Fondamentalisme chrétien

Le fondamentalisme chrétien désigne une position religieuse qui soutient une interprétation stricte et littéraliste de textes sacrés[1],[2], qui est surtout présente dans le protestantisme[3]. Il signifie également, dans un sens plus général, une adhésion rigide aux principes fondamentaux d’un domaine quelconque[3]. Ainsi, le fondamentalisme se manifeste par un engagement envers des doctrines radicales et peu nuancées, généralement religieuses[4], mais aussi séculières[5],[6] ou même anti-religieuses[7]. Par exemple, ce mot est aussi employé pour désigner une conception scientiste[8],[9],[10] de l'existence ou un absolutisme dans les domaines philosophique[11], moral ou économique[12]. Le fondamentalisme cherche à justifier une conception du monde répondant à un besoin de sécurité intellectuelle et existentielle[13], une reconnaissance identitaire[14] ou à faire prévaloir un pouvoir politique, communautaire ou religieux[15].

Approche globale

Histoire

Ce courant de pensée s’est développé au début du XXe siècle en terrain évangélique nord-américain, en opposition aux développements du libéralisme théologique[16], et surtout contre l’exégèse historico-critique qui s'était développée dans le protestantisme dès le XIXe siècle[17]. Le fondamentalisme religieux ne recherche pas nécessairement un retour aux fondements de la religion dont il est issu, mais plutôt à ceux que ses adeptes considèrent comme tels[18]. Au contraire, ceux-ci en détournent le sens[19], du moins celui donné par les grandes Églises, dans le but de le rendre conforme à leur a priori idéologique[20]. Par contre, le fondamentalisme traverse toutes les Églises et se concentre dans quelques-unes[21]. Le sociologue Émile Poulat estime que le fondamentalisme n’est pas organisationnellement une secte mais «  intellectuellement c’est une secte sans aucun doute »[22]. Par ailleurs, Sébastien Fath, chercheur au CNRS, considère que la violence « ne représente pas un trait commun aux divers fondamentalismes. La violence religieuse n'est pas toujours fondamentaliste, et tous les fondamentalistes sont loin d'être violents »[4]. Toutefois, ceux-ci montrent une radicalité qui tend vers l'intolérance[4]. Ainsi, les fondamentalistes sont persuadés qu’ils sont les seuls détenteurs de la vérité[4],[23].

Le fondamentalisme se distingue par l’absence d’esprit critique[24]. Ainsi, le doute, qu’il soit d’ordre spirituel, existentiel, ou méthodologique n’y est ni désiré, ni valorisé et il doit être dissipé[25] pour faire place à une certitude intérieure[26],[27]. C’est pourquoi le fondamentalisme s’oppose généralement à l’exégèse historico-critique ou scientifique, qui est adoptée officiellement par les Églises non fondamentalistes pour interpréter les textes religieux. Le fondamentalisme n’admet qu’une lecture au premier degré[28] des textes sacrés, découpés en extraits cités hors contexte historique, culturel et littéraire[29], comme si ceux-ci étaient des écrits contemporains et occidentaux : le fondamentalisme « s'oppose à toute interprétation historique et scientifique et s'en tient au fixisme »[18].

Le fondamentalisme religieux se caractérise également par l’hétéronomie[30],[31] c’est-à-dire une dépendance et une soumission[32] à des textes religieux, qui sont lus hors contexte et au premier degré[28]. Cette hétéronomie s’étend à la soumission à des autorités religieuses, civiles ou politiques[33]. C’est pourquoi, écrit Sébastien Fath, « l'autorité normative, qu'elle soit placée dans une tradition, un leader, ou dans un texte, constitue un trait fédérateur pour tous les mouvements religieux radicaux. […] Ainsi, l'idée d'une autonomie individuelle qui puisse se passer de la norme divine apparaît insupportable aux fondamentalistes »[4]. De plus, le fondamentalisme peut se traduire par un comportement d'exclusivisme, d'isolation, voire d'antagonisme défensif ou conquérant avec qui ne partage pas l'absolutisme[34] de son idéologie, aussi bien vis-à-vis des coreligionnaires non fondamentalistes[35] que des membres des autres confessions ou de non-croyants.

Le terme « fondamentalisme » est originaire d'Amérique du Nord d'où proviennent aussi les principales études qui ont tenté de définir et d'analyser ce phénomène[36]. Au sens strict, ce mot ne devrait désigner que le fondamentalisme protestant, mais il en est venu, en France, à viser surtout les islamismes radicaux qui occupent dans ce pays plus de place dans les débats que les protestantismes radicaux[37]. Depuis la fin des années 1970, la signification de ce mot s’est élargie constamment: on parle maintenant non seulement de fondamentalisme protestant ou islamique mais aussi de fondamentalisme juif, catholique[38], bouddhiste[39], hindou, sikhiste[40], païen[41], laïque[42] et de fondamentalisme athée[43],[44],[45]. Il a donc maintenant une signification étendue et éparse. C'est pourquoi le sociologue Émile Poulat souligne que ce phénomène est « difficile à enfermer dans une définition : on ne peut que le décrire, du moins en première analyse[46]. Le fondamentalisme se retrouve également dans la frange la plus conservatrice des grandes religions chrétiennes même si celles-ci ne sont pas fondamentalistes[47] .

Typologie

Le fondamentalisme se manifeste par un état d’esprit, une mentalité[48] et plusieurs positions doctrinales en découlent, de sorte qu'il n’existe aucune raison de réserver ce terme aux mouvements religieux[5].

La typologie utilisée vise à présenter ces positions et non à classifier ou à qualifier des Églises et des groupes. Il n'existe pas un seul type de fondamentalisme chrétien ou de quelque autre autre religion. Le sociologue des religions Jean Baubérot affirme que «le fondamentalisme est multiple et compte de nombreuses orientations, le plus souvent très différentes, mais qui parfois se retrouvent sur des positions de refus. Un seul exemple pour illustrer ce pluralisme : le thème du retour du Christ est à l'origine de diverses tendances post-millénaristes, prémillénaristes, amillénaristes ; sans accord entre elles »[49].

Enfin, on ne peut bien saisir les divers fondamentalismes sans les juxtaposer aux grandes religions ou idéologies dont ils sont issus. C’est pourquoi une méthode de corrélation entre les traits essentiels des divers fondamentalismes et les doctrines libérales opposées devrait être utilisée pour les mettre en lumière.

Le concept de fondamentalisme a été étendu à des domaines hors du champ religieux, dans un sens proche du radicalisme. Ainsi, Maurice Merchier avance que le fondamentalisme peut être économique, voire démocratique[50]. Il peut également être scientifique[51].

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