Censure

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Madame Anastasie, 1874, par André Gill (1840–1885).

La censure est la limitation arbitraire ou doctrinale de la liberté d'expression de chacun. Elle passe par l'examen du détenteur d'un pouvoir (étatique ou religieux par exemple) sur des livres, journaux, bulletins d'informations, pièces de théâtre et films, etc. avant d'en permettre la diffusion au public. Par extension, la censure désigne différentes formes d'atteintes à la liberté d'expression, avant et/ou après leur diffusion (censure a priori et a posteriori). La censure politique (limitation par le gouvernement de la liberté d'expression) est différente de la censure indirecte, non officielle, mais sous forme de pression, en particulier une forme de censure économique (due notamment à la concentration des médias, etc.) ; les phénomènes d' autocensure peuvent également être ajoutés.

La censure peut prendre aussi la forme de censure liée à l'âge. Un tel type de censure positive comporte par exemple la classification de film selon la thématique (voir pornographie et violence).

La censure est représentée [Où ?] sous la forme d'Anastasie tenant de grands ciseaux [1].

Histoire

L'origine du terme « censure » remonte au poste de censeur, créé à Rome en -443, dont le but était de maintenir les mœurs. Dans la Chine et l' Irlande antique, la censure était considérée comme un moyen de régulation des mœurs et de la vie politique. En Chine, la première loi sur la censure fut instaurée en l'an 300 [2]. Le plus célèbre cas de censure antique est celui de Socrate, condamné à boire la ciguë pour avoir « incité les jeunes à la débauche » [3]. Le combat pour la liberté d'expression remonte aussi loin, Euripide défendant déjà la liberté d'expression au IVe siècle av. J.-C. [[réf. souhaitée]. Pour les religions monothéistes, la condamnation du blasphème est un thème central depuis l'un des premiers livres recueillis dans la Bible, le Lévitique : « Si un homme insulte son Dieu, il doit porter le poids de son péché ; ainsi celui qui blasphème le Nom du Seigneur sera mis à mort ».

La naissance de l' Église orthodoxe (date ?), et son besoin de maintenir l'orthodoxie, développa largement la censure [[réf. souhaitée] furent appliquées pour éradiquer les menaces hérétiques au dogme chrétien, comme au concile de Nicée. Cependant, elles ne suffirent pas, et le nombre d'ouvrages illicites écrits et copiés explosa, et échappa au contrôle de l'Église, qui instaura des mesures plus draconiennes [[réf. souhaitée]. Avec l'arrivée de l' imprimerie, les autorités civiles et religieuses sentent le besoin de créer un cadre plus solide à la censure, et légifèrent sur la censure.

Autorités religieuses

Articles détaillés : Blasphème et Autodafé.

Catholique

Adam et Ève chassés de l'Éden de Masaccio, avant et après, suppression des ajouts de censure.

Les autorités de l' Église catholique romaine nommaient des censores librorum chargés de s'assurer que rien de contraire à la foi ne puisse être publié. Cette première étape de vérification était sanctionnée par le Nihil obstat (pas d'obstacle à la publication). Une deuxième étape permettait à l'évêque de donner son autorisation d'imprimer ( Imprimatur, « qu'il soit imprimé ! »). En 1515 lors du Ve concile du Latran, le pape Léon X, ordonne dans sa bulle pontificale Inter sollicitudines qu'à l'avenir personne n'ose imprimer ou faire imprimer un livre dans quelque diocèse que ce soit, sans qu'il n'ait été examiné avec soin par l' évêque ou son représentant, sous peine d' excommunication. En 1559 l' inquisition établit l' Index librorum prohibitorum, liste de livres interdits aux personnes non averties. Celui-ci perdurera jusqu'au concile Vatican II.

Dans le domaine des œuvres picturales de nombreuses toiles ont fait l'objet de censure par ajout de feuillage (feuille de vigne) ou d'habits rajoutés sur les œuvres originales pour en voiler les nudités exposées comme Adam et Ève chassés de l'Éden de Massaccio à la chapelle Brancacci de l' église Santa Maria del Carmine de Florence ou la censure du Jugement dernier de Michel-Ange de la chapelle sixtine qui n'a jamais pu aboutir complètement malgré les demandes réitérées du pape. À noter qu'à l'époque, l'œuvre avait fait scandale, surtout du fait que les quelque quatre cents personnages y figuraient nus, même le Christ. Paul IV songea un moment à supprimer toute la fresque, mais il se contenta finalement de faire voiler pudiquement certains personnages par Daniele da Volterra, qui y gagna le surnom de Braghettone (culottier). Au XVIIe siècle encore, Clément XII fit recouvrir d'autres personnages.

Le respect de ces préceptes et interdits moraux issus de la religion dominante a donné des classifications dans les bibliothèques, et la mise à l'écart des publications concernées pour le grand public : constitution de l' enfer de bibliothèque, tel que celui de la BNF.

Protestantes

Dans les pays protestants la censure s'exerce aussi, mais de façon particulière. Après la Paix d'Augsburg de 1555, il se crée une série d'États-Églises différents (« tel prince, telle religion »). Les divisions entre protestants font que la censure ne s'exerce pas seulement sur les catholiques, mais aussi sur les autres protestants. Un état luthérien interdit les ouvrages calvinistes et inversement. Cette fragmentation ne permet pas une censure d'ensemble comme chez les catholiques, avec création d'un index général détaillé. Chaque censure protestante s'exerce localement et ne peut aller au-delà de son territoire politique [4].

La censure protestante peut s'exercer au cas par cas, ou sur des catégories de livres. En 1543 la ville de Nuremberg ordonne de purger les ouvrages de philosophie de tous les passages incompatibles avec la pensée de Luther. En 1559, la ville de Bâle exhume et brûle, avec ses livres, le corps de l' anabaptiste David Joris, mort en 1556. La ville calviniste de Genève, à partir de 1550, exerce une censure des plus étroites : les manuscrits sont lus avant d'être imprimés, et les ateliers d'imprimerie périodiquement contrôlés. Les autorités genevoises exercent aussi une censure morale avec la destruction d'exemplaires des œuvres de Rabelais, de Terence, d' Ovide, ou des romans de chevalerie et contes licencieux. De passage à Genève, Michel Servet sera arrêté et brûlé vif en 1553. En 1601, le Duc luthérien de Wurtemberg interdit les livres calvinistes, papistes, anabaptistes et de Schwenkfeld [4].

Contournements de la censure

En pays catholique, comme en pays protestant, selon les lieux ou les périodes, des villes peuvent être plus tolérantes, éditant des auteurs d'obédience différentes, comme Anvers, Bâle, Strasbourg. Francfort était réputée pour sa foire aux livres, se tenant deux fois par an, où convergeaient des auteurs, imprimeurs et acheteurs venus de toute l'Europe.

Il existait un trafic clandestin de livres interdits circulant par les voies habituelles sur de longues distances. Le livre interdit était glissé parmi des centaines de livres autorisés, ou portait un faux-titre sur une couverture factice. Les inspecteurs aux frontières pouvaient être soudoyés. Un historien a trouvé une lettre manuscrite d'un vénitien de 1574, écrivant à un ami de Paris. Il lui demandait un livre de Francfort qui devait être acheminé par navire à Venise à telle période, car l'inquisiteur serait alors un ami de famille, qui lui laisse accès à « tout ce qui n'est pas vraiment pernicieux dans sa totale substance » [5].

Autorités civiles

En 1534, après avoir été excommunié et proclamé chef de l'Église d'Angleterre, le roi Henri VIII instaure l'obligation d’obtenir une approbation de son conseil privé avant qu'un livre ne puisse être imprimé. Sous le règne d' Élisabeth Élisabeth Ire, le Master of the Revels est chargé d'approuver les pièces de théâtre. En 1662, le parlement anglais vote le licensing act. À la suite de l' affaire des Placards (18 octobre 1534), le roi François François Ier qui était jusqu'alors favorable aux idées nouvelles, ordonne la chasse aux hérétiques et promulgue un édit contre les imprimeurs insoumis. En 1629, Richelieu laïcise la censure jusqu'alors sous la responsabilité de l' Église catholique. Dans la France d' Ancien Régime, la censure royale s'exerce sur les journaux : par exemple, sous Louis XVI toute publication d'un article dans la presse est soumise à l'autorisation du gouvernement [6] : 160 lecteurs professionnels étaient chargés de relire les textes [6]. Les livres censurés étaient confisqués, les journaux pouvaient être suspendus [6]. Les auteurs pouvaient être internés à la Bastille, comme Voltaire en 1717 ou l' abbé Morellet. Parmi les écrivains du XVIIIe siècle dont les livres furent les plus saisis par les autorités figurent Jean-Jacques Rousseau, l' abbé Raynal et Helvétius [6].

Pendant la Révolution française, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du affirme solennellement : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi. » (article 10) et « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas prévus par la loi. » (article 11) [7]. En d'autres termes, il est possible de sanctionner une publication, mais en aucun cas empêcher celle-ci. Presque supprimée en fait depuis 1789, à peu près abolie en droit par le décret du 13 janvier 1791, la censure est rétablie par le décret du 2 août 1793 qui ordonne la fermeture des théâtres et l’arrestation des directeurs coupables de jouer des pièces inciviques ; puis le Conseil général de la Commune leur fait la loi. Enfin, le 21 mai 1794, la Convention ressaisit la censure, qu’elle attribue à son comité d’instruction publique. Celui-ci prend fort au sérieux ses pouvoirs, morigène directeurs, auteurs, et contient le zèle des ultra-révolutionnaires.

En 1810, un décret de Napoléon rétablit officiellement la censure [8], [9]. Suit une succession de suppression et de rétablissement de la censure. Les articles ou dessins censurés étaient alors remplacés par des espaces blancs. La censure disparaît officiellement lors de la promulgation de la Loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881 [10]. Cette loi confie au système judiciaire l'essentiel du contrôle des informations publiées en France. Ce contrôle s'effectue après diffusion ce qui limite les abus de pouvoirs. Toutefois, la censure théâtrale subsiste jusqu'en 1906 [[réf. souhaitée].

La censure n'a jamais été officiellement rétablie en France comme dans les époques passées, sauf en temps de guerre, notamment lors des deux guerres mondiales, avec le retour des espaces blancs dans les pages. Sous le régime de Vichy, on alla plus loin et la censure devint préventive [[réf. souhaitée]. Ainsi les directeurs de journaux recevaient-ils de l'autorité compétente des consignes sur les informations à mettre en évidence en première page, à éliminer, ou à réduire à l'état d'entrefilets dans les pages les moins lues ( Le Canard enchaîné à ses débuts dut se débattre contre la censure en adoptant son ton ironique pour la détourner, de nombreux articles, même anodins, étant censurés). Pour la guerre d'Algérie, le pouvoir innova et décida de saisir les journaux (notamment ceux qui évoquaient les actes de torture) [11]. Il existe encore actuellement, une forme de censure en France, elle est cependant du ressort des tribunaux sous la forme d'interdit de publication ou d'ordonnance.

Censure postale

La censure des correspondances a été pratiquée dans toute l'Europe, à partir de l'ouverture des postes royales aux particuliers, malgré la reconnaissance officielle du secret des lettres, et ce par tous les régimes, jusqu'à la fin du règne de Napoléon III (cf. Cabinet noir). La censure postale a cependant été rétablie en temps de guerre par les différents belligérants au nom de leur intérêt national, mais elle l'a alors été de façon ouverte, avec apposition de diverses marques de censure et bandes de fermeture (cf. Histoire postale).

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