Georges Clemenceau

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Georges Clemenceau
Georges Clemenceau
Georges Clemenceau
Fonctions
Président du Conseil des ministres français

(2 ans, 2 mois et 2 jours)
PrésidentRaymond Poincaré
GouvernementClemenceau II
LégislatureXIIe
PrédécesseurPaul Painlevé
SuccesseurAlexandre Millerand
Ministre de la Guerre

(2 ans, 2 mois et 2 jours)
PrésidentRaymond Poincaré
GouvernementClemenceau II
PrédécesseurPaul Painlevé
SuccesseurAndré Lefèvre
Président du Conseil des ministres français

(2 ans, 8 mois et 25 jours)
PrésidentArmand Fallières
GouvernementClemenceau I
LégislatureIXe
PrédécesseurFerdinand Sarrien
SuccesseurAristide Briand
Ministre de l'Intérieur

(3 ans, 4 mois et 6 jours)
PrésidentArmand Fallières
GouvernementSarrien
Clemenceau I
PrédécesseurFernand Dubief
SuccesseurAristide Briand
Sénateur français

(17 ans et 7 mois)
Élection
Réélection
CirconscriptionVar
PrédécesseurErnest Denormandie
sénateur inamovible
SuccesseurGustave Fourment
Député français

(8 ans, 1 mois et 10 jours)
Élection18 octobre 1885
Réélection6 octobre 1889
CirconscriptionArrondissement de Draguignan (Var)
PrédécesseurAuguste Maurel
SuccesseurJoseph Jourdan

(9 ans, 8 mois et 20 jours)
Élection5 mars 1876
Réélection28 octobre 1877
4 septembre 1881
CirconscriptionSeine
PrédécesseurScrutin proportionnel
SuccesseurScrutin proportionnel

(1 mois et 19 jours)
Réélection8 février 1871
CirconscriptionSeine
PrédécesseurNouveau régime
Président du Conseil de Paris

(4 mois et 27 jours)
Élection29 novembre 1874
PrédécesseurPierre Marmottan
SuccesseurBarthélemy Forest
Biographie
Nom de naissanceGeorges Benjamin Clemenceau
SurnomLe Tigre
Le Père la Victoire
Le Tombeur de gouvernements
Le Premier Flic de France
Date de naissance
Lieu de naissanceMouilleron-en-Pareds, Vendée (France)
Date de décès (à 88 ans)
Lieu de décèsParis (France)
Nature du décèsvieillesse, cause naturelle
SépultureMouchamps (Vendée)
NationalitéFrançais
Parti politiqueIndépendant
(proche des Radicaux)
ConjointMary Plummer
EnfantsMichel Clemenceau
EntourageClaude Monet
Diplômé deUniversité de médecine, doctorat en 1865
ProfessionMédecin
Journaliste
RésidenceParis

Georges Clemenceau[1], né le à Mouilleron-en-Pareds (Vendée) et mort le à Paris, est un homme d'État français, radical-socialiste, président du Conseil de 1906 à 1909, puis de 1917 à 1920.

Fils de médecin et médecin lui-même, il est maire du 18e arrondissement de Paris puis président du conseil municipal de Paris au début de la Troisième République, ainsi que député en 1871 et de 1876 à 1893, siégeant en tant que républicain radical. Défenseur de l'amnistie pour les Communards, et anticlérical, il prône la séparation des Églises et de l'État et s'oppose à la colonisation, faisant tomber le gouvernement Jules Ferry sur cette question. Fondateur du journal La Justice et de la Société des droits de l'homme et du citoyen, il travaille ensuite à L'Aurore et prend une part active dans la défense du capitaine Dreyfus. Il ne cessa de militer en faveur de la restitution de l'Alsace-Moselle, perdues à la suite de la défaite de 1871.

Élu en 1902 sénateur dans le département du Var, bien qu'il ait précédemment critiqué l'institution du Sénat et de la présidence de la République, il est nommé ministre de l'Intérieur en 1906. Se désignant lui-même comme le « premier flic de France », surnommé « le Tigre », il réprime les grèves et met fin à la querelle des inventaires. À la fin de l'année 1906, il devient président du Conseil, fonction qu'il occupe pendant près de trois ans et qu'il cumule avec celle de ministre de l'Intérieur. Retournant ensuite au Sénat, il fonde le journal L'Homme libre, rebaptisé L'Homme enchaîné après avoir essuyé la censure au début de la Première Guerre mondiale.

Le , il est de nouveau nommé président du Conseil et forme un gouvernement consacré à la poursuite de la guerre. Partisan farouche d'une victoire totale sur l'Empire allemand, il mena une politique clairement offensive. Il négocie ensuite à la Conférence de paix de Paris et fait promulguer la loi des huit heures. Qualifié de « Père la Victoire » en raison de son action pendant la guerre, très populaire dans l'opinion publique, il renonce néanmoins à se présenter à l'élection présidentielle de janvier 1920 après avoir été mis en minorité lors du vote préparatoire du groupe républicain. Il quitte alors la tête du gouvernement et se retire de la vie politique.

Origines et jeunesse

Famille

Benjamin Clemenceau (1810-1897), père de Georges.

Né le au 19, rue de la Chapelle (rebaptisée depuis rue Georges-Clemenceau), dans la maison[2] de ses grands-parents maternels à Mouilleron-en-Pareds[3], petite bourgade vendéenne, Clemenceau affirme plus tard « C'est au caractère vendéen que je dois le meilleur de mes qualités. Le courage, l'obstination têtue, la combativité »[4]. Il est le deuxième des six enfants de Sophie-Emma Gautreau (ou Gauterau selon les biographes) et de Benjamin Clemenceau, établi comme médecin à Nantes, mais vivant surtout de ses fermages[5].

Sa famille paternelle, qui appartient à la bourgeoisie vendéenne, habite le manoir du Colombier, dans la commune de Mouchamps. Au début du XIXe siècle, elle hérite par mariage du domaine de « l'Aubraie » de Féole[6], dans la commune de La Réorthe, en Vendée, région de tradition royaliste et catholique. Son arrière-grand-père, Pierre-Paul Clemenceau (1749-1825), est médecin des Armées de l'Ouest pendant la guerre de Vendée, puis sous-préfet de Montaigu et député du Corps législatif en 1805, au début du Premier Empire[7],[8].

Son père, Benjamin (1810-1897) est médecin ; c'est un républicain engagé, progressiste, farouchement athée, qui a une grande influence sur Georges, le second de ses six enfants, en lui transmettant les idéaux révolutionnaires et la haine de toute monarchie[9]. Benjamin Clemenceau qui avait notamment participé aux Trois Glorieuses de 1830 accueillit l’avènement de la Seconde République comme une délivrance mais doit cependant déchanter à la suite de l'opération Rubicon et de la mise en place du Second Empire. Surveillé pour ses activités politiques, le père de Clemenceau fera plusieurs passages en prison mais continuera de défendre et d'inculquer à ses fils et filles les valeurs républicaines.

Cette influence paternelle laisse une empreinte indélébile sur le Tigre qui nourrit tout au long de sa vie une grande admiration pour la Révolution française et ses idéaux. Pour reprendre les mots de Michel Winock « Georges fut élevé sous les portraits des hommes de la Révolution française »[10]. De par ses convictions philosophiques et politiques, Clemenceau s'est ainsi affirmé comme un véritable héritier des « Bleus », dans la traditionnelle partition tripartite du comportement politique des Français. Depuis la Révolution française, le comportement politique des Français serait en effet divisé en trois familles héritées des grands courants philosophiques et politiques ayant émané pendant et après la Révolution française à savoir les « Bleus », les « Blancs » et les « Rouges ». Dans cette partition politique, les « Bleus » sont les libéraux et républicains considérés comme les héritiers des révolutionnaires français, notamment jacobins, plaçant la liberté, le progrès et la liberté de conscience au cœur de leur programme politique. Les « Blancs » sont les conservateurs considérés comme les descendants historiques de celles et ceux qui ont soutenu la Monarchie et l'Église lors de la Révolution française et se distinguant par l'importance qu'ils attachent à l'ordre et la patrie. Enfin, les « Rouges » sont considérés comme les partisans de la Révolution, de l'égalitarisme, véritables héritiers des Communards de 1871 et qui furent historiquement en faveur de la collectivisation des moyens de production. Toutefois, ces trois familles politiques ne doivent pas être perçus comme des blocs monolithiques en premier lieu parce qu'ils sont avant tout des idéaux-types au sens de Max Weber (et donc n'existent pas réellement dans la réalité tel quel), en second lieu parce que certains idéaux et valeurs sont communs à deux familles. Par exemple, la défense de la patrie est une valeur revendiquée à la fois par les « Bleus » et les « Blancs » (ce qui expliquera le patriotisme farouche de Clemenceau et l'appui d'un bon nombre de députés de droite pouvant être considérés comme des « Blancs » pendant la Première Guerre mondiale).

Sa famille est longtemps proche d'une autre grande famille de républicains progressistes, celle de Marcellin Berthelot. La petite nièce de Clemenceau, Annette Clemenceau, a épousé le petit-fils de Marcellin Berthelot, Richard Langlois-Berthelot[11].

Benjamin Clemenceau a participé aux Trois Glorieuses de 1830 et, lors de la Révolution de 1848, il a créé une « Commission démocratique nantaise[7] ». Détenu une brève période à Nantes au lendemain du coup d'État du 2 décembre 1851[7], il est arrêté après l'attentat d'Orsini de 1858 et soumis, sans procès, à la transportation vers l'Algérie en vertu de la loi de sûreté générale[7]. Il est toutefois libéré avant d'embarquer à Marseille, grâce à l'indignation de Nantes[7] et à l'intervention d'un groupe de notables, notamment de son collègue Pierre Honoré Aubinais, médecin nantais et bonapartiste de gauche, proche de Jérôme Bonaparte [réf. incomplète][12], et mis quelque temps en résidence forcée à Nantes[7]. Outre ce fond républicain, marqué par le buste de Robespierre sur la cheminée, son père lui enseigne la chasse, l'équitation et l'escrime : en 1890, Clemenceau est le nègre de son ami James Fillis pour ses Principes de dressage et d'équitation[13].

Benjamin Clemenceau fut à ses heures peintre : portrait en buste de son fils enfant, et sculpteur : profil de son fils et double profil de lui et de sa sœur Emma, l'un et l'autre en plâtre, en 1848, année où il planta dans la propriété familiale du Colombier à Mouchamps (85), avec son jeune fils, un cèdre de l'Atlas, son "arbre de la Liberté", qui surplombe sa tombe, et, depuis novembre 1929, celle de son fils.

Sa mère, Sophie Gautereau (1817 - Hyères, 20 avril 1903), qui lui enseigne le latin (il connaît également le grec), est issue d'une famille de cultivateurs devenus de petits bourgeois, de religion protestante[7].

Du lycée de Nantes au séjour américain

Clemenceau par Nadar, avec ses cheveux ras, son front dégarni, ses pommettes saillantes, ses sourcils épais et broussailleux, sa moustache tombante[14].

Georges Clemenceau est élève du lycée de Nantes à partir de la classe de 5e en 1852-53. Son professeur de lettres de 5e est Louis Vallez, le père de Jules Vallès. Il effectue une scolarité convenable[15], obtenant chaque année (sauf en 4e) quelques accessits, et seulement trois prix (récitation classique en 5e, histoire naturelle en rhétorique, version latine en logique). Lors de la remise de ce dernier prix, en 1858, l'année de l'arrestation de son père, il est ovationné par les assistants[16]. À partir de 1883, Clemenceau est un membre-fondateur actif de l'Association des anciens élèves du lycée de Nantes (section parisienne), où il rencontre Boulanger[17], son condisciple en 1852-1853, mais beaucoup plus âgé (élève de classe préparatoire à Saint-Cyr). Son nom sera donné au lycée dès 1919.

Il obtient le baccalauréat ès-lettres en 1858. Il s'inscrit ensuite à l'école de médecine de Nantes. Après trois années pendant lesquelles il se révèle un étudiant médiocre et dissipé, passant notamment en conseil de discipline, il part en 1861 poursuivre ses études à Paris, où il s'inscrit également en droit[18].

Il fréquente des cercles artistiques et républicains dans le Quartier latin où il fait connaissance avec Claude Monet en 1863[19]. Avec plusieurs camarades (Germain Casse, Jules Méline, Ferdinand Taule, Pierre Denis, Louis Andrieux[7],[20]), il fonde un hebdomadaire, Le Travail, dont le premier numéro paraît le . Zola se joint au groupe afin de soutenir le journal contre la censure[7]. Clemenceau y publie des piques à l'encontre de l'écrivain Edmond About, rallié au régime[7].

La publication prend fin au bout de huit numéros[7] : la plupart des membres ont en effet été arrêtés après un appel à manifester place de la Bastille afin de commémorer la Révolution du 24 février 1848[7]. Le , Clemenceau est envoyé pour 73 jours à la prison Mazas[7]. « Quand on a l'honneur d'être vivant, on s'exprime ! »[réf. incomplète][Quand ?][21].

Libéré, il rend visite à son ami Ferdinand Taule, détenu à Sainte-Pélagie[7], où il rencontre Auguste Blanqui, alias « l'Enfermé », avec qui il se lie d'amitié et de complicité, ainsi qu'Auguste Scheurer-Kestner, personnage central de la défense de Dreyfus[7]. En 1896, il honore Blanqui en parlant de « cette vie de désintéressement total (…) [qui] ne découragera que les lâches du grand combat pour la justice et pour la vérité[22] ».

Mary Clemenceau (par Ferdinand Roybet).

Durant ses années d’études, Clemenceau participe à la création de plusieurs autres revues et écrit de nombreux articles avec son ami Albert Regnard. Après avoir effectué des stages à l'hôpital psychiatrique de Bicêtre, puis à La Pitié, il obtient le doctorat en médecine le avec une thèse intitulée De la génération des éléments anatomiques, sous la direction de Charles Robin, un matérialiste ami d'Auguste Comte[7]. Sa thèse reprend les idées de Robin, qui est un adversaire du catholique bonapartiste Pasteur[7]. Elle est ensuite publiée chez Germer Baillère en échange de la traduction par Clemenceau d’Auguste Comte and Positivism de J.S. Mill[7]. Plus tard, lorsque Pasteur sera devenu célèbre, Clemenceau reconnaît de bonne grâce son erreur.

À la suite d'un dépit amoureux avec Hortense Kestner, la belle-sœur de son ami Auguste Scheurer-Kestner, le , il s’embarque, d'abord pour l'Angleterre, où son père le présente à Mill et Spencer[7], puis pour les États-Unis, qui sortent à peine de la guerre de Sécession. Il trouve un poste d’enseignant dans un collège pour jeunes filles à Stamford (Connecticut) où il donne des cours de français et d’équitation. Il devient également correspondant du journal Le Temps[7].

Clemenceau s’éprend alors d’une de ses élèves, Mary Plummer (1848-1922), qu’il épouse civilement le [7] et avec qui il a ensuite trois enfants : Madeleine (née le ), Thérèze Juliette (née le ) et Michel William Benjamin (né le ).

Sa femme ayant une liaison avec son jeune secrétaire précepteur des enfants, il fait constater l'adultère et l'envoie brutalement quinze jours dans la prison Saint-Lazare pour adultère (alors qu'il a eu lui-même de nombreuses liaisons féminines) et pendant cette incarcération demande le divorce qu'il obtient en 1891, avant de la renvoyer brutalement aux États-Unis avec un billet de troisième classe, ayant obtenu qu'elle perde la garde de ses enfants et la nationalité française[23]. Revenue vivre en France, mais restée perturbée psychologiquement par ces évènements conjugaux, l'ex-Madame Georges Clemenceau meurt seule, le 13 septembre 1922, dans son appartement parisien du 208, rue de la Convention[24]. Clemenceau l'annonce ainsi à son frère Albert : « Ton ex-belle-sœur a fini de souffrir. Aucun de ses enfants n'était là. Un rideau à tirer. » (lettre du 27 septembre 1922 dans sa Correspondance 1858-1929, p. 639).

De ce séjour américain, il tire un bilinguisme franco-anglais rare à l'époque et une familiarité avec les cercles anglo-saxons[25].

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