François Mitterrand

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François Mitterrand
François Mitterrand en 1988.
François Mitterrand en 1988.
Fonctions
Président de la République française

(13 ans, 11 mois et 26 jours)
Élection 10 mai 1981
Réélection 8 mai 1988
Premier ministre Pierre Mauroy
Laurent Fabius
Jacques Chirac
Michel Rocard
Édith Cresson
Pierre Bérégovoy
Édouard Balladur
Prédécesseur Valéry Giscard d'Estaing
Successeur Jacques Chirac
Premier secrétaire du Parti socialiste

(9 ans, 7 mois et 8 jours)
Prédécesseur Alain Savary
Successeur Lionel Jospin
Député de la Nièvre
Élu dans le 3e circonscription

(18 ans, 5 mois et 15 jours)
Élection 25 novembre 1962
Réélection 12 mars 1967
30 juin 1968
11 mars 1973
19 mars 1978
Législature IIe, IIIe, IVe, Ve, VIe  législature ( Cinquième République)
Groupe politique Socialiste, Fédération de la gauche démocrate et socialiste, Parti socialiste et des Radicaux de gauche puis Socialiste
Prédécesseur Jehan Faulquier
Successeur Bernard Bardin
Sénateur de la Nièvre

(3 ans, 7 mois et 17 jours)
Élection 26 avril 1959
Groupe politique Socialiste
Prédécesseur Jean Doussot
Successeur Daniel Benoîst
Ministre d'État, garde des Sceaux,
ministre de la Justice

(1 an, 3 mois et 20 jours)
Président René Coty
Gouvernement Guy Mollet
Prédécesseur Robert Schuman
Successeur Édouard Corniglion-Molinier
Ministre de l'Intérieur

(7 mois et 17 jours)
Président René Coty
Gouvernement Pierre Mendès France
Prédécesseur Léon Martinaud-Déplat
Successeur Maurice Bourgès-Maunoury
Ministre d'État délégué au Conseil de l'Europe

(2 mois et 7 jours)
Président Vincent Auriol
Gouvernement Joseph Laniel I
Prédécesseur Pierre Pflimlin (indirectement)
Successeur Maurice Faure (indirectement)
Ministre d'État

(1 mois et 8 jours)
Président Vincent Auriol
Gouvernement Edgar Faure I
Ministre de la France d'Outre-mer

(11 mois et 28 jours)
Président Vincent Auriol
Gouvernement René Pleven I
Henri Queuille I
Prédécesseur Paul Coste-Floret
Successeur Louis Jacquinot
Ministre des Anciens combattants
et des Victimes de guerre

(7 mois et 25 jours)
Président Vincent Auriol
Gouvernement Robert Schuman I
Prédécesseur Daniel Mayer
Successeur André Maroselli

(8 mois et 29 jours)
Président Vincent Auriol
Gouvernement Paul Ramadier I
Prédécesseur Max Lejeune
Successeur Daniel Mayer
Député de la Nièvre

(12 ans et 28 jours)
Élection 10 novembre 1946
Réélection 17 juin 1951
2 janvier 1956
Législature Ire, IIe, IIIe ( Quatrième République)
Groupe politique Socialiste
Prédécesseur Roger Gillot
Successeur Jehan Faulquier
Biographie
Nom de naissance François Maurice Adrien Marie Mitterrand
Date de naissance
Lieu de naissance Jarnac, Charente ( France)
Date de décès (à 79 ans)
Lieu de décès Paris ( 7e, France)
Nature du décès Cancer de la prostate
Nationalité Française
Parti politique UDSR (1946-1965)
CIR (1965-1971)
PS (1971-1995)
Conjoints Danielle Gouze
Enfants Pascal Mitterrand
Jean-Christophe Mitterrand
Gilbert Mitterrand
Mazarine Pingeot
Diplômé de Université de Paris
École libre des sciences politiques
Profession Avocat
Éditeur de presse
Religion Catholicisme [1] puis agnosticisme [1]

Signature de François Mitterrand

François Mitterrand
Présidents de la République française

François Mitterrand ( Prononciation du titre dans sa version originale  Écouter), né le à Jarnac ( Charente) et mort le à Paris ( VIIe), est un homme d'État français. Il est président de la République française du au .

Agent contractuel sous le régime de Vichy, puis résistant, il est onze fois ministre sous la IVe République : ministre des Anciens combattants et des Victimes de guerre, ministre de la France d'Outre-mer, ministre d'État, délégué au Conseil de l'Europe, ministre de l'Intérieur, garde des Sceaux, ministre de la Justice. Il est député de la Nièvre (de 1946 à 1958 puis de 1962 à 1981) et sénateur de la Nièvre (de 1959 à 1962).

Opposé au retour du général de Gaulle, il affronte celui-ci au second tour de l' élection présidentielle de 1965, qu'il perd. En 1971, il devient premier secrétaire du Parti socialiste tout juste créé à l'issue du congrès d'Épinay. Candidat de l' Union de la gauche à la présidentielle de 1974, il est battu par Valéry Giscard d'Estaing.

Candidat du Parti socialiste à l' élection présidentielle de 1981, il est élu 21e président de la République française face à Valéry Giscard d'Estaing, le 10 mai 1981, avec 51,76 % des suffrages exprimés. François Mitterrand est le premier socialiste à occuper la présidence de la République sous la Ve République. Il est réélu le 8 mai 1988 avec 54,02 % des suffrages exprimés face à Jacques Chirac. Il détient ainsi le record de longévité à la présidence de la République française en faisant deux septennats complets.

Il fait voter l'abolition de la peine de mort et plusieurs lois sociales, puis décide le «  tournant de la rigueur » devant la menace qui pèse sur le franc. Il nomme Jacques Chirac Premier ministre après la défaite de la gauche aux élections législatives, en 1986. Son second septennat est notamment marqué par l'engagement militaire de la France dans la guerre du Golfe, la première nomination d'une femme, Édith Cresson, au poste de Premier ministre, l'adoption par référendum du traité de Maastricht, une deuxième cohabitation (avec Édouard Balladur à Matignon), des révélations sur son passé et son mauvais état de santé.

Atteint d'un cancer dès le début de sa présidence, il décède quelques mois après la fin de son second mandat.

Éléments personnels

Enfance et études (1916-1939)

Article détaillé : Famille Mitterrand.

François Maurice Adrien Marie Mitterrand est né le 26 octobre 1916 dans la ville charentaise de Jarnac, au sein d'une famille bourgeoise catholique et conservatrice. Son grand-père paternel était chef de gare à Jarnac, fils d'un éclusier du Canal de BerryAudes dans le département de l' Allier), et un catholique pratiquant. Sa grand-mère paternelle était limousine, d'une famille de petits fonctionnaires originaires de Séreilhac près de Limoges. Son père Joseph, né à Limoges, était ingénieur de la Compagnie du Chemin de fer de Paris à Orléans, puis en 1919 s'installa à Jarnac pour reprendre la direction de la vinaigrerie de son beau-père, devenant plus tard président de la fédération nationale des syndicats de fabricants de vinaigre [2]. Sa mère, Yvonne Lorrain, issue d'une famille de tradition républicaine, était la fille de Jules Lorrain, négociant en vins et eaux de vie et conseiller municipal de Jarnac (et petit-neveu par alliance du ministre Léon Faucher). François est le cinquième sur une famille de huit enfants. Il a trois frères : Robert (1915-2002), polytechnicien, administrateur de sociétés ; Jacques (1918-2009), général d'armée aérienne ; Philippe (1921-1992), exploitant agricole et ancien maire de Saint-Simon en Charente, et quatre sœurs : Marie-Antoinette (1909-1999) épouse Fernand Ivaldi, puis Pierre de Renoult, puis Pierre Gabriel Signard ; Marie-Josèphe (1912-1997) épouse Charles, marquis de Corlieu, puis Jean Wegmann ; Colette (1914-2004), épouse du capitaine Pierre Landry et Geneviève (1919-2006), épouse d'Eugène Delachenal, polytechnicien et banquier.

François est baptisé le en l' église Saint-Pierre de Jarnac [3]. Il grandit dans une famille fortunée, ayant l'électricité dès 1922. Il fréquente l'école privée Sainte-Marie de Jarnac avec son frère Robert jusqu'en 1925. Cette année-là, François entre comme pensionnaire au collège privé d'enseignement catholique Saint-Paul d' Angoulême pour entamer des études secondaires. Il se révèle excellent en histoire, en géographie, en latin et en instruction religieuse et prend goût pour la littérature. Il devient membre de la JEC, structure étudiante de l' Action catholique. En 1933, un discours lui vaut de remporter le Championnat de l'Éloquence.

Il obtient son baccalauréat en 1934 et décide de s'inscrire aux Facultés des lettres et de droit de Paris. À son arrivée dans la capitale, il s'installe au 104 rue de Vaugirard, pension où se trouve un foyer de pères maristes, la Réunion des étudiants où il se forme intellectuellement auprès de ses premiers amis, Claude Roy, Pierre Bénouville et André Bettencourt. Parallèlement, il entre à l' École libre des sciences politiques, de laquelle il sort diplômé en juin 1937. La même année, il obtient un diplôme d'études supérieures de droit public, à la suite de l'obtention d'une licence ès lettres l'année précédente [4].

À partir de novembre 1934, François Mitterrand milite pendant plus d'un an aux Volontaires nationaux, mouvement de jeunesse de la droite nationaliste des Croix-de-feu du colonel de La Rocque [5]. Porté par un courant très anticommuniste, il adhère à ce mouvement jusqu'à la dissolution des ligues factieuses [6]. Il participe aux manifestations contre « l'invasion métèque » en février 1935 puis à celles contre le professeur de droit Gaston Jèze, après la nomination de ce dernier comme conseiller juridique du Négus d' Éthiopie, en janvier 1936 [7]. Il cultive par la suite des relations d'amitiés ou de famille avec des membres de la Cagoule [8]. Il est un temps critique littéraire et écrit sur la société contemporaine et la politique dans la Revue Montalembert et dans le quotidien L'Écho de Paris d' Henri de Kérillis, proche du Parti social français. Il y écrit notamment un article regrettant que le Quartier latin se soit laissé envahir par le « dehors ». « Désormais, le quartier Latin est ce complexe de couleurs et de sons si désaccordés qu'on a l'impression de retrouver cette tour de Babel à laquelle nous ne voulions pas croire [9]. » Il publie également, le , un compte-rendu de la conférence donnée par Marcel Griaule sur l' Éthiopie, concluant notamment qu'« Il est toujours utile de connaître l'histoire de peuples si particuliers, et, en même temps, si pareils aux autres, car, au fond, ce n'est pas la couleur de la peau ou la forme des cheveux qui ont donné quelque valeur aux âmes [10]. ». Il se serait aussi inquiété de l' expansionnisme nazi lors de l' Anschluss dans l'un de ses articles [11]. En 1937, il obtient son diplôme de l' École libre des sciences politiques [12] et s'inscrit pour le service militaire dans l' infanterie coloniale. Il y rencontre Georges Dayan ( juif et socialiste) après l'avoir sauvé d'agressions d' antisémites de l' Action française et devient son meilleur ami [13]. En septembre, il est incorporé pour son service militaire dans le 23e régiment d'infanterie coloniale.

En septembre 1939, lors de l'engagement de la France dans la Seconde Guerre mondiale et terminant ses études d'avocat à Paris, il est envoyé sur la ligne Maginot avec le grade de sergent-chef, à proximité de Montmédy au 23e régiment d'infanterie coloniale 7e compagnie du capitaine Xavier Louis. En mai 1940, quelques jours avant l'invasion allemande, il se fiance avec Marie-Louise Terrasse (future Catherine Langeais, elle rompra en pour épouser peu après un comte polonais) [14].

Fin juin 1940, dans le train de prisonniers qui le conduit en Allemagne, François Mitterrand médite sur les causes du désastre, qu'en lecteur attentif de Jacques Bainville il fait remonter à la Révolution française: […] et je pensais que nous, les héritiers de 150 années d'erreurs, nous n'étions guère responsables [15]. Un an plus tard, il décrit l'impression que lui fait l'Allemagne nazie où, prisonnier, il travaille chez un charpentier: Je remarquai là l'énorme effort architectural et urbaniste accompli par le régime […] Tout continuait autour de moi d'affirmer le triomphe de la force tranquille [16].

Famille

Pendant la Seconde Guerre mondiale, François Mitterrand rencontre une jeune résistante bourguignonne, Danielle Gouze, et l'épouse le 28 octobre 1944. Avec elle (présidente, de 1986 à 2011, de la fondation France Libertés fondée en 1986), il a eu trois fils :

D'une relation extra-conjugale avec Anne Pingeot, conservatrice de musée, François Mitterrand a eu une fille : Mazarine Pingeot, née le , à Avignon. Après avoir obtenu son agrégation de philosophie, elle a commencé une carrière d'enseignante puis est devenue écrivaine et chroniqueuse de télévision.

Par ailleurs, Hravn Forsne, un militant politique suédois né en 1988, affirme, dans un entretien publié dans un journal suédois le 8 août 2014, être le fils biologique de François Mitterrand [17], [18]. Sa mère, la journaliste suédoise Christina Forsne, avait évoqué, dans un livre paru en 1997, la liaison qu'elle aurait eue avec l'ancien chef de l'État français [19], [20].

Généalogie

Relations avec le régime de Vichy et Résistance (1939-1944)

À la suite de la déclaration de guerre du , François Mitterrand est mobilisé sur la ligne Maginot [38]. Le , en tant que sergent-chef, il est blessé à l'omoplate droite ; après avoir été soigné, il est fait prisonnier par les Allemands le 18 juin. Après dix-huit mois dans les stalags IX A de Ziegenhain-Trutzhain et IX C de Schaala et deux tentatives infructueuses, il s'évade en décembre et rentre en France [39].

En janvier 1942, bien que recherché par les Allemands en tant qu'évadé, après un séjour chez les Levy-Despas à Saint-Tropez, il travaille à la Légion française des combattants et des volontaires de la révolution nationale en tant que contractuel du gouvernement de Vichy puis, à partir de juin, au Commissariat au reclassement des prisonniers de guerre, où il est chargé des relations avec la presse et où il favorisa la fourniture de faux-papiers pour aider les évasions [40]. En juin 1942, il participe à des réunions au château de Montmaur, où sont jetées les premières bases de son réseau de Résistance [41]. C’est Antoine Mauduit, ancien prisonnier de guerre arrivé à Vichy en mai, qui fut à l’origine de ce rassemblement de Montmaur baptisé « la Chaîne », ouvert à des résistants de tendances et origines diverses [42].

Le , François Mitterrand est reçu par le maréchal Pétain, avec plusieurs responsables du Comité d'entraide aux prisonniers rapatriés de l' Allier. Le , en représailles à l’invasion par les Alliés de l’Afrique du Nord trois jours plus tôt, les Allemands envahirent la zone libre: Le mythe de Pétain, « le bouclier » protégeant la France, vola en éclats, seule « l'épée » (la Résistance) demeurait. Cet événement allait inciter Mitterrand à s’engager plus fermement dans la Résistance aux dépens du gouvernement de Vichy [43].

En janvier 1943, Mitterrand démissionne du Commissariat, à la suite du remplacement du vichysto-résistant Maurice Pinot par André Masson, un partisan de la collaboration. Il conserve cependant un poste à la tête des centres d'entraides. Il se met également en relation avec les Chantiers de jeunesse, une organisation de service national créée par Vichy après l’armistice, et avec les Compagnons de France, une association essentiellement destinée aux adolescents [43].

Au cours des réunions de février 1943 à Montmaur avec les membres de « la Chaîne » [44], Mitterrand fait valoir ses arguments donnant priorité aux anciens prisonniers, en l’occurrence empêcher leur récupération par Pierre Laval, s’opposant ainsi à Michel Cailliau (le neveu du général De Gaulle), partisan d’une lutte armée immédiate. Le conflit entre les deux hommes persista [45].

En février 1943, puis plus tard au printemps, il se rapproche de la puissante Organisation de résistance de l'armée (ORA), en cours de formation. Il commence à prendre Morland comme pseudonyme, nom emprunté à la station de métro Sully-Morland, technique utilisée par les cagoulards [46]. Il utilisera aussi les noms de code Purgon, Monnier, Laroche, capitaine François, Arnaud et Albre. Il cofonde le Rassemblement national des prisonniers de guerre avec Maurice Pinot financé par l'ORA.

Plusieurs membres du réseau Mitterrand-Pinot sont, en pratique, membres de l'ORA. François Mitterrand lui-même est considéré par le service Action de l'organisation comme un de ses membres. Plusieurs actions sont décidées en commun entre des dirigeants de l'ORA et des dirigeants du RNPG et exécutées par des militants des deux mouvements [47].

En mars 1943, Mitterrand rencontre Henri Frenay et le convainc de travailler avec lui. Grâce à Frenay, la Résistance intérieure soutient François Mitterrand contre Michel Cailliau [48]. Mitterrand se retrouve ainsi au cœur d’un réseau d’influence qui comprenait l’ORA, Maurice Pinot et ses partisans, les Chantiers, les Compagnons, et les centres d’entraide, tandis que Michel Cailliau, en rupture avec "la Chaîne" de Montmaur, lance son propre réseau appelé le Mouvement de Résistance des prisonniers de guerre et des déportés (MRPGD) [49].

Cependant, la date du 28 mai 1943, lors de sa rencontre avec le gaulliste Philippe Dechartre a été considérée comme le moment de sa rupture définitive avec ses anciens protecteurs de Vichy [réf. nécessaire]. Selon Philippe Dechartre, la rencontre du 28 mai 1943, fut organisée car : « il y avait trois mouvements [de Résistance :] […] le mouvement gaulliste, le mouvement communiste et un mouvement né des Centres d’entraide […] donc on m’a confié [à Philippe Dechartre] la mission de préparer ce qu’on appellerait ensuite la fusion [des trois mouvements]. » [50]

Au printemps 1943, parrainé par deux membres de la Cagoule ( Gabriel Jeantet, membre du cabinet du maréchal Pétain, et Simon Arbellot), et après l'instruction de son dossier par Paul Racine, il est décoré de l' ordre de la Francisque [51], [52] par le maréchal Pétain : il est le récipiendaire no 2202, délégué du Service national des prisonniers de guerre [53], [54].

Selon le socialiste Jean Pierre-Bloch, chef de la section non militaire du Bureau central de renseignements et d'action à l'époque, « c'était sur notre ordre que François Mitterrand était resté dans les services de prisonniers de Vichy. Lorsqu'il a été proposé pour la francisque, nous avons parfaitement été tenus au courant ; nous lui avions conseillé d'accepter cette “distinction” pour ne pas se dévoiler. » [55]. Pour lui comme d'autres résistants qui travaillent pour Vichy, comme Bernard de Chalvron, Raymond Marcellin ou encore Maurice Couve de Murville, accepter cette distinction constitue une couverture idéale [56]. D'après les journalistes Ghislaine Ottenheimer et Renaud Lecadre dans un ouvrage sur la franc-maçonnerie, invité plusieurs années plus tard à « plancher » devant l'atelier « L'Abbé Grégoire » de la Grande Loge de France (GLF), il aurait été expulsé manu militari à la demande de Jean Pierre-Bloch qui n'aurait pas toléré la présence d'une personne décorée de la Francisque dans une loge [57], alors que, suivant son propre témoignage, Bloch lui a lui-même recommandé d'accepter cette distinction et dénonce la « calomnie » réitérée au sujet de cette décoration [58].

L'activité du RNPG se déplace, au cours de l'année 1943, de la fourniture de faux papiers vers la fourniture de renseignements à la France libre. Selon Pierre de Bénouville, « François Mitterrand avait réussi à mettre sur pied un véritable réseau de renseignement dans les camps. Grâce aux prisonniers de guerre, nous avons pu prendre connaissance d'informations, parfois décisives, sur ce qui se passait derrière les frontières. » Philippe Dechartre a aussi confirmé l'importance du RNPG comme réseau de renseignement [59].

Le 10 juillet 1943, François Mitterrand et le militant communiste Piatzook sont les auteurs d'un coup d'éclat lors d'une grande réunion publique à Paris, salle Wagram, consacrée à la « relève » des prisonniers par les ouvriers. Au moment où André Masson flétrit la « trahison des gaullistes », François Mitterrand l'interpelle de la salle et lui dénie le droit de parler au nom des prisonniers de guerre, qualifiant la relève d'escroquerie. François Mitterrand n'est pas arrêté, sa fuite ayant été facilitée par Piatzook [60].

C'est au mois de novembre 1943 que François Mitterrand passe à la clandestinité, après que son appartement rue Nationale à Vichy a fait l'objet d'une descente de la Gestapo [61] qui perquisitionne son domicile en son absence et y interpelle deux membres du réseau Mitterrand-Pinot qui sont envoyés en déportation dont l'un, le logeur M. Renaud, ne reviendra pas [62], [63]. Un peu plus tard dans la journée, prévenue par un membre du réseau qui a pu s'échapper, l'épouse du colonel Pfister, dirigeant de l'Organisation de résistance de l'armée, repousse Mitterrand, de retour de Paris, dans le wagon dont il sort en gare de Vichy où la Gestapo l'attend [64].

En novembre 1943, il se rend clandestinement par avion à Londres, puis à Alger, où il rencontre le général de Gaulle [65], le général Giraud et Pierre Mendès France. La rencontre fut âpre, de Gaulle demande que les organisations de prisonniers fusionnent sous l'égide de MRPGD, seule condition pour recevoir matériel et argent. « Contre Caillau, Mitterrand va finir par l'emporter à l'issue de cette réunion de Montmaur. Au neveu du Général qui réclame un plan global de résistance, il réplique que ce n'est pas le moment » [66].

Le 18 mars 1944, Henri Frenay écrit à Michel Cailliau qu'il se « porte personnellement garant » de François Mitterrand, et que le général de Gaulle partage son point de vue. Suivant Philippe Dechartre, c'est alors qu'il est toujours en Angleterre que le fonctionnaire vichyste Jean-Paul Martin, en accord avec René Bousquet, le fait prévenir des risques imminents d'arrestation qui pèsent sur lui à son retour, la Gestapo l'ayant repéré [67].

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