Coup de glotte

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Coup de glotte
Symbole APIʔ
Numéro API113
UnicodeU+0294

X-SAMPA?
Kirshenbaum?

Le coup de glotte ou consonne occlusive glottale est une consonne dont la description en phonétique articulatoire est l'occlusive glottale sourde, notée [ʔ] en alphabet phonétique international, ‹ ʾ › dans la transcription traditionnelle des langues sémitiques et ‹ ‘ › dans l'alphabet hawaïen (signe nommé ‘okina) et la plupart des autres langues polynésiennes. C'est parfois une apostrophe ‹ ʼ › qui est employé à la place de ces deux derniers signes.

Dans l'écriture

La consonne [ʔ] est la première dans l'ordre alphabétique dit « levantin » (dans lequel on commence par ʾ ou a, b, g ou c, d, etc.) de nombreuses écritures sémitiques (alphabet arabe, alphabet hébreu, alphabet phénicien etc). Dans les alphabets occidentaux, cette première place est occupée par la lettre qui note /a/.

Le premier alphabet qui utilise l'ordre levantin, ancêtre pour le principe mais non pour le tracé des lettres de tous les autres alphabets qui utilisent un tel ordre (en gros ceux descendant de l'alphabet phénicien : alphabet grec, d'où alphabet étrusque, alphabet latin, alphabet cyrillique, alphabet gotique et alphabet copte ; alphabet araméen d'où alphabet hébreu, alphabet syriaque, alphabet arabe, etc.) est l'alphabet ougaritique, qui est une écriture cunéiforme.

Dans cet alphabet (en fait un abjad, seules les consonnes étant notées), dont on possède plusieurs tablettes abécédaires (qui donnent les graphèmes dans un ordre établi ; une tablette de 1955 trouvée à Ougarit donne même, bien qu'incomplètement, l'équivalent en akkadien, modèle de l'ougaritique), la première lettre est un coup de glotte (maintenant noté ʾ). L'alphabet ougaritique n'étant cependant pas capable de représenter la consonne ʾ seule, la première lettre est ʾa et non ʾ (d'où les signes additionnels ajoutés en fin d'alphabet pour ʾi et ʾu). D'après John Healey (cf. bibliographie), ʾa, ʾi et ʾu pouvaient même servir à noter parfois , et , plus rarement de pures voyelles.

Les Phéniciens, reprenant cet ordre dans leur alphabet (autre abjad qui dérive pour le tracé des lettres d'un modèle mal attesté nommé proto-sinaïtique, lequel provient apparemment d'une simplification du tracé de certains hiéroglyphes), ont placé aussi en tête d'alphabet la consonne ʾ en se débarrassant de la notation syllabique (d'où la disparition de ʾi et ʾu). Cette lettre, évoluant de diverses manières, est restée la première des écritures sémitiques : א en hébreu, ا en arabe (le rôle de cette lettre a cependant changé au cours des siècles : le coup de glotte est maintenant noté par ء, hamza), ܐ en syriaque, etc.

Or, les Grecs, en créant leur alphabet à partir des lettres phéniciennes, ne pouvaient se contenter d'un abjad (en effet, s'il est possible d'écrire les langues sémitiques sans les voyelles parce que la grammaire de ces langues permet assez facilement de les restituer, c'est presque impossible pour les langues indo-européennes). Ils ont donc utilisé les consonnes surnuméraires du phénicien, dont le coup de glotte, absent du grec, pour leurs voyelles. C'est ainsi que la première lettre phénicienne est devenue un Α en grec, notant /a/. Cette dernière valeur s'est transmise à tous les alphabets dérivés (et notamment l'alphabet étrusque eg puis l'alphabet latin), ce qui explique pourquoi les alphabets sémitiques débutent par ʾ tandis que c'est un /a/ pour les alphabets européens.

Cette lettre pour /a/ est appelée ἄλφα [alpʰa] en grec. Ce nom, qui ne désigne rien dans cette langue, est directement emprunté aux langues sémitiques, qui nommaient la lettre d'après le tracé pictographique à l'origine de l'œil proto-sinaïtique puis phénicien, par principe acronymique (on ne garde que le premier son du mot noté, comme si on utilisait o pour le son /r/ de « rond »). À l'origine, cette lettre représentait une tête de bœuf, qui se disait ʾalpu dans le modèle emprunté par les Grecs (selon John F. Healey), ʾalf (selon Theodor Nöldeke), ou ʾālef (selon Pierre Swiggers). Le nom en hébreu massorétique est ʾā́lep̄, celui de l'arabe ʾalif.

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