Dracula

Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne le roman de Bram Stoker. Pour le personnage de fiction, voir Comte Dracula. Pour les autres significations, voir Dracula (homonymie).
Dracula
Image illustrative de l'article Dracula
Couverture de la première édition anglaise de 1897

Auteur Bram Stoker
Pays Drapeau de l'Angleterre  Angleterre
Genre Roman fantastique
Roman épistolaire
Version originale
Langue Anglais britannique
Titre Dracula
Éditeur Archibald Constable and Company
Lieu de parution Westminster
Date de parution
Version française
Traducteur Ève Paul-Margueritte
Lucie Paul-Margueritte
Éditeur L'Édition française illustrée
Collection Romans étrangers
Lieu de parution Paris
Date de parution 1920
Illustrateur Pierre Falké

Dracula est un roman épistolaire de l'écrivain britannique Bram Stoker publié en 1897. Il raconte l'histoire du Comte Dracula, un vampire, c'est-à-dire une personne immortelle qui se repaît du sang des vivants et les transforme à leur tour en vampires.

La complexité du personnage de Dracula renouvelée par des thèmes modernes chers à la psychanalyse comme l'association d' Éros et de Thanatos — du désir sexuel et de la mort — ou le questionnement des limites (entre la bête et l'homme, entre la vie et la mort ou entre le Bien et le Mal…) en feront un mythe moderne que le cinéma contribuera à amplifier par le biais d' adaptations.

Présentation du roman de Bram Stoker

Notes manuscrites de Bram Stoker sur les personnages du roman.

Personnages principaux

  • Comte Dracula : Vampire rusé, dissimulant sa véritable nature, vivant dans un château de Transylvanie. Il achète une maison à Londres et souhaite faire affaire avec Jonathan Harker.
  • Jonathan Harker : Jeune clerc de notaire travaillant pour le compte de M. Hawkins. Il est fiancé à Mina Murray. Il se rend en Transylvanie auprès du comte Dracula pour affaires. Là, il vit un cauchemar d'enfermement mais recouvre sa liberté. Dracula aura commis l'erreur de la lui laisser recouvrer.
  • Arthur « Art » Holmwood lord Godalming : Fiancé de Lucy et ami de John Seward et de Quincey P. Morris. Homme hardi et intègre. Brisé par le destin de Lucy qu'il "sauvera" de la malédiction mais pas de la mort, il n'en aura que plus d'ardeur à la perte de Dracula.
  • Quincey P. Morris : Un Texan, ami d’Arthur Holmwood, amoureux éconduit de Lucy. Fraternel et vaillant, il ne survivra pas au combat final.
  • Wilhelmina « Mina » Murray épouse Harker : jeune institutrice fiancée, puis mariée, à Jonathan Harker. Noble cœur, âme forte, victime du maléfice duquel la mort du comte la libèrera. Elle assistera ses compagnons de guerre jusqu'au bout.
  • R. M. Renfield : déséquilibré mental, cependant doué d'une surprenante logique et analyse, est soigné par le Dr John Seward dans son hôpital psychiatrique. Adorateur et victime du comte.
  • Docteur John « Jack » Seward : médecin psychologue qui dirige un hôpital psychiatrique. Autre amoureux déçu de Lucy, il restera à son chevet tout au long de sa maladie, luttera de tout cœur et science avec ses compagnons.
  • Docteur Abraham Van Helsing : docteur néerlandais, professeur et ami de John Seward. Il vient au chevet de Lucy sur la demande de ce dernier. Enflammé, hargneux, voué jusqu'à la mort à sa lutte contre le mal, il orientera ses émules après les avoir éveillés au drame en cours.
  • Lucy Westenra : Amie de Mina Murray elle se fiance avec Arthur Holmwood après avoir rejeté les demandes en mariage du docteur John Seward et de Quincey P. Morris. Victime du comte, elle devient vampire, enlève des enfants qu'elle n'a pas le temps de tuer. Ses anciens compagnons lui rendent la liberté, notamment lorsque son fiancé, Arthur, lui enfonce un pieu dans le cœur tandis qu'elle gît dans son cercueil.

Présentation du roman

Dracula n'est pas le premier roman fantastique à exploiter le thème du vampire. Il marque pourtant une étape cruciale dans la littérature fantastique et en particulier celle abordant le thème des vampires ; le succès du livre et la popularité du personnage l'attestent encore aujourd'hui. Plus que le sens du récit et la maîtrise du suspense de Stoker, c'est la personnalité de son personnage principal qui fonde le mythe. Le comte Dracula, au-delà de la créature d'épouvante aux pouvoirs surnaturels, est avant tout un être humain damné, un non-mort, et c'est cette dimension complexe qui assure son charme.

En effet, Dracula est un monstre mais est aussi un réprouvé, un rejeté de Dieu, une personne à craindre mais aussi à plaindre. Mina Harker exhorte ses compagnons à éprouver à son endroit non de la haine mais de la pitié, ce qui n'exclut évidemment pas de la détermination pour s'en débarrasser.

« Mais ce n'est pas une œuvre de haine. Le pauvre être qui a causé toute cette souffrance est le plus malheureux de tous. Songez quelle sera sa joie à lui aussi quand, son double malfaisant étant détruit, la meilleure part de lui-même survivra, son âme immortelle. Vous devez avoir pitié de lui aussi, sans que cela empêche vos mains de le faire disparaître de ce monde. » — Bram Stoker, Dracula, chapitre 23.

Le récit se joue donc entre l' Angleterre et la Transylvanie au e siècle, notamment dans un château retiré des Carpates. Se fondant sur des récits mythologiques, Bram Stoker crée le personnage du comte Dracula, un vampire aristocratique à la fois monstrueux et raffiné. La première partie du livre, qui se déroule dans le château du comte, est magistralement teintée d'une atmosphère étrange et sinistre.

Le récit est épistolaire et est composé de fragments des journaux intimes et lettres des protagonistes, ainsi que d'articles de journaux. Des passages ont été retranscrits alors que ce sont des passages enregistrés au phonographe. C'est donc un récit écrit à la première personne mais qui épouse plusieurs points de vue - excepté celui du comte.

Sources de Bram Stoker

Carte autrichienne de la Transylvanie, contemporaine de Bram Stoker.

L'on ne connaît pas avec certitude les documents auxquels Bram Stoker a eu accès, mais le rapprochement des éléments du roman avec les ouvrages disponibles au moment de sa conception indique, selon Denis Buican, Neagu Djuvara et Marinella Lörinczi [1] que l’auteur a pu puiser aux sources suivantes :

  • Tout d’abord le thème du vampire apparaît dès 1819 en Angleterre, en pleine mode du roman gothique : John William Polidori (The Vampire inspiré d’une idée originale de Lord Byron), Sheridan Le Fanu ( Carmilla) mais aussi, en Allemagne, Karl Von Wachsmann (L’Étranger des Carpathes en 1844, avec tous les ingrédients : château en Transylvanie, forêts sombres, personnage maudit, voyageurs effrayés...) et, en France, Charles Nodier (Histoires de vampire), Théophile Gautier ( La Morte amoureuse), Paul Féval (qui fait de la goule la femelle du vampire dans La Vampire de 1856) et surtout, cinq ans avant Dracula, Jules Verne ( Le Château des Carpathes) [2], sans oublier le roman de Marie Nizet : Le Capitaine Vampire [3].
  • Bram Stoker a rédigé son roman en pleine horreur médiatique suscitée par son contemporain Jack l'Éventreur, qui sévit à Londres en 1888.
  • Le nom du comte Dracula est calqué sur le surnom de deux voïvodes de Valachie du XVe siècle : Vlad Țepeș et son père Dracul, le « Dragon », ainsi appelé parce qu’il était membre de l’ Ordre du Dragon ; Vlad Țepeș fut qualifié dans certains libelles, publiés par ses ennemis, de Draculea : le « Dragonneau ». Dracul ne fut d’ailleurs pas le surnom du seul Vlad, mais aussi celui d’un autre voïvode plus tardif : Mihail Ier Șuțu (1730 - 1803, règne de 1783 à 1795). La vie de ces voïvodes valaques est décrite par des sources hostiles comme Histoires de la Moldavie et de la Valachie de Johann Christian Engel, publié au début du e siècle, qui les présente comme des tyrans sanguinaires, s’appuyant, gravures effrayantes à l’appui, sur les libelles de leurs ennemis. Bram Stoker a pu y avoir accès soit directement en librairie ou en bibliothèque, soit par les articles d’ Ármin Vámbéry, professeur à l’ université de Budapest qui est probablement l’Arminius Vambery cité par le Dr Abraham Van Helsing (personnage du roman) comme « ami » et source de renseignements.
  • Stoker a pu aussi avoir en mains l’une des nombreuses nouvelles du e siècle inspirées par la Tragica historia [4] de László Turóczi, un jésuite de 1729, relatant les supposées frasques sanglantes de la comtesse Élisabeth Báthory (dans l’actuelle Slovaquie).
  • Le romancier décrit une princesse-vampire nommée Lénore, qui, selon un reportage de Klaus Steindl diffusé sur la chaîne franco-allemande Arte [5], aurait pu être inspirée par les légendes entourant Éléonore-Amélie de Lobkowicz [6].
  • Puisqu’il place dans la bouche des paysans roumains des mots tels que « vrolok » et « vlkoslak », il semble que Stoker ait lu les ouvrages d’ Emily Gerard sur le folklore de Transylvanie, notamment concernant les «  vrykolakas » (ou « vârcolac » : mort-vivant en roumain). Outre l’orthographe approximative, Bram Stoker répète une erreur d’Emily Gerard : Nosferatu, écrivent-ils, signifierait « vampire » ou « non mort » en roumain, or dans cette langue, vampire se dit vampir et non-mort : strigoi (qui a la même étymologie que «  stryge ») ; quant à Nosferatu, dont l’orthographe roumaine actuelle est nesuferitu, il désigne « l’innommable », le démon [7].
  • Sur les cartes disponibles à l’époque, Stoker a cherché les noms des lieux où Vlad Țepeș et ses contemporains ont fait campagne, et comme la Transylvanie était alors autrichienne, dans le roman les noms de lieux sont donnés dans leur forme allemande : cela a peut-être contribué au succès que le personnage de Dracula et son avatar Nosferatu connurent en milieu germanophone.
  • Enfin, la zoologie de l’époque avait déjà porté à la connaissance d’un public friand d’animaux exotiques, l’existence en Amérique du Sud d’une famille de chauves-souris hématophages, aussitôt baptisées «  vampires » [8].

Thèmes notables

Histoire et modernité

« J'étais là, consignant dans mon journal, en caractères sténographiques, tout ce qui m'était arrivé depuis que je l'avais fermé la dernière fois. C'est bien là le progrès du XIXe siècle! Et pourtant, à moins que je ne m'abuse, les siècles passés avaient, et ont encore, des pouvoirs qui leur étaient propres et que le « modernisme » ne peut pas tuer »

— p 86

En s'exprimant ainsi, Jonathan Harker met en exergue une des pistes de lecture du roman. L' Angleterre de la fin du XIXe siècle est le lieu du triomphe des deux révolutions industrielles, le lieu où se développe pleinement l'idée du progrès. Cet aspect est largement repris dans l'œuvre de Stoker puisque les personnages font largement usage des inventions récentes : la machine à écrire, le phonographe, le télégraphe, le train, etc. Toutes ces inventions sont mises en valeur et serviront à contrer les projets du comte. Inversement, la Transylvanie du XIXe siècle est un lieu où règnent le passé, les anciennes coutumes, les superstitions. Le combat entre Dracula et les autres personnages symbolise cette confrontation entre les deux mondes, l'un tourné vers l'avenir et l'autre écrasé sous le poids du passé. L'importance de la place accordée, dans le roman, au progrès scientifique s'inscrit dans la continuité du succès du mouvement naturaliste [9].

L'intrigue de Dracula se déroule dans l'univers contemporain de Bram Stoker. Ce point est largement ignoré de la plupart des adaptations postérieures du roman, qui continuent de situer l'intrigue au XIXe siècle, occultant ainsi cet aspect sémantique majeur.

Dracula et la science

Deux figures du scientifique

Dracula oppose le comte vampire et son adversaire, Abraham Van Helsing, sur de nombreux points, dont celui de l'appréhension de la science : à un portrait du scientifique qui n'appréhende le savoir que comme un moyen de servir ses propres intérêts s'oppose celui qui met son savoir au service de l'humanité et qui reste ouvert à toutes les hypothèses, que celles-ci paraissent probables ou non.

Dracula, quand il était mortel, était en effet un brillant scientifique, comme le rappelle Van Helsing : « il était de son vivant un homme remarquable, guerrier, homme d'État, alchimiste ; et l' alchimie représentait alors le plus haut degré de la science. Il avait une puissante intelligence, une culture sans égal » (p. 492). Après sa mort physique, l'ancien voïvode a gardé ce goût du savoir. L'importance accordée à la description de la bibliothèque, qui apparaît comme une pièce importante du château du comte, atteste ce goût, au demeurant pour des domaines diversifiés : «  histoire, géographie, politique, économie, botanique, géologie, droit » (p. 60). Mais cette soif de connaissance, qui concerne en premier lieu l' Angleterre, est asservie à des fins maléfiques : il s'agit pour le comte d'approfondir ses connaissances dans le but de vaincre, et ce au profit d'un seul être : lui-même.

Van Helsing est lui aussi un grand scientifique ; son ancien élève, le docteur Seward, parle de lui en ces termes : « C'est en même temps un philosophe et un métaphysicien – réellement un des plus grands savants de notre époque » (p. 199). Mais contrairement au comte, cet autre scientifique met sa connaissance au profit des autres, « pour le bien de l'humanité » (p. 200). Il transmet ainsi son savoir, puisqu'il l'enseigne ; plus largement, son désir de venir à bout du roi vampire est mû par la volonté de sauver le monde. Outre cette générosité, il est doté d'une remarquable ouverture d'esprit puisqu'il reste ouvert à toutes les branches du savoir, dont celles qui ne connaissent pas encore d'explication scientifique – et dont le vampirisme fait partie.

Les références scientifiques

Stoker place dans la bouche de Van Helsing des références aux théories criminologiques de l'époque, notamment celles de Cesare Lombroso qui considère que le criminel est, sous bien des aspects, un être infantile. Ainsi, l'intelligence de Dracula est surtout empirique, peu inventive et répétitive. Il tire certes les leçons de ses erreurs et perfectionne son modus operandi, ce qui ne laisse pas d'effrayer Van Helsing qui insiste sur le fait qu'il faut se débarrasser du monstre avant qu'il ne devienne réellement invulnérable (son intelligence progresse car, au moment de l'action du livre, il vit pour la première fois dans une ville peuplée, en l'occurrence Londres, riche et complexe au niveau des interactions humaines). Mais, en même temps, son action s'inscrit toujours dans un même scénario, ce qui rend son action prévisible à ceux qui savent vraiment réfléchir. Quand il échoue (que ce soit contre les Turcs au xve siècle dans l'Empire ottoman, ou contre Van Helsing à Londres), il se replie vers son château pour, de là, préparer une riposte. C'est ce qui permettra à Van Helsing et ses compagnons de le supprimer.

Dans le roman, il est également question d'hypnose, de transfusions sanguines et des théories de Max Nordau sur la dégénérescence sociale.

Paradoxalement, la puissance explicative de la science est remise en cause par le professeur Van Helsing lui-même: "C'est bien là le défaut de la science: elle voudrait tout expliquer; et quand il lui est impossible d'expliquer, elle déclare qu'il n'y a rien à expliquer" (p. 321) [10]

Le thème de la folie

Ce thème, repris dans de nombreuses adaptations postérieures, est central dans le roman de Stoker. L'un des personnages, le docteur Seward, est en effet le directeur d'un asile psychiatrique, en l'occurrence celui qui jouxte la demeure que Dracula a achetée en Angleterre, Carfax. Le mystère de la folie s'ajoute au mystère inhérent à la littérature fantastique et l'amplifie : l'un des patients de l'hôpital, Renfield, est également aux ordres du prince des ténèbres. Mais davantage que le spectacle de la folie, c'est la frontière entre la folie et la raison qui est ici mise en avant : Renfield a, ainsi, des éclairs de lucidité qui le placent au-dessus des autres personnages qui, eux, ne perçoivent pas le danger contre lequel le fou les met en garde. Par ailleurs, après sa mésaventure dans le château du comte, Jonathan Harker a le sentiment de basculer dans la folie ; seule la révélation de l'existence réelle des vampires le guérira de sa crainte. L'exploitation de ce thème s'inscrit dans une perspective moderniste puisque le roman de Bram Stoker est contemporain des premières études de Sigmund Freud [11].

La circulation de la parole

Chez Bram Stoker, le doublon sang/érotisme est médiatisé par un troisième terme : la parole. Si le vampire possède une telle capacité de nuisance (au moins dans le début du roman), c'est parce que les personnages ne communiquent pas. Van Helsing ne dit pas ce qu'il sait (ou soupçonne) aux victimes ou à leurs proches. Il ne leur explique pas en quoi l'usage de l'ail va permettre de juguler ce qu'il appelle la « maladie ». Ce silence est la condition de la catastrophe. Il en est symboliquement la cause.

Il y a une équivalence directe entre la circulation du sang et celle de la parole. La répression victorienne de la parole permet la circulation du sang. (Il est particulièrement frappant que Dracula soit un roman « épistolaire » : le savoir est éparpillé et sa transmission est lente.)

À partir du moment où les personnages survivants commencent à communiquer entre eux, le vampire se retrouve sur la défensive, obligé de regagner la Transylvanie. Il finit par en mourir.

Dans cette perspective, Dracula peut se lire comme une mise en évidence de la contradiction qui existe entre les exigences de la raison (l'échange du savoir, de tous les savoirs) et la morale victorienne du silence.

Dracula tire en partie sa force du mystère et de la fascination qu'il inspire. Il bénéficie initialement de la non-communication entre les victimes mais aussi de la non-communication au niveau collectif. En effet, Dracula profite du scepticisme absolu inhérent au climat positiviste de la société anglaise au XIXe siècle pour perpétrer ses activités criminelles : personne, à moins d'assister de visu à ses activités démoniaques, n'est disposé à croire en son existence de vampire. Cela force d'ailleurs ses pourchassants à agir en marge de la loi pour l'éliminer (effraction de domicile, corruption de fonctionnaires, destruction, ou plutôt contamination par une hostie, des effets personnels, décapitation de vampires, assassinat, etc.).

Résumé par chapitre

Chapitre 1

Le Chapitre I est tiré des articles du 3 mai et 5 mai du Journal de Jonathan Harker, en voyage d'affaires en Europe de l'Est, qui décrit son périple à travers l'une des régions les plus isolées de l' Europe. Il part à la rencontre d’un noble de Transylvanie, le Comte Dracula. On apprend, grâce au titre de l'article du journal de Jonathan, que ce dernier écrit depuis Bistritz ( Bistrița) (dans ce qui est aujourd'hui la Roumanie). Deux jours avant, il était à Munich ; la veille, à Vienne. À mesure qu'il s'aventure vers l'Est, le pays devient plus sauvage et moins moderne. Jonathan Harker rapporte ses observations du peuple et de la campagne, de leurs costumes et coutumes. Au vieil hôtel démodé de Bistritz où il séjourne avant la dernière étape du voyage, une lettre de Dracula l'attend. Jonathan se repose avant de partir, le lendemain, pour le col de Borgo ( col de Tihuța), où l'attendra la voiture du comte.

Le propriétaire de l'hôtel et son épouse sont visiblement affligés par les intentions de Jonathan de vouloir aller au château de Dracula. Bien qu'ils ne puissent comprendre leurs langues respectives et doivent communiquer en allemand, l'aubergiste essaye passivement d'arrêter Jonathan en feignant de ne pas comprendre ce qu'il dit. Son épouse essaye plus agressivement de dissuader Jonathan, l'avertissant que le lendemain est le jour de Saint-Georges et qu'à la veille de la Saint-Georges, à minuit, le Mal est à son apogée. Quand il insiste sur son devoir professionnel, elle lui offre son crucifix, que ce dernier refuse dans un premier temps (car il est de religion anglicane, et y voit de l' idolâtrie), avant d'accepter le présent.

Avant que Jonathan ne parte, il remarque qu'un certain nombre de paysans l'observent avec appréhension. Bien qu'il ne puisse pas comprendre beaucoup de leur discussion, il discerne des mots tels que " Satan" ["ordog"], " Sorcière" [" stregoïca"], " Enfer" ["pokol"], " Loup-garou" ["vrolok"] et " Vampire" ["vlkodlak"] (ces deux derniers termes s'inspirent visiblement des superstitions balkaniques au sujet des Vrykolakas). Les paysans se signent sur son passage et font d'étranges signes censés protéger du "mauvais œil". Sur le trajet de la diligence, ses compagnons de voyage, en apprenant où il va, le traitent avec la même sorte de sympathie préoccupée, lui donnant des cadeaux et le protégeant avec des charmes.

Le trajet se déroule dans un beau et sauvage paysage. Le cocher parvient au col de Borgo avec une heure d'avance et dans le plus mauvais allemand, il essaye alors de convaincre Jonathan que le cocher de Dracula pourrait ne pas venir ce soir et qu'il devrait poursuivre avec le reste des voyageurs jusqu'en Bucovine. À ce moment, un cocher au regard effrayant arrive sur une calèche tirée par « quatre chevaux [...] splendides, d'un noir de charbon ». Un des voyageurs murmure alors à son voisin, un vers de Leonore de Bürger (« Car les morts vont vite... » [« Denn die Toten reiten schnell... »]), que le nouveau venu entend et appuie d'un sourire étrange qui fait peur au dit voyageur qui se détourne en faisant le signe de croix. Le cocher fait alors passer les valises de Jonathan de la diligence à la calèche. La dernière partie du voyage est terrifiante. La lune, claire, est parfois obscurcie par des nuages, et des flammes bleues apparaissent dans les bois environnants. De plus, des loups suivent la diligence du jeune notaire. À plusieurs reprises, le cocher quitte la voiture, et alors les loups se rapprochent de plus en plus. Chaque fois que ce dernier revient, les loups fuient et la dernière fois que ce phénomène se produit, il semble que les loups fuient sur l'ordre du conducteur lui-même. Le chapitre se termine sur l'apparition du château de Dracula, ses remparts en ruine se coupant en dents de scie contre le ciel de nuit.

Chapitre 2

Tiré des articles du 5, 7 et 8 mai du Journal de Jonathan Harker. Jonathan est déposé au grand Château de Dracula, où il est accueilli par le Comte lui-même. Le comte est « un grand vieillard, rasé de près, si l'on excepte sa longue moustache blanche, et vêtu de noir des pieds à la tête […] mains aussi froides que de la glace, elles ressemblaient davantage aux mains d'un mort qu'à celles d'un vivant. [...] elles étaient grossières : larges, avec des doigts courts et gros. […] le milieu des paumes était couvert de poils. Toutefois, les ongles étaient longs et fins, taillés en pointes ». Dracula montre sa chambre à Jonathan avant de le conduire à une salle à manger où l'attend un excellent dîner, auquel le Comte ne touche pas. Jonathan observe soigneusement son hôte : « […] nez aquilin lui donnait véritablement un profil d'aigle : le front haut, bombé, les cheveux rares aux tempes mais abondants sur le reste de la tête ; des sourcils broussailleux se rejoignant presque au-dessus du nez, et leurs poils, tant ils étaient long et touffus donnaient l'impression de boucler. La bouche [..] avait une expression cruelle, et les dents, éclatantes de blancheur, étaient particulièrement pointues ; elles avançaient au-dessus des lèvres dont le rouge vif annonçait une vitalité extraordinaire chez un homme de cet âge. Mais les oreilles étaient pâles, et vers le haut se terminaient en pointe ; le menton, large, annonçait, lui aussi, de la force, et les joues, quoique creuses, étaient fermes. Une pâleur étonnante [...] ». À un moment, le comte se penche vers le clerc anglais et le touche, lui provoquant un haut-le-cœur.

Dracula prend plaisir à écouter les hurlements des loups retentissant dans la vallée. Les deux hommes sont toujours éveillés à la venue de l'aube, quand Dracula prend congé et dit à Jonathan de bien dormir et aussi longtemps qu'il le souhaite, vu que le comte doit s'absenter jusque tard dans l'après-midi. Jonathan dort jusqu'à très tard dans la journée, se réveillant en début de soirée pour prendre son petit déjeuner. Un repas complet l'attend dans la salle à manger. Dracula est introuvable, mais une note dit à Jonathan de finir de petit-déjeuner et d'attendre le retour du Comte. La demeure semble avoir des défauts particuliers : il n'y a aucun domestique, bien que les extraordinaires meubles et le service de table montrent que le Comte est incroyablement riche. Il n'y a aussi aucun miroir nulle part. Jonathan erre dans une énorme bibliothèque, où il trouve beaucoup de livres en anglais, « traitant des sujets les plus divers : histoire, géographie, politique, économie politique, botanique, géologie, droit ». Le comte le trouve là et l'assaille de questions relatives à l' Angleterre. Il désire aussi parler avec Jonathan pour qu'il puisse améliorer son anglais, qu'il a appris jusqu'ici seulement à travers les livres ; son désir est de n'être rien moins qu'à l'aise pour pouvoir se fondre parmi les Anglais. Le comte l’autorise à vagabonder dans le château où bon lui semble, mais lui interdit les pièces fermées à clef dont il lui dit qu'il n'aurait pas envie d'y pénétrer. À travers la société pour laquelle Jonathan travaille, le comte planifie d'acheter un grand domaine anglais appelé Carfax. Carfax est une gigantesque demeure, semblable au château, construite de lourdes pierres sur un grand terrain. Elle est aussi proche d'un « hospice pour aliénés » ; bien que Jonathan, comme tout bon homme d'affaires qui se respecte, indique que l'hospice n'est pas visible de la maison. Les deux hommes s'entretiennent derechef lors du dîner, le comte ne se sustentant toujours pas. Après quoi les deux hommes continuent à parler, Dracula lui posant d'innombrables questions sur l' Angleterre, jusqu'à ce qu'une fois de plus, l'aube se montre et le comte mette fin à la discussion et prenne congé. Jonathan se retire dans sa chambre, dort seulement quelques heures, puis constate l'absence de tout miroir dans la pièce, voire dans le château. L'Anglais utilise donc son propre petit miroir afin de se raser, sans entendre Dracula s'approcher derrière lui. Surpris par la présence du comte, Jonathan se coupe avec son rasoir puis constate que le miroir ne reflète pas l'image de son hôte. En voyant le sang couler de la coupure, le comte surexcité saisit brusquement Jonathan à la gorge mais se ressaisit sur-le-champ lorsque sa main touche les perles du crucifix du jeune Anglais. Dracula avertit alors le jeune homme qu'il est dangereux de se couper avant de jeter le miroir par la fenêtre.

Jonathan se rend à la salle à manger où le petit déjeuner l'attend. Le comte est absent. Jonathan erre autour du château et il apprend que le château est construit sur le « rebord même d'un précipice impressionnant ». Sur le côté sud, l'à-pic est d'au moins mille pieds. Continuant à errer, Jonathan se rend compte que toutes les sorties du château ont été verrouillées et qu'il est prisonnier.

Chapitre 3

Tiré des articles du 8, 12, 15 et 16 mai du Journal de Jonathan Harker. Quand Jonathan se rend compte qu'il est pris au piège, il est enfin en mesure de réaliser le danger qui pèse sur lui. Il décide de ne rien dire au comte, qui en est manifestement responsable, mais il l'espionne tandis qu'il fait le lit et met la table pour le dîner. Ses soupçons quant à l'absence de tout domestique sont confirmés et Jonathan se demande si le cocher n'était pas aussi le comte Dracula déguisé. Il craint son pouvoir de se faire obéir des loups et les cadeaux des paysans (« la petite croix (le crucifix)), la gousse d' ail, la rose sauvage séchée et la cendre de montagne ("mountain ash" qui d'ailleurs ne fut pas traduit dans la version française) font naître en lui une petite sensation de réconfort.

Cette nuit-là, Dracula retrace l'histoire du pays et de la famille Dracula, les histoires de guerres et de batailles contre les Turcs, avec le peuple de Transylvanie uni sous un des ancêtres de Dracula.

Couverture de Dracula, édition anglaise de 1901.
Jonathan Harker aperçoit le comte ramper le long du mur du château.

Plus tard, le comte interroge Jonathan au sujet de la conduite de l'affaire en Angleterre, en particulier sur la manière dont il pourrait s'y prendre pour transporter des marchandises entre la Transylvanie et Carfax. Il dit à Jonathan qu'il devrait rester au château pendant un autre mois pour aider le comte à s'occuper de ses intérêts d'affaires et bien que Jonathan soit terrifié à la pensée de ce mois supplémentaire, il se rend compte qu'il doit se soumettre. Non seulement est-il un prisonnier, mais de plus il estime toujours qu'il en va de l'intérêt de son employeur, Peter Hawkins. Le comte se permet aussi de censurer les lettres de Jonathan, qui ne doit parler que d'affaires. Jonathan décide d'écrire sur le papier fourni pour l'instant, mais écrira plus tard des lettres pleines de secrets à sa fiancée, Mina (en sténographie), et à son patron. Il tente aussi de trouver un moyen d'envoyer des lettres secrètement. Au moment où le comte prend congé, Jonathan se met à fouiner dans la correspondance du comte et découvre qu’il correspond avec « Samuel F. Bellington, no 7, The Crescent, Whitby ; Herr Leutner, Varna ; Coutts & C°., Londres ; et Herren Klopstock & Billreuth, banquiers à Budapest ». Avant qu'il puisse découvrir quoi que ce soit, le comte revient et lui conseille de ne jamais s'endormir dans aucune autre pièce ou chambre que ses propres appartements. Cette nuit-là, en regardant en bas du vaste espace ouvert sur le côté sud du château, Jonathan voit le comte ramper le long du mur, la tête en bas.

Une nuit plus tard, il observe que le comte quitte le château par cette voie. Il profite de l'opportunité pour explorer l'endroit, poussant son chemin jusqu'à une porte tombée de ses gonds. Il découvre une aile du château vaste et inexplorée, tombant en ruine et pleine de meubles mangés aux mites et délabrés. Ne tenant pas compte de l'avertissement du comte, il s'y endort et fait un rêve, qui ne peut pas être un simple rêve, de trois belles femmes qui entrent dans la chambre et discutent de qui allait l'« embrasser » la première. Jonathan est simultanément rempli de crainte et de désir et ne bouge pas, mais continue à observer les femmes, les yeux mi-clos. L'une d'elles se penche sur lui et commence à le mordre au cou, quand le comte apparaît tout à coup et les repousse. Outragé (ou indigné - cela reste confus), le comte déclare que Harker lui appartenait mais leur promet aussi qu'elles pourront l'avoir une fois qu'il en aura terminé avec lui ; puis il leur donne un petit sac qui gémit comme si un enfant était à l'intérieur. Horrifié, Jonathan perd connaissance.

Chapitre 4 à 27 et épilogue [12]

L'Invité de Dracula

Article détaillé : L'Invité de Dracula.

Ce texte (Dracula's Guest), non repris dans l'édition originale, n'a été publié avec le reste du roman qu'en 1914, après la mort de Bram Stoker. Il était censé constituer le premier chapitre du livre. Il raconte la première étape du voyage de Jonathan Harker vers la Transylvanie, à Munich et dans ses environs, lors de la nuit de Walpurgis. Il fait alors sa première rencontre avec le surnaturel.

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