Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X

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Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X
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Repères historiques
Fondation 1970
Fondateur(s) Marcel Lefebvre
Fiche d'identité
Église Catholique
Courant religieux Traditionaliste, Intégriste
Vocation Célébration des sacrements selon la forme tridentine du rite romain, maintien de la doctrine telle que comprise jusqu'à l'époque récente, en opposition aux changements introduits par le concile Vatican II, spiritualité romaine et mariolo -montfortaine
Dirigeant Bernard Fellay (supérieur général)
Localisation 72 pays (siège à Menzingen en Suisse)
Sur Internet
Site internet http://www.fsspx.org
Pages connexes http://fsspx.news/fr

La Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (sigle : FSSPX), canoniquement nommée Fraternité des apôtres de Jésus et Marie [1], est une société de prêtres catholiques traditionalistes fondée en Suisse, dont le but est « le sacerdoce et tout ce qui s'y rapporte » [2] (principalement, de former des prêtres et de tenir des séminaires). Elle a son siège à Menzingen, dans le canton de Zoug (Suisse) [3].

Le séminaire d’ Écône.

Fondée le , cette société, dont les statuts avaient été reconnus et approuvés par l’ évêque diocésain de Fribourg en 1970 à titre de « pieuse union », perd sa reconnaissance canonique par l'Église catholique le . La décision de son fondateur, Mgr Marcel Lefebvre, d'ordonner des prêtres sans permission du Saint-Siège lui vaut d’être sanctionné par la  suspens a divinis le 30 juin 1975. Il est frappé d’ excommunication latae sententiae le 2 juillet 1988, lorsqu’il consacre quatre évêques sans permission du pape.

Cette excommunication des évêques n'implique pas de schisme, même si le terme est utilisé par la presse profane pour qualifier le conflit. Cette confusion amène le cardinal Castrillón Hoyos, en charge du dossier, à préciser (2005) qu'« on ne peut pas dire en termes corrects, exacts, précis qu’il y ait un schisme » [4], tandis que le pape Benoit XVI (2009) souligne qu'il y a eu « le danger d’un schisme » [5]. Il n'en reste pas moins que la FSSPX est en situation irrégulière, sans aucun statut canonique, et que ses prêtres « n’exercent pas de ministères légitimes » [6].

Marcel Lefebvre et ses disciples se considèrent comme «  traditionalistes » tandis que pour beaucoup, ainsi que l'explique Émile Poulat, le mouvement est l'incarnation de l’«  intégrisme » [7], dans un débat sémantique qui n'est pas tranché [8]. Par ailleurs, les liens de la Fraternité avec l' extrême droite sont « notoires » en France [9] et en Belgique [10]. Plusieurs actions de ses membres, voire de ses institutions, ainsi que des prises de positions de ses dirigeants, ont suscité la polémique.

Des négociations avec le Saint-Siège en vue de la réintégration de la communauté dans le giron de l'Église catholique amènent à la levée de l'excommunication des évêques en par le pape Benoit XVI, sans que cela signifie le retour à la pleine communion de la FSSPX qui doit reconnaître l'autorité du pape et du Concile Vatican II [11]. En octobre 2012, face à l'opposition réitérée des trois évêques de la FSSPX à Vatican II, Mgr Gerhard Ludwig Müller, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi aurait envisagé la fin des discussions [12] ; cependant les contacts continuent, entretenus au sein de la commission pontificale Ecclesia Dei, et, le 13 décembre 2013, Mgr Fellay rencontre le pape François lui-même [13].

Le , dans sa lettre apostolique Misericordia et misera clôturant le jubilé de la Miséricorde, le pape François rend licite le sacrement de confession donné par les prêtres de la fraternité « jusqu'à ce que soient prises de nouvelles dispositions ». Le 4 avril 2017, il crée des dispositions pour assurer la reconnaissance légale des mariages de la Fraternité Saint-Pie X [14].

Buts, droit et organisation

Buts

Bénédiction à Écône, en Suisse, en 2005

Aux termes de ses statuts [15], la FSSPX, a pour but « le sacerdoce et tout ce qui s'y rapporte et rien que ce qui le concerne », principes qui impliquent, entre autres, « d'orienter et réaliser la vie du prêtre vers ce qui est essentiellement sa raison d'être : le saint sacrifice de la Messe » tout en évitant « avec soin les erreurs modernes, en particulier le libéralisme et tous ses succédanés ». En pratique, cela sous-entend le maintien de la forme tridentine du rite romain et une critique virulente des « erreurs modernes ».

Droit canonique

Du point de vue du droit canonique de l'Église catholique romaine, si la FSSPX fut une œuvre d'Église entre 1970 et 1975, elle ne l'est plus aujourd'hui et ne reçoit de Rome aucune forme d'approbation ou de reconnaissance. En effet, cette société de vie commune sans vœu fut approuvée par Mgr Charrière, évêque de Fribourg, et érigée dans son diocèse le 1er novembre 1970 ; le 18 février 1971, le préfet de la Sacré Congrégation pour les religieux, le cardinal Wright, signe un décret d'approbation des statuts de la Fraternité [16]. Cependant, une lettre de la Sacrée congrégation pour les institutions d'enseignement, signée d'une commission de trois cardinaux, fait savoir à Mgr Lefebvre que sa déclaration du 21 novembre 1974 - ainsi que la « profession de foi » dénonçant « la Rome néo-moderniste et néo-protestante du concile Vatican II » [17] - est « en tous points inacceptable ». Mgr Mamie, nouvel évêque de Fribourg, se voit reconnu le droit d'annuler le décret d'érection promulgué par son prédécesseur en 1970 [18], ce qu'il fait par lettre le 6 mai 1975 [17]. Un recours de Mgr Lefebvre est rejeté par le cardinal Staffa au nom du Canon 1556 et, le 29 juin 1975, après la consécration de trois prêtres à Écône, le pape Paul VI lui-même déclare qu’il fait siennes les conclusions de la commission cardinalice et ordonne l’entrée en vigueur immédiate de ses conclusions [18]. Le 29 juillet, Marcel Lefebvre est frappé de suspense a divinis [17] suivant le Canon 2279 [19].

Par la suite, lors des sacres d'évêques en 1988, Mgr Lefebvre, son cocélébrant Mgr Antônio de Castro Mayer, et les quatre nouveaux évêques sont excommuniés [20]. Néanmoins, à plusieurs reprises, le cardinal Castrillón Hoyos, président de la commission pontificale Ecclesia Dei jusqu'en juillet 2009 a indiqué dans les médias que la FSSPX était à l'intérieur de l'Église, mais qu'il lui manquait néanmoins « une plus parfaite communion ».

Pour sa part, la FSSPX considère que son retrait d'approbation prononcé en 1975 est juridiquement nul car entaché d'irrégularités [21].

Enfin du point de vue des pouvoirs politiques français, le Tribunal administratif de Paris estime que la FSSPX peut constituer une association cultuelle [22] indépendamment de savoir si « l'Église dont elle se réclame a exclu de ses rangs son président fondateur » [23].

Implantation géographique & développement

À ces débuts, la Fraternité Saint-Pie X s’étend prioritairement en France où s’établit son premier district, le 15 août 1976, sous la houlette de l’ abbé Paul Aulagnier qui fonde les premiers prieurés au Pointet (Allier), à Lanvallay (Côtes-d’Armor) et à Suresnes (Hauts-de-Seine). Peu à peu, les prêtres ordonnés à Écône viennent prêter main-forte aux prêtres diocésains qui ont maintenu la liturgie traditionnelle et le catéchisme tels qu’il était dispensé avant le Concile. C’est le cas en l’ église Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris, occupée de manière irrégulière par des traditionalistes depuis 1977, où les abbés Michel Simoulin et Philippe Laguérie assistent Mgr François Ducaud-Bourget dès 1980. Au fil des ans, les prêtres de la Fraternité s’installent dans plusieurs églises, certaines leur étant confiées par les maires, tel Gaston Defferre qui leur met à disposition l’église Saint-Pie X, rue du Tapis-Vert à Marseille [24], ou les associations, comme celle du Bazar de la Charité qui leur concède la chapelle Notre-Dame-de-Consolation, rue Jean-Goujon à Paris [25]. La FSSPX dessert dans tout l’hexagone près de 200 lieux de culte, comme la collégiale de Thouars (Deux-Sèvres) [26], la chapelle du Bon-Conseil à Bordeaux (Gironde), la chapelle de l’ancien séminaire d’Amiens (Somme) [27], la chapelle Notre-Dame-de-l’Espérance à Versailles (Yvelines) [28], etc. À partir des années 1970, elle assure également l’aumônerie de nombreuses écoles qui leur sont confiées par des laïcs ou des clercs. C’est le cas de Saint-Michel, près de Châteauroux (Indre) [29] ou de l’Étoile du Matin à Bitche (Moselle) [30].

En Allemagne, où Mgr Lefebvre s’est rendu chaque année et où il a fondé le séminaire de Zaitzkofen ( Bavière) [31], la Fraternité Saint-Pie X est présente depuis quarante ans. Elle y dessert des dizaines d’églises, comme à Bonn, la chapelle de l’hôpital régional de Rhénanie et y a construit des édifices religieux comme l’église Saint-Pierre à Berlin. En Autriche, elle a son siège au château de Jaidhof, légué par Madame von Gutmann [32].

Aux États-Unis, la Fraternité Saint-Pie X a établi à la fin des années 1970 un séminaire à Ridgefield (Connecticut) qu’elle a transféré à Winona (Minnesota). Faute de place, elle a fait édifier dès 2016, des bâtiments à Dillwyn (Virginie) pour accueillir la centaine de futurs prêtres. Mgr Lefebvre a établi la Fraternité en Afrique dès 1986 qui a essaimé à partir du Gabon. Il l’a également implantée en Amérique du Sud et en Asie.

Depuis 1975, le nombre de prêtres de la FSSPX augmente presque chaque année, et passe de quelques dizaines à plus de 600 [33]. En 2017, la Fraternité Saint-Pie X dessert 772 centres de messe répartis dans 72 pays, de l'Allemagne au Zimbabwe [34]. Elle comprend près de 635 prêtres, 215 séminaristes, 116 frères, 195 sœurs, 79 oblates.

Le nombre de laïcs qui fréquentent les messes de la FSSPX est estimé de 150.000 (Henry Tincq) [35] à 600.000 (FSSPX) [36], le Cardinal Hoyos l'estimant en 2017 à "environ un demi-million de personnes" [37]. En réalité, ce chiffre est flou par nature, puisque certains fidèles viennent chaque dimanche, quand d'autres viennent plus rarement. Une étude de 2013 indique que 49% (15% "la plupart du temps" et 34% "de temps à autre") des fidèles de la FSSPX en France seraient près à retourner dans la paroisse territoriale s'il y trouvaient la liturgie traditionnelle [38].

Par ailleurs, plusieurs communautés religieuses se sont agrégées à la Fraternité Saint-Pie X au fil des ans, par attachement à la liturgie traditionnelle et pour conserver leurs constitutions telles qu’observées jusqu’aux réformes consécutives au Concile Vatican II. C’est le cas de la Fraternité de la Transfiguration, des dominicaines enseignantes du Saint Nom de Jésus de Fanjeaux (Aude) et de Saint-Pré (Var) dont les religieuses – environ 250 – tiennent des écoles pour filles. Plusieurs communautés contemplatives se réclament aussi de la Fraternité Saint-Pie X comme les dominicaines d' Avrillé (Maine-et-Loire), les capucins et les clarisses de Morgon (Rhône), les bénédictins de Bellaigue (Puy-de-Dôme), les franciscaines du Trévoux (Finistère) [39], ainsi que des ordres caritatifs comme les petites sœurs de Saint-Jean-Baptiste établies au Rafflay (Loire-Atlantique) et à Lourdes (Hautes-Pyrénées). La mouvance de la Fraternité Saint-Pie X compte environ 1500 prêtres, religieux et religieuses.

Organisation

Façade de l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, à Paris

La Fraternité sacerdotale Saint-Pie X est une société de vie commune gouvernée par un Supérieur général élu pour un mandat de douze ans. À la suite de Mgr Marcel Lefebvre (1970-1982) puis de l'abbé Franz Schmidberger (1982-1994), Monseigneur Bernard Fellay est élu une première fois en 1994, pour un mandat de 12 ans; il entame un second mandat en 2006.

Le Supérieur général est assisté dans son gouvernement par les membres de son Conseil où siègent les Assistants généraux, également élus pour une période de douze ans ainsi que le secrétaire général. En 2006, l'abbé Niklaus Pfluger a été nommé Premier Assistant Général, l'abbé Alain-Marc Nély a été nommé Deuxième Assistant Général et l'abbé Christian Thouvenot a été nommé secrétaire général.

Le "chapitre" est une assemblée, qui élit le supérieur et ses deux assistants. En sont membres de droit [40]:

  • le Supérieur Général et ses deux Assistants
  • les évêques membres de la Fraternité
  • les anciens supérieurs généraux
  • le Secrétaire général et l’Econome général
  • les Directeurs des six séminaires
  • les Supérieurs de districts géographiques
  • les Supérieurs de maisons autonomes
  • les prêtres les plus anciens de la FSSPX, «dans la proportion d'un tiers des membres par office» [40].

La Fraternité est organisée en 14 « districts », c'est-à-dire des pays ou groupes de pays où elle possède plus de 3 prieurés formés et en 6 « maisons autonomes », qui sont des districts en préparation. Ces districts sont sous la responsabilité d'un « Supérieur ».

Elle assure la formation de ses futurs prêtres dans six séminaires [41], qui correspondent à son extension géographique:

  • le séminaire Saint-Pie-X, à Écône en Suisse (fondé en 1971) est le plus ancien et le plus célèbre. Les cours y sont en français.
  • le séminaire Saint-Curé-d'Ars, à Flavigny-sur-Ozerain en France. Les futurs séminaristes d'Ecône y font leur première année, les Frères de la FSSPX y sont formés.
  • le séminaire Saint-Thomas-d'Aquin [42], à Dillwyn en Virginie. Il s'est d'abord tenu à Armada dans le Michigan (de 1974 à 1979) puis à Ridgefield (de 1979 à 1988) et à Winona (de 1988 à 2016). Les cours y sont en anglais.
  • le séminaire de la Sainte-Croix [43], en Australie. Il forme des séminaristes issus d'Asie, d'Océanie et d'Afrique. Les cours y sont en anglais.
  • le séminaire Notre-Dame-Co-Rédemptrice [44], à La Reja (Buenos Aires) en Argentine. Les cours y sont en espagnol.
  • le séminaire Cœur-Sacré-de-Jésus [45], à Zaitzkofen en Bavière. Les cours y sont en allemand.

Pour ce qui est des manquements au droit canonique, Mgr Fellay est depuis 2015 reconnu par Rome comme juge en 1re instance pour les membres de la FSSPX. [46] La Fraternité peut donc juger ses prêtres qui auraient commis des fautes graves, et ils peuvent ensuite faire appel devant les tribunaux romains.

La branche sacerdotale de la Fraternité Saint-Pie-X (prêtres, frères et séminaristes) reste la plus connue du grand public mais l'œuvre est composée de trois autres branches :

Le symbole de la FSSPX se lit ainsi: "deux cœurs entrelacés symbolisent l’union parfaite qui existe entre Jésus et Marie. Ils sont unis dans le plan divin de rédemption, dans leur charité pour Dieu et dans leur miséricorde pour les hommes" [49]

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