Ferrandaise

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Ferrandaise
Vache ferrandaise
Vache ferrandaise
Région d’origine
RégionAuvergne en Drapeau de la France France
Caractéristiques
TailleMoyenne
RobePie Rouge
Autre
DiffusionRégionale, race préservée
UtilisationMixte

La ferrandaise est une race bovine française originaire de la chaîne des Puys, dans le sud-ouest du Puy-de-Dôme, et qui doit son nom à la ville de Clermont-Ferrand en Auvergne. C'est une vache barrée, braignée ou poudrée noir/ou/rouge qui a une grande variété de motifs de coloration. Autrefois utilisée indifféremment pour le travail, le lait et la viande, elle a conservé cette mixité et est aussi bien utilisée comme vache laitière que comme vache allaitante de nos jours. Au début du XXe siècle, elle était avec la salers la principale productrice de lait destiné à confectionner les fromages d'Auvergne bénéficiant aujourd'hui d'une AOC. Elle se caractérise aussi par sa rusticité et son adaptation à l'élevage en montagne.

Largement majoritaire dans sa région d'origine au XIXe siècle et au début du XXe siècle, elle a failli disparaître, remplacée par des races spécialisées. Elle bénéficie toutefois d'un regain d'intérêt depuis la fin des années 1970. Grâce à d'importants efforts ses effectifs ont pu ré-augmenter, et elle semble désormais en bonne voie de sauvegarde. Elle a d'ailleurs fait son retour dans les manifestations agricoles locales, mais aussi nationales comme le salon de l'agriculture et le sommet de l'élevage. En 2010, 238 éleveurs détiennent 966 vaches adultes.

Origine

La race du Puy-de-dôme

Troupeau de ferrandaises avec le massif du Sancy en fond.

La ferrandaise est une race originaire du Puy-de-Dôme et qui s'est répandue en Auvergne. Bien que certaines sources citent une race « auvergnate » peuplant les monts d'Auvergne au XVIe siècle[1], il semble qu'elle se soit formée au XIXe siècle. Ainsi en 1860, elle est décrite dans La Connaissance du bœuf par Moll et Gayot comme une « race de trait, lourde dans les parties antérieures et comparativement mince à l'arrière, avec beaucoup de force dans la tête et dans le cou, une ossature très développée et une membrure faite pour la fatigue »[1]. Ses caractéristiques laissent à penser qu'elle serait issue d'un métissage de races, comportant des similitudes avec d'autres races de la région, mais également avec des races du rameau jurassique :

  • elle a la peau claire et la couleur pie rouge de la montbéliarde ;
  • elle a les cornes en lyre de la salers, et une forte proximité géographique avec cette race ;
  • chez certains individus, la robe, dite « bregniée », est mouchetée, laissant la ligne dorsale blanche, avec deux traits rouges au-dessus des yeux[1]. C'est une caractéristique que l'on retrouve sur la vosgienne.

La présence de bovins à la robe pie rouge ou pie noir est attestée depuis très longtemps dans les zones montagneuses au sud-ouest de Clermont-Ferrand. Toutefois, ce n'est qu'au XIXe siècle que ces animaux sont peu à peu regroupés sous la dénomination de ferrandaise et que cette race est pour la première fois décrite. On doit une de ces premières descriptions à l'abbé de Pradt qui tente de croiser ce bovin « de la Limagne » comme il la présente à des animaux fribourgeois, mais sans suite[2]. Elle apparaît dans les concours régionaux à partir de 1863 et dispose de sa catégorie spéciale, de même que la salers. En 1895, elle n'a pas de catégorie spéciale et est classée parmi les races diverses françaises. En cette fin de XIXe siècle, les effectifs atteignent environ 150 000 animaux et la race est en plein essor[3]. Si l'appellation de ferrandaise se développe petit à petit, elle reste connue en Auvergne comme la « race de Rochefort », la « race de Latour », la « race de Pierre sur Haute», la « race de Limagne », la « forézienne » la « ferrande » ou la « ferrandine » suivant les secteurs[1],[4].

Reconnaissance tardive et apogée de la race

La race a mis du temps à trouver une reconnaissance officielle, certainement à cause du manque d'uniformité de sa robe, la tendance penchant alors pour une robe uniforme commune à tous les animaux de la race. Un grand pas est tout de même franchi en 1899 au cours du congrès des Sociétés Agricoles du Puy de Dôme, quand des dispositions sont prises en vue de la création prochaine du herd-book de la race, déclarant notamment que seule la robe de type barrée et pie rouge était admise[3]. Cette tentative d'uniformisation de la race se révèlera par la suite un échec[1]. La création finale du livre généalogique date de 1905[5]. La race gagne alors en reconnaissance, et en 1902 a lieu son premier concours spécial, qui sera ensuite reconduit tous les ans, et organisé alternativement dans les arrondissements d'Ambert et de Clermont-Ferrand. En 1906, une section spéciale ferrandaise est créée au concours agricole de Paris. En 1907, on recense environ 150 000 animaux ferrandais, dont 120 000 pour le seul département du Puy-de-Dôme[1]. C'est cette vache qui alimente la ville de Clermont en lait, puisque 18 000 des 22 000 litres de lait consommés dans la ville sont issus de bétail ferrandais[6]. Entre les deux guerres, la ferrandaise semble à son apogée, avec 80 000 vaches reproductrices, et peut-être jusqu'à 200 000 animaux[1]. Les animaux ne correspondant pas parfaitement aux critères de la race sont exportés en dehors du berceau, bénéficiant de la reconnaissance de la race au-delà même du Puy-de-Dôme. En 1945 il y avait 110 syndicats de l'élevage de la race[2]. Malgré tout, la ferrandaise reste en Auvergne bien en retrait de la salers, réputée pour une production laitière et une conformation supérieures[7].

Déclin, puis récent renouveau

Vache ferrandaise

À la sortie de la guerre, la race a beaucoup souffert, mais compte encore plusieurs milliers de représentants. Dans les années 1950, elle se trouve concurrencée par les races plus productives comme la Prim'Holstein pour le lait, les croisements de charolais pour la viande et des apports de sang des races montbéliarde et salers, sont faits à partir des années 1960. En effet, ces races deviennent de plus en plus populaires dans le Puy-de-Dôme et supplantent la race d'origine. Leur arrivée n'est pas nouvelle dans le département, mais elles n'avaient auparavant pas autant inquiété les effectifs de race ferrandaise. Ainsi, dès les années 1860-1870, la salers commence à gagner du terrain au sud du département, à la limite avec le Cantal où elle est très populaire[1]. Au début du XXe siècle, des éleveurs auvergnats amènent des animaux ferrandais dans l'est de la France et rapportent des montbéliardes, bien meilleures laitières et également rustiques[8]. Par ailleurs, la loi sur l'élevage de 1960 cherche à mettre l'accent sur quelques races, et la ferrandaise n'est pas admise pour être utilisée en insémination artificielle. De plus, les tracteurs se développent dans les campagnes et remplacent peu à peu les bovins pour les tractions, les races de trait comme la ferrandaise perdent leur intérêt dans ce domaine. Pour toutes ces raisons, les effectifs décroissent assez rapidement et en 1962 on ne recense plus que 42 800 bovins[1]. Dans les années 1970-1980 la race a presque disparu et ne compte plus que 150 vaches[3].

La race connaît depuis une trentaine d'années un certain renouveau, grâce à la volonté d'une poignée d'éleveurs et au soutien de l'institut de l'élevage qui commence à s'intéresser aux races bovines à très faibles effectifs, qui ont une valeur patrimoniale, mais également vis-à-vis de la biodiversité. Ces éleveurs se sont organisés pour former en 1977 l'« Association de sauvegarde de la race bovine ferrandaise » qui vise principalement à augmenter les effectifs, tout en conservant une bonne diversité génétique[2]. Ces efforts de conservation ont permis de passer de 200 femelles reproductrices en 1990 à 900 en 2004. De même, pendant cette période, le nombre d'éleveurs est passé de 39 à 162[9]. En 2010, on compte 1 415 femelles, dont 966 vaches de plus de 2 ans, détenues par 238 éleveurs, et la race, si elle n'est pas sauvée, semble tout du moins en bonne voie de sauvegarde.

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