Bibliothèque nationale d'Espagne

Bibliothèque nationale d’Espagne
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Bibliothèque nationale d’Espagne (Madrid).

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Paseo de Recoletos, 20-22
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logo de la BNE.

La Bibliothèque nationale d'Espagne (en espagnol : Biblioteca Nacional de España), qui dépend du ministère de la Culture espagnol, est la plus grande bibliothèque publique d’Espagne. À ce titre, elle reçoit et conserve les exemplaires de tous les livres publiés en Espagne et se doit de réunir, cataloguer et conserver les fonds bibliographiques qui comprennent plus de 28 millions de publications produites sur le territoire national depuis le début du XVIIIe siècle. De plus, elle conserve une collection d’incunables, de manuscrits, d’estampes, de dessins, de photographies, de gravures sonores, de partitions…

Pour pouvoir consulter ces fonds, il suffit d’être en possession d’une carte de lecteur ou de chercheur. Les salles d’exposition et le musée de la Bibliothèque, où se déroulent diverses expositions et activités culturelles, sont libres d’accès.

La Bibliothèque nationale d’Espagne diffuse son patrimoine bibliographique grâce à son catalogue et à l’élaboration de la Bibliographie espagnole. Elle a développé des services au public dans les salles de consultation, des services à distance à travers sa page web[1], des services d’information bibliographique spécialisée et le prêt entre bibliothèques. L’accès aux collections numériques de la Bibliothèque s'effectue via la Bibliothèque numérique hispanique[2]. Le musée de la Bibliothèque[3] divulgue les collections, le fonctionnement et l’histoire de la Bibliothèque nationale. De plus, la bibliothèque a développé un programme d’actions culturelles[4]

Histoire

Origines

Escalier et entrée principale de la Bibliothèque nationale d'Espagne, monuments à San Isidoro, Alonso Berruguete, Alfonso X el Sabio par José Alcoverro

Le 29 décembre 1711, le roi Philippe Philippe V approuve le plan que lui ont présenté son confesseur Pedro Robinet et Melchor de Macanaz pour créer une Bibliothèque royale. La création de celle-ci dynamise la culture espagnole du XVIIIe siècle, notamment grâce à sa mission de « rénover l’érudition historique et de sortir au grand jour les véritables racines de la nation et de la monarchie espagnoles »[5].

La construction du bâtiment commence rapidement dans le passage qui unissait l’Alcázar royal de Madrid au monastère de l'Incarnation[5].

La Bibliothèque royale est ouverte au public le . Le , Philippe V signe le décret royal fondateur, qui déclare le caractère public de la bibliothèque, ouverte à « tous les étudiants » et qui établit les règles fondamentales pour son fonctionnement.

Quand la bibliothèque ouvre ses portes, ses fonds sont alors composés de matériaux provenant des collections privées des monarques d’Espagne, Philippe Philippe IV et Philippe V, lequel ordonna d’amener plus de 6 000 volumes de France[6]. Les premiers exemplaires ajoutés à la collection sont confisqués aux Austrophiles, qui perdirent la guerre de Succession, comme le marquis de Mondéjar et le duc de Uceda[6]. À cette collection sont ajoutées quelques bibliothèques privées de nobles comme le comte d’Aguilar et le duc de Medinaceli[5]. En 1715, la Bibliothèque royale compte déjà 28 242 livres imprimés, 1 282 manuscrits et 20 000 médailles[5].

Le précédent du dépôt légal, établi en 1716, permet à la bibliothèque d'agrandir ses collections de manière considérable. À cela s’additionne l’effet de l’ordonnance royale du 11 mai 1752, avec laquelle la Bibliothèque royale acquiert le droit d’évaluer les taxes des librairies sur la vente, et de sélectionner entre les listes de livres qui lui étaient présentées les œuvres qui n’étaient pas dans ses fonds[7].

En 1738, la première œuvre issue du fruit du travail de la Bibliothèque est publiée sous le titre de Bibliotheca Universal de la Polygraphia Española, réalisée par Cristobal Rodriguez. Cette œuvre, appuyée pendant sa préparation par le Bibliothécaire en chef Juan de Ferreras, est la première d’une série d’œuvres de paléographie espagnole[5].

Durant l’époque de Juan de Ferreras, des catalogues ou indices ont commencé à être développés pour le public. Le bibliothécaire Juan de Iriarte s’est spécialement chargé de cette tâche, élaborant le Regia Matritensis Bibliotheca Geographicca et Chronologica en 1729, le premier catalogue de la bibliothèque, et postérieurement le Regia Matritensis Bibliotheca Mathematica (catalogue de mathématiques) et le Regiae Bibliothecae Matritensis Codices Greci (catalogue de manuscrits grecs)[6].

L’arrêté royal du 19 juin 1761, rédigé par le bibliothécaire Juan de Santander et approuvé par le roi Charles Charles III, modifie l’original de 1716 en créant l’Imprimerie royale qui liait « le travail éditorial de la Bibliothèque aux plus remarquables imprimeurs, relieurs et graveurs de l’époque. » Le bibliothécaire en chef devient directeur de la Bibliothèque royale et les bibliothécaires sont considérés comme serviteurs de la Maison royale, avec les privilèges correspondants[7].

XIXe siècle

Au cours du XIXe siècle, la Bibliothèque change de lieu à plusieurs reprises. En 1809, sous le règne de Joseph Bonaparte, la bibliothèque s’installe au couvent de l’ordre des Trinitaires de la rue Atocha. En 1819, la bibliothèque change de lieu une fois encore et s’installe au palais où le Conseil a tenu ses sessions d’Amirauté en raison des réclamations par l’ordre des Trinitaires après le retour de Ferdinand Ferdinand VII. En 1826 s’effectue un troisième transfert de l’ancienne résidence du marquis Alcañices, dans l’actuelle rue de Arrieta, son lieu de résidence durant le XIXe siècle[7].

Les collections de la bibliothèque ont également été touchées par les événements du XIXe siècle. Tout d’abord, le désamortissement espagnol conduit au dépôt de nombreuses œuvres espagnoles provenant d’institutions religieuses supprimées. En effet, en 1837, la création de la commission provinciale scientifique et artistique est créée dans le but de sélectionner les œuvres provenant de couvents supprimés. Celles-ci furent déposées dans les bibliothèques et les musées, ou vendues aux enchères. De cette façon, sont déposés à la Bibliothèque nationale environ 70 000 volumes venant de couvents madrilains affectés par le désamortissement espagnol[7]. La bibliothèque récupère également une grande partie des collections de la Bibliothèque du Parlement, fondée par l’assemblée constituante Cortes de Cadix en 1814, et qui sera abolie en 1838[8]. Enfin, en 1869, Manuel Ruiz Zorrilla ordonne la saisie des archives, des bibliothèques et des collections d’art détenues par des cathédrales, des mairies, des monastères et des ordres militaires au nom du désamortissement culturel. Par ce moyen, la bibliothèque nationale d’Espagne peut s’enrichir grâce aux œuvres de valeurs possédées par les cathédrales d’Avila et de Tolède.

Par le décret du 28 novembre 1836, la Bibliothèque royale est rebaptisée Bibliothèque nationale et elle dépend désormais du ministère de l’Intérieur de la Péninsule. Des bourses sont accordées à la bibliothèque qui devient « le principal moteur de recherche bibliographique en Espagne ». Elles permettent de promouvoir les intérêts des bibliothécaires et des bibliographes. En 1858, le corps des archivistes, des bibliothécaires et des archéologues est créé.

En 1876, la Bibliothèque a déjà acquis 300 000 livres, 200 000 dépliants imprimés et plus de 300 000 manuscrits. Malgré plusieurs déménagements, la Bibliothèque nationale s'agrandit encore et ses besoins dépassent la capacité des lieux qu’elle occupait auparavant. En 1857, un projet est mis en œuvre pour la construction d’un nouveau siège social. En 1864, c’est finalement l’architecte Francisco Jareño Alarcóna qui est choisi.

Le 21 avril, 1866 la reine Isabelle Isabelle II pose la première pierre du Palais des archives, bibliothèques et musées, situé dans un fameux boulevard de la capitale (el Paseo de Recoletos). Pour des raisons économiques, le travail avance très lentement à cause de nombreux changements dans le projet initial. En 1884, Antonio Ruiz de Salces Jareño remplace Francisco Jareño Alarcóna pour la construction du nouveau bâtiment de la Bibliothèque nationale. En 1892, il achève la construction de l’édifice et le 16 mars 1896, la bibliothèque nationale est ouverte au public[7].

XXe siècle

Siège de la Bibliothèque nationale d’Espagne à Alcalá de Henares.

Le XXe siècle commence avec l’approbation du « Règlement des bibliothèques publiques de l’État » par le décret royal du 18 octobre 1901. Grâce à cette loi, qui abroge celle de 1857, la Bibliothèque nationale prend la tête des bibliothèques espagnoles[8].

Durant cette période, l’érudit espagnol Marcelino Menéndez y Pelayo est le directeur de la Bibliothèque nationale. Il promeut la création de catalogues spécialisés, le catalogue des Manuscrits arabes existants à la Bibliothèque nationale de Madrid, de Francisco Guillien Robles en 1899, le catalogue des Portraits de personnes espagnoles de 1901, et en 1906 le catalogue de la Collection des dessins originaux de la Bibliothèque nationale, d'Angel M. Barcia. Ainsi une nouvelle impulsion est donnée à la Restauration des Archives, Bibliothèques et Musées, qui est un instrument important dans le développement du champ de bibliothéconomique en Espagne[5].

En 1930, le ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, Elias Tormo, crée le Conseil de la Bibliothèque nationale, un organe qui a élu Miguel Artiguas comme directeur de la bibliothèque. Durant la Seconde République espagnole, Artigas et le Conseil lancent un processus de restauration, d’extension de l’édifice et des réformes des services de bibliothèque[5]. Parmi celles-ci, on compte la réorganisation du Salon de Lecture, la création du conseil général, ouverte au public et inaugurée par le président Niceto Alcalá-Zamora[7], et aussi l’extension des horaires d'ouverture[5].

Pendant la guerre civile, la Bibliothèque nationale ferme ses portes. Les fonds les plus précieux sont évacués aux tours de Los Serranos dans la province de Valence. Pour sauver de la destruction les fonds des centres religieux, palaces ou maisons particulières, autour de 500 000 volumes sont transférés à la Bibliothèque par l’intermédiaire du Conseil de la capture et de la protection des trésors artistiques[7]. Beaucoup de ces fonds proviennent de prestigieuses bibliothèques privées, et certains ne purent être rendus à la fin de la guerre[5]. L’édifice de la Bibliothèque nationale est aussi victime des bombardements pendant la guerre. Cependant, ils n’ont causé aucun dommage aux fonds hébergés à l’intérieur.

Après la guerre, Miguel Artigas est à nouveau élu directeur et en 1939, le système décimal est introduit pour l'indexation des fonds des bibliothèques publiques espagnoles[7]. Dans les années après la guerre, différentes expositions marquantes ont lieu, dont deux dédiées à Miguel de Cervantes et une autre sous le titre de « Un millénaire du livre espagnol » en 1952[5]. En 1953, le nouveau siège des Archives historiques nationales, qui avant partageait l’édifice avec la Bibliothèque et le musée archéologique national de Madrid, est inauguré.

Bien qu’il y ait eu de nombreuses réformes d’organisation et de gestion de la Bibliothèque durant les années 1950, la plus importante est le décret organique du 8 mars 1957 et son règlement correspondant, publié le 20 décembre de la même année. Le nouveau règlement restructure les services de la Bibliothèque, en imposant notamment que le directeur soit un membre du Corps facultatif et en réduisant les fonctions de la direction[5]. En 1957, un nouveau décret de dépôt légal est promulgué, il obtient que les imprimeurs respectent les mêmes dispositions de la loi.

Malgré les réformes, il y a toujours beaucoup de missions bibliothéconomiques à caractère national que la Bibliothèque ne remplit pas. Par exemple, en 1970, est créé l’Institut bibliographique hispanique, comprenant le Service national d’information documentaire et bibliographique, le Dépôt légal et la Commission nationale de planification et de coordination bibliographique[7]. La Bibliothèque de périodiques nationale fondée en 1941, réunit aussi une importante collection de presse espagnole. En 1978, les collections de la Bibliothèque comprennent autour de 5 millions de pièces et ont aux alentours de 412 000 lecteurs annuels[5].

En 1982, la première étude de faisabilité pour l’automatisation de la bibliothèque[7] est réalisée, et est concrétisée par l’adoption du système SABINA, une version particulière du logiciel espagnol SABINI. Par décret royal, en 1985, l’Institut bibliographique hispanique, le Département des périodiques national et le Centre du Trésor documentaire et Bibliographique[8] sont intégrés à la Bibliothèque nationale. En 1985, la BNE est déclarée « Institution bibliothécaire supérieure de l’État et chef du système espagnol des bibliothèques »[5]. À la fin des années 1982, des œuvres sont initiées pour créer un second dépôt à Alcalá de Henares (inauguré en 1993) et le système d’automatisation ARIADNA commence à fonctionner en 1991[7].

En 1991, par décret royal (R.D. 1581/1991 du 31 octobre), le statut d’organisme autonome de la Bibliothèque nationale est approuvé. On initie une phase d’agrandissement pour la Bibliothèque[8]. De nouveaux services ouvrent comme celui de l’Information généalogique et héraldique, l’Information générale, et la Bibliothèque de Documentation [5]. En 1995, le musée du livre est inauguré et le plan d’automatisation continue. En 1996, la BNE inaugure son propre site web sur Internet.

XXIe siècle

Le nouveau statut de la bibliothèque, approuvé par le décret royal 1638/2009 du 30 octobre, entre en vigueur le 11 novembre 2009. L’un des principaux changements est le nom officiel de l’institution, désormais « Bibliothèque nationale d’Espagne », pour une meilleure identification « dans les forums et les organisations internationales »[9].

La loi prévoit que la bibliothèque assure la représentation des régions et des universités dans leur conseil d’administration. Pour cela, le vice-président de la Conférence sectorielle sur la culture et le président de la Conférence des recteurs des universités espagnoles sont inclus dans le conseil. La loi modifie également la procédure de nomination du directeur général. Il est désormais nommé par décret royal, avec l’approbation du Conseil des ministres, sur proposition du ministre de la Culture et après consultation royale, « selon des critères de compétence et d’expérience dans le domaine … bibliothèques et de la gestion culturelle »[9].

Le 5 mai 2010, le Conseil des ministres de l’Espagne supprime le poste de directeur général de la Bibliothèque nationale dans la hiérarchie administrative du gouvernement de l’Espagne, le transformant en sous-directeur-général, après quoi Milagros del Corral, directrice, présente sa démission[10]. Elle est remplacée par la présidente de la Fédération espagnole des documents d’archives, bibliothèque, documentation et musées (FESABID), Gloria Pérez-Salmerón.

Pendant cette période, les projets de la Bibliothèque nationale sont nombreux. En 2007, le nouveau musée de la Bibliothèque nationale ouvre et remplace l’ancien musée du livre[11]. En 2008 la Bibliothèque numérique hispanique est inaugurée, et permet d'accéder aux ressources numérisées de la Bibliothèque[12]. La Bibliothèque a également pris part aux réseaux sociaux, elle a ouvert sa page Facebook en 2008, puis sur d'autres plateformes Web 2.0 comme Twitter, YouTube, Slideshare (en), Flickr et WordPress.

En 2009, la Bibliothèque nationale lance un projet en collaboration avec l’Internet Archive, afin de « collecter, archiver et conserver les domaines »[13]. En octobre 2010, le BNE inaugure l’Interactive Quichotte, une version numérisée et interactive de l’œuvre de Cervantes, qui comprend des contenus qui aident à contextualiser la lecture, par exemple une carte avec les aventures de Don Quichotte et des articles sur la vie au XVIIe siècle[14].

À l’échelle internationale, la bibliothèque contribue à la base de données Dialnet[15]. Sa participation à un projet de recherche avec le groupe d’ingénierie ontologique (Ontology Engineering Group) de l’université polytechnique de Madrid a donné lieu à la création de Datos, avec une partie importante des dossiers de la BNE convertis en RDF et disponibles en ligne[16].

La Bibliothèque nationale d'Espagne prend part aux associations professionnelles comme l'IFLA et l’OCLC, à d'importants groupes de travail. La BNE fait partie du fichier d'autorité international virtuel (VIAF)[17] depuis sa création. Elle a également une place importante dans les organismes de normalisation tels que l’Organisation internationale de normalisation (ISO) ou l'AENOR, son homologue national. La BNE est aussi présente dans EURIG, un organisme mis en place afin de promouvoir les intérêts professionnels communs des utilisateurs et des utilisateurs potentiels de la RDA (Resource Description and Access) en Europe[18].

La Bibliothèque participe également au projet IMPACT[19], qui analyse les caractères manuscrits des œuvres dites orphelines pour pouvoir reconnaître leurs auteurs, ainsi que le projet ARROW[20], qui vise à rendre une base de données européenne à ces mêmes œuvres dont on ne connaît pas les ayants droit. Elle contribue également au catalogage cantonal du XVI-XIX, en collaboration avec la Fondation générale de l’université d’Alcalá[21].

Le 15 novembre 2010, la Bibliothèque nationale d’Espagne présente son catalogue de la bibliothèque de la collection d’incunables, en double volume, rédigé par Julian Martin Abad, chef de manuscrits et incunables de la BNE et qui compte 2297 éditions et 3158 exemplaires[22].

Le 13 décembre 2011, le roi d’Espagne inaugure l’exposition de la Bibliothèque nationale d’Espagne : 300 años haciendo historia (« 300 ans d’histoire »), un acte qui débute la commémoration de la célébration du tricentenaire de sa fondation[23].

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