Biennale de Venise

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La Biennale de Venise est une fondation italienne qui organise différents événements : manifestation d'art contemporain, de danse, de musique, d'architecture et de cinéma dans Venise. Les lieux principaux sont les Giardini, l'Arsenal et le Lido (Mostra du cinéma) et attribue des récompenses : un Lion d'or, pour chaque manifestation.

Le terme de Biennale de Venise est couramment utilisé pour désigner l'Exposition internationale d'art contemporain de la Biennale de Venise (Esposizione internazionale d'arte di Venezia).

Elle est considérée comme une des plus prestigieuses manifestations artistiques en Europe, et dans le monde. C'est aussi une des plus anciennes puisqu'elle fut créée en 1893 et se tint pour la première fois en 1895 en tant que « Exposition Internationale d'Art de la Cité de Venise ». Sa seconde édition, lui valant le nom de « Biennale » eut lieu deux ans plus tard.

Histoire

Création

Affiche de la Prima esposizione internazionale d'arte di Venezia - 1895.
Retour au village natal, Giovanni Segantini, Grand Prix 1895.

Le 19 avril 1893, le conseil municipal de Venise décida, pour commémorer les vingt-cinq ans de mariage du roi Humbert Ier et de Marguerite de Savoie, d'organiser une exposition biennale d'art. Cependant, l'exposition ne se tint finalement que deux ans plus tard, principalement grâce à l'impulsion du poète et maire de la ville Riccardo Selvatico (it). Un pavillon (appelé aujourd'hui Pavillon central) fut construit dans les  (it) créés au début du e siècle sur ordre de Napoléon Bonaparte, à la pointe du sestiere de Castello. Il fut décidé d'inviter des artistes vénitiens, italiens et internationaux qui devaient exposer chacun au maximum deux œuvres inédites. Le comité de parrainage était composé d'artistes venus du monde entier, on y trouvait entre autres : pour le comité français, Carolus-Duran, Jean-Jacques Henner, Gustave Moreau et Pierre Puvis de Chavannes ; pour le comité anglais, Lawrence Alma-Tadema, Edward Burne-Jones, Edmund Blair Leighton et John Everett Millais ; pour le comité italien, Giovanni Boldini, Francesco Paolo Michetti et Alberto Pasini, ou bien encore l'artiste suédois Anders Zorn, le sculpteur belge Charles Van der Stappen...

Du 22 avril au 22 octobre 1895, la première Exposition internationale d'art de la Cité de Venise (Prima esposizione internazionale d'arte della città di Venezia) reçut 200 000 visiteurs. Quatre prix principaux étaient prévus, allant de 10 000 à 5 000 lires-or. Les deux premiers prix furent attribués à Giovanni Segantini et Francesco Paolo Michetti. Le « prix du public », nominé par référendum à la fin de l'exposition, fut attribué à L'Ultimo Convegno, représentant un cadavre entouré de femmes nues, œuvre qui avait été jugée scandaleuse par le clergé vénitien, et qui par contrecoup, piqua la curiosité du public[1].

Développement (1897-1948)

En 1897, une deuxième exposition se tint, à l'initiative du nouveau maire, Filippo Grimani. L'événement prit alors son nom de « Biennale »[1]. L'affiche fut dessinée par Augusto Sezanne, qui devient ensuite le graphiste récurrent de l'affiche de la manifestation. D'autres artistes furent convoqués pour l'affiche, tels Ettore Tito (1905) ou Adolfo de Carolis (1909).

Le critique d'art francophile Vittorio Pica en fut le curateur principal de 1901 à 1907 et le secrétaire général jusqu'à la fin des années 1920[2].

Afin de ne pas interférer avec l'exposition universelle de Turin, la Biennale n'eut pas lieu en 1911 mais un an plus tôt, en 1910, puis en 1912.

Tandis que se déroulait la XIe Biennale en 1914, la guerre éclata en Europe. La Biennale s'interrompit et ne devait reprendre qu'en 1920.

En 1932, des membres de la Biennale, présidée par Giuseppe Volpi di Misurata, lancent la première Mostra de Venise, consacré au cinéma.

À partir de la XIXe Biennale (1934), l'exposition est précisée d'arte contemporanea (arts contemporains). En 1938, elle s'appelle désormais la Biennale di Venezia, sans autre précision, et en 1940, elle se tient en dépit de la guerre. En 1942, elle honore pour sa XXIIIe ouverture les vingt ans du fascisme italien.

La XXIVe Biennale n'est relancée qu'en 1948, s'étalant de mai à septembre.

Pavillons

La Biennale est installée dans de nombreux pavillons d'exposition et représentant les artistes et les différents pays invités : soixante-dix pavillons nationaux en 2009[3], quatre-vingt neuf en 2011[4] en plus des lieux de l'exposition thématique générale.

Dans les Giardini

Pavillon central ou pavillon italien.
Pavillon britannique.
Pavillon tchèque ou slovaque.

Pour l'Exposition Internationale d'Art de la Cité de Venise, le maire de Venise Riccardo Selvatico commanda à l'ingénieur municipal Enrico Trevisanato un bâtiment dans les Giardini de Castello. Celui-ci recruta les architectes Marius Pictor et Bartolomeo Bezzi ainsi que les sculpteurs Lorenzetti, Nono, Guisti et Benvenuti. La façade de ce premier bâtiment dans le Stile Liberty comprenait un pronaos à quatre colonnes. Les expositions avaient lieu dans l'immense hall intérieur, sans organisation interne. Le palazzo, comme il était aussi parfois surnommé, fut très vite agrandi à mesure que la Biennale gagnait de la renommée et que le nombre d'artistes invités augmentait. Ce bâtiment fut appelé « Pro Arte » en 1894. Après la construction des premiers pavillons nationaux, il devint « pavillon italien » (après 1932), « palais des expositions » (53e Biennale 2009) ou « pavillon central » (depuis 2010). Il a été l'objet de nombreuses restructurations. En 1905 Ernesto Basile refit l'entrée ; de 1907 à 1909, Galileo Cini refit la décoration du dôme ; en 1914 Guido Cirilli refit la façade et en 1928 Gio Ponti reprit la rotonde. La façade actuelle date de 1932 et des travaux de Duilio Torres. En 1952, Carlo Scarpa ajouta le jardin des sculptures à l'arrière du bâtiment puis ajouta une mezzanine en 1968. L'auditorium est l'œuvre de Valeriano Pastor (1977). L'ensemble fait actuellement 3 500 m2[5],[6].

Le pavillon central abrita toutes les biennales jusqu'en 1905. Cette année-là, les organisateurs suggérèrent aux différents pays participant régulièrement de construire leur propre pavillon[6]. Le pavillon belge fut le premier pavillon étranger construit dans les Giardini, à l'initiative du directeur général belge des beaux-arts Hippolyte Fierens-Gevaert. Il date de 1907. Dû à Léon Sneyers et au départ en style Sécession, il fut réagencé à de nombreuses reprises. Ainsi, en 1930, une salle fut ajoutée de chaque côté du hall central. Son aspect actuel est l'œuvre de l'architecte vénitien Virgilio Vallot en 1948[7],[8].

Le pavillon hongrois fut inauguré en 1909. Il est l'œuvre de Géza Rintel Maróti qui s'inspira de l'architecture et de l'art traditionnels religieux magyars comme en témoigne la riche décoration encore présente. Le pavillon fut restauré et intégralement revu par Ágost Benkhard en 1958 (démolition du dôme, suppression des fenêtres)[7].

Le pavillon allemand était à l'origine l'œuvre de Daniele Donghi. Néo-classique, il fut ouvert en 1909 pour accueillir la Bavière avec la Sécession munichoise. Des fresques mythologiques furent ajoutées en 1912. Il fut totalement fermé pendant la première guerre mondiale avant d'être rendu à la république de Weimar en 1922. L'ensemble fut démoli en 1938 sur ordre d'Adolf Hitler pour laisser la place au bâtiment actuel dessiné par Ernst Haiger, avec son pronaos à quatre colonnes[7],[8].

En 1887, un café-restaurant s'était installé dans les Giardini. Ce bâtiment fut repris pour en faire le pavillon britannique par l'architecte Edwin Alfred Rickards dans le style palladien. Le décor (disparu depuis) fut réalisé par Frank Brangwyn[7].

Le pavillon français, inauguré en 1912 avec une exposition Rodin, fut dessiné par l'ingénieur Faust Finzi tandis que le décor fut confié à Umberto Belloto[7],[8].

En 1914, le pavillon dessiné par Ferdinand Boberg devait accueillir la Suède mais il fut finalement attribué aux Pays-Bas. À son emplacement, Gerrit Rietveld fit ériger l'actuel pavillon néerlandais en 1953, dans la lignée du mouvement De Stijl[9],[8].

Le pavillon russe, inauguré en 1914 est inspiré de l'architecture russe du e siècle et est l'œuvre d'Aleksej V. Ščusev[9].

Même s'il ouvrit dès 1922, le pavillon espagnol ne fut achevé qu'en 1924 lorsque le décorateur Javier De Luque acheva la décoration en style baroque castillan. La façade fut revue en 1952 par l'architecte Joaquin Vaquero Palacios[9].

Le pavillon tchécoslovaque (aujourd'hui tchèque ou slovaque en alternance) fut inauguré en 1926. Il est l'œuvre de l'architecte Otakar Novotný dans un style très dépouillé. La seule décoration, de style cubiste tchèque, la corniche au-dessus de l'entrée a été enlevée depuis[9].

Les architectes américains Chester Holmes Aldrich et William Adams Delano ont pastiché les grandes demeures coloniales e siècle pour dessiner le pavillon américain, inauguré en 1930[9].

Le pavillon danois, bâti sur des plans de Carl Brummer, fut inauguré en 1932. De style néoclassique, il dispose d'un péristyle destiné à accueillir des sculptures. En 1958, Peter Koch ajouta une extension[10].

Pour la Biennale de 1932, il fut décidé d'organiser une exposition des arts décoratifs vénitiens. Les jardins de la Biennale sont divisés en deux par un canal, le Rio dei Giardini. La construction d'un bâtiment de l'autre côté du canal fut confiée à Brenno del Guidice. Le pavillon, dit vénitien, est en arc de cercle. Il était précédé d'une colonnade et d'un bassin (disparus pour laisser ensuite la place au pavillon brésilien). La partie centrale de ce bâtiment reste le pavillon vénitien tandis que ses ailes ont été attribuées à différents pays. Elles accueillirent d'abord la Suisse (qui céda la place à l'Égypte en 1964) et à la Grèce (qui céda sa place à la Pologne dès la Biennale suivante). Une extension en 1938 permit d'abriter deux nouveaux pavillons : la Yougoslavie (aujourd'hui uniquement la Serbie) et la Roumanie[10].

Accueillie d'abord dans le pavillon vénitien, la Grèce eut son propre lieu d'exposition, toujours de l'autre côté du canal, à partir de 1934. L'architecte grec Giorgos Papandréou (supervisé par Brenno del Guidice) construisit un bâtiment néo-byzantin en briques avec un portique constitués de trois arches en plein cintre[10].

Après la seconde guerre mondiale, onze nouveaux pavillons furent construits dans les Giardini. Dès 1952, l'architecte israélien d'origine ukrainienne, Ze'ev Rechter, proposa un bâtiment trapézoïde sur trois niveaux. Une terrasse à l'arrière destinée à accueillir des sculptures fut ajoutée en 1966 par Fredrik Fogh[11].

En 1952, la Suisse quitta le pavillon vénitien pour son propre pavillon dû à Bruno Giacometti qui sépare les espaces afin de permettre des expositions séparées[11].

Le pavillon vénézuélien, dessiné par Carlo Scarpa, est souvent considéré comme l'un des plus beaux des Giardini[11]. Diverses difficultés en étalèrent la construction entre 1953 et 1956. Trois espaces distincts sont reliés par un patio[11].

Le premier projet pour un pavillon japonais fut proposé dès 1932, dans le style traditionnel japonais. Cependant, il fallut attendre 1956 pour qu'un bâtiment moderne, par Takamasa Yoshizaka. Le rez-de-chaussée, prévu au départ pour accueillir des sculptures est resté en partie inachevé tandis que le jardin japonais initialement prévu n'a jamais été réalisé[11].

En 1955, la Finlande obtint le droit d'installer un pavillon provisoire, en attendant l'achèvement du pavillon nordique. La petite structure provisoire, de forme trapézoïdale, en bois, réalisée par Alvar Aalto, existe toujours. Elle fut réalisée à partir d'éléments préfabriqués en Finlande et acheminés à Venise[12],[13].

Le Canada à qui fut attribué l'étroit espace entre les pavillons britannique et allemand confia le projet au cabinet BBPR (Gian Luigi Banfi, Lodovico Barbiano di Belgiojoso, Enrico Peressutti et Ernesto Nathan Rogers). Le bâtiment, en bois et verre, fut construit entre 1956 et 1957 et inauguré en 1958[12].

Un bâtiment de service fut érigé pour la Biennale de 1958. En 1960, il fut attribué à l'Uruguay et fit l'objet d'une complète restructuration. Les projets néoclassiques suggérés pour celle-ci furent rejetés[12].

Les pays scandinaves occupent à tour de rôle le pavillon nordique (parfois en complément de leur propre pavillon national). Un concours fut lancé en 1958 auprès de tous les architectes scandinaves. Il fut remporté par le Norvégien Sverre Fehn. Avec un toit modulaire pour une utilisation optimale de la lumière, et l'intégration des éléments naturels (arbres) présents sur le site, le pavillon scandinave, inauguré en 1962, occupe 400 m2[12].

Le Brésil proposa en 1959 un bâtiment qui littéralement enjambait le canal coupant en deux les jardins. Le projet fut rejeté. Une nouvelle proposition, due à Amerigo Marchesin, aboutit à un petit bâtiment, de l'autre côté du canal, inauguré en 1964. Séparé en deux par un patio, il laisse voir un bassin rétréci par rapport à son prédécesseur de 1932[14].

L'Australie, présente depuis 1954, n'eut son pavillon dans les Giardini qu'à partir de 1988. Sur deux niveaux, il est dû à Philip Cox[14].

Le dernier pavillon construit dans les jardins est celui de la Corée (du Sud). Installé derrière les pavillons allemand et japonais, il date de 1996. Il intègre un bâtiment de service en briques des années 1930 sur lequel il est installé. La structure de verre et métal est l'œuvre de Seok Chul Kim et Franco Mancuso[14].

L'Arsenale

Depuis 1999, la Biennale dispose d'un nouveau lieu d'exposition : l'Arsenale (50 000 m2 dont 25 000 m2 en intérieur). La marine italienne a en effet cédé au Ministère de la culture une partie du domaine militaire : Corderie, Artiglierie, Gaggiandre, Tese Cinquecentesche et Tese delle Vergini. La Corderie (316 m de long), qui avait déjà accueilli la première exposition internationale d'architecture en 1980, fut le premier lieu utilisé et peu à peu les expositions se sont étendues[15].

Dans le reste de la ville

Les pays n'ayant pas de pavillon aux Giardini se répartissent dans le reste de la ville, entre l'Arsenale, les palais, les galeries d'art et les églises. Les lieux sont parfois définitifs. L'Arménie est ainsi dans la Ca' Zenobio degli Armeni (it) qui appartient à la congrégation des pères mékhitaristes arméniens. Le Luxembourg est installé à la Ca' del Duca ; la Chine et l'Italie à l'Arsenale ; Taiwan dans les Piombi. Le Palazzo Malipiero (it) accueille aussi régulièrement des pavillons nationaux (entre autres Iran, Chypre en 2009 et 2011). L'Argentine restaure un bâtiment de l'Arsenale en vue d'y installer à terme son pavillon national.

La Biennale accueille également des expositions régionales ou continentales. Il s'agit notamment du pavillon de l'Amérique latine, du pavillon des pays scandinaves (depuis 1962), du pavillon de l'Asie centrale[16] (depuis 2005) et du pavillon africain (2007).

Pavillon Italie

Œuvres en exposition au Pavillon Italie - édition spéciale de la 54e Biennale, 2011 - 2012[17]

Une édition spéciale de la 54e Biennale s'est tenue du 17 décembre 2011 au 29 février 2012 au Pavillon Italie de Torino Esposizioni - Sala Nervi pour le 150e anniversaire de l'unification italienne. Le commissaire de cette exposition était le critique italien Vittorio Sgarbi[18]

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