Empire carolingien

Empire carolingien

751 – 843/924/987

Blason
Monogramme autographe de Charlemagne
Description de cette image, également commentée ci-après
Étendue de l'Empire carolingien en Europe.
Informations générales
StatutMonarchie
CapitaleAix-la-Chapelle
Languelatin classique, roman, germanique, autres
ReligionChristianisme
Superficie
Superficie1 200 000 km2 (814)[1],[2]
Histoire et événements
754Donation de Pépin le Bref, premier roi sacré, au pape Étienne II par laquelle les États pontificaux sont créés.
768Début du règne de Charlemagne, les royaumes francs deviennent le royaume des Francs.
781Charlemagne impose une monnaie unique (le denier d'argent) à tout le royaume afin de l'unifier.
789Par le capitulaire Admonitio generalis, Charlemagne décrète la création d'écoles dans chaque évêché et le baptême des enfants avant l'âge d'un an. Mise en place de missi dominici (un comte et un évêque) chargés de recueillir le serment de fidélité au roi et d'inspecter les 300 comtés de l'empire.
793-1066Âge des Vikings, marqué dans l'empire franc par le siège de Paris puis par les incursions dans ce qui deviendra le duché de Normandie.
800Charlemagne est sacré à Rome Empereur d'Occident. Adoption du calendrier de l'ère chrétienne.
813Le concile de Tours ordonne que les prêches soient faits en langue vulgaire et non plus en latin, afin d'être compris par tous.
842Serments de Strasbourg promulgués entre Charles le Chauve et Louis le Germanique contre leur aîné Lothaire Ier, acte de naissance de la langue française.
843Traité de Verdun : les trois fils de Louis le Pieux se partagent l'Empire, qui est alors dissout en trois royaumes : la Francie occidentale, la Francie médiane et la Francie orientale (Germanie).
855Traité de Prüm : division de la Francie médiane de Lothaire Ier entre ses trois fils.
870Traité de Meerssen : Charles le Chauve et Louis le Germanique se partagent la Lotharingie, le royaume de leur neveu Lothaire II.
877Promulgation du capitulaire de Quierzy, considéré comme fondateur de la féodalité par l'hérédité des honneurs. Charles le Chauve meurt. Son règne aura été celui de l'apogée artistique de la renaissance carolingienne.
924Mort de Bérenger Bérenger Ier, dernier empereur d'Occident couronné.
962Fondation du Saint-Empire romain germanique
987Louis V, dernier roi des Francs carolingiens, meurt sans descendance. Élection d'Hugues Capet avec l'appui de l'Église et des Ottoniens. Fondation de la dynastie capétienne. Instauration du principe de primogéniture masculine pour la succession au trône.
Empereurs d'Occident
800-814Charlemagne
814-840Louis le Pieux
840-855Lothaire Ier

L'Empire carolingien a été bâti par Pépin le Bref. C’est cependant son fils, Charlemagne, couronné empereur d’Occident par le pape Léon III en 800, qui donne son nom à la dynastie des Carolingiens. La division de l'Empire carolingien entre les héritiers de Charlemagne (entre ses petits-fils, et non ses fils) donne naissance au royaume de France à l'ouest et au Saint-Empire romain germanique à l'est, après un siècle de lutte entre les deux royaumes, occidental et oriental, pour le contrôle de la partie médiane.

L'Empire carolingien prend fin en [3],[4],[5] avec la mort par assassinat[6], le [6],[7], de l'empereur Bérenger Bérenger Ier de Frioul, petit-fils de Louis Louis Ier dit le Pieux. Le titre impérial restera vacant jusqu'en et le couronnement, le , de Otton Otton Ier dit le Grand par le pape Jean Jean XII[6],[4].

Une dynastie puissante en quête de légitimité

Conquêtes

Expansion du Royaume franc.

Au VIIe siècle, les royaumes barbares connaissent une période de crise (l'expansion musulmane en Méditerranée coupe les liens commerciaux) et se morcellent. La sécurité n'est plus assurée par un État déliquescent, celle-ci est alors prise en charge par l'aristocratie[8]. Les puissants accueillent des hommes libres, les éduquant, les protégeant et les nourrissant. L'entrée dans ces groupes se fait par la cérémonie de la recommandation : ces hommes deviennent des guerriers domestiques (vassus) attachés à la personne du senior[9]. Le seigneur doit entretenir cette clientèle par des dons pour entretenir sa fidélité[8],[10]. La monnaie d'or devenant rare du fait de la distension des liens commerciaux avec Byzance (qui perd le contrôle de la Méditerranée occidentale au profit des musulmans) la richesse ne peut provenir que de la guerre : butin ou terres conquises à redistribuer. En l'absence d'expansion territoriale, les liens vassaliques se distendent, donc pour se pérenniser une puissance doit s'étendre.

Conséquences de l'expansion musulmane des VIIe et VIIIe siècles sur les voies commerciales et les royaumes européens.
  •       voies commerciales avant la prise de contrôle de la Méditerranée par les musulmans : l'axe rhodanien permet de commercer avec les bassins de la Seine et de la Loire.
  •       voies commerciales au VIIIe siècle : le trafic évite la Méditerranée occidentale et passe par l'Adriatique, le , le Rhin et la Meuse.
  •      Empire musulman
  •      Empire byzantin
  •      Pippinides
  •      Lombards

Même si les voies terrestres romaines sont encore utilisables à cette époque, le trafic commercial est essentiellement fluvial (et permet le transfert de marchandises d'un bassin fluvial à l'autre) mais il ne permet que le transport de denrées suffisamment onéreuses pour être rentable[11]. Même si le trafic est faible, ces voies sont capitales pour acquérir de quoi entretenir ses vassaux[12]. Avec la présence musulmane en Méditerranée occidentale les voies commerciales byzantines ne peuvent plus passer que par l'Adriatique. Dès lors l'axe Rhône-Saône-Rhin (ou Seine) est supplanté par l'axe -Rhin-Meuse[12].

Les Pippinides, une famille austrasienne dont le berceau est situé sur la Meuse, acquièrent un avantage économique qui va leur permettre de mettre sur pied des armées bien plus nombreuses que ses rivales[12]. Le basculement à l'est des voies commerciales réactive les régions riches en minerai de fer lequel était déjà exploité à l'origine de la puissance agricole et militaire des celtes. Ceci permet de bénéficier d'armes et protections en acier de bonne qualité augmentant leur supériorité militaire. L'outillage agraire s'en trouve amélioré et la productivité augmente. Les Pippinides, en contrôlant plus de 90 grands domaines agricoles de part et d'autre de la Meuse, se sont procuré une puissance sans égale[12]. Ainsi Pépin de Herstal, devient maire du palais d'Austrasie en 679, contrôle la Neustrie en 687 et prend le titre de prince des Francs. Pour conserver ses conquêtes, ses descendants doivent maintenir cette politique expansive pour éviter la dissolution de leur empire naissant. Son fils Charles Martel, issu de sa deuxième épouse, doit ainsi réduire les révoltés neustriens, puis assujettir les Frisons, les Alamans, Bourguignons et les Provençaux[12].

Parallèlement à cette évolution le bassin méditerranéen est victime aux VIe et VIIe siècles d'épidémies de peste et de variole récurrentes que les chroniqueurs de l'époque décrivent comme de véritables fléaux. Le bilan est impossible à chiffrer mais, certains historiens le comparent à celui de la peste noire de 1347-1350 : Jacques Le Goff et Jean-Noël Biraben y voient la cause d'un important affaiblissement démographique du sud de l'Europe qui explique en partie le basculement du centre de gravité de l'Occident vers le nord[13].

L'alliance avec la papauté, un échange de bons procédés

Au sud de l'Europe, la lutte du pape Grégoire III contre les iconoclastes (querelle des Images) provoque un conflit entre Rome et Byzance. L'empereur Léon III l’Isaurien tente de réduire l’autorité du Saint-Siège et de mettre la main sur les propriétés de l’Église dans les villes de Sicile. Dans ce but, Constantinople envoie une flotte en Italie pour combattre les villes non soumises à ses ordres. L'empereur étend les droits du patriarcat de Constantinople sur toutes les régions (districts) de l’Italie du Sud et ne laisse au pape que la région du Nord, que les Lombards ne cessent d'assaillir. En effet à l'instar des Pippinides, les Lombards bénéficient de la bascule des liens commerciaux vers l'axe Pô-Rhin et ils ne cessent d'étendre leur royaume pour obtenir un butin et des terres à redistribuer pour maintenir les liens vassaliques[8],[14] : ils sont l'autre grande puissance européenne de l'époque et menacent directement la papauté[15].

Au nord, Charles Martel, le grand-père de Charlemagne, arrête l'expansion musulmane à Poitiers en 732 ; mais il n'est que le maire du palais mérovingien, autrement dit l'intendant principal du roi. Sa puissance est telle qu'il a le pouvoir de fait, mais celui-ci ne se fonde sur aucune hérédité, ni aucun charisme ; c'est pourquoi il ne peut prétendre au titre de roi. Pourtant sa famille, les Pippinides (qui deviendront les Carolingiens) a l'expérience du pouvoir. Après avoir remporté la victoire contre les Arabes à Poitiers, Charles Martel écrit au pape Grégoire III lui annonçant l'heureuse nouvelle[16],[17]. Celle-ci a un très vif retentissement et désigne Charles, notamment aux yeux de la papauté comme le défenseur en Occident de la foi et de l'Église[18]. Charles Martel reçoit le titre de « Très Chrétien » accordé par le pape et auquel ont droit tous ses successeurs.

Théoriquement le pape est sous la tutelle de l'Empire byzantin de Constantinople, mais l'armée de l'empereur d'Orient est monopolisée par l'expansion musulmane tandis qu'en Italie même, elle menace l'influence de la Papauté. Elle ne peut jouer son rôle de protecteur et Rome en profite pour s'émanciper[19]. Alors, le pape sollicite le secours de Charles Martel, pour repousser les Lombards ; il met sous la protection des Francs toutes ses propriétés et leur demande de reconquérir l'Italie. L'Église a intérêt à s'appuyer sur cette dynastie forte pour contrer les menaces islamique, byzantine et lombarde. Le nouveau pape Étienne II, successeur de Zacharie mort en 752, n'a lui non plus pas d'autre choix que de demander l'aide militaire de Pépin contre les Lombards et leur roi Aistulf (ou Astolf) qui menacent Rome. En 750, Pépin le Bref, successeur de Charles Martel comme maire de palais, envoie une délégation franque auprès du pape Zacharie, pour lui demander l'autorisation de mettre fin au règne décadent des Mérovingiens en prenant la couronne à la place de Childéric III. Ce que Zacharie accepte en déclarant que « Mieux vaut appeler roi celui qui possède le pouvoir plutôt que celui qui ne l'a pas »[20]. En novembre 751, Pépin dépose Childéric III, puis se fait élire roi des Francs, à Soissons, en se faisant acclamer par une assemblée d'évêques, de nobles et de leudes (grands du royaume)[20].

L'évolution de l'empire d'Occident

En 800, Charlemagne est couronné empereur d'Occident par le pape, après l'avoir secouru contre un complot visant à le déposer. Il rétablit ainsi l'empire d'Occident, qu'on nomma également Empire franc, grâce à l'alliance entre la papauté et sa famille. Les Francs protégeaient en effet l'Église en Gaule depuis Clovis Clovis Ier, et Pépin le Bref, père de Charlemagne, était déjà intervenu pour protéger la papauté. Lui-même continue de se nommer roi des Francs et des Lombards, en plus d'empereur romain. L'empereur d'Orient est furieux, mais Charlemagne sera partiellement reconnu un peu plus tard par l'empereur d'Orient[21].

Cependant, du fait de la faiblesse du commerce et faute de ressources financières suffisantes, Charlemagne est confronté au même problème que ses prédécesseurs : il doit s'étendre en permanence pour entretenir ses vassaux et éviter la dissolution de ses possessions. Pendant tout son règne, il tente de les fidéliser par tous les moyens en leur faisant prêter serment, en leur allouant des terres (seule richesse de l'époque) qu'ils devaient lui restituer à leur mort, et en envoyant des missi dominici surveiller ce qui se tramait à travers son empire[22]. Pour pérenniser son empire naissant, il doit chaque année réunir son armée et la lancer vers de nouvelles conquêtes. En 774, déjà, Charlemagne intervenait en Italie et défaisait Didier, roi des Lombards, qui menaçait de nouveau le pape, et s'emparait de ses États. Par ailleurs, en 774, l'exarchat byzantin de Ravenne n'est tombé que 23 ans plus tôt et c'est donc une région très cultivée qui passe sous domination franque. Une fois seul maître du Royaume franc, il agrandit son royaume vers le nord et l’est (Bavière, Saxe, Frise), vers l’ouest (Bretagne) et vers le sud (nord de l’Èbre en Espagne en 778, établissant des marches). Il fait, à partir de 772, une guerre acharnée aux Saxons, qui, commandés par Witikind, lui opposent une vigoureuse résistance. Il n'achève de les soumettre qu'en 804 ; il en déporte un certain nombre pour prévenir leurs révoltes. Sa lutte contre les peuples païens, dont les Saxons, et leur conversion (forcée de fait) au christianisme a ainsi surtout un caractère d'action politique, lui permettant de pacifier un peuple qui menaçait son empire, et ne constitue pas une guerre menée au nom de la chrétienté[réf. nécessaire].

Les pouvoirs que s'arroge Charlemagne sont très vastes : il légifère beaucoup, y compris en matière dogmatique (introduction du Filioque), et il nomme les évêques. Il ne reconnaît aucun pouvoir au-dessus de lui. Il est le défenseur du monde chrétien, et l'organise. Il fait d'Aix-la-Chapelle (Aachen, en Allemagne) sa capitale, où il fonde une école pour les cadres de l'empire qui y apprennent un minimum d'éducation en matière d'administration, de lecture, de religion. Les grands du royaume y envoient leurs fils y étudier. Il intègre également dans sa suite des hommes de tout l'empire et de toutes ethnies : Saxons, Lombards, Goths.

Avant sa mort, suivant la coutume franque, Charlemagne prépare le partage de son empire entre ses fils, sans désigner de successeur au titre d'empereur. Par ce geste, il montre que la restauration de l'Empire était pour lui une construction éphémère, ne devant pas forcément lui survivre. Finalement, se sentant très affaibli et du fait que Louis le Pieux est le seul à survivre, il le nomme coempereur en septembre 813 à Aix-la-Chapelle.

« Au mois de septembre de cette même année (813), le susdit empereur Charles réunit une grande assemblée du peuple au palais d'Aix. Venant de tout son royaume et empire s'assemblèrent évêques, abbés, comtes, prêtres, diacres et assemblée des Francs auprès de l'empereur à Aix ; et là ils élaborèrent quarante-six chapitres sur ce qui était nécessaire à l'Église de Dieu et au peuple chrétien. Ensuite se tint une assemblée avec les dits évêques, abbés, comtes et nobles du royaume franc, et ils firent de son fils Louis un roi et un empereur. Ce à quoi tous consentirent pareillement, déclarant que cela était justifié ; et cela plut au peuple, et avec le consentement et l'acclamation de tout le peuple, il fit son fils Louis empereur avec lui, et il perpétua l'empire par la couronne d'or, le peuple acclamant et criant : vive l'empereur Louis ! Et ce fut une grande joie dans le peuple ce jour-là[23]. »

Mais ce fils survivant s'assurera qu'aucun des autres descendants illégitimes de son père ne puisse interférer sur la succession. Par contre lui-même partagera l'empire entre ses trois fils.

Charlemagne avait réussi à maintenir l'unité de l'empire au prix de guerres incessantes, et d'une surveillance accrue de ses comtes et évêques qu'il assermente. Puissant et bien structuré, l'Empire carolingien présente cependant une faiblesse. En l'absence de guerre, l'État n'est pas assez riche pour entretenir ses vassaux. Louis le Pieux doit ainsi concéder des terres en pleine propriété et non plus à titre d'usufruit viager comme le faisait son père, qui récupérait ainsi ses terres à la mort de ses vassaux[24]. Après Louis le Pieux, les règles de partage équitable des terres entre les héritiers conduisent au morcellement de l'empire. Quand ses fils s'entre-déchirent pour le partage de l'empire, ils doivent donner de plus en plus d'indépendance à leurs vassaux pour conserver leur soutien[25]. Par exemple, le roi Charles le Chauve, en promulguant le capitulaire de Quierzy-sur-Oise le 14 ou le , garantit à ses seigneurs la faculté de léguer leurs terres à leurs héritiers[26]. Le pouvoir royal s'affaiblit considérablement et l'empire se divise en principautés entre lesquelles les communications diminuent[27]. La partie située à l'est de cet empire d'Occident deviendra par la suite le Saint-Empire romain germanique. L'empereur y était élu par les grands princes sans avoir beaucoup de pouvoir sur eux. Le titre d'empereur restera ensuite dans la lignée carolingienne, sans qu'une réelle légitimité ni pouvoir n'y soit associés. Au contraire, ce titre est plutôt un facteur de conflit, lorsque par exemple Lothaire Lothaire Ier essaye de le faire valoir sur ses frères, et lorsque Charles le Chauve se fait attaquer par Louis le Germanique après son couronnement à Rome. Avec le ralentissement des communications, la culture générale baisse. La fin de règne des Carolingiens voit s'arrêter la production artistique durant trois générations. Il faut attendre le Xe siècle pour que se recréent sous l'impulsion des Ottoniens des États puissants et pérennes en Europe.

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