Georges Guynemer

Georges Guynemer
Guynemer en 1917.
Guynemer en 1917.

Nom de naissance Georges Marie Ludovic Jules Guynemer
Naissance
Paris ( 16e, Seine)
Décès (à 22 ans)
Poelkapelle ( Belgique)
Mort au combat
Origine Drapeau de la France  France
Arme Aéronautique militaire
Grade Capitaine
Années de service 1914-1917
Conflits Première Guerre mondiale
Faits d'armes 53 victoires aériennes homologuées et
35 victoires probables
Distinctions Légion d'honneur (officier)
Médaille militaire
Croix de guerre avec 23 palmes
Croix de Saint-Georges russe, Ordre de l'Étoile de Kara-Georges avec épées ( Serbie) et croix de Danilo Ier ( Monténégro)

Georges Guynemer (prononcé [ ɡ i n m ɛ ʁ]), né le à Paris ( 16e arrondissement) [1] et mort au combat le à Poelkapelle ( Belgique), est l'un des pilotes de guerre français les plus célèbres de la Première Guerre mondiale [2].

Capitaine dans l'aviation française, il remporte 53 victoires homologuées, plus une trentaine de victoires probables en combat aérien. Volant sur différents types de Morane-Saulnier, de Nieuport, de SPAD ( VII, SPAD XII canon, SPAD XIII). Fait notable, il survit huit fois après que son avion ait été abattu. Il est affecté durant sa carrière à l'escadrille Numéro 3 (MS 3, N 3 puis SPA 3), dite «  Escadrille des Cigognes », unité de chasse la plus victorieuse des ailes françaises entre 1914 et 1918.

Sa devise est « Faire face » et ses avions sont habituellement peints en jaune et baptisés « Vieux Charles ». Sa postérité vaut à Georges Guynemer de devenir le héros emblématique de l'École de l'Air, à Salon-de-Provence.

Biographie

Origine familiale et enfance

Par sa mère, Julie Noémi Doynel de Saint-Quentin, issue d'une famille aristocratique, Georges Guynemer est un descendant des rois de France Louis XIII et Louis XIV, par Bathilde d'Orléans (1750-1822), mère du duc d'Enghien [3]. Sa famille s'installe à Compiègne en 1903 [4].

Baptisé le 27 octobre 1895 [5] le jeune Georges Guynemer n'a pas une très bonne santé [6]. Seul fils après deux sœurs aînées [7], il est maigre et fragile, et son père, Paul Guynemer (1860-1922), ancien officier de Saint-Cyr, doit lutter pour que son seul fils, malade et dorloté, atteigne l'âge adulte. Il étudie au collège Stanislas à Paris, où exerce notamment comme professeur Henri de Gaulle.

Première Guerre mondiale

Guynemer en février 1916.
Dessin de Louise Catherine Breslau.
Georges Guynemer.jpg
Guynemer décoré par le général Franchey d'Espèrey en juillet 1917.

Lorsque la guerre éclate, il se rend à Bayonne pour s'engager, mais les médecins militaires le trouvent trop chétif et le déclarent inapte. Il est désespéré et supplie son père d'utiliser les relations qu'il a gardées dans l'Armée... Rien n'y fait ! Un matin, en voyant des avions militaires se poser dans une zone délimitée de la plage d' Anglet, il demande à un des pilotes comment s'engager dans l'aviation : il faut aller à l'école de Pau dont le chef est le capitaine Bernard-Thierry. Le , il est engagé au titre du service auxiliaire comme élève mécanicien à Pau [8]. Il y approfondit sa connaissance des avions. Il veut devenir élève pilote, mais le personnel du service auxiliaire n'a pas le droit de voler.

Le capitaine finit par accepter de le prendre, en situation irrégulière... Le , il devient élève pilote. C'est Paul Tarascon [9] qui est chargé, par le capitaine Bernard-Thierry, de sa formation. Georges Guynemer effectue sa première sortie le lundi 1er février sur rouleur Blériot 10. Le 11 mars suivant l'élève pilote G.Guynemer effectue son premier vol (Blériot 6 cylindres 50 HP) [10]. Il reçoit son brevet de l' Aéro-Club le 11 mars et le brevet de pilote militaire (no 1832) le 26 avril [11]. Le 8 juin suivant, il est affecté à l' escadrille MS.3, seule unité dans laquelle il servira, jusqu'à sa disparition.

Dès son arrivée aux Cigognes, il casse beaucoup d'avions à l'atterrissage et hérisse son chef d'escadrille le capitaine Brocard [12], mais son instructeur Jules Védrines défend sa cause. Il récupère un Morane-Saulnier Type L, baptisé le « Vieux Charles » [13], ayant appartenu à Charles Bonnard, parti combattre en Serbie.

En , il est promu au grade de sergent et est décoré de la croix de Guerre. Ses premières sorties sont des missions d'observation des mouvements des troupes et de réglage de l'artillerie ; il y démontre un grand sang-froid, essentiel pour que l'observateur puisse prendre des photographies dans de bonnes conditions. Son avion est souvent touché par des éclats d' obus, dont les perforations sont colmatées par des pièces de toile rouge. Son escadrille stationnant à Vauciennes, il profite de ses missions pour saluer sa famille en survolant la maison de Compiègne où elle s'est réinstallée.

Le 19 juillet, Guynemer remporte sa première victoire aérienne [14] à bord de son Morane-Saulnier "Parasol", en abattant un Aviatik C.I [15] au-dessus du village de Septmonts. Deux jours plus tard, le 21 juillet, il est décoré de la médaille militaire (ordre no 1161 "D") avec la citation suivante :

« Pilote plein d'entrain et d'audace, volontaire pour les missions les plus périlleuses. Après une poursuite acharnée, a livré à un avion allemand un combat qui s'est terminé par l'incendie et l'écrasement de ce dernier [16]. »

Le , l'escadrille MS3 est rebaptisée escadrille N3, après avoir été rééquipée avec des chasseurs Nieuport 10. Trois jours plus tard, le 8, en abattant au-dessus de Beuvraignes, au sud de Roye, un LGV [17] il remporte sa troisième victoire. À bord de ces avions plus performants, Guynemer va rapidement s'imposer comme l'un des meilleurs pilotes français. Le président Poincaré lui remet la croix de chevalier de la Légion d'honneur le 24 décembre, jour de sa majorité. Il est à nouveau cité à l'ordre de la VI° Armée (ordre no 2209 "D") pour avoir rempli des missions spéciales qui consistaient à se poser derrière les lignes ennemies.

« Pilote de grande valeur, modèle de dévouement et de courage. A rempli depuis six mois deux missions spéciales exigeant le plus bel esprit de sacrifice, et livré treize combats aériens dont deux se sont terminés par l'incendie et la chute des avions ennemis [16]. »

Il devient un "As" en remportant sa cinquième victoire le et est promu au grade de sous-lieutenant à titre temporaire le 4 mars 1916, puis à titre définitif le 12 avril de cette même année [18].

L'escadrille quitte la VIe armée le 12 mars pour se rendre sur le théâtre de la bataille de Verdun sous la férule du commandant de Rose qui regroupait toutes les escadrilles de chasse et devait imposer la suprématie des ailes françaises. Le 13 mars Guynemer est blessé par des éclats au visage, deux balles dans le bras et est évacué à l'ambulance japonaise de l'hôtel Astoria [19].

Le 26 avril suivant, le sous-lieutenant Guynemer est de retour sur le front. Quelques jours plus tard, le 13 mai, Georges Guynemer participe près de Dijon, sur l’aérodrome d’Ouges-Longvic (future base aérienne 102), à une importante prise d’armes au cours de laquelle, en qualité de porte-drapeau, il présente aux troupes du 1er groupe d’aviation un prestigieux emblème que le président de la République Raymond Poincaré avait remis à l’armée quelques mois plus tôt : le drapeau de l’Aviation militaire [20].

Il combat ensuite sur la Somme de juin 1916 à février 1917. Le , aux commandes d'un SPAD VII. Guynemer devient le premier pilote allié à abattre un bombardier lourd allemand Gotha G. III [21]. Au cours du seul mois de mai 1917, il abat sept avions allemands [22]. La campagne de l'est terminée, Guynemer rejoint le terrain de La Bonnemaison et se consacre pleinement à la mise au point de son Spad-Canon, sans avoir perdu de sa fougue... le 25 mai 1917, le capitaine Guynemer abat 4 avions (8h30, 8h31, 12h15 et 18h30). Le capitaine Brocard, commandant de l'escadrille N3, décrit alors Guynemer comme « [sa] cigogne la plus brillante ».

En récompense de ce quadruplé il est promu officier de la Légion d'Honneur, par ordre du GQG le [23], [24],la rosette remise par le général Franchet d'Espèrey sur le terrain de Bonnemaison [23], [24], le 15 juillet suivant devant son avion " le Vieux Charles ", est accompagnée de la citation suivante :

« Officier d'élite, pilote de combat aussi habile qu'audacieux. A rendu au pays d'éclatants services tant par le nombre de ses victoires que par l'exemple quotidien de son ardeur toujours égale et de son ardeur toujours plus grande; Insouciant du danger, il est devenu pour l'ennemi par la sureté de ses méthodes et la précision de ses manœuvres, l'adversaire redoutable entre tous. A accompli le 25 mai 1917, in des plus brillant exploits, en abattant, en une seule minute deux avions ennemis et en remportant dans la même journée, deux nouvelles victoires. Par tous ses exploits, contribue à exalter le courage et l'enthousiasme de ceux qui, dans les tranchées, sont les témoins de ses triomphes : quarante cinq avions abattus, vingt citations, deux blessures. »

En juillet, il pilote un SPAD XII CI S 382, son « avion magique », "le pétadou" équipé d'un moteur Hispano-Suiza de 200 ch et armé à sa demande d'un canon Hotchkiss de 37 mm tirant à travers le moyeu de l'hélice [25] et d'une mitrailleuse Vickers 303 (7,7 mm) avec bande de 400 cartouches. Bien que le canon promît une puissance de feu dévastatrice, il ne pouvait tirer qu'un seul coup à la fois et devait être rechargé manuellement en vol (capacité 12 obus). De plus, il avait un recul important lors du tir et remplissait le cockpit de l'avion de fumée.

Le SPAD XII n'était pas un avion pour un pilote novice. Cependant, il sert à Guynemer à abattre un Albatros, le 27 juillet, au-dessus de Westroosebeke, et un DFW le lendemain. Ces deux succès lui permettent d'atteindre un total de 50 victoires aériennes homologuées.

Fin juillet 1917, G. Guynemer prend le commandement de l' escadrille des Cigognes [26], groupe de chasse de la 1re Armée (général Antoine) commandement qu'il assurera jusqu'au 7 août 1917 [27].

Fort de son expérience acquise au combat, Guynemer écrit à Louis Béchereau, l'ingénieur en chef de SPAD, avec qui il s'est lié d'amitié, pour lui demander d'augmenter la puissance du moteur de 150 ch qui équipe le SPAD VII, qu'il trouve insuffisant face aux Halberstadt allemands dont étaient équipés ses adversaires directs. Prenant ces remarques en considération, Béchereau va remotoriser le SPAD avec un moteur plus puissant de 180 ch qui redonnera la supériorité au chasseur français. Prenant toujours conseil auprès de Guynemer, SPAD développe un nouveau modèle, le SPAD XII de 200 ch, auquel succédera le SPAD XIII au moteur surcompressé développant 220 ch. Les nouveaux modèles sont prometteurs, mais les premières séries ont des problèmes de fiabilité du réducteur qu'il a fallu ajouter entre le moteur et l'hélice [28].

Le 9 ou le 10 septembre 1917 [29], au-dessus du terrain des Moëres, le moteur de l'avion de Guynemer se met à "ratatouiller". Il se pose chez les Belges. Le Spad s'est heureusement immobilisé devant le premier hangar où se trouve le Hanriot de Willy Coppens.

Guynemer, la mine soucieuse, semble fatigué et demande de l'aide au capitaine Fernand Jacquet qu'il connaît bien. Les mécaniciens travaillent pendant plus d'une heure sur le moteur déficient [30]. Willy Coppens obtient un autographe et pendant ce temps Carlo Verbessem réalise une des dernières photographies du célèbre pilote français et la colle dans son journal. Guynemer remercie, serre quelques mains et s'envole vers 16 heures [31].

Mort au combat

Georges Guynemer.
Portrait par Lucien, musée de la Légion d'honneur, Paris.

Le , Guynemer ne rentre pas d'une mission de combat. La semaine précédente, les problèmes mécaniques s'étaient accumulés sur les deux avions qui lui étaient attribués. À h 30, ce 11 septembre, il décolle en compagnie du pilote Jean Bozon-Verduraz à bord de son SPAD XIII no 2S.504. Il a reçu pour mission de patrouiller la zone de Langemark. À h 25, près de Poelkapelle, Guynemer aperçoit un avion d'observation allemand Rumpler esseulé, et plonge dans sa direction. Bozon-Verduraz voit alors plusieurs Fokker au-dessus de lui, et une fois qu'il les eut dispersés, son chef n'était plus en vue. Il revint seul ; Guynemer, lui, ne revint jamais [32], [33].

Ni l'épave de son avion, ni son corps, ni ses effets personnels ne furent retrouvés, mais les Allemands annonceront qu'il avait été abattu par le lieutenant Kurt Wissemann de la Jasta 3, qui sera tué au combat dix-sept jours plus tard [34]. Pour expliquer sa disparition, les maitres d'école, s’inspirant du Cantique de l'Aile d' Edmond Rostand, apprennent aux écoliers français de l'époque que Guynemer avait volé si haut qu'il ne pouvait pas redescendre [réf. nécessaire]:

« Gloire à celui qui part

« Et puis que plus jamais on ne voit reparaître !

« Nul ne l'a rapporté,

« Nul ne l'a vu descendre... Ah ! c'est qu'il est, peut-être,

« Monté, monté, monté ! »

Le capitaine Georges Guynemer est porté disparu au combat par son commandant d'escadrille, le commandant Brocard ; le 25 septembre 1917, il est officiellement porté disparu par le ministère de la Guerre [35]. Le rapport publié [Où ?] ce même 25 septembre n'est pas classé secret par le Ministère de la Guerre (M.G.) et la mort de Guynemer — telle que décrite par un de ses camarades de vol (dont l'identité n'a pas été divulguée pour des raisons de sécurité) — est devenue de notoriété publique :

« Dans la matinée du 11 septembre, le capitaine Guynemer, parti en reconnaissance dans la région des Flandres, s'est trouvé, au cours des péripéties d'une poursuite d'avion ennemi, séparé de son camarade de patrouille et n'a pas reparu depuis. Tous nos moyens d'investigation mis en jeu n'ont donné jusqu'à ce jour aucun renseignement complémentaire [36]. »

Des détails supplémentaires sont fournis par le commandant Brocard, dans un entretien au journal parisien Le Matin [37]:

« À 4 600 mètres de hauteur Guynemer aperçut un biplace ennemi auquel il livra aussitôt combat. Presque en même temps, le lieutenant Bozon-Verduraz vit quatre monoplans ennemis qui, à toute vitesse, accouraient vers le théâtre du duel aérien. Il se porta immédiatement à leur rencontre afin de détourner leur attention. Les avions tournoyèrent quelque temps, puis disparurent. Alors le lieutenant Bozon-Verduraz retourna vers l’endroit où il avait laissé Guynemer aux prises avec son adversaire. Mais il n’y avait plus rien. C’est tout, absolument tout. [L’affaire a eu lieu] à dix kilomètres au nord-est d’Ypres et à huit kilomètres environ à l’intérieur des lignes allemandes, ce qui ôte toute possibilité d’une chute dans la mer, distante d’au moins quarante kilomètres. »

La Gazette des Ardennes donne, le 27 septembre [38], les informations suivantes :

« Le 11 septembre 1917, à 10 heures du matin, un aviateur français s'abattit à environ 700 mètres au Nord-Ouest du cimetière situé au Sud de Poel-Cappelle. Le sous-officier allemand B... se rendit avec 2 hommes à l'endroit où s'était produite la chute. L'avion était un monoplace ; l'une de ses ailes était rompue. Le sous-officier B... détacha l'aviateur mort de son siège. Le cadavre avait reçu une balle dans la tête ; une jambe et une épaule était brisées mais sa figure était reconnaissable et ressemblait à la photographie qui se trouvait sur sa carte d'identité portant le nom Georges Guynemer. »

Un pilote allemand, sergent allemand du 413e régiment, abattu derrière les lignes canadiennes et capturé le soir du [39] affirma quant à lui qu'il avait été témoin de l'accident et avait identifié le cadavre de Guynemer. Il certifia que le héros français était mort d'une balle dans la tête et souffrait d'autres blessures, dont une jambe cassée et un doigt arraché. Ce soldat affirma en outre que le corps et l'avion de Guynemer avaient été pulvérisés par des tirs de barrage de l'artillerie britannique avant que les Allemands n'aient pu retirer le corps pour l'enterrer [33]. L'édition illustrée de la Gazette des Ardennes publie le 11 octobre les reproductions du brevet et de la carte d'identité de pilote « de l'infortuné et vaillant officier » [40].

Selon un communiqué de la Croix-Rouge américaine sur le front français du 18 octobre 1917, la mort du capitaine Georges Guynemer est « définitivement confirmée » [41]. Le rapport de la Croix-Rouge fournit des précisions qui s'avèreront largement imaginaires :

« Des informations reçues par la Croix-Rouge disent que Guynemer a été tué d'une balle dans la tête au nord de Poelcapelle, sur le front d'Ypres. Son corps a été identifié grâce à la photographie figurant sur sa licence de pilote trouvée dans sa poche. L'enterrement a eu lieu à Bruxelles en présence d'une garde d'honneur, composé de la 5e division prussienne. Telle est l'histoire racontée par un Belge, qui vient d'échapper aux Allemands. L'inhumation était sur le point d'avoir lieu à Poelcapelle, lorsque les bombardements précédant l'attaque britannique à Ypres ont commencé. L'escouade chargée de l'inhumation s'est retirée à la hâte, emportant le corps avec elle. Le général allemand se trouva être un passionné d'aviation et un grand admirateur des exploits du capitaine Guynemer. Sous ses ordres, le corps fut transporté à Bruxelles dans un wagon funéraire spécial. Là, le capitaine fut inhumé par des sous-officiers et couvert de couronnes florales envoyées par des aviateurs allemands. La garde prussienne rendit les honneurs à son arrivée et durant tout l'enterrement, qui fut accompagné de toute la pompe militaire possible. Le gouvernement français a été invité à faire inscrire au Panthéon, où de nombreux grands Français sont enterrés, une inscription destinée à perpétuer la mémoire du Capitaine Guynemer comme « un symbole de l'ambition et l'enthousiasme de l'armée ». Une résolution à cet effet a été déposée à la Chambre des députés par le député Lasies. »

D'après Henry Bordeaux, le département des Affaires étrangères de Berlin, répondant à une demande de l'ambassade d'Espagne, transmit le 8 novembre :

« Le capitaine Guynemer est tombé après une lutte aérienne le 11 septembre dernier à dix heures du matin, près du cimetière d'honneur 11 au sud de Poelcapelle. D'après constatation médicale, la mort était causée par une balle dans la tête ; l'index de la main gauche avait été emporté. Le cadavre même n'a pu être mis à l'abri ni enterré, car depuis le 10 septembre l'endroit où il était tombé se trouvait sous le feu intense de l'artillerie anglaise, et toute approche pendant les jours suivants était impossible. Le service compétent du front communique que les coups de canon avaient bouleversé la campagne, et les aviateurs allemands n'ont pu découvrir le 12 septembre aucune trace du cadavre ni de l'appareil. »

D'après Jacques Mortane [36], le lieutenant allemand Menckhoff, aux 39 victoires, descendu dans nos lignes par le lieutenant américain Avery, dont c'était le premier succès, donna le quelques précisions sur le dernier combat de Guynemer :

« Votre as surprit Wissemann à cinquante mètres à peine par derrière. Celui-ci le vit, alors qu'il semblait être trop tard. Il se croyait perdu, lorsqu'il s'aperçut avec joie que les deux mitrailleuses de Guynemer étaient enrayées. Le Français chercha à manœuvrer pour mettre sa vitesse à profit, mais il fut rejoint et abattu. Sans aucun doute, il était d'une classe bien supérieure. Wissemann l'avait échappé belle ce jour-là, mais pas pour longtemps. »

Au moment de sa mort, Guynemer avait totalisé 53 victoires homologuées et avait survécu sept fois après avoir été abattu, bien qu'il n'eût jamais embarqué de parachute. La variation des témoignages et la disparition de toute trace matérielle laissent planer un doute sur les circonstances exactes de sa mort : tué en plein ciel par une balle ennemie, tué dans l'écrasement de son avion ou finalement tué par des tirs d'artillerie dans le no man's land.

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