François-Timoléon de Choisy

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François-Timoléon de Choisy
Abbé de Choisy.jpg

L'abbé de Choisy en femme

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François-Timoléon de Choisy, ou Mme la comtesse des Barres ou Mme de Sancy, né le à Paris où il est mort le , est un abbé et homme de lettres français.

Biographie

Arrière-petit-fils de Jean de Choisy père (né vers 1525), un marchand de vins en gros, et d'Opportune Bazanier, petit-fils de Jean de Choisy fils (né vers 1562, mort vers 1652), receveur général des finances de Caen (1605), et de Magdeleine Le Charron [1].

François-Timoléon de Choisy est le quatrième et dernier fils de Jean III de Choisy, seigneur de Balleroy (né en 1598, mort à Blois le 20 février 1660) [2], un conseiller d’État, intendant du Languedoc, chancelier de Gaston d'Orléans [3], et de Jeanne-Olympe Hurault de L'Hospital (1604-1669), une petite-fille de Michel de L'Hospital et une intime de la reine de Pologne Marie de Gonzague.

Sa mère l’habille en fille jusqu’à l’âge de dix-huit ans pour faire sa cour à la reine Anne d'Autriche et introduire son fils dans l'entourage de Monsieur, frère de Louis XIV. Elle lui disait : « Écoutez, mon fils ; ne soyez point glorieux, et songez que vous n'êtes qu'un bourgeois. Je sais bien que vos pères, que vos grands-pères ont été maîtres des requêtes, conseillers d'État ; mais apprenez de moi qu'en France on ne reconnaît de noblesse que celle d'épée. La nation, toute guerrière, a mis la gloire dans les armes: or, mon fils, pour n'être point glorieux, ne voyez jamais que des gens de qualité [4]. » C'est ainsi qu'il est poussé, tout jeune, à la fois à se détourner de la vie militaire et à faire sa cour au futur cardinal de Bouillon, son contemporain, dont il restera l'ami.

De 18 à 22 ans, il étudie la philosophie et la théologie en Sorbonne et obtient en 1663 la charge d'abbé ainsi que les revenus temporels liés à l' abbaye de Saint-Seine en Bourgogne [5].

Entre la mort de sa mère en 1669 et sa conversion en 1683, il mène une vie dissolue [5]. Après être apparu, durant une courte période, habillé en homme, il reprend le costume féminin et réside, avec les encouragements de son curé et l’approbation de son évêque, dans une demeure du quartier Saint-Médard, sous le nom de « Mme de Sancy » jusqu’à ce que le duc de Montausier, surnommé « Rabat-joie » [6] et dont on dit qu’il a inspiré le Misanthrope de Molière [7], lui en fasse publiquement le reproche à l’Opéra. Il se retire alors en province, à Bourges (au Château de Vouzay, appelé alors Crespon), où il se fait passer pour une riche veuve sous le nom de « comtesse des Barres » (1670-1671) et séduit sous ce costume filles de bonne famille et comédiennes – y compris les actrices Montfleury et Mondory – dont une qu’il met enceinte avant de la marier au comédien du Rosan, toutes aventures qu’il a rapportées dans ses Mémoires de l’abbé de Choisy habillé en femme. Il se rend ensuite à Paris ou il se fait connaître, de 1672 à 1674, sous le nom de Madame de Sancy.

À 23 ans, sa famille l’ayant persuadé de renoncer à se travestir, il se rend à Venise où, s’abandonnant à son autre passion, il se ruine au jeu. Revenu impécunieux en France, sa relative pauvreté l’oblige à vivre de son bénéfice ecclésiastique. En 1676, il visite Rome dans la suite du cardinal de Bouillon. C'est à peu près au moment de ce voyage qu'il se lie avec Daniel de Cosnac, évêque de Valence. Pendant sa jeunesse, ses deux passions, le travestissement et le jeu lui auront coûté, l'une, l'épiscopat ; l'autre, de vivre toute sa vie d'expédients.

Tombé malade en août 1683, il frôle la mort et, décidé à changer de vie, se retire un an au séminaire des Missions étrangères de Paris, rue du Bac. Puis, de mars 1685 à juin 1686, il accompagne, comme coadjuteur, le chevalier Alexandre de Chaumont dans une mission au Siam auprès du roi Narai (1629-1688). Il s'y fait ordonner prêtre par Louis Laneau, évêque de Métellopolis, le 10 décembre 1685 [5]. Il raconte son périple dans un très vivant Journal de voyage au Siam. À son retour en France, il reçoit le bénéfice du prieuré de Saint-Benoît-du-Sault en 1689 et le doyenné du chapitre de la cathédrale de Bayeux, le 11 avril 1697.

Reçu à l’ Académie française en août 1687, il collabore avec Charles Perrault à la rédaction des Opuscules sur la langue française. Il écrit une brève biographie de sa parente, l'édifiante Mme de Miramion. Le facétieux abbé tire un peu à la ligne, mais se réveille quand il raconte la tentative rocambolesque d'enlèvement de ladite dame par Bussy-Rabutin.

Son œuvre peut-être la plus marquante est le journal d'un témoin de quelques moments marquants du règne de Louis XIV, Mémoires pour servir l'histoire de Louis XIV [8]. Toujours habillé en femme jusqu’à l’âge de quatre-vingts ans, il rédige un certain nombre de travaux historiques et religieux dont une volumineuse Histoire de l’Église en 11 volumes au sujet de laquelle il a déclaré non sans humour : « J’ai achevé, grâce à Dieu, l’histoire de l’Église ; je vais, présentement, me mettre à l’étudier. » Il l'écrivait, paraît-il, sur le conseil de Bossuet [9]. Ses deux mémoires, celui sur Louis XIV et celui sur son travestissement, sont écrits avec grâce, alacrité, humour et un sens pénétrant de la restitution des gestes, des attitudes, des intonations. On retrouve parfois chez Choisy, quoique avec moins d'intensité, le sens du portrait, de l'animation de Saint-Simon.

Après sa mort, ses papiers passent à son parent, le marquis d'Argenson qui regroupe trois volumes de manuscrits méritant à ses yeux d'être conservés. L'abbé d'Olivet réalise une copie de ce manuscrit, qui paraît à Utrecht en 1727 sous le titre de Mémoires pour servir à l'histoire de Louis XIV. De même, cinq fragments relatifs à ses aventures alors qu'il était déguisé en femme, tirés du troisième volume de manuscrits, paraissent partiellement en 1736 sous le titre de Mémoires de Madame la comtesse des Barres, à madame la marquise de Lambert [10]. La paternité de l'abbé dans les Mémoires de l'abbé de Choisy habillé en femme est cependant mise en doute par certains qui pensent qu’il s'agirait peut-être de mémoires apocryphes [11].