Contrepèterie

La contrepèterie ou abusivement le contrepet est un jeu de mots consistant à permuter certains phonèmes, lettres ou syllabes d'une phrase afin d'en obtenir une nouvelle, présentant souvent un sens indécent masqué par l'apparente innocence de la phrase initiale. Jusqu'au début du XXe siècle, les termes antistrophe et équivoque étaient également employés comme synonymes. Joël Martin se plaît à définir le contrepet comme « l'art de décaler les sons que débite notre bouche », cette définition étant elle-même une contrepèterie (« L'art de dessaler les cons que débouche notre bite ») [1].

Afin de distinguer la contrepèterie d'autres jeux sur les mots, tels que l'anagramme, l'usage la définit formellement comme une permutation des lettres ou des sons obtenue par produit de transpositions à supports disjoints. Ceci exclut notamment « Le groupe affine » de la classe des contrepèteries (on obtient « Le gouffre à pines » à partir d'un 3-cycle).

Exemple : « Le tailleur est submergé sous les amas de patentes » [2] devient, en permutant les sons [p] et [m] : « Le tailleur est submergé sous les appas de ma tante ».

L'usage veut qu'on ne donne jamais la solution d'une contrepèterie, chacun devant la trouver lui-même. On dit qu'il faut être trois pour apprécier une contrepèterie : celui qui l'énonce, celui qui la comprend, et celui qui ne la comprend pas [3].

Notons bien que c'est le son et non l'orthographe qui compte, et cette correspondance phonétique doit être stricte. Ainsi, la confusion entre les phonèmes /ʒ/ et /g/ rend douteuse la phrase « ne pas connaître d'orgie sous un tel marasme » (Ne pas connaître d'orgasme sous un tel mari) [4]. De même, des cas tels que « J'ai une engelure qui m'empêche de fuir ! » [4] restent exceptionnels. Et l'on ne saurait admettre « Le ministre des finances trouve toutes les baisses faisables », épinglée (mais publiée) par Le Canard enchaîné, ni une autre qui lui a échappé : « On voyait la ribaude de la tente aux festons » puisque « teston » en ancien français n'a jamais été confondu avec « téton ».

Le journal Le Canard enchaîné est célèbre pour sa sélection hebdomadaire de contrepèteries dans la rubrique intitulée Sur l'Album de la Comtesse. Créée par Yvan Audouard en 1951, elle fut notamment reprise par Henri Monier à partir de 1955, puis par Luc Étienne à partir de 1957 et enfin par Joël Martin depuis 1984 [5].

Une librairie nommée « Le Verger des Muses » (« Le musée des verges »), à Bourg-la-Reine.

Historique

XVIe siècle

Qui pouvait bien être à l'origine d'un tel procédé si ce n'est l'illustre François Rabelais ? Ainsi paraissent en 1532 avec son Pantagruel les deux premiers exemples connus du genre : la célèbre « folle à la messe » (molle à la fesse) [6] ainsi que l'équivoque sur « À Beaumont-le-Vicomte » (à beau con le vit monte) [7].

Quarante ans plus tard, en 1572, le Dijonnais Étienne Tabourot, alias Seigneur des Accords, publie les Bigarrures, premier ouvrage comportant un article traitant exclusivement du sujet. On y retrouve la première référence au terme « contrepéterie », jusque-là désignée par les appellations « antistrophe » ou «  équivoque » [8].

XXe siècle

On ne retrouve plus de trace écrite évoquant le contrepet pendant plusieurs siècles jusqu'à la parution confidentielle du Trésor des équivoques, antistrophes et contrepéteries de Jacques Oncial en 1909, premier traité lui étant intégralement consacré. Citons également la publication en 1924 de T.S.V.P., recueil de plaisanteries relevées par J.-W. Bienstock et Curnonsky dont l'édition hors commerce comporte un chapitre supplémentaire intitulé « Le Petit Jeu badin des contrepetteries », recensant quelques dizaines de contrepèteries [9].

C'est en 1934 que paraît un des piliers de la littérature contrapétique : La Redoute des contrepèteries. Louis Perceau y a compilé et trié des centaines de contrepèteries succulentes issues de la tradition orale ainsi que de sa propre composition. C'est dans cet ouvrage que l'on peut retrouver nombre de classiques tels que « Les nouilles cuisent au jus de canne », qui ouvre le bal en fanfare. En 1951, l'hebdomadaire Le Canard enchaîné contribue activement à la popularité de la contrepèterie grâce à Yvan Audouard qui y crée la première — et à ce jour unique — plaisante rubrique [10] lui étant spécifiquement consacrée : Sur l'Album de la Comtesse.

Il fallut attendre 1957 pour voir paraître la seconde œuvre majeure du genre : L'art du contrepet de Luc Étienne, affublée du sous-titre « Petit Traité à l'usage des Amateurs pour résoudre les Contrepèteries proposées et en inventer de nouvelles ». En plus d'introduire le terme de contrepet, cet ouvrage lui donnera réellement ses lettres de noblesse en proposant une étude méthodique et pertinente, outre quelques centaines d'exemples inédits. Cette publication valut aussitôt à son auteur la reconnaissance de ses pairs, concrétisée par son intronisation immédiate comme « Comtesse du Canard » jusqu'à son décès en 1984.

Depuis les années 1970 nombre d'auteurs sont venus enrichir cette littérature. Citons notamment le dessinateur Jean Pouzet ou encore Jacques Antel, fidèle bras droit de la Comtesse. À la mort de Luc Étienne, la relève est alors assurée (et encore à ce jour) par un autre de ses disciples : Joël Martin. Stakhanoviste du contrepet — auteur de dizaines de milliers —, il fit entrer cet art dans l'ère industrielle en doublant, puis triplant, voire quadruplant la production hebdomadaire de la Comtesse et en publiant dix-sept ouvrages (deux autres sont en préparation) comportant, pour la plupart, plusieurs milliers d'inédits.

XXIe siècle

La mode est passée, mais la contrepèterie subsiste dans la culture populaire, au côté des autres jeux de mots.

Des contrepèteries sont attribuées au journal L'Équipe mais en réalité elles sont apocryphes car ce journal ne publie jamais de contrepèterie : «  Tsonga a un tennis prévisible ». Certaines contrepèteries sont glissées à un(e) collègue en réunion de travail pour détendre l'atmosphère ou tromper l'ennui : « À l'Éducation nationale, on aime bien l'équipe en place ».

Other Languages
brezhoneg: Treuzviezadenn
català: Contrapet
Deutsch: Spoonerismus
English: Spoonerism
Esperanto: Kontraŭknalo
español: Retruécano
Հայերեն: Սփուներիզմ
Bahasa Indonesia: Spoonerisme
íslenska: Kristmennska
italiano: Spoonerismo
日本語: 語音転換
ქართული: სპუნერიზმი
Nederlands: Spoonerisme
polski: Spuneryzm
português: Antístrofe
русский: Спунеризм
slovenščina: Spunerizem
svenska: Spoonerism
Türkçe: Spoonerism
українська: Спунеризм
Tiếng Việt: Nói lái
中文: 首音互換