Grand Siège de Malte

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Siège de Malte de 1565
Description de cette image, également commentée ci-après
Le siège de Malte, arrivée de la flotte turque
par Matteo da Leccio.
Informations générales
Date -
Lieu Malte
Issue Victoire des Hospitaliers
Belligérants
Fictitious Ottoman flag 2.png Empire ottoman Drapeau des chevaliers hospitaliers  Hospitaliers
Flag of Cross of Burgundy.svg Monarchie catholique espagnole
Commandants
Mustapha Pacha
Piyale Pacha
Dragut
Uludj Ali
Hassan Pacha
Armoiries de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem.svg Jean de Valette
Ascanio de la Corna
Forces en présence
25 000 hommes
6 000 janissaires
9 000 sipahis
600 chevaliers
1 200 mercenaires
3 500 miliciens maltais
population maltaise
Pertes
10 000-35 000 hommes 250 chevaliers
2 500 mercenaires
7 000 maltais et maltaises
Coordonnées 35° 53′ nord, 14° 31′ est

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Siège de Malte de 1565

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Siège de Malte de 1565

Le Grand Siège de Malte a été mené par les Ottomans en 1565 pour prendre possession de l'archipel et en chasser l' ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Malgré leur supériorité numérique, les Ottomans ne viennent pas à bout de la résistance des chevaliers et doivent lever leur siège après avoir essuyé de lourdes pertes. Cette victoire de l'Ordre assure sa présence à Malte et renforce durablement son prestige dans l' Europe chrétienne.

Cet épisode s'inscrit dans la lutte pour la domination de la Méditerranée entre les puissances chrétiennes, notamment l' Espagne, appuyées par les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, et l'Empire ottoman. Les chevaliers sont installés depuis 1530 à Malte après avoir été chassés de Rhodes par les Turcs en 1522. Face aux activités de pirates des chevaliers qui harcèlent les navires ottomans en Méditerranée et dans l'optique de s'assurer une base navale stratégique, Soliman le Magnifique décide d'envoyer son armée contre l'archipel.

Fin , une importante force turque, sous les ordres du général Mustafa Pacha et de l'amiral Piyale Pacha, débarque à Malte et met le siège devant les positions chrétiennes. Les chevaliers de l'Ordre, appuyés de mercenaires italiens et espagnols, et par la milice maltaise, sont commandés par le grand maître de l'Ordre, Jean de Valette. Inférieurs en nombre, les défenseurs se réfugient dans les villes fortifiées de Birgu et de Senglea, dans l'attente d'un secours promis par le roi Philippe II d'Espagne. Les assaillants commencent leur siège par l'attaque du fort Saint-Elme qui commande l'accès à une rade permettant de mettre à l'abri les galères de la flotte ottomane. Les chevaliers parviennent néanmoins à tenir cette position durant un mois, faisant perdre un temps considérable et de nombreux hommes à l'armée turque. Au début du mois de juillet, le siège de Birgu et Senglea commence. Durant deux mois, malgré leur supériorité numérique et l'importance de leur artillerie, les Ottomans voient leurs attaques systématiquement repoussées, causant de nombreuses pertes parmi les assaillants. Début septembre, une armée de secours, menée par le vice-roi de Sicile, don García de Tolède, débarque à Malte et parvient à défaire l'armée turque, démoralisée par son échec et affaiblie par la maladie et le manque de nourriture.

La victoire des chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem a un retentissement considérable dans toute l'Europe chrétienne : elle leur confère un immense prestige et renforce leur rôle de défenseur de la religion chrétienne face à l' expansionnisme musulman. Les fonds collectés à la suite de cette victoire permettent de relever les défenses de Malte et d'assurer la présence durable de l'Ordre sur l'île. Une nouvelle ville est également édifiée, en vue de défendre la péninsule de Xiberras contre un retour éventuel des armées turques. D'abord appelée Citta' Umilissima, elle prend ensuite le nom de La Valette, en hommage au grand maître de l'Ordre vainqueur des Ottomans.

La défaite ottomane, au-delà des pertes humaines, n'a pas eu de conséquences militaires importantes. Il s'agit cependant d'un des rares échecs de l'armée de Soliman, privant les Turcs d'une position stratégique qui leur aurait permis de lancer de nombreux raids en Méditerranée occidentale.

Contexte

Article détaillé : Ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

Chassés de Rhodes par les Turcs à la suite du siège de 1522, les chevaliers de l' ordre de Saint-Jean de Jérusalem recherchent un lieu de séjour fixe et indépendant leur permettant de continuer la guerre de course, dite corso, contre les Ottomans. Leur volonté d'indépendance vis-à-vis des puissances nationales (les membres de l'Ordre sont dispensés de prêter allégeance à leurs souverains respectifs) ne facilite pas leur recherche. Cependant, après la prise définitive d' Alger en 1529, l'empereur Charles Quint, inquiet de la montée de la puissance ottomane dans le bassin méditerranéen et soucieux de protéger Naples et la Sicile, qui font partie de ses possessions, leur offre de s'installer à Malte [1].

En effet, au début du XVIe siècle, la Méditerranée occidentale est pacifiée par les Espagnols au cours de la Reconquista. Ces derniers ont mené les prises de nombreuses places en Afrique du Nord : Mers el-Kébir (1504), Peñón de Vélez de la Gomera (1508), Oran (1509), Béjaïa (1510), Alger (1510) et Tripoli  (it) (1510). Néanmoins, dans les décennies qui suivent, la situation se dégrade. Les frères Arudj et Khayr ad-Din Barberousse installés à Djerba (1510) disputent le Peñón d'Alger de 1516 à 1529 et infligent à l'Espagne ses premiers revers. Après avoir repris le Peñón face à la ville d'Alger (1529), ils prêtent même hommage au sultan ottoman dont les possessions menacent dès lors directement les côtes espagnoles. Malte prend ainsi toute sa valeur dans la lutte pour le contrôle de la Méditerranée. De leur côté, pour les chevaliers, il est vital de retrouver un rôle actif et un établissement stable pour éviter que ses membres ne se dispersent et de manière à conserver leur légitimité de défenseurs de la chrétienté [2].

Après de nombreuses hésitations et tractations résultant d'une méfiance mutuelle entre l'Ordre, soucieux de sa souveraineté, et l'Empereur, qui se méfie de leur lien avec la France, Charles Quint se rend aux pressions du pape Clément VII. Il signe à Bologne, le , le diplôme concédant à l’Ordre « en fief perpétuel, noble et franc, les villes, châteaux et îles de Tripoli, Malte et Gozo avec tous leurs territoires et juridictions » en échange d'un faucon chasseur offert à chaque Toussaint au vice-roi de Sicile et l'engagement de ne pas prendre les armes contre l'Empereur. Les chevaliers finissent par accepter l'offre de l'Empereur, y compris la ville de Tripoli, prise par les Espagnols en 1510 [3], [4].

Le , les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem avec, à leur tête, Villiers de L'Isle-Adam débarquent à Malte et prennent possession de l'île, à charge pour eux de défendre l'archipel, qui verrouille l'accès entre les parties occidentale et orientale de la Méditerranée et qui contrôle l'accès du Sud de la péninsule italienne par l'Afrique du Nord [4].

Les chevaliers ne sont guère enchantés de leur installation sur cette île aride presque dépourvue d'arbres et de ressources. Ils délaissent la capitale, Mdina, située au centre des terres pour s'installer sur la côte nord, dans le port de Borgho, aujourd'hui Birgu, au centre de la vaste baie de Marsa, appelée aujourd'hui le «  Grand Port » et défendue par le fort Saint-Ange. Ils commencent alors à élever des défense autour de Birgu, en même temps qu'ils continuent leur lutte contre les Ottomans en Méditerranée [5].

Lutte contre les Ottomans

L' Empire ottoman et ses vassaux aux XVIe et XVIIe siècles.

En 1535, les chevaliers de l'Ordre participent à la prise de Tunis par Charles Quint [6]. Ils poursuivent leur corso contre les navires ottomans, à laquelle répond un harcèlement similaire de la part de nombreux corsaires liés à l' Empire ottoman, comme le célèbre Dragut. Ce type de guerre, spécifique à la Méditerranée, est l'activité de prédation maritime qui s’opère entre chrétiens et musulmans, du milieu du XVe siècle jusqu'au milieu du XVIIe siècle, activité située entre la course et la piraterie, sous prétexte de guerre sainte [7]. Les prises réalisées alimentent les finances de l'Ordre et permettent les travaux menés à Malte en vue de sa protection. En 1550, les chevaliers incendient la ville de Mahdia, repaire des navires corsaires de Dragut. En représailles, ce dernier débarque à Malte en et dévaste l'île. Birgu étant trop bien défendue, après un échec devant Mdina, Dragut et Sinan Pacha ravagent l'île de Gozo puis se dirigent alors vers Tripoli qui tombe le [8]. Sous le commandement de Jean de Valette, capitaine général de la flotte en 1554 puis nouveau grand maître élu en 1557, les galères de l'Ordre harcèlent plus que jamais les navires musulmans. Si l'expédition pour reprendre Tripoli se solde par un échec retentissant devant Djerba en 1559, confirmant la supériorité de la marine turque, les forces chrétiennes réussissent néanmoins la prise de Peñón de Vélez de la Gomera en 1564 [9]. Cette même année, le capitaine Mathurin Romegas affronte et capture une caraque ottomane fortement armée et chargée d'une riche cargaison à destination de proches de Soliman. Ce dernier fait d'armes décide Soliman à lancer une expédition contre Malte pour en finir avec les corsaires de l'Ordre [10].

Installation à Malte

Philippe de Villiers de l'Isle-Adam prend possession de l'île de Malte, le 26 octobre 1530 (1839) par René Théodore Berthon (1776–1859). Salles des Croisades, château de Versailles.

Les activités navales des chevaliers ont commandé leur installation sur la côte nord de l'île de Malte. Là s'étendent deux grandes rades naturelles, celle de Marsamxett et celle d' Marsa (aujourd'hui le Grand Port), séparées par une presqu'île rocheuse, la péninsule de Xiberras. Villiers de l'Isle-Adam, conscient de la situation privilégiée de la péninsule dominant les deux rades, envisage un temps d'y établir les activités de l'Ordre mais les fonds manquent pour une telle entreprise. Les chevaliers s'installent donc dans la bourgade existante de Birgu, sur une presqu'île de l'autre rive de la baie de Marsa, qu'ils s'attachent à fortifier. La péninsule de Birgu est déjà défendue à son extrémité par le château Saint-Ange qui est alors renforcé. Sous le gouvernement du grand maître Juan de Homedes, dans les années 1540, de nouveaux travaux sont entrepris : Birgu est renforcée de nouveaux bastions, le fort Saint-Michel est établi au sud de Birgu pour en interdire l'accès et enfin le fort Saint-Elme est édifié à l'extrémité de la péninsule de Xiberras pour interdire l'accès de la rade de Marsamxett. Claude de La Sengle, successeur de Homedes, développe et fortifie la péninsule située au sud de Birgu, renforçant notamment le fort Saint-Michel. En son honneur, la péninsule prend le nom de Città Senglea [11], [12]. Néanmoins, si les chevaliers de l'Ordre s'attellent à la protection de l'île dès leur arrivée, et encore plus, après le raid de Dragut sur l'archipel en 1551, ils continuent de penser à un retour à Rhodes et n'envisagent pas une installation à long terme à Malte [13].

Décision turque d'attaquer Malte

La prise par Romegas de la caraque armée par Kustir Aga, chef des eunuques noirs du sérail, fait grand bruit à Constantinople et dans l'entourage du sultan, le poussant ainsi à intervenir pour débarrasser la Méditerranée des corsaires chrétiens. Soliman le Magnifique garde à l'esprit la situation stratégique de Malte, avec ses vastes ports bien abrités, au centre de la Méditerranée, dans l'optique d'une éventuelle conquête de la Sicile et du Sud de l'Italie [14]. La question est débattue pour la première fois lors d'un conseil militaire en . Les conseillers militaires soulignent néanmoins la difficulté d'une telle entreprise et notamment la différence entre Malte et Rhodes, prise à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem en 1522. Située à proximité de la côte turque et riche en ressources agricoles, il était facile, à Rhodes, de pourvoir aux besoins d'une armée de siège, contrairement à Malte, aride et isolée. Conjuguée à l'impossibilité d'un ravitaillement extérieur du fait des tempêtes qui balayent la Méditerranée dès l'automne, cette situation impose de déplacer l'armée et de vaincre, ou d'être vaincu, en moins de six mois [15]. Certains suggèrent alors d'autres objectifs comme La Goulette ou Peñón de Vélez de la Gomera, ou encore la Hongrie voire directement la Sicile. La situation géographique stratégique de Malte, comme avant-poste d'une potentielle poussée vers l'ouest, en fait néanmoins l'objectif privilégié de Soliman [15]. Les généraux Mustapha Pacha [16], chef de l'armée, et Piyale Pacha, chef de la marine, approuvent finalement l'idée de leur souverain qui décide de lancer le siège de Malte au printemps de l'année suivante. Les préparatifs de cette expédition démarrent alors dans les arsenaux de Constantinople [17].

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