François-René de Chateaubriand

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François-René de Chateaubriand
Description de cette image, également commentée ci-après
Naissance
Saint-Malo,
Drapeau du royaume de France  Royaume de France
Décès (à 79 ans)
Paris,
Drapeau de la France  France, IIe République
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture français
Genres

Œuvres principales

François-René, vicomte de Chateaubriand [N 1], né à Saint-Malo le et mort à Paris le , est un écrivain et homme politique français. Il est considéré comme l'un des précurseurs du romantisme français et l'un des grands noms de la littérature française.

En matière politique, Chateaubriand s'inscrit dans la mouvance royaliste. Il est notamment nommé ministre des Affaires étrangères sous la Restauration. Mais c'est dans le domaine littéraire que sa notoriété est la plus grande. En effet ses descriptions de la nature et son analyse des sentiments du « moi » en ont fait un modèle pour la génération des écrivains romantiques en France (« Je veux être Chateaubriand ou rien » proclamait le jeune Victor Hugo). Il a aussi, le premier, dans René, ou les Effets des passions (1802) formulé le « vague des passions » qui deviendra un lieu commun du romantisme et fera de René le personnage emblématique de cette sensibilité nouvelle, créée avec une prose ample et rythmée que ses détracteurs qualifieront d'ampoulée.

Il participera aussi au goût pour l' exotisme de l'époque en évoquant l' Amérique du Nord où il a voyagé, dans Atala (1801) ou Les Natchez (1826), ou encore dans le récit de son voyage en Méditerranée dans Itinéraire de Paris à Jérusalem en 1811.

L'œuvre monumentale de Chateaubriand reste les Mémoires d'outre-tombe (posthumes, 1849-1850) dont les premiers livres recréent son enfance et sa formation dans son milieu social de petite noblesse bretonne à Saint-Malo ou à Combourg, alors que les livres suivants relèvent davantage du tableau historique des périodes dont il a été le témoin de 1789 à 1841, ce qui fait de ce texte à la fois un chef-d'œuvre autobiographique et un témoignage historique de premier plan.

Biographie

Jeunesse

Chateaubriand naît dans l’ hôtel de la Gicquelais de l' ancienne rue des Juifs de Saint-Malo.

Le vicomte François-René de Chateaubriand est issu d'une famille aristocratique ruinée de Saint-Malo où la famille du Rocher du Quengo s'est établie au début du XVIIe siècle, famille qui a retrouvé sa dignité d'antan grâce à la réussite commerciale du père de Chateaubriand, le comte René-Auguste (René-Auguste de Chateaubriand, chevalier, comte de Combourg, seigneur de Gaugres, le Plessis l'Épine, Boulet, Malestroit en Dol et autres lieux) né le 23 septembre 1718 au manoir des Touches à Guitté (Côtes d'Armor). René Auguste de Chateaubriand et Apolline Jeanne Suzanne de Bédée, fille du seigneur de La Bouëtardaye et comte de Bédée, épousée en 1753 à Bourseul, eurent six enfants dont François-René. Cette réussite commerciale est fondée sur le commerce avec les colonies [1] où il fut corsaire en temps de guerre, pêcheur de morue et négrier en temps de paix [2]. Le jeune François-René doit d'abord vivre éloigné de ses parents, chez sa grand-mère maternelle Madame de Bédée, à Plancoët où il est placé en nourrice et qui l'amène souvent chez son oncle, au manoir de Monchoix. Il a trois ans lorsque son père, réussissant dans les affaires, peut acheter en 1771 le château de Combourg en Bretagne, où la famille Chateaubriand s'installe en 1777. François-René y passe une enfance qu'il décrira comme souvent morose auprès d'un père taciturne et d'une mère superstitieuse et maladive, mais gaie et cultivée.

Il fait successivement ses études aux collèges de Dol (1777 à 1781), de Rennes (1782) et de Dinan (1783), il obtient un brevet de sous-lieutenant au régiment de Navarre à 17 ans, sous les ordres de son frère Jean-Baptiste (lequel le présentera à la Cour pour laquelle il ressent « un dégoût invincible »), puis est fait capitaine à dix-neuf ans. Il vient à Paris en 1788, où il se lie avec Jean-François de La Harpe, Jean-Pierre Louis de Fontanes et avec d'autres écrivains de l'époque. Nourri de Corneille et marqué par Rousseau, Chateaubriand fait ses débuts littéraires en écrivant des vers pour l’ Almanach des Muses.

En janvier 1789, il participe aux États de Bretagne et, en juillet de la même année, il assiste à la prise de la Bastille avec ses sœurs Julie et Lucile.

Chevalier de Malte de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem

C'est Chateaubriand lui-même qui évoque dans Les Mémoires d'outre-tombe à plusieurs reprises son admission dans l' ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Pour devenir chevalier de Malte, il se serait même fait tonsurer. Il explique comment son frère aurait présenté pour lui-même une demande d'admission à l'Ordre auprès du prieur d'Aquitaine Louis-Joseph des Escotais et comment il aurait justifié de ses quartiers de noblesse. La demande serait acceptée lors du chapitre prieural des 9, 10 et 11 septembre 1789. Chateaubriand note dans ses Mémoires d'outre-tombe qu'entretemps, le 7 août, l'Assemblée nationale avait aboli les titres de noblesse : « Comment les chevaliers et les examinateurs de mes preuves trouvaient-ils aussi que je méritais à plus d'un titre la grâce que je sollicitais [...] ? » [3].

Il faut noter que les principaux spécialistes de généalogies ou de nobiliaires du XIXe siècle donnent Chateaubriand comme chevalier de Malte : Courcelles (1824) [4], Vitton de Saint-Allais (1846) [5], Potier de Courcy (1890) [6], Guillotin de Courson (1902) [7], Kerviler (1895) [8] à l’exception de Révérend (1902) [9] ou La Roque (1891) [10]. C'est « Chateaubriand [qui] donne complaisamment et intégralement dans le Supplément des Mémoires d'outre-tombe » le « Mémorial » [11]. Ce Mémorial des actes authentiques [12] est le dossier sur lequel se base l'Ordre pour admettre ou refuser un prétendant. Chateaubriand est de Bretagne qui dépend du grand prieuré d'Aquitaine qui relève de la langue de France [11]. Dans cette langue il fallait pouvoir justifier de huit quartiers (quatre du côté paternel et quatre du côté maternel) ainsi que de 100 ans minimum de preuves de noblesse [11]. Chateaubriand remonte jusqu'au 23e aïeul qui aurait participé en 1066 à la bataille d'Hastings [11]. C'est ce Mémorial qu'aurait donc envoyé son frère au prieur des Escotais, et ce document aurait été accepté comme « bon et valable ».

Mais cela n'est que le début de la démarche et non sa finalité. C'est ce même document que présentaient les parents d'un nouveau-né qui voulaient faire admettre de minorité leur enfant cadet dans l'Ordre, puisque l'ancienneté commençait avec l'acceptation de ce mémorial. Admis dans l'Ordre mais pas pour autant chevalier. Pour cela le grand prieuré nommait des commissaires enquêteurs qui menaient des enquêtes locales, littérales (sur pièces), testimoniales, publiques (bonnes mœurs) et secrètes. Ces huit commissaires (quatre publics, quatre secrets) rédigeaient un Procès-verbal des Preuves qui devait être positif. Il fallait alors que le postulant ou sa famille paye le passage en fait des droits de réception pour l'Ordre et de défraiement pour les commissaires. Ensuite, le futur chevalier devait faire une année de noviciat à Malte avec service à la Sacra Infermeria ou auprès d'un notable de l'Ordre. Pour accéder aux dignités et devenir chevalier de Malte, il fallait en plus au novice faire quatre ans de caravanes, service en mer de six mois à la belle saison de navigation. Cela fait donc cinq années en résidence à Malte (consécutives ou non), au bout desquelles le novice pouvait prononcer ses vœux pour entrer en religion, dans La Religion. Souvent après cette formation à la mer, beaucoup de jeunes novices, renonçaient à une vie monacale pour faire carrière dans la marine de leur royaume et plus simplement faire un mariage de qualité. Pour ceux qui prononçaient les vœux, qui « prenaient l'habit », ils devenaient frère en religion et chevalier dans l'Ordre. Avec l'ancienneté, les chevaliers pouvaient espérer obtenir la charge d'une commanderie, devenir ainsi commandeur, première étape d'une vie de seigneur local avec les bénéfices de la commanderie, une fois reversées à l'Ordre les responsions et assuré l' améliorissement de la commanderie et de ses maisons [11].

Chateaubriand ne fera jamais profession, ne séjournera jamais à Malte et ne pourra donc jamais prononcer ses vœux. Il ne sera jamais chevalier de Malte de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, il n'aura donc jamais l'« espoir des bénéfices » escomptés dans ses Mémoires d'outre-tombe.

Le voyage en Amérique du Nord

À l'époque de la Révolution française, en 1791, François-René s'est éloigné de France et embarqué pour le Nouveau Monde (Baltimore), avec le « prétexte de chercher le passage du Nord-Ouest » [13]. C’est Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes qui l’encouragea à partir [14]. Dans Voyage en Amérique, publié en 1826, Chateaubriand raconte être arrivé à Philadelphie le 10 juillet 1791, être passé à New York, Boston et Lexington. Il relate une rencontre avec George Washington à Philadelphie, qui lui aurait dit « Well well, young man ». Il remonta l’ Hudson River en bateau jusqu’ Albany, où il embaucha un guide et continua jusqu’aux chutes du Niagara, à la rencontre du bon sauvage et de la solitude des forêts d’Amérique du Nord [15]. À Niagara, il raconte s’être brisé un bras à cause d’une brusquerie de sa monture, et passa un mois au sein d’une tribu indienne. Le récit de voyage proprement dit s’interrompt, Chateaubriand dédiant plusieurs dizaines de pages à des considérations d’ordre zoologique, politique, et économique des indiens et de l’Amérique en général. Ensuite, il mentionne en quelques pages son retour vers Philadelphie via la rivière Ohio, le Mississippi et la Louisiane. La nouvelle de la fuite du Roi à Varennes le décide à quitter l’Amérique. De Philadelphie, il embarque sur le Molly à destination de la Rochelle [16].

Critiques sur la véracité de l’itinéraire

De nombreuses critiques questionnent le fait que Chateaubriand vécut plusieurs semaines au sein de tribus indiennes similaires à celle qu’il décrit dans Les Natchez [17]. L’itinéraire que Chateaubriand décrit dans Voyage en Amérique comporterait de nombreuses exagérations et déformations de la réalité, notamment quant à son passage en Louisiane. La véracité de sa rencontre avec George Washington est également mise en doute.

Influence du voyage

Certains experts émettent l’hypothèse que Chateaubriand ramena des liasses de documents écrits de sa main contenant les idées qui formèrent Les Natchez [18]. Chateaubriand affirma que l’expérience américaine lui fournit l’inspiration qui est à la base des Natchez. Ses descriptions imagées furent écrites dans un style novateur pour l’époque, qui deviendra le style romantique français.

L’exilé

Chateaubriand à l'armée de Condé.

Fin mars 1792, il se marie avec Céleste Buisson de la Vigne ( Céleste de Chateaubriand), descendante d'une famille d'armateurs de Saint-Malo, âgée de 17 ans. Ils n'auront pas de postérité. Le 15 juillet 1792, accompagné de son frère, mais sans sa femme, il quitte la France pour Coblence. Il rejoint à Coblence l’ armée des émigrés afin d'y combattre les armées de la République ; sa jeune femme Céleste, qui vit en Bretagne, délaissée par son mari qui ne lui donne pas de nouvelles, est arrêtée comme « femme d’ émigré », emprisonnée à Rennes, où elle reste jusqu’au 9 Thermidor. François-René, blessé au siège de Thionville, se traîne jusqu'à Bruxelles [13], d'où il est transporté convalescent à Jersey. C'est la fin de sa carrière militaire.

Il va ensuite vivre à Londres, en 1793, dans un dénuement momentané, mais réel (il vit dans un grenier de Holborn [19]) où il est réduit à donner des leçons de français et à faire des traductions pour les libraires. Il y publie en 1797 son premier ouvrage, l’Essai historique, politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes, considérées dans leurs rapports avec la Révolution française [20], où il exprime des idées politiques et religieuses peu en harmonie avec celles qu’il professera plus tard, mais où se révèle déjà son talent d’écrivain. « Pour cet ouvrage il se nourrit de Rousseau, de Montesquieu, de Voltaire [13]. » Cette œuvre passe inaperçue de la critique. Seul, Amable de Baudus s'en fait l'écho dans son journal, le Spectateur du Nord de mai 1797.

En 1794, son frère et sa belle-sœur (une petite-fille de Malesherbes, l'avocat de Louis XVI) et une partie de leur famille sont guillotinés à Paris.

Retour en France et premiers succès littéraires

Une lettre de sa mère mourante le ramène à la religion. De retour en France en 1800, il dirige pendant quelques années le Mercure de France avec Jean-Pierre Louis de Fontanes, et y fait paraître, en 1801, Atala, création originale qui suscite une admiration universelle.

Sa sœur Lucile.

Il compose vers la même époque René, œuvre empreinte d'une mélancolie rêveuse, qui devient un modèle pour les futurs écrivains romantiques. Dans cette œuvre, il rapporte de manière à peine déguisée l'amour chaste, mais violent et passionné qu'il a entretenu pour sa sœur Lucile, qui le surnommait « L'enchanteur ». Sa femme Céleste vit alors avec Lucile dans leur château de Bretagne, mais elles ont cessé de parler de François-René, leur grand homme qu'elles aiment.

Il publie ensuite le 14 avril 1802 le Génie du christianisme, en partie rédigé en Angleterre, et dont Atala et René, à l'origine, sont seulement des épisodes : il s'est proposé d'y montrer que le christianisme, bien supérieur au paganisme par la pureté de sa morale, n'est pas moins favorable à l'art et à la poésie que les « fictions » de l'Antiquité. Il y célèbre la liberté, selon lui fille du christianisme, et non de la Révolution. Ce livre fait événement et donne le signal d'un retour du religieux après la Révolution.

Toujours sur la liste des émigrés dont il veut être radié, il plaide sa cause auprès d' Élisa Baciocchi, sœur du Premier Consul Napoléon Bonaparte et dont Fontanes est l'amant. Elle intervient plusieurs fois auprès de son frère pour lui montrer le talent de l'écrivain qui est rayé de cette liste le 21 juillet 1801. Bonaparte le choisit en 1803 pour accompagner le cardinal Fesch à Rome comme premier secrétaire d'ambassade [13]. François-René reparaît alors au château, tout juste vingt-quatre heures, pour inviter sa femme Céleste à l'accompagner à Rome. Celle-ci, apprenant sa liaison avec la comtesse Pauline de Beaumont, refuse le ménage à trois [21].

Multipliant les maladresses à Rome (il demande notamment au pape Pie VII d'abolir les lois organiques qui complètent le régime concordataire pour rétablir le culte catholique en France), il exaspère l'ambassadeur Fesch qui obtient son départ au bout de six mois. Bonaparte le nomme le 29 novembre 1803 chargé d'affaires dans la République du Valais. Le 21 mars 1804, il apprend l'exécution du duc d'Enghien. Il donne immédiatement sa démission et passe dans l'opposition à l'Empire. Lors du sacre de l'empereur, il va chez son ami Joseph Joubert à Villeneuve-sur-Yonne où il écrit plusieurs chapitres des Martyrs et des passages des Mémoires d'outre-tombe.

Le voyage en Orient

La maison de Chateaubriand dans le domaine de la Vallée-aux-Loups.

Rendu aux Lettres, Chateaubriand conçoit le projet d'une épopée chrétienne, où seraient mis en présence le paganisme expirant et la religion naissante. Désireux de visiter par lui-même les lieux où situer l'action, il parcourt la Grèce, l' Asie Mineure, la Palestine et l' Égypte durant l'année 1806.

À son retour d'Orient, exilé par Napoléon à trois lieues de la capitale, il acquiert la Vallée-aux-Loups, dans le Val d'Aulnay (actuellement dans la commune de Châtenay-Malabry), près de Sceaux, où il s'enferme dans une modeste retraite. Sa femme Céleste l'y rejoint, elle raconte dans ses Souvenirs, avec humour, les conditions pittoresques de l'aménagement. Chateaubriand y compose Les Martyrs, sorte d'épopée en prose, parue seulement en 1809.

Les notes recueillies durant son voyage forment la matière de L' Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811). La même année, Chateaubriand est élu membre de l' Académie française, à la place de Marie-Joseph Chénier ; mais comme il a, dans son projet de discours de réception, blâmé sévèrement certains actes de la Révolution, Napoléon ne consent pas à lui laisser le prononcer [13]. Il ne lui est donc pas permis de prendre possession de son siège. Il l'occupe seulement après la Restauration.

Faveur et disgrâce

Pierre Louis Delaval, Portrait de François-René, vicomte de Chateaubriand (vers 1828) [N 2].

Chateaubriand accueille avec transport le retour des Bourbons. Dès le 30 mars 1814, il publie contre l'empereur déchu un virulent pamphlet, De Buonaparte et des Bourbons, qui est diffusé à des milliers d'exemplaires, et qui, comme il se plait à le croire et fait dire à Louis XVIII dans ses Mémoires, aurait autant servi le roi « que cent mille hommes » [22]. Sa femme trouve à s'engager à ses côtés à Gand pendant les Cent-Jours, à Paris lors du retour des Bourbons. Avec un sens inattendu de la politique auquel elle mêle un bon sens naturel, Céleste devient la confidente de Chateaubriand et même son inspiratrice. Pendant toute la Restauration, elle joue auprès de lui un rôle de conseillère écoutée. Talleyrand, qui l'a dans le passé couvert et protégé, le nomme ambassadeur en Suède [23]. Chateaubriand n'a pas encore quitté Paris quand Napoléon Ier revient en France en 1815. Il accompagne alors Louis XVIII à Gand, et devient un des membres de son cabinet. Il lui adresse le célèbre Rapport sur l'état de la France.

Après la défaite de l'Empereur, Chateaubriand vote la mort du maréchal Ney en décembre 1815 à la Chambre des pairs. Il est nommé ministre d'État et pair de France ; mais ayant, dans La Monarchie selon la Charte, attaqué l'ordonnance du 5 septembre 1816 qui dissout la Chambre introuvable, il est disgracié et perd son poste de ministre d'État. Il se jette dès lors dans l'opposition ultraroyaliste, et devient l'un des principaux rédacteurs du Conservateur, le plus puissant organe de ce parti. D'après Pascal Melka, auteur de Victor Hugo, un combat pour les opprimés. Étude de son évolution politique, le Conservateur sera à l'origine du journal Le Conservateur Littéraire qui emploiera Victor Hugo [24].

Le meurtre du duc de Berry, en 1820, le rapproche de la cour : il écrit à cette occasion des Mémoires sur la vie et la mort du duc. En 1821, Il est nommé ministre de France à Berlin, puis ambassadeur à Londres [13] (où son cuisinier, Montmireil, invente la cuisson de la pièce de bœuf qui porte son nom). En 1822, il représente la France au congrès de Vérone [13].

En 1823, il reçoit des mains de l'empereur Alexandre Alexandre Ier de Russie l' ordre de Saint-André [25], et de Ferdinand VII le collier de l' ordre de la Toison d'Or (brevet no 919). Cette même année il devient l'amant de la comtesse de Castellane, née Louise Cordélia Eucharis Greffulhe (1796-1847) qu'il a rencontrée chez son ami le comte de Molé à Champlâtreux, qui est alors l'amant de celle-ci ; les deux amis vont se brouiller. Ils se rencontrent dans l'hôtel particulier de la comtesse au no 67 rue de Grenelle à Paris. Cette liaison va s'achever l'année suivante.

Il est l'un des plénipotentiaires au congrès de Vérone et fait décider l' expédition d'Espagne, malgré l'opposition apparente du Royaume-Uni (en réalité, ce dernier souhaitait une intervention). À son retour, il reçoit le portefeuille de ministre des Affaires étrangères ; il réussit l'aventure espagnole avec la prise de Cadix à la bataille du Trocadéro en 1823 ; mais, n'ayant pu s'accorder avec Villèle, chef du gouvernement, il est brutalement congédié le 6 juin 1824. Il déclare à ce sujet :

Hôtel de Beaune, au no 7 rue du Regard, où Chateaubriand résida de 1825 à 1826.

«  Et pourtant qu’avais-je fait ? Où étaient mes intrigues et mon ambition ? Avais-je désiré la place de Monsieur de Villèle en allant seul et caché me promener au fond du Bois de Boulogne ? J’avais la simplicité de rester tel que le ciel m’avait fait, et, parce que je n’avais envie de rien, on crut que je voulais tout. Aujourd’hui, je conçois très bien que ma vie à part était une grande faute. Comment ! vous ne voulez rien être ! Allez-vous-en ! Nous ne voulons pas qu’un homme méprise ce que nous adorons, et qu’il se croie en droit d’insulter la médiocrité de notre vie.  »

— Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe

Il demeure de 1826 à 1828 à Paris.

Il rentre aussitôt dans l'opposition, mais pour s'unir cette fois au parti libéral, et combat à outrance le ministère Villèle, soit à la Chambre des pairs, soit dans le Journal des débats, où il donne le signal de la défection : il se montre alors le chevalier défenseur de la liberté de la presse et de l' indépendance de la Grèce, ce qui lui vaut une grande popularité.

À la chute de Villèle, il est nommé ambassadeur à Rome (1828), où Céleste l'accompagne cette fois et où elle tient son rang d'ambassadrice avec brio. Mais il donne sa démission à l'avènement du ministère Polignac, ce qui est son déclin politique.

Chateaubriand vit un dernier amour en 1828-1829 avec Léontine de Villeneuve, comtesse de Castelbajac : la jeune femme de 26 ans lui écrit d'abord des lettres enflammées, et ils se rencontrent uniquement en août 1829 dans la station thermale de Cauterets dans les Hautes-Pyrénées. Cette rencontre, platonique ou non, Chateaubriand l'évoque dans un chapitre des Mémoires d'outre-tombe avec l'expression « la jeune amie de mes vieux ans ». Cet amour romantique a inspiré le film de Jean Périssé sorti en 2008 L'Occitanienne ou le dernier amour de Chateaubriand.

L'abandon de la carrière politique et les dernières années

« Chateaubriand aurait pu être un grand ministre. Je l'explique non point seulement par son intelligence aiguë, mais par son sens et sa connaissance de l'histoire, et par son souci de la grandeur nationale. J'observe également combien il est rare qu'un grand artiste possède des dons politiques à ce degré ».

Charles de Gaulle cité par Philippe de Saint-Robert (op. cit., p. 28 et 29).

De plus en plus opposé aux partis conservateurs, désabusé sur l'avenir de la monarchie, il se retire des affaires, après la Révolution de 1830, quittant même la Chambre des Pairs. Il ne signale plus son existence politique que par des critiques acerbes contre le nouveau gouvernement (De la Restauration et de la Monarchie élective, 1831), par des voyages auprès de la famille déchue, et par la publication d'un Mémoire sur la captivité de la duchesse de Berry (1833), mémoire pour lequel il est poursuivi, mais acquitté. Il publie également en 1831 des Études historiques (4 vol. in-8º), résumé d'histoire universelle où il veut montrer le christianisme réformant la société. Cet ouvrage aurait dû être le frontispice d'une Histoire de France, méditée depuis longtemps mais abandonnée.

no 120 (ex-no 112) rue du Bac à Paris, où Chateaubriand vécut de 1838 à sa mort.

Ses dernières années se passent dans une profonde retraite [26], en compagnie de son épouse. Il ne quitte guère sa demeure, un appartement au rez-de-chaussée de l'Hôtel des Missions Étrangères, au 120 rue du Bac à Paris, que pour aller à l' Abbaye-aux-Bois toute proche, chez Juliette Récamier, dont il est l'ami constant et dont le salon réunit l'élite du monde littéraire.

Il reçoit de son côté de nombreuses visites, tant de la jeunesse romantique que de la jeunesse libérale, et se consacre à l'achèvement de ses mémoires commencées en 1811.

Ce vaste projet autobiographique, ces Mémoires d'outre-tombe, ne devra paraître, selon le vœu de l'auteur, que cinquante ans après sa mort.

Il en sera finalement autrement puisque, pressé par ses problèmes financiers, Chateaubriand cède les droits d'exploitation de l'ouvrage à une « Société propriétaire des Mémoires d'outre-tombe », constituée le 21 août 1836, qui exigera que l'œuvre soit publiée dès le décès de son auteur, et y pratiquera des coupes franches, afin de ne pas heurter le public [27], ce qui inspirera d'amers commentaires à Chateaubriand :

« La triste nécessité qui m'a toujours tenu le pied sur la gorge, m'a forcé de vendre mes Mémoires. Personne ne peut savoir ce que j'ai souffert d'avoir été obligé d'hypothéquer ma tombe [...] mon dessein était de les laisser à madame de Chateaubriand : elle les eût fait connaître à sa volonté, ou les aurait supprimés, ce que je désirerais plus que jamais aujourd'hui.
Ah ! si, avant de quitter la terre, j'avais pu trouver quelqu'un d'assez riche, d'assez confiant pour racheter les actions de la Société, et n'étant pas, comme cette Société, dans la nécessité de mettre l'ouvrage sous presse sitôt que tintera mon glas ! »

— Chateaubriand, Avant-Propos aux Mémoires d'outre-tombe, 1846

Son dernier ouvrage, une « commande » de son confesseur, sera la Vie de Rancé, une biographie de Dominique-Armand-Jean Le Boutillier de Rancé (1626-1700), abbé mondain, propriétaire du château de Véretz en Touraine, et réformateur rigoureux de la Trappe, qu'il publie en 1844. Dans cette biographie, Chateaubriand égratigne une autre personnalité de Véretz, son contemporain Paul-Louis Courier, le redoutable pamphlétaire qui avait critiqué mortellement le régime de la Restauration soutenu par le vicomte, et brocardé celui-ci dans plusieurs de ses écrits.

Le 11 février 1847, Céleste meurt : « Je dois une tendre et éternelle reconnaissance à ma femme dont l'attachement a été aussi touchant que profond et sincère. Elle a rendu ma vie plus grave, plus noble, plus honorable, en m'inspirant toujours le respect, sinon toujours la force des devoirs. »

Victor Hugo rapporte que « M. de Chateaubriand, au commencement de 1847, était paralytique; Mme Récamier était aveugle. Tous les jours, à trois heures, on portait M. de Chateaubriand près du lit de Mme Récamier. [...] La femme qui ne voyait plus cherchait l'homme qui ne sentait plus [28]. »

L'ancien secrétaire de Chateaubriand, un certain Pilorge, confia à Victor Hugo que dans les derniers temps de sa vie Chateaubriand était presque tombé en enfance et n'avait plus que deux à trois heures de lucidité par jour [29].

Chateaubriand meurt à Paris le au 120 rue du Bac.

Ses restes sont transportés à Saint-Malo et déposés face à la mer, selon son vœu, sur le rocher du Grand Bé, un îlot dans la rade de sa ville natale, auquel on accède à pied depuis Saint-Malo lorsque la mer s'est retirée.

Tombeau de Chateaubriand face à la mer sur le rocher du Grand Bé.
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