Cunéiforme

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Cunéiforme
Image illustrative de l'article Cunéiforme
Caractéristiques
Type Logogrammes et phonogrammes
Langue(s) Sumérien, akkadien ( babylonien et assyrien), élamite, éblaïte, hittite, hourrite, urartéen
Historique
Époque Du IVe millénaire IVe millénaire av. J.‑C. au e siècle (?)
Système(s) dérivé(s) Alphabet ougaritique, Vieux-persan cunéiforme
Codage
Unicode U+12000 to U+1236E (cunéiforme suméro-akkadien)
U+12400 to U+12473 (Nombres)
ISO 15924 Xsux (cunéiforme suméro-akkadien)

L’écriture cunéiforme est un système d' écriture mis au point en Basse Mésopotamie entre 3400 et 3200 av. J.-C., qui s'est par la suite répandu dans tout le Proche-Orient ancien, avant de disparaître dans les premiers siècles de l' ère chrétienne. Au départ pictographique et linéaire, la graphie de cette écriture a progressivement évolué vers des signes constitués de traits terminés en forme de « coins » ou « clous » (latin cuneus), auxquels elle doit son nom, « cunéiforme », qui lui a été donné aux XVIIIe et XIXe siècles. Cette écriture se pratique par incision à l'aide d'un calame sur des tablettes d'argile, ou sur une grande variété d'autres supports.

Les conditions d'élaboration de cette forme d'écriture, qui est la plus vieille connue avec les hiéroglyphes égyptiens, sont encore obscures. Quoi qu'il en soit, elle dispose vite de traits caractéristiques qu'elle ne perd jamais au cours de son histoire. Le système cunéiforme est constitué de plusieurs centaines de signes pouvant avoir plusieurs valeurs. Ils sont en général des signes phonétiques ( phonogrammes), transcrivant uniquement un son, plus précisément une syllabe. Mais une autre catégorie importante de signes sont les logogrammes (souvent désignés comme des idéogrammes), qui représentent avant tout une chose et ne renvoient que secondairement à un son. D'autres types de signes complémentaires existent (signes numériques, compléments phonétiques et déterminatifs).

À partir de son foyer sud-mésopotamien où vivait le peuple qui en est probablement le créateur, les Sumériens, le système d'écriture cunéiforme est adapté dans d'autres langues, à commencer par l' akkadien parlé en Mésopotamie, puis des langues d'autres peuples du Proche-Orient ancien ( élamite, hittite, hourrite entre autres), et il est le système dominant dans ces régions pendant tout le IIe millénaire av. J.-C. La graphie cunéiforme est parfois adaptée à des systèmes d'écriture obéissant à des principes différents de l'original : l' alphabet dans le Levant de la seconde moitié du IIe millénaire av. J.-C., et un syllabaire dans la Perse de la seconde moitié du Ier millénaire av. J.-C. L'écriture cunéiforme décline lentement par la suite, avant de se replier sur son foyer de Mésopotamie méridionale où elle disparaît aux débuts de l'ère chrétienne.

Le cunéiforme a été un élément marquant des cultures du Proche-Orient ancien qui ont développé un rapport à l'écrit et des littératures à partir de ce système. Sa redécouverte à l' époque moderne, son déchiffrement au XIXe siècle et la traduction des textes qu'il notait ont donné naissance aux disciplines spécialisées dans l'étude des civilisations du Proche-Orient ancien, à commencer par l' assyriologie, et ainsi permis de mettre en lumière les accomplissements de ces civilisations jusqu'alors oubliées. L'étude des types de textes et des pratiques d'écriture a également mis en évidence l'existence d'une « culture cunéiforme » commune aux peuples ayant utilisé cette écriture, fortement marquée par l'empreinte mésopotamienne.

La nature des sources : tablettes d'argile et autres supports

La Mésopotamie étant une région pauvre en matériaux, ses habitants n'avaient pas un vaste choix d'instruments utilisables pour écrire. C'est l' argile et le roseau qui devinrent les matériaux privilégiés de l'écriture, car ils sont abondants dans le sud où les locaux avaient l'habitude de les utiliser énormément, surtout pour des constructions (briques en argile, maisons en roseau) et des contenants (poterie, vannerie) [1].

À partir de l'argile, on confectionnait une tablette ( sumérien dug, akkadien ṭuppu(m) [note 1]). L'argile était généralement aisément accessible, peu coûteuse, mais il fallait qu'elle soit d'une bonne qualité et dégagée de ses impuretés. La taille des tablettes devait être pensée en fonction de la longueur du texte que l'on voulait écrire. Il s'en trouve donc de taille et de forme variées, le plus souvent rectangulaire. Les plus petites mesurent quelques centimètres, les plus grandes ont des côtés tournant autour de 40 centimètres. On écrivait les signes dessus, avant de les faire sécher au soleil pour les durcir ou, mieux, de les cuire pour obtenir une meilleure solidité (l'argile cuite étant très difficile à casser). Les tablettes déjà utilisées, mais qui n'avaient plus à être conservées étaient recyclées. On les remodelait en effaçant les inscriptions antérieures puis on les réutilisait (ce qui n'était pas possible si elles étaient cuites). De ce fait, un site livre généralement des archives datant de quelques années avant la destruction ou l'abandon, mais pas plus, puisque les tablettes plus anciennes ont été réutilisées. De plus, seules les tablettes qui ont été cuites nous sont parvenues, car l'argile crue se dégrade au fil du temps. Souvent, la cuisson des tablettes conservées est due au fait que le site a été ravagé par un incendie accidentel ou provoqué. L'argile pouvait également servir à confectionner des supports d'écriture autres que des tablettes, de formes diverses : certaines inscriptions étaient faites sur des cônes, des clous, des cylindres, des prismes en argile, des briques (qui pouvaient être glaçurées aux périodes tardives) ou encore des maquettes de foie servant pour la divination [2].

Dessin d'un calame avec une section circulaire, et une section triangulaire sur les trois quarts de sa longueur
Dessin d'un calame de roseau à extrémité triangulaire plate.

L'instrument utilisé pour écrire sur l'argile est le calame ( sumérien gi-dub-ba, akkadien qan ṭuppi(m), littéralement « roseau de/pour tablette »), un morceau de roseau (parfois d' os, d' ivoire, de bois ou de métal) surtout pointu ou arrondi au départ, puis avec une forme triangulaire plate ou en biseau par la suite [3]. L'incision de cet instrument dans l'argile fraîche rend difficile l'opération consistant à tracer des lignes et des courbes et incitant à inscrire des segments courts, ce qui a donné aux écritures mésopotamiennes leur aspect cunéiforme : on plante d'abord la pointe, ce qui donne la forme d'un clou, puis on trace généralement un trait après (certains signes étant composés de clous simples). En sumérien, on parle de « triangle » (santag), ou encore de « coin » (kak ou gag, tikip santakki(m) en akkadien) [4]. L'incision de signes sur un support malléable donne finalement une écriture non pas plate comme celle qui allie l'encre et le papier, mais en relief, et les signes doivent être lus avec un éclairage qui permette de repérer toutes les incisions sans quoi ils peuvent être mal interprétés [5].

Les tablettes d'argile pouvaient porter d'autres inscriptions que des signes cunéiformes. Pour authentifier les actes juridiques, il était courant d'y appliquer l'empreinte de sceaux ou de sceaux-cylindres, comportant parfois des inscriptions en cunéiforme indiquant l'identité de leur propriétaire. L'authentification pouvait aussi passer par la marque d'un ongle ou de la frange d'un vêtement dans l'argile. Les tablettes pouvaient aussi être enfermées dans des enveloppes en argile comportant une copie du texte de la tablette. Cette pratique concernait les contrats, permettant de vérifier que le texte de la copie n'avait pas été altéré, en protégeant l'original. Au-delà de la sphère juridique, les tablettes de textes plus techniques pouvaient porter des plans, cartes, représentations du ciel, d'autres fois des trous pour les suspendre (dans le cas de textes littéraires), des traces de peinture ou d'encre, notamment pour écrire dans une autre langue ( araméen) [6].

D'autres matériaux pouvaient servir de supports pour des inscriptions cunéiformes. Certains textes étaient rédigés sur des surfaces en cire supportées par des tablettes en bois ou en ivoire ; seul ce dernier matériau a résisté aux assauts du temps ; on a trouvé des tablettes d'ivoire notamment à Kalkhu où elles pouvaient être reliées pour former une sorte de polyptyque, et elles sont mentionnées en pays hittite (où elles ont peut-être été écrites en hiéroglyphes hittites). Les inscriptions sur pierres sont mieux connues, que ce soient des objets votifs (sculptures surtout), des tablettes et briques de fondation, des stèles ou des rochers naturels. Des objets en métal étaient également gravés, là encore surtout des objets votifs (statues, vases), mais aussi des tablettes. Les supports en pierre ou en métal avaient pour but de solenniser le message et d'assurer qu'il persiste à travers le temps [7]. Il fallait dans ces deux cas travailler la matière avec une pointe en fer. Il s'agit donc de gravures, réalisées par des artisans (notamment les lapicides, spécialistes de la gravure [8]) dont on ne sait pas s'ils comprenaient le cunéiforme. Ils recopiaient le texte à partir d'un brouillon rédigé par un scribe et qui avait sans doute été contrôlé par le commanditaire, le roi en particulier [9].

Exemples de supports de l'écriture cunéiforme.
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