Günter Grass

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Grass.
Günter Grass
Description de cette image, également commentée ci-après

Günter Grass en 2006.

Nom de naissance Günter Wilhelm Grass
Naissance
Territoire de Dantzig [NB 1]
Décès (à 87 ans) [1]
Lübeck, Allemagne
Activité principale
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture Allemand
Genres
Roman picaresque, historique, humoristique, satirique, dramatique, mythologique, fantastique

Œuvres principales

Signature de Günter Grass
La maison de Günter Grass d'avant la guerre.

Günter Wilhelm Grass, né le à Danzig-Langfuhr et mort le à Lübeck, est un écrivain et artiste allemand.

Lauréat du prix Nobel de littérature en 1999, Grass est principalement connu pour son roman Le Tambour.

Marquée par l'expérience traumatique du nazisme, son œuvre, baroque et ironique, puise son inspiration dans son origine germano-polonaise et condense réalisme et mythe afin d'explorer les méandres de l' Histoire, la mémoire et la culpabilité [2]. Considéré comme l'un des plus grands écrivains allemands contemporains et le plus célèbre auteur germanophone de la seconde moitié du XXe siècle [3], il est aussi remarqué pour ses prises de positions politiques à l'origine de nombreuses controverses en Allemagne et à l'international [2], [4].

Biographie

Günter Grass naît dans la ville libre de Dantzig, de parents commerçants, propriétaires d'une épicerie en produits coloniaux. Son père est Allemand protestant et sa mère cachoube catholique [NB 3], [3]. Grass et sa jeune sœur sont élevés dans la religion catholique. Il dit alors vivre « une jeunesse allemande modèle. » [5]. L'invasion par la Wehrmacht de la Pologne et de Dantzig est approuvée par sa famille même si l'un des oncles polonais du jeune Günter est fusillé après avoir participé, comme postier résistant, au siège de la poste polonaise [NB 4], [6]. Il est dès lors interdit au garçon de jouer avec ses cousins et aucun mot n'est prononcé sur les proches tombés en disgrâce ni sur le sort qui leur a été réservé [6]. Enrôlé dans la Jungvolk [3], subdivision des Jeunesses hitlériennes , il demande à 15 ans à s'engager dans les sous-marins mais rejoint à l'âge de 17 ans la 10e Panzerdivision SS Frundsberg des Waffen-SS en octobre 1944 [NB 5], [NB 6]. Jusqu'à la fin de sa vie, il avait toujours indiqué avoir été simplement dans la défense anti-aérienne (Fliegerabwehrkanone) [7]. Il a expliqué cet engagement par son souhait de fuir une ambiance familiale rendue pesante par l'exiguïté de l'appartement et d'une rivalité avec son père. Il dit s'être engagé par idéalisme, dans l'espoir de rejoindre les sous-mariniers et sans vraiment savoir ce que représentaient les Waffen-SS.

À la fin de la guerre, il fuit l'avancée russe et est fait prisonnier par les Américains avant d'être libéré en 1946. Durant sa captivité, il aurait peut-être rencontré Josef Ratzinger, le futur pape Benoît XVI [NB 7]. Il dit n'avoir pris pleinement conscience des horreurs perpétrées par le nazisme qu'après sa libération en entendant les aveux de Baldur von Schirach au procès de Nuremberg [NB 8]. Effondré par ces découvertes, Grass reste en Allemagne de l'Ouest où il mène une vie de bohème, étant successivement mineur de fond dans les carrières de potasse près de Hanovre et tailleur de marbres funéraires [3]. Il tente par ailleurs de se reconstruire après la découverte de drames familiaux : sa mère et sa sœur ont vraisemblablement été violées par des soldats de l' Armée rouge [3]. Après une traversée de l' Europe et des études de sculpture et d' arts plastiques à Düsseldorf et à Berlin-Ouest auprès de Karl Hartung  (de), il tente de gagner sa vie grâce à ses sculptures et ses gravures [3]. Graphiste, illustrateur et peintre, il s'essaie également à l'écriture et compose quelques poèmes. Il commence par ailleurs la rédaction d'un roman qui s'inspire lointainement de sa jeunesse. En 1955, il devient un proche du Groupe 47, mouvement de reconstruction et de réflexion littéraire dans l' Allemagne d'après-guerre.

En 1956, Le Journal des coquecigrues (Die Vorzüge der Windhühner), son premier recueil de poèmes, est publié. Il est suivi de deux pièces de théâtre, en 1957 : Tonton (Onkel, Onkel) et La Crue (Hochwasser). La même année, Grass obtient le prix du Groupe 47 après la lecture du premier chapitre de son œuvre romanesque en chantier : Le Tambour. L'argent de la récompense lui permet de séjourner, entre 1956 et 1960, à Paris où il parachève la rédaction de l'ouvrage près du canal Saint-Martin puis dans une petite chambre de la place d'Italie sur une machine à écrire Olivetti [8]. Il fréquente les milieux intellectuels de Saint-Germain-des-Prés, découvre le Nouveau Roman, se lie d'amitié avec Paul Celan qui l'incite à lire François Rabelais et prend position pour Albert Camus dans la querelle l'opposant à Jean-Paul Sartre. Il devient célèbre en 1959 avec la publication du Tambour (Die Blechtrommel), son chef-d'œuvre, qui obtient un succès planétaire et lui vaut d'être considéré comme un grand nom de la scène littéraire internationale [3]. Le livre fait l'objet d'une adaptation cinématographique, vingt ans plus tard, par Volker Schlöndorff. Le film est aussi un triomphe mondial et se voit attribuer la Palme d'or à Cannes et l' Oscar du meilleur film étranger à Hollywood.

Günter Grass et Willy Brandt en 1972.

Dans les années 1960, Grass s'engage en politique et participe aux campagnes électorales des sociaux-démocrates allemands. Il organise plusieurs meetings en faveur du futur chancelier Willy Brandt avec lequel il se lie d'amitié et qu'il renseigne sur les affaires est-européennes [9]. Il est présent lorsque Brandt, dans un geste historique, se met à genou sur le site de l'ancien ghetto de Varsovie [6]. L'auteur lui prodigue par ailleurs des conseils sur le rapprochement des deux républiques allemandes. L'auteur adhère au SPD en 1982 mais donne sa démission en 1992 pour protester contre les restrictions du droit d'asile.

Günter Grass en 1986.

De 1983 à 1986, il préside l' Académie des arts de Berlin [10]. À la fin des années 1980, il part en Inde à Calcutta, où il constate la misère du peuple indien. Il relate cette expérience dans Tirer la langue (Zunge zeugen, 1989).

En 1995, la publication de Toute une histoire (Ein weites Feld) provoque un tollé en Allemagne après que l'auteur y affirme que l' Allemagne de l'Ouest a pris en otage et victimisé, par le biais d'un libéralisme effréné, les habitants de l'ancienne RDA après la réunification. Le critique Marcel Reich-Ranicki accepte que le Spiegel publie un photomontage où on le voit en train de déchirer le livre de Grass avec le titre « L'échec d'un grand écrivain ». La presse populaire s'insurge aussi contre le romancier : le Bild-Zeitung titre « Grass n'aime pas son pays » et dénonce un roman au « style creux » qu'elle considère comme « une insulte à la patrie [11] ».

L'auteur reçoit le 30 septembre 1999, à près de 72 ans, le prix Nobel de littérature, « pour avoir dépeint le visage oublié de l'Histoire dans des fables d'une gaieté noire [12], [13] ». Le jury de Stockholm célèbre également en lui « un puits d’énergie et un roc d’indignation. » [3]. Fréquemment cité sur les listes de l' Académie suédoise, où il faisait figure depuis plusieurs années de favori au même titre que Gabriel García Márquez, Claude Simon et Nadine Gordimer, récompensés avant lui [14], [15], Grass, « l'éternel nobélisable » comme le surnommait la presse, avait anticipé sa victoire, même tardive [11]. Dès les années 1970, il avait proposé au Comité Nobel de primer conjointement un écrivain allemand de l'est et l'ouest comme symbole d'une réunification culturelle. Il faisait ainsi référence, de manière sous-jacente, à l'idée de le mettre à l'honneur avec son amie Christa Wolf [16]. Mais cette proposition ne fut jamais prise en compte par les jurés du prix [16].

En 2001, Grass propose de construire un musée germano-polonais qui abriterait les œuvres d'art volées par les nazis. Parfois accusé de s'être reposé sur ses lauriers après ses premiers succès littéraires, notamment pour son goût répété de la provocation, de l'obscénité et du blasphème, la surabondance de son style ou encore son penchant pour la virtuosité tapageuse, Grass revient au premier plan de la littérature mondiale en 2002 grâce à la publication d' En crabe (Im Krebsgang) [17]. La même année, la mairie de Gdańsk, sa ville natale, annonce son projet de fonder un musée-institut dédié à l'auteur qui ouvre finalement ses portes en 2009 [18]. En 2005, l'écrivain fonde un cercle d'auteurs et les rencontres littéraires de Lübeck.

Sa fiche de prisonnier de guerre.

En août 2006, il révèle son enrôlement en octobre 1944 dans les Waffen-SS après avoir prétendu auparavant avoir servi dans la Flak. La divulgation tardive de ce secret, qui « le hantait depuis toujours » et qui est faite quelques jours avant le lancement de son dernier livre autobiographique, Pelures d'oignon (Beim Häuten der Zwiebel), suscite malaise et incompréhension en Europe [NB 9], [2]. Elle est à l'origine d'une controverse entre intellectuels européens, certains d'entre eux considérant que cet aveu lui ôte son statut de caution morale, d'autres au contraire pensant que cette sincérité, même tardive, ne fait que renforcer sa légitimité artistique et intellectuelle [2].

Lech Wałęsa, après avoir demandé qu'on lui retire son titre de citoyen d'honneur de la ville de Gdansk, lui pardonne ses errements de jeunesse. Entre-temps, Grass reçoit le soutien d'une partie de la communauté littéraire parmi laquelle Salman Rushdie, John Irving ou encore José Saramago qui juge néanmoins « infâme » et « indigne » l'utilisation de cette révélation à des fins promotionnelles [19], [20]. La droite allemande dénonce, quant à elle, son hypocrisie et ses sermons galvaudés sur le passé nazi de la nation. Elle le prie d'ailleurs un temps de rendre son prix Nobel et l'argent qu'il lui a rapporté. Mais le président de la Fondation Nobel soutient publiquement l'écrivain en juillet 2006, déclarant à ce sujet que « l'attribution des prix est irréversible car aucun prix n'a été retiré à quiconque par le passé [21] ». Après cet épisode, son biographe Michael Jürgs  (de) explique que « ses traditionnelles leçons à la conscience collective allemande » deviennent soudain « inaudibles » [9]. En France, le critique littéraire Pierre Assouline suppose que la rédaction de Pelures d'oignon fut une manière d'anticiper la révélation de ce secret par une enquête journalistique [9].

En janvier 2014, à 86 ans, Grass annonce qu'il n'écrira plus de romans car son âge avancé et des problèmes de santé ne lui permettent plus de s'engager sur des projets nécessitant cinq ou six années d'enquête et de travail [22]. Il met ainsi un terme à sa carrière littéraire mais continue son activité de dessinateur, illustrateur et graphiste [23]. À l'annonce de sa mort, survenue dans une clinique de Lübeck à la suite d'une infection le 13 avril 2015 [5], de nombreux hommages lui sont rendus en Allemagne et à l'étranger de la part de personnalités politiques et littéraires parmi lesquelles l'ancien président polonais Lech Wałęsa, la chancelière Angela Merkel, le président de la République fédérale Joachim Gauck, Sigmar Gabriel, Peter Tauber, Salman Rushdie, Imre Kertész, John Irving, Elfriede Jelinek, Orhan Pamuk, Mario Vargas Llosa ou encore la ministre de la Culture française d'alors Fleur Pellerin [24], [25], [26], [27], [28], [29], [30].

Parmi les œuvres les plus célèbres de Grass, on compte Le Chat et la Souris (Katz und Maus, 1961) et Les Années de chien (Hundejahre, 1963) qui achèvent une trilogie sur Dantzig ( Trilogie de Dantzig) ouverte par Le Tambour [4], [2]. Ses autres ouvrages connus sont Le Journal d'un escargot (Aus dem Tagebuch einer Schnecke, 1972), Le Turbot (Der Butt, 1977), Une rencontre en Westphalie (Das Treffen in Telgte, 1979), La Ratte (Die Rättin, 1985), L'Appel du crapaud (Unkenrufe, 1992) et Mon siècle (Mein Jahrhundert, 1999).

Vie privée

En 1954, Grass épouse la Suissesse Anna Schwarz, apprentie danseuse de ballet ; ils ont quatre enfants. Ils divorcent en 1978.

En 1974 naît la fille qu'il a avec l'architecte Veronika Schröter, la comédienne Helene Grass à qui Le Turbot est dédié.

En 1979, il se remarie avec l'organiste Ute Grunert et vit avec elle près de Lübeck jusqu'à sa mort en 2015.

La Maison Grass

La Maison Grass à Lübeck, ouverte partiellement au public dans le cadre de conférences, rencontres et expositions temporaires, contient la majeure partie des manuscrits et des œuvres artistiques de l'auteur [31]. Grass y concevait lui-même la couverture et l'illustration de ses ouvrages. Il continuait en parallèle à exercer ses activités artistiques.

Il était l'un des seuls écrivains à inviter, lors de la parution en allemand de chaque nouvel ouvrage, l'ensemble de ses traducteurs pour mettre en commun les travaux de traduction et permettre un échange de langues.

Other Languages
Afrikaans: Günter Grass
Alemannisch: Günter Grass
aragonés: Günter Grass
العربية: غونتر غراس
azərbaycanca: Günter Qrass
беларуская: Гюнтэр Грас
беларуская (тарашкевіца)‎: Гюнтэр Грас
български: Гюнтер Грас
brezhoneg: Günter Grass
bosanski: Günter Grass
català: Günter Grass
کوردیی ناوەندی: گوینتەر گراس
čeština: Günter Grass
kaszëbsczi: Günter Grass
Cymraeg: Günter Grass
Deutsch: Günter Grass
Ελληνικά: Γκύντερ Γκρας
English: Günter Grass
Esperanto: Günter Grass
español: Günter Grass
euskara: Günter Grass
Gaeilge: Günter Grass
Gàidhlig: Günter Grass
ગુજરાતી: ગુંટર ગ્રાસ
hrvatski: Günter Grass
Bahasa Indonesia: Günter Grass
Interlingue: Günter Grass
Ilokano: Günter Grass
íslenska: Günter Grass
italiano: Günter Grass
Basa Jawa: Günter Grass
қазақша: Гюнтер Грасс
한국어: 귄터 그라스
Lëtzebuergesch: Günter Grass
lietuvių: Günter Grass
latviešu: Ginters Grass
македонски: Гинтер Грас
кырык мары: Грасс, Гӱнтер
Bahasa Melayu: Günter Grass
Nāhuatl: Günter Grass
Plattdüütsch: Günter Grass
Nederlands: Günter Grass
norsk nynorsk: Günter Grass
norsk bokmål: Günter Grass
occitan: Günter Grass
ਪੰਜਾਬੀ: ਗੁੰਟਰ ਗਰਾਸ
Piemontèis: Günter Grass
پنجابی: گنٹر گراس
português: Günter Grass
Runa Simi: Günter Grass
română: Günter Grass
русский: Грасс, Гюнтер
संस्कृतम्: गुंटर ग्रास
srpskohrvatski / српскохрватски: Günter Grass
Simple English: Günter Grass
slovenčina: Günter Grass
slovenščina: Günter Grass
српски / srpski: Гинтер Грас
svenska: Günter Grass
Kiswahili: Günter Grass
тоҷикӣ: Гюнтер Грас
Türkçe: Günter Grass
українська: Гюнтер Грасс
Tiếng Việt: Günter Grass
Volapük: Günter Grass
Yorùbá: Günter Grass