Bataille de la Marne (1914)

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Bataille de la Marne
Informations générales
Date 5
Lieu de part et d'autre de la Marne, entre Paris et Verdun
Issue Victoire décisive de la Triple-Entente
Belligérants
Drapeau de la France  France
Drapeau du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande  Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande
Drapeau de l'Empire allemand  Empire allemand
Commandants
Drapeau de la France Joseph Joffre
Flag of the United Kingdom.svg John French
Drapeau de la France Michel Maunoury
Drapeau de la France Joseph Gallieni
Drapeau de la France Franchet d'Espèrey
Drapeau de la France Ferdinand Foch
Drapeau de la France Fernand de Langle de Cary
Drapeau de la France Maurice Sarrail
Drapeau de l'Allemagne Helmuth von Moltke
Drapeau de l'Allemagne Karl von Bülow
Drapeau de l'Allemagne Alexander von Kluck
Drapeau de l'Allemagne Max von Hausen
Drapeau de l'Allemagne Albert de Wurtemberg
Drapeau de l'Allemagne Guillaume de Prusse
Forces en présence
1 082 000 hommes [1]
64 divisions françaises
6 divisions britanniques
900 000 hommes [2]
51 divisions allemandes
Pertes
227 000 Français (21 000 morts, 84 000 disparus et 122 000 blessés) et 37 000 Britanniques (3 000 morts, 4 000 disparus et 30 000 blessés) [3] 256 000 Allemands (43 000 morts, 40 000 disparus et 173 000 blessés) [3]

Première Guerre mondiale

Batailles

Front d'Europe de l’Ouest
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Front d'Europe de l’Est


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Front africain


Bataille de l'Atlantique
Coordonnées 49° 01′ nord, 3° 23′ est

Géolocalisation sur la carte : Aisne

(Voir situation sur carte : Aisne)
Bataille de la Marne

Géolocalisation sur la carte : Hauts-de-France

(Voir situation sur carte : Hauts-de-France)
Bataille de la Marne

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Bataille de la Marne

La première bataille de la Marne, souvent identifiée comme « la bataille de la Marne » a eu lieu du au [n 1] entre d'une part l' armée allemande et d'autre part l' armée française et le corps expéditionnaire britannique. Cette bataille doit être distinguée de la seconde bataille de la Marne, qui se déroula en juillet 1918.

Les combats se déroulent le long d'un arc-de-cercle de 225 km [n 2] à travers la Brie, la Champagne et l' Argonne, limités à l'ouest par le camp retranché de Paris et à l'est par la place fortifiée de Verdun. Ce champ de bataille est subdivisé en plusieurs batailles plus restreintes : à l'ouest les batailles de l'Ourcq et des deux Morins, au centre les batailles des marais de Saint-Gond et de Vitry, et à l'est la bataille de Revigny [8]. La bataille donne lieu à un célèbre épisode : celui des «  taxis de la Marne ».

Au cours de cette bataille décisive, les troupes franco-britanniques arrêtent puis repoussent les Allemands, mettant ainsi en échec le plan Schlieffen (revu par Moltke) qui prévoyait l'invasion rapide de la France en passant par la Belgique, pour éviter les fortifications françaises et ensuite rapatrier le gros des troupes sur le front de l'Est. La retraite allemande se termine sur la rive droite de l' Aisne dès le 14 septembre, ce qui déclenche la bataille de l'Aisne.

Prélude à la bataille

La situation militaire au début de la Première Guerre mondiale est très en faveur des forces armées allemandes, qui viennent de remporter pendant la seconde partie du mois d'août 1914 une série de victoires sur tous leurs adversaires, que ce soit sur le front de l'Ouest en Lorraine ( bataille de Morhange le 20 août) ou en Belgique ( batailles des Ardennes du 21 au 23 août, de Charleroi du 21 au 23 et de Mons le 23), comme sur le front de l'Est ( bataille de Tannenberg du 26 au 29 août).

Article détaillé : Bataille des Frontières.

« Les armées allemandes sont entrées en France, de Cambrai aux Vosges, après une série de combats continuellement victorieux. L'ennemi, en pleine retraite, n'est plus capable d'offrir une résistance sérieuse. »

—  Communiqué allemand du 27 août 1914 [9].

De son côté, le communiqué français du même jour annonce que « dans le Nord, les lignes franco-anglaises ont été légèrement ramenées en arrière [10]. », celui du 29 août au soir évoque la retraite à mots couverts : « la situation de notre front, de la Somme aux Vosges, est restée aujourd'hui ce qu'elle était hier. Les forces allemandes paraissent avoir ralenti leur marche [11] ».

Grande Retraite

Article détaillé : Grande Retraite.

Si sur le plateau lorrain et dans les Vosges l'armée française arrête sa retraite dès le 23 août et arrive à tenir ses positions face aux attaques allemandes ( bataille de la trouée de Charmes du 24 au 26 août), toutes les unités françaises et britanniques qui s'étaient avancées en Belgique battent en retraite à partir du soir du 23 août.

Un soldat français, son arme et son sac à dos [n 3] : en plus de son fusil (4,4 kg), il doit porter un sac de 8,3 kg.

Une telle retraite s'explique par la disproportion des forces entre d'une part les Allemands et d'autre part les Franco-Britanniques : l' État-Major allemand avait fait le choix de masser face à la Belgique et au Luxembourg la majorité de ses unités, à raison de 59 divisions (soit un total de 1 214 160 combattants) regroupées au sein de cinq armées (numérotées de I à V) formant l'aile droite allemande, tandis que la défense de l' Alsace-Lorraine était confiée à une aile gauche plus faible avec 16 divisions (soit 402 000 combattants) [12] regroupées dans deux armées (nos VI et VII). En comparaison, les Français n'avaient prévu initialement de déployer lors de leur mobilisation que les 16 divisions (soit 299 350 hommes) de la 5e armée face à la Belgique, rapidement renforcées jusqu'à compter 45 divisions (soit 943 000 hommes) [13] au moment de la bataille des Frontières, grâce à l'envoi des 3e et 4e armées françaises ainsi que du corps expéditionnaire britannique.

Dominées numériquement et en danger d'être contournées par le flanc, les armées franco-britanniques repassent rapidement la frontière franco-belge pour se réfugier en France, puis foncent vers le sud-sud-ouest : cette retraite franco-britannique s'éternise pendant quinze jours, jusqu'au début du mois de septembre, moment où les troupes arrivent à hauteur de Paris.

« On a vu déjà les effets dissolvants de ces marches en retraite répétées, le plus souvent de nuit [...]. Effectifs fondus, nombreux traînards tombés aux mains de l'ennemi, bagages perdus, fusils et canons enlevés et, surtout, disparition du moral de la troupe ; tels étaient les résultats des retraites effectuées ces derniers jours par nos différentes armées. »

— État des lieux par le général Gallieni, au tout début de septembre 1914 [14].

Redéploiement français

Convoi de fourrage arrivant dans le bois de Boulogne, où sont parqués des troupeaux de bovins : le camp retranché de Paris se prépare en catastrophe à un siège.
Article connexe : Siège de Paris (1870).
Situation à la fin d'août 1914 : l'aile droite allemande a traversé la Belgique et le Nord de la France jusqu'à l' Aisne, tandis que les offensives françaises en Alsace-Lorraine et dans l' Ardenne ont échoué.

Le commandant en chef français, le général Joffre, garde malgré tout l'espoir d'un rétablissement, et dans son rapport au ministre de la Guerre Adolphe Messimy, il affirme que l'armée française peut encore lancer une contre-attaque victorieuse [15]. Il rejette la responsabilité de la défaite et des replis sur ses subalternes, critiquant ses généraux qu'il estime ne pas avoir été assez offensifs. Il prend des sanctions et limoge ceux qu'il juge incompétents, y compris les commandants d'armée tel que les généraux Ruffey (3e armée, remplacé le 30 août par Sarrail) [16] et Lanrezac (5e armée, remplacé le 5 septembre par Franchet d'Espèrey) [17]. Aux échelons inférieurs, c'est un total de huit commandants de corps d'armée et 38 de division qui sont «  limogés » par Joffre entre le 10 août et le 6 septembre [18].

Toutefois, Joffre est aussi conscient du fait qu'il doit d'abord céder du terrain. Il ordonne donc dès la fin d'août aux armées françaises en retraite d'opérer des contre-attaques localisées et très temporaires pour retarder un peu la poursuite allemande et gagner du temps : la IVe armée allemande est ainsi contre-attaquée par la 4e française le 27 autour de Sedan, puis la IIIe allemande à Signy-l'Abbaye, enfin la IIe armée allemande par la 5e française le 29 autour de Saint-Quentin et de Guise ( bataille de Guise le 29 août).

Le 25 août [19], l' État-Major français prévoit d'arrêter la retraite derrière la Somme et l' Aisne. Six divisions sont prélevées sur le front d' Alsace-Lorraine et envoyées à partir du 27 août par chemin de fer en renfort autour de Péronne, d' Amiens et de Montdidier, regroupées au sein de la 6e armée créée pour l'occasion. Mais le débarquement de ces troupes est menacé dès le début de l'opération par l'approche des unités de cavalerie allemandes : le projet de bataille sur la ligne Somme-Aisne est annulé le 31 août et la 6e armée se joint à la retraite.

Le 2 septembre [20], Joffre annonce à ses commandants d'armée son projet de rétablissement le long de la Seine et de l' Aube, y comptant s'y fortifier et recompléter les troupes (par des envois des dépôts) avant de passer à l'offensive. L'intervalle entre les 5e et 4e armées françaises est comblé dès le 29 août par l'envoi de huit divisions prélevées ailleurs, créant ainsi la 9e armée le 5 septembre ; l'intervalle entre la 5e armée et l' armée britannique est colmaté par deux divisions de cavalerie. Tous ces renforts arrivent par voies ferrées, utilisées comme rocade pour faire une manœuvre par les lignes intérieures [21], ce qui permet le renforcement de l'aile gauche française : de 45 divisions le 23 août, elle passe à 57 le 6 septembre puis 70 le 9 septembre [22].

Poursuite par les Allemands

Photo montrant cinq militaires installant une ligne de téléphone.
Les transmissions entre l' OHL et ses armées, notamment la Ire, sont difficiles : l'aile droite avance trop vite pour que la transmission filaire soit assurée, tandis que les postes de radio ont une faible portée.

Côté allemand, l'aile droite s'est lancée immédiatement après ses victoires de la bataille des Frontières à la poursuite des Français et des Britanniques, les divisions de cavalerie allemandes en tête. Cette poursuite est menée le plus rapidement possible : les étapes réalisées sont au maximum de 40 à 45 kilomètres par jour pour la Ire armée allemande, la plus à l'ouest, dans l'espoir de rattraper leurs adversaires. Le 27, le chef de l' État-Major allemand, le général von Moltke, envoie à ses commandants d'armée une Directive générale mentionnant la possibilité d'un rétablissement français sur l' Aisne ou la Marne, et ordonnant les axes de marche suivant :

« Sa Majesté [n 4] ordonne que l'armée allemande se porte en direction de Paris : la Ire armée, avec le deuxième corps de cavalerie, marchera à l'ouest de l' Oise, vers la basse- Seine. La IIe armée, avec le premier corps de cavalerie, poussera entre La Fère et Laon sur Paris […]. La IIIe […] progressera entre Laon et Guignicourt, sur Château-Thierry […]. La IVe […] marchera, par Reims, sur Épernay […]. La Ve […] s'avancera vers la ligne Châlons- Vitry […]. Verdun sera investi. […] Si l'ennemi oppose une forte résistance sur l'Aisne et ultérieurement sur la Marne, il pourra être nécessaire de faire converger les armées de la direction du sud-ouest dans la direction du sud. »

— Directive générale du commandement Suprême pour la continuation des opérations du 27 août [23].

La composition des cinq armées de l'aile droite allemande a évolué depuis la mobilisation du début d'août, par la réaffectation de plusieurs unités. Six divisions sont laissées en arrière pour assurer la prise des places fortes adverses (d'une part les 3e et 9e corps de réserve au siège d'Anvers, d'autre part le 7e de réserve et une brigade du 7e corps au siège de Maubeuge) ou en mission d'occupation (une brigade du 4e corps de réserve à Bruxelles, ainsi que quatre brigades de Landwehr à Liège et Namur) [24]. S'y rajoute le transfert par chemin de fer de quatre autres divisions vers le front de l'Est (le corps de réserve de la Garde et le 11e corps d'armée libérés par la prise de Namur le 25 août) [25]. En conséquence, le total des forces allemandes engagées à l'ouest de Verdun le 5 septembre est de 44 divisions d'infanterie et de 7 divisions de cavalerie, soit environ 900 000 hommes et 2 928 canons [1].

Le 30 août, la Ire armée allemande, répondant à l'appel à l'aide de la IIe attaquée à Guise, marche vers le sud-sud-est au lieu du sud-ouest ; Moltke valide ce choix le soir même, ordonnant la conversion de l'aile vers le sud, en évitant Paris : la Ire désormais sur Meaux, la IIe sur Épernay et la IIIe sur Châlons [26]. Le 2 septembre à 23 h 37, l' OHL envoie l'ordre suivant : « Intention du Commandement Suprême est de refouler les Français en direction du sud-est en les coupant de Paris. Ire armée suivra la IIe en échelon et assurera en outre couverture du flanc des armées » [27].

« Anglais et Français […] étaient une proie qui s'offrait aux coups des Allemands et qu'il fallait saisir avant qu'ils aient pu s'arrêter, se fortifier et se reconstituer. On s'occuperait de Paris ensuite. Mais cette opération obligeait les Allemands à défiler, à 40 kilomètres environ, à l'est du camp retranché : c'était montrer un mépris non déguisé pour l'armée de Paris et, j'ajouterai, pour son chef. »

— Le général Gallieni, gouverneur militaire de Paris [28].

Prise d'initiative

Fac-similé de l'ordre du jour du général Joffre, daté du 5 septembre.

Le 3 septembre, des aviateurs français découvrent que les colonnes de la Ire armée allemande infléchissent leur marche vers le sud-est et ne marchent donc plus droit sur Paris [29]. Ces aviateurs en avertissent un officier, qui se trouve être Alfred Dreyfus. Ce dernier les laisse avertir directement l'État-Major malgré son grade supérieur [30] ; l'information est confirmée par les reconnaissances de cavalerie le 4 au matin [31].

Le 4, le gouverneur militaire de Paris, le général Gallieni, donne ordre à la 6e armée française (alors sous ses ordres) de se redéployer au nord-est de Paris et de marcher vers l'est entre l' Ourcq et la Marne, prenant ainsi l'initiative d'engager la bataille. Le commandant en chef Joffre, qui voulait attendre quelques jours de plus, est convaincu par une discussion par téléphone et donne ordre le 4 au soir à toutes les armées françaises de se préparer à faire front : « il convient de profiter de la situation aventurée de la Ire armée allemande pour concentrer sur elle les efforts des armées alliées d'extrême-gauche. Toutes dispositions seront prises dans la journée du 5 septembre en vue de partir à l'attaque le 6 » [32]. Le 5 au matin, cet ordre est complété par un deuxième destiné à la 3e armée qui « se couvrant vers le nord et le nord-est débouchera vers l'ouest pour attaquer le flanc gauche des forces ennemis qui marchent à l'ouest de l' Argonne » [33].

Puis Joffre informe le ministre de la Guerre Millerand, réfugié à Bordeaux devant la menace pesant sur Paris : « […] la lutte qui va s'engager peut avoir des résultats décisifs, mais peut aussi avoir pour le pays, en cas d'échec, les conséquences les plus graves. Je suis décidé à engager toutes nos troupes à fond et sans réserve […] » [34].

Enfin, un ordre du jour est adressé le 6 au matin à toutes les troupes françaises. Cet ordre du jour a été trouvé le 6 au soir par les Allemands sur le champ de bataille près de Vitry, et a été transmis par téléphone du colonel von Werder (de l'état-major de la IIIe armée) au lieutenant-colonel Tappen (de l' OHL) [35].

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