Déflation

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Ne doit pas être confondu avec désinflation.
La déflation est un gain de pouvoir d'achat de la monnaie qui se traduit par une baisse durable du niveau général des prix.

La déflation est un gain de pouvoir d'achat de la monnaie qui se traduit par une baisse durable du niveau général des prix. Ce phénomène ne doit pas être confondu avec la désinflation qui est un ralentissement de l'inflation, soit une diminution du taux d'inflation. Sans mention explicite, il ne s'agit pas de la baisse du prix d'un bien ou même des prix d'un secteur d'activité, mais du niveau moyen de l'ensemble des prix [1]. On parle néanmoins de déflation sectorielle, pour les prix d'un secteur particulier (par exemple, le secteur informatique a connu au cours des années 1990 et 2000 une déflation sectorielle [2]). La déflation n'est pas une symétrie négative de l'inflation, car les processus et les conséquences qu'elle implique sont différents. Cette dernière prend trois formes : monétaire (réduction des moyens de paiement en circulation), financière (contraction du crédit), réelle (diminution de la production) [3]. La déflation est une conséquence normale de l'évolution des structures économiques quand les marchés sont saturés ou à la suite d' innovations qui permettent des gains de productivité. D'un point de vue historique la déflation a pu être régulatrice (comme au e siècle), voire volontaire comme dans les années 1920 et 1930, avant que cette politique soit dénoncée comme dangereuse [1]. La déflation est encore aujourd'hui considérée comme un risque à éviter par les Banques centrales [4].

Histoire

Des épisodes de déflations avant le e siècle.

À partir du milieu du e siècle les métaux précieux, étalons des monnaies européennes de l'époque, viennent à manquer au moment où l'engouement pour les épices d' Asie provoque une sortie d'or. Les ateliers de fabrications de monnaie ferment les uns après les autres, les marchandises ne se vendent plus. Entre 1400 et 1500, les prix en Europe baissent de 25 à 50 %. Au milieu du e siècle, l'or d' Amérique latine met fin à la pénurie et relance l'inflation [5].

La déflation régulatrice au e siècle.

Les déflations du e siècle ont pour contexte économique un système capitaliste purement concurrentiel. Durant ce siècle, phases d'expansion et de dépression s'enchaînent, ces dernières permettant de rétablir les conditions de la reprise économique. Hausses et baisses des prix suivent ces mouvements, tandis que la crise et les marchés concurrentiels régulent l'économie. Bernard Rosier et Pierre Dockès qualifient ce phénomène de cycle classique [6]. Le e siècle voit s'enchaîner deux cycles classiques.

Cycles classiques des prix.

Un premier cycle long débute au début du siècle et diverses phases de dépression ont lieu de 1816 à 1848. Les prix baissent dans la plupart des grands pays industrialisés durant cette période. De 1819 à 1821 le gouvernement britannique, après le coût des guerres napoléoniennes, décide de revenir à l' étalon-or en quatre ans. La banque d'Angleterre serre donc la vis monétaire et l'offre de monnaie est réduite de 17 %. Cela va provoquer une importante chute des prix. La convertibilité est rétablie en 1821. De 1839 à 1843 aux États-Unis plusieurs États du Sud, producteurs de coton, empruntent d'importantes sommes d'argent aux banques. En parallèle, celles-ci spéculent sur le prix du coton. En 1839, le Royaume-Uni, leur principal débouché, réduit ses importations, provoquant un effondrement des cours. Les producteurs n'étant plus en mesure de rembourser leurs emprunts, les banques se retrouvent alors en crise et suspendent les paiements en espèces. Un quart va faire faillite. La déflation s'installe alors dans le pays, avec des prix baissant de 40 % en quatre ans [5]. Alors que les prix baissent, les salaires nominaux baissent encore plus ce qui entraine une diminution des débouchés pour les entreprises.

Un deuxième cycle long caractérise la seconde moitié du e siècle avec un essor de 1850 à 1873, puis la Grande Dépression de 1873 à 1896. Le dernier tiers du e siècle est marqué par une longue période de déflation des prix à la consommation dans les pays développés. De 1873 à 1896 au Royaume-Uni, de 1875 à 1906 en France, de 1865 à 1906 aux États-Unis. Après 1850, l'essor s'appuie sur le développement du chemin de fer, de la métallurgie et de la construction mécanique. Cette phase s'accompagne d'une modeste hausse des prix. La conjoncture se retourne avec la crise de 1973. Les prix baissent fortement et d'autres crises moins importantes caractérisent la période : 1882 en France et 1890 en Grande-Bretagne.

Au e siècle, la déflation exprime un excès de l'offre par rapport à la demande. Ceci entraîne une diminution de la valeur globale de l'offre, en quantité et en prix. Les entreprises en difficulté baissent leur prix et leur production ce qui approfondit la crise. Les salaires nominaux baissent, empêchant toute reprise émanant d'une augmentation de la consommation des salariés. Dans le même mouvement, quantité de monnaie et crédit s'ajustent à la baisse. Cette guerre des prix provoque de graves conséquences économiques et sociales. La gravité du phénomène réside dans le caractère exogène de sa fin. En effet il faut un événement extérieur pour sortir de la déflation : intervention de l’État, lutte sociale, guerre etc [3].

La déflation volontaire dans les années 1920 et 1930.

Dans les années 1920 certains pays mènent des politiques de déflation volontaire. L'objectif de telles politiques est de réduire les prix et les coûts de production afin de maintenir ou de rétablir la parité or de la monnaie. La baisse des prix entraine une réduction de la masse monétaire, donc la valeur de chaque unité monétaire exprimée en or augmente. Cette politique cherche à faire baisser les prix et les salaires de manière autoritaire, au risque de déclencher une spirale déflationniste.

Le chancelier Heinrich Brüning.

La Grande-Bretagne mène dans les années 1920 une politique de déflation. Cette dernière s'avère coûteuse en termes de croissance et de chômage. L'objectif de cette politique est de rétablir l'ancienne parité or de la livre sterling, à la suite du rapport Cunliffe de 1918, du nouveau gouverneur de l'époque de la Banque d'Angleterre. Pour cela le gouvernement mène une politique de rigueur budgétaire et monétaire. La politique est un succès puisque la livre redevient convertible en or à la parité 4,86 dollars en mai 1925. Mais ce succès a un coût, puisque dans le même temps les exportations britanniques baissent (en 1929 elles sont de 20 % inférieures au niveau de 1913), la croissance économique stagne et le chômage reste à un niveau élevé, supérieur à 8 %. Cette politique s'achève en 1931 avec la dévaluation de la livre sterling [7].

En 1930, en Allemagne, le chancelier Heinrich Brüning mène une politique de déflation visant à "ramener les salaires, les traitements et le prix de la vie au niveau de 1913". Concrètement cette politique se traduit par une baisse de 10 % des traitements des fonctionnaires, une baisse de 6 % de tous les salaires et une réduction des prestations sociales ainsi que de l'allocation chômage [1].

En 1935, en France, le chef du gouvernement Pierre Laval mène une politique d'austérité drastique aux objectifs déflationnistes, mais cette politique échoue à faire sortir le pays de la crise. Entre 1930 et 1935, les prix à la consommation baissent de 35 à 40% [8].

La grande déflation de 1929.

La crise de 1929 provoque une déflation importante aux États-Unis jusqu'en 1933 (ligne rouge).

La crise de 1929 éclate à la bourse de New York le jeudi 24 octobre. Elle donne un coup d'arrêt à un important mouvement de hausse spéculative sur les marchés financiers et immobiliers, qui dure depuis le début des années 1920. La dépression qui suit le krach boursier dure jusqu'en 1933. Celle-ci se répand aux autres économies capitalistes par le biais du commerce international et des mouvements de capitaux. Le secteur bancaire connait de nombreuses faillites. Entre décembre 1929 et mars 1933, les prix baissent de 27 % aux États-Unis [9]. Ce net recul s'accompagne d'un effondrement de la demande et de l'activité. L'emploi baisse de 16 % en trois ans et l'ensemble des salaires versés subit un recul de plus de 40 %, créant dans le pays une situation sociale difficile. Les prix des produits agricoles sont divisés par deux en quatre ans. En France les prix des biens de consommation baissent d'environ 25 % en quatre ans. On observe à l'époque un développement du protectionnisme, et la majeure partie des économies industrialisées sont en déflation.

La déflation qui suit la crise de 1929 a de profondes causes monétaires. Avant la crise, la création monétaire trop importante alimente un mouvement de spéculation généralisée et une euphorie aveuglante. Cette création ne se traduit pas en inflation réelle, car les sphères réelles et financières sont déconnectées. Après la crise, les défauts sur les crédits, les faillites bancaires et les politiques monétaires restrictives et procycliques entrainent une destruction importante de monnaie, source de la déflation. La contraction du crédit entraîne celle de l'économie réelle, ce qui provoque la chute des prix [3].

La déflation japonaise à partir des années 1990.

Le Japon entre dans une déflation rampante à partir du début des années 1990.

Le Japon entre dans une déflation rampante à partir du début des années 1990. Précisément, le Japon est en désinflation entre 1990 et 1995 puis réellement en déflation en 1996/1997. À partir de là, l'économie japonaise ne connaît que de brefs et légers épisodes d'inflation, jusqu'au moins le milieu des années 2010 [10]

Cette situation trouve son origine dans le krach boursier de 1990 au Japon. De 1985 à 1988 le yen s'apprécie, ce qui provoque des faillites et l'apparition de créances douteuses dans le bilan des banques. Dans le même temps gonfle un important mouvement de spéculation boursière et immobilière. Pour faire face à la chute de la valeur des actifs, ménages et entreprises compriment leurs dépenses dans le but de se désendetter. Sauf que ce mouvement généralisé de désendettement contribue à accentuer la baisse de valeur des actifs, et dans le même temps entraine la baisse des prix.

Pour faire face à cette situation, la Banque du Japon (BoJ) abaisse ses taux directeurs pendant toute la décennie 1990, sans succès. Par la suite la BoJ met en place une politique monétaire non conventionnelle, en augmentant sa base monétaire via un assouplissement quantitatif (quantitative easing). Cette politique qui consiste à inonder les marchés financiers de liquidités a un impact limité, dans la mesure où elle ne se traduit pas par une augmentation du volume de crédit à l'économie réelle. Parallèlement le gouvernement mène des politiques de relance budgétaire, et si en effet la croissance reste positive elle l'est à un rythme bien inférieur à celui de la décennie 1980, et ce au prix d'un lourd endettement public [11], [12].

Les déflations en liens avec la crise de 2008.

En 2008 et 2009, en Irlande, les banques sont emportées par la crise financière et la bulle immobilière éclate. Face à la crise, le gouvernement décide alors une baisse des salaires dans la fonction publique et la réduction des prestations sociales. Le secteur privé réduit également ses coûts salariaux. Cela provoque une baisse de l'activité économique et une baisse des prix pendant 18 mois [5].

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