Dystopie

Une dystopie est un récit de fiction dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu'elle empêche ses membres d'atteindre le bonheur. Une dystopie peut également être considérée, entre autres, comme une utopie qui vire au cauchemar et conduit donc à une contre-utopie. L'auteur entend ainsi mettre en garde le lecteur en montrant les conséquences néfastes d’une idéologie (ou d’une pratique) présente à notre époque [1].

La différence entre dystopie et utopie tient plus à la forme littéraire et à l'intention de son auteur qu'au contenu. En effet, nombre d'utopies positives peuvent également se révéler effrayantes.

Cette forme littéraire a été popularisée par des romans devenus des classiques du genre dystopique : Nous autres ( 1920) de Ievgueni Zamiatine, Le Meilleur des mondes ( 1932) d' Aldous Huxley, La Guerre des salamandres ( 1936) de Karel Čapek, La Kallocaïne ( 1940) de Karin Boye, Ravage ( 1943) de René Barjavel, 1984 ( 1949) de George Orwell, Limbo ( 1952) de Bernard Wolfe, Fahrenheit 451 ( 1953) de Ray Bradbury, La Grève (Atlas Shrugged, 1957) de Ayn Rand, La Planète des singes ( 1963) de Pierre Boulle, Un bonheur insoutenable ( 1970) de Ira Levin, La Servante écarlate ( 1985) de Margaret Atwood ou encore Globalia (2003) de Jean-Christophe Rufin, en littérature jeunesse Le Passeur ( 1993) de L'invasion sans pareille ( 1910) de Jack London.

Les mondes terrifiants décrits dans ces romans ont souvent tendance à faire croire qu'une dystopie est, par définition, la description d'une dictature sans égard pour les libertés fondamentales. Il existe cependant des contre-exemples et la critique est divisée quant aux relations entretenues entre la dystopie et les régimes politiques qu'elle vise. Que la dystopie soit par nature une critique d'un système politique ou idéologique précis (et en particulier une critique du totalitarisme) est un point qui demeure débattu dans les milieux universitaires.

L'impact que ces romans ont eu sur la science-fiction a souvent amené à qualifier de dystopie toute œuvre d' anticipation sociale décrivant un avenir sombre.

Le genre a connu des déclinaisons dans d'autres domaines artistiques, notamment au cinéma, avec de nombreuses adaptations de romans dystopiques mais aussi des créations originales comme Metropolis (1927) de Fritz Lang, le premier du genre, Alphaville (1965) de Jean-Luc Godard, Bienvenue à Gattaca (1997) d' Andrew Niccol [2], la ville dystopique de Scarfolk ou encore The Lobster (2015) de Yorgos Lanthimos.

Étymologie du mot dystopie

Le mot « dystopie » vient de l'anglais dystopia, qui a été formé par l'association du préfixe dys- et du radical d'origine grecque, τόπος (topos : « lieu »). Cette association a été conçue pour rappeler le terme utopie, auquel il s'oppose.

Le préfixe dys- est emprunté au grec δυσ-, et signifie négation, malformation, mauvais, erroné, difficile. Il a surtout une valeur péjorative. Il s'oppose ainsi clairement à l’utopie (mot forgé par l'écrivain anglais Thomas More, du grec οὐ-τοπος « en aucun lieu ») qui est une représentation d'une réalité idéale et sans défaut. « Utopia » constitue en effet une sorte de jeu de mots : la prononciation anglaise de l'époque ne distingue pas la prononciation des préfixes εὖ- (« heureux ») et οὐ- (« négation », « inexistence »). L'utopie est donc étymologiquement un lieu heureux et un lieu inexistant [3]. D'un point de vue étymologique, dystopie signifie donc « mauvais lieu », « lieu néfaste », un lieu en tout cas connoté négativement. En revanche, la fin du XIXe siècle a vu naître la dystopie (ou contre-utopie), davantage proche de la science-fiction, et dont l'exemple le plus connu est 1984 de G. Orwell (1948 [4]). Dans la dystopie, le projet utopique est présenté comme réalisé : les bonnes lois sont appliquées et tout le monde est donc censé être heureux. Mais cette réalisation n'est pas, comme dans l'utopie, présentée par les yeux du Sage ou des gouvernants. Elle est vécue au quotidien par des habitants du lieu, qui subissent ces lois, dont on s'aperçoit alors, à leur souffrance, qu'elles ne sont pas aussi bonnes que le discours officiel le prétend. Ce renversement du point de vue passe par la révolte d'un héros, qui retrouve lucidité et conscience de soi, en général après une rencontre avec l'amour (évidemment interdit).

La mise en scène de cette révolte dans le cadre d'un récit, les péripéties de la lutte font de ces textes des parents proches de la science-fiction, d'autant que ces dystopies se situent dans l'avenir, comme on le voit avec 1984 (écrit en 1948) ou Le Meilleur des mondes (1932) de A. Huxley, qui se situe en l'an 2500. Il en va de même du roman Les Monades urbaines de R. Silverberg (1971), où un historien d'un futur surpeuplé se penche sur notre présent pour repenser ce qu'est l'intimité [5].

La première utilisation du terme dystopia est habituellement attribuée à John Stuart Mill, dans un discours de 1868 au parlement britannique [6].

Dystopie, contre-utopie et anti-utopie

La terminologie critique de la dystopie ne fait pas l'objet d'un large consensus, et les termes « dystopie », « contre-utopie » et « anti-utopie » sont souvent employés de façon interchangeable. Sauf peut-être dans le milieu restreint de la critique de science-fiction, où le terme « dystopie » est le plus utilisé.

Certains critiques toutefois utilisent simultanément plusieurs de ces termes pour opérer des distinctions plus fines. Le but est généralement de distinguer (1) les récits peignant des avenirs sombres des (2) récits visant à récuser la pensée utopique. Les couples de termes opposés sont très variables. Par exemple :

  • (1) Dystopie et (2) contre-utopie
  • (1) Dystopie et (2) anti-utopie
  • (1) Contre-utopie et (2) anti-utopie

La question des relations entre les genres dystopiques et utopiques demeure un sujet débattu. Cette absence de consensus, compliquée par l'origine anglaise du mot « dystopie », explique en partie les divergences terminologiques existant dans la littérature critique.

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