GLNF s’expriment ouvertement contre des dérives constatées dans ce domaine (allongement de trois à cinq ans de la durée de mandat du grand maître sans concertation et acquisitions de biens mobiliers et immobiliers conséquents, communication externe inadéquate). Les mesures disciplinaires prises pour faire cesser et sanctionner ces critiques internes mettent en évidence une dérive autoritaire du grand maître alors en fonction, François Stifani, ainsi qu'un manque de démocratie dû au mode de gouvernance, par lequel le grand maître est élu ou réélu par un « Souverain Grand Comité » dont il désigne lui-même et préalablement les membres. Tout ceci entraîne un profond malaise, qui se diffuse à travers de nombreuses loges[11],[8]. Pour François Stifani, la démission de ses fonctions de Président de l'association, tout en conservant celle de Grand Maître, crée une situation de blocage de l’obédience, laquelle se retrouve devant la Justice pour trancher le conflit. Les décisions rendues par les tribunaux, portant injonction d'organiser une nouvelle assemblée générale, conduisent à la fin du mois de janvier 2011 à la désignation d’un administrateur judiciaire pour gérer les affaires courantes et organiser l’assemblée générale de l’association[12].

La forte médiatisation de cette crise amène, en mai 2011, cinq obédiences « régulières » européennes (Grandes Loges unies d'Allemagne, Grande Loge d’Autriche, Grande Loge régulière de Belgique, Grande Loge de Luxembourg et Grande Loge suisse Alpina) à suspendre leurs relations avec la GLNF. Le 19 juillet 2011, la Grande Loge unie d'Angleterre annonce à son tour la suspension de ses relations avec la GLNF. Jusqu'à cette date la GLNF était la seule obédience maçonnique française reconnue par la Grande Loge unie d'Angleterre, elle se voit ainsi interdite d'inter-visites avec cette dernière[13]. Pour finir la GLUA lui retire sa reconnaissance le 12 septembre 2012[14]. Il n'existe donc plus à ce moment-là d'obédience française reconnue par la Grande Loge unie d'Angleterre. Le 10 juin 2012 les cinq obédiences européennes précédemment citées, réunies à Bâle, retirent définitivement leur reconnaissance de la GLNF par une déclaration commune et cessent leurs relations avec la GLNF, qu'elles considèrent comme « privée définitivement de toute légitimité, maçonnique ou autre » et se tournent vers d'autres obédiences françaises, comme la GL-AMF et la Grande Loge de France[[réf. souhaitée].

Au cours de cette crise, la GLNF a vu ses effectifs se réduire considérablement, passant de 43 500 membres en 2010 à 26 200 en mars 2013 [15] et la création d'une nouvelle obédience issue de celle-ci, la Grande Loge de l'Alliance maçonnique française (GL-AMF)[16].

Depuis 2012: la reconstruction

Le 1er décembre 2012 Jean-Pierre Servel est élu nouveau grand maître de la GLNF . Il commence alors un travail de reconstruction et de restructuration de l'obédience[17], qui aboutira le mercredi 11 juin 2014 à une reprise de la reconnaissance de La Grande Loge unie d'Angleterre[18].

Au 6 juin 2015 les cinq obédiences signataires de l'appel de Bâle ont toutes restauré leurs relations d'amitié avec la Grande Loge nationale française. Ces décisions parachèvent le rétablissement de sa reconnaissance au sein de l'ensemble des grandes loges régulières dans le monde[19].

En 2018, Jean Pierre Servel, grand maitre de l’obédience annonce dans un média, que les effectifs de l’association sont de plus de 29 000 membres[20].