Elfriede Jelinek

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Elfriede Jelinek
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Elfriede Jelinek en 2004.
Naissance (71 ans)
Mürzzuschlag (Styrie, Drapeau de l'Autriche Autriche)
Activité principale
romancière, dramaturge
Distinctions
Auteur
Langue d’écritureAllemand
Genres
dramatique
Signature de Elfriede Jelinek

Elfriede Jelinek, née à Mürzzuschlag le , est une femme de lettres autrichienne. Elle est lauréate du prix Nobel de littérature en 2004.

Son œuvre en prose (romans et pièces de théâtre) utilise la violence, le sarcasme et l'incantation afin d'analyser et de détruire les stéréotypes sociaux, l'exploitation sociale et les archétypes du sexisme[1]. Elle met également en accusation l'Autriche qu'elle juge arriérée et imprégnée de son passé nazi[2].

Elle entretient vis-à-vis de son pays une haine virulente et réciproque. Elle fut membre du Parti communiste autrichien de 1974 à 1991. Elle échange des imprécations avec l’extrême droite (qui fait rimer son nom d’origine tchèque avec Dreck : « saleté ») et les femmes au pouvoir. Elle s’est toujours violemment positionnée contre les idées et la personnalité de l’ancien leader du FPÖ Jörg Haider.

Biographie

Elfriede Jelinek est l'enfant unique de Friedrich Jelinek et Olga Ilona, née Buchner[3]. Son père, chimiste juif d’origine tchèque, est employé dans la recherche de matériel de guerre. Ce poste lui permet d'échapper aux persécutions nazies[4]. Il est dominé par son épouse d’origine germano-roumaine issue de la bourgeoisie catholique, que la jeune Elfriede décrit comme « despotique et paranoïaque »[5]. Elle dit ne s’être jamais libérée du poids de ses « géniteurs », tous deux détestés pour l'avoir privée d'enfance[5],[6]. Elle ne pardonne pas à son père, mort fou dans un hôpital psychiatrique, de s'être effacé face à une femme castratrice et d'avoir abandonné sa fille, contrainte de se ranger du côté maternel « sous le poids d’un darwinisme écrasant »[5]. Sa mère l’empêche dès ses quatre ans de sortir du foyer et la force à apprendre le français, l’anglais, le piano, l’orgue, le violon, la flûte à bec et l’alto[5]. L'auteur affirme que ce dressage l'a anéantie sur le plan intime mais a nourri sa vocation[5]. La seule concession qu'obtient son père, engagé à gauche, est de faire défiler sa fille pour le rassemblement viennois du 1er mai[6],[5]. Jelinek explique que le seul point de convergence entre ses parents était le goût de la culture, la rhétorique et l'éloquence[4].

À 18 ans, une crise d'agoraphobie aiguë oblige la jeune Elfriede à rester cloîtrée plus d'un an dans l'appartement familial[6]. Elle profite de cette période pour se plonger dans la lecture de classiques philosophiques et littéraires et la poésie américaine[6]. Elle lit également avec avidité des romans d'horreur et des récits sensationnels (faits divers, histoires criminelles ou sordides) qui alimentent, plus tard, ses créations[6]. Elle regarde également les séries télévisées autrichiennes grand public de « manière presque scientifique »[6].

Après des études musicales au conservatoire, Jelinek décide de prendre des cours de théâtre et d'histoire de l’art à l’université de Vienne, sans abandonner la musique[4]. Très tôt, la jeune femme nourrit une grande passion pour l’écriture[6]. Au contact des mouvements étudiants, elle franchit le cap et tente de publier ses premiers textes[7]. Sa carrière, lancée dans les années 1970, est émaillée d'incidents[8]. Chaque nouvel ouvrage, qu'elle situe dans une contre-culture et auquel elle donne une couleur de pamphlet et de critique sociale radicale, provoque chahuts et polémiques en Autriche[8]. En 1974, elle s'inscrit au KPÖ, le parti communiste autrichien, en réaction à sa mère, très à droite, qui dit haïr la « racaille gauchiste »[6].

Jelinek accède à la notoriété dès ses deux premiers romans, Wir sind lockvögel baby ! et Michael. Ein Jugendbuch für die Infantilgesellschaft, reconnus comme les premières œuvres « pop » de la littérature de langue allemande[9].

Ses relations avec son pays, qu'elle accuse de baigner dans un arrière-plan idéologique, politique et culturel délétère (racisme, xénophobie, néo-antisémitisme...), sont exécrables[6]. Les passes d'armes et les insultes qu'elle échange avec la presse conservatrice, la droite et l'extrême droite autrichiennes, notamment avec le FPÖ et son ancien leader Jörg Haider, sont relayées à l'international[10].

Titulaire d’un diplôme d’organiste obtenu en 1971, elle collabore avec la jeune compositrice autrichienne Olga Neuwirth (Todesraten, Bählamms Fest, drame musical d’après Leonora Carrington)[11]. Elle travaille également avec Hans Werner Henze[12]. Jelinek a passé son temps à promouvoir en Autriche l’œuvre, qu’elle estime méprisée, d’Arnold Schönberg, Alban Berg et Anton von Webern[5].

Elle a traduit en allemand, pour subvenir à ses besoins, plusieurs pièces du répertoire traditionnel dont certains vaudevilles d’Eugène Labiche et Georges Feydeau ou encore des tragédies de William Shakespeare et Christopher Marlowe[11]. Elle a également traduit des romans de Thomas Pynchon[11].

Dans sa jeunesse, l’auteur a séjourné à Rome et Berlin[11]. Elle s'est aussi régulièrement rendue à Paris mais son agoraphobie chronique l’a poussée à rester dans la capitale autrichienne[4]. En 1974, à 27 ans, elle a épousé Gottfried Hüngsberg[13]. Avant son divorce, elle a un temps partagé sa vie entre Vienne et Munich, la ville de résidence de son mari[13].

À la fin des années 1980, elle s'engage, avec d'autres intellectuels, pour la libération[14] de Jack Unterweger, condamné à la prison à perpétuité pour le meurtre de Margaret Schäfer. En 1990, l'homme est libéré et devient le symbole de la réhabilitation. Cependant, quatre mois plus tard il recommencera à tuer des prostituées et deviendra un des plus importants tueur en série d'Europe, condamné pour douze meurtres.

En 1991, Jelinek quitte le KPÖ dont elle était devenue une figure connue[15]. En 1999, elle s'oppose aux bombardements, par l'OTAN, de la Serbie[16]. En 2006, elle fait partie des artistes et intellectuels qui soutiennent Peter Handke face à la censure dont il fait l'objet de la part de la Comédie-Française après s'être rendu aux obsèques de Slobodan Milosevic[17].

Elle fait l’objet d’une biographie rédigée par deux jeunes femmes (Mathilde Sobottke et Magali Jourdan) et publiée aux éditions Danger Public, intitulée Qui a peur d’Elfriede Jelinek ? En 2005, son ancienne traductrice et amie, Yasmin Hoffmann, lui avait déjà consacré un ouvrage : Elfriede Jelinek, une biographie, aux éditions Jacqueline Chambon.

Son roman le plus vendu, La Pianiste, a été adapté au cinéma en 2001 par Michael Haneke avec Isabelle Huppert, Annie Girardot et Benoît Magimel dans les rôles principaux. Le film a reçu trois prix lors du 54e Festival de Cannes.

Jelinek a participé à l’adaptation de quelques-unes de ses œuvres. En 1991, elle avait également cosigné le scénario de Malina, réalisé par Werner Schroeter et inspiré d'un récit autobiographique d’Ingeborg Bachmann. Le film était déjà interprété par Isabelle Huppert qui fut récompensée du Lola de la meilleure actrice en Allemagne pour ce rôle.

L'auteur compte parmi les premiers à avoir créé un site Internet en 1996[12]. À la fin des années 2000, elle met en ligne ses textes sur son site personnel, en téléchargement gratuit et déclare que ses ouvrages ne seront plus disponibles sous forme de livre imprimé[12]. En 2013, elle fait partie des signataires, en compagnie de plusieurs écrivains dont quatre autres lauréats du prix Nobel (Günter Grass, J.M. Coetzee, Orhan Pamuk et Tomas Tranströmer), d'un manifeste contre la société de surveillance et l'espionnage des citoyens orchestré par les États[18]. En 2014, elle signe, parmi 1 500 auteurs de langue allemande, une lettre ouverte au géant américain Amazon pour dénoncer ses pratiques de distribution et réclamer un marché du livre plus équitable[19]. Elle est par ailleurs un soutien de poids de la campagne «  Stop the Bomb (de) » pour un Iran démocratique et sans bombe atomique[20].

Prix Nobel

Jelinek a obtenu plusieurs récompenses de premier ordre dont le prix Heinrich Böll 1986, le prix Georg-Büchner 1998 et le prix Heinrich Heine 2002 pour sa contribution aux lettres germanophones[11]. Puis elle se voit attribuer, en 2004, le prix Nobel de littérature pour « le flot de voix et de contre-voix dans ses romans et ses drames qui dévoilent avec une exceptionnelle passion langagière l’absurdité et le pouvoir autoritaire des clichés sociaux », selon l'explication de l'Académie suédoise[15]. Bien qu'Elias Canetti fût distingué comme auteur autrichien en 1981, Jelinek devient cependant le premier écrivain de nationalité autrichienne à être honoré par le comité de Stockholm[21].

Elle se dit d'abord « confuse » et « effrayée » par le poids de la récompense et demande pourquoi son compatriote Peter Handke n'a pas été couronné à sa place[6],[22],[23].

Elle accepte ensuite le prix comme une reconnaissance de son travail[6]. Le , elle déclare néanmoins que son état de santé ne lui permet pas de se rendre à Stockholm pour y chercher sa médaille et son diplôme le 10 décembre : « Je n’irai certainement pas à Stockholm. La directrice de la maison d’édition Rowohlt Theater acceptera le prix pour moi. Bien sûr, en Autriche, on tentera d’exploiter l’honneur qui m’est fait, mais il faut rejeter cette forme de publicité. Malheureusement, je vais devoir écarter la foule d’importuns que mon prix va attirer. En ce moment, je suis incapable d’abandonner ma vie solitaire. »[24]. Dans un autre entretien, elle dit une nouvelle fois qu’elle refuse que cette récompense soit « une fleur à la boutonnière de l’Autriche »[15]. Pour la cérémonie de remise de prix, elle adresse à l’Académie suédoise et la Fondation Nobel une vidéo de remerciements[4]. À l'annonce de la nouvelle, la République autrichienne se partage entre joie et réprobation[21].

À l'international et notamment en France, les réactions sont contrastées[10]. La comédienne Isabelle Huppert, lauréate de deux Prix d'interprétation à Cannes dont un pour La Pianiste, déclare : « En principe, un prix peut récompenser l'audace, mais là, le choix est plus qu'audacieux. Car la brutalité, la violence, la puissance de l'écriture de Jelinek ont souvent été mal comprises. [...] En lisant et relisant La Pianiste, ce qui ressort, c'est finalement beaucoup plus l'impression d'être face à un grand écrivain classique »[25]. Éditrice des six premiers livres de Jelinek, Jacqueline Chambon, pour sa part, ne cache pas son admiration et son amitié pour l’auteur mais affirme malgré tout avoir « arrêté [de la publier] à cause des traductions qui devenaient de plus en plus lourdes, difficiles. […] Enfin, l’agressivité permanente de ses livres me gênait »[26]. Ce sont les Éditions du Seuil qui ont pris le relais après la défection de Jacqueline Chambon.

La décision de l’Académie suédoise pour l'année 2004 est inattendue[10]. Elle provoque une controverse au sein des milieux littéraires[15],[10]. Certains dénoncent la haine redondante et le ressentiment fastidieux des textes de Jelinek ainsi que l’extrême noirceur, à la limite de la caricature, des situations dépeintes[27]. D'autres y voient la juste reconnaissance d’un grand écrivain qui convoque la puissance incantatoire du langage littéraire pour trouver une manière neuve et dérangeante d’exprimer le délire, le ressassement et l’aliénation, conditionnés par la culture de masse et la morale régnante[27].

La polémique atteint également les jurés du prix Nobel[27]. En octobre 2005, Knut Ahnlund démissionne de l'Académie suédoise en protestation de ce choix qu’il juge « indigne de la réputation du prix »[28]. Il qualifie l’œuvre de l’auteur dans le quotidien national suédois Svenska Dagbladet de « fouillis anarchique » et de « pornographie », « plaqués sur un fond de haine obsessionnelle et d’égocentrisme larmoyant »[29].

Après l'attribution du prix, Jelinek dit profiter de l'argent de la récompense afin de vivre plus confortablement et arrêter les traductions auxquelles elle est astreinte pour subvenir à ses besoins[21].

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