Bégaiement

Le bégaiement (également appelé bégaiement persistant, bégaiement développemental persistant, ou bégaiement chronique) est un trouble de la parole affectant le débit de la parole caractérisé par des répétitions et prolongations involontaires des sons, syllabes, mots ou phrases, et par des pauses silencieuses involontaires dans lequel le « bègue » (terme désignant un individu souffrant de bégaiement ou d'un trouble lié) est incapable de produire un son[1]. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) le définit comme une « parole caractérisée par une répétition fréquente de sons et de syllabes ou par des hésitations ou pauses fréquentes, pendant au moins 3 mois », et le classe parmi les « troubles émotionnels ou comportementaux »[1].

Le bégaiement est défini par d'autres institutions concernées et disciplines médicales, ceci étant souvent l'objet de débats. Le ministère français de la Santé le définit comme un « trouble de l'expression verbale affectant le rythme de la parole en présence d'un interlocuteur »[2]. Le DSM-IV des psychiatres américains le classe comme un « trouble de la communication »[3]. Certains spécialistes francophones ont classé les bégaiements parmi les dyslalies.

Le bégaiement induit souvent des répercussions psychologiques et sociales allant de modérées à très lourdes pour la personne affectée[4]. Il existe des cas de suicide où les conséquences du bégaiement sont un facteur avéré mais également à cause des moqueries dont les bègues sont victimes. Dans un grand nombre de pays, et pour les cas assez sévères, il est reconnu par les administrations comme étant un handicap. Certaines personnes concernées refusent au contraire les termes de maladie ou de handicap.[[réf. souhaitée]

Descriptions

Généralités

Il n'existe en 2012, pas de définition univoque et reconnue par tous les intervenants sur les délimitations du bégaiement, de ses manifestations, de ses conséquences et de ses causes.

Le bégaiement a longtemps été vu — et l'est encore par certains — comme purement psychologique. Son intermittence sur les mots et sur les phrases, en fonction des conditions, peut amener à penser ainsi, en l'absence de plus de données et de connaissances. De plus, une personne bègue bégaie généralement beaucoup moins lorsqu'elle est seule — ou se croit seule —, lorsqu'elle chante, lorsqu'elle joue un rôle, lorsqu'elle imite quelqu'un, lorsqu'elle prend un accent, lorsqu'elle parle au rythme d'un métronome.

Depuis la fin du e siècle, des découvertes en imagerie cérébrale et en génétique ont montré que la psychologie à elle seule ne suffit pas à expliquer le bégaiement, ni à résumer le bégaiement observé ou vécu. Une certaine faiblesse cérébrale en relation avec la production motrice de la parole semble fortement probable, bien que le bégaiement semble nécessiter d'autres facteurs pour se développer. La notion de prédispositions biologiques au bégaiement trouve de plus en plus d'arguments au travers des recherches. Ces prédispositions seraient une condition nécessaire ou du moins importante, pour l'apparition du bégaiement. Cela conduit maintenant à l'acceptation du bégaiement comme un problème médical, avant d'être relationnel et social[5].

Classification selon la phoniatrie occidentale

Les phoniatres et orthophonistes décrivent certaines manifestations audibles du bégaiement comme suit :

  • Le bégaiement clonique : répétitions de syllabes ou « phonèmes » comme un article, une préposition ou un adverbe monosyllabique précédant un mot ressenti comme « chargé d'obligation » et anticipé bloquant sur sa première syllabe, ou la première syllabe d'un tel mot si l'anticipation porte sur une syllabe suivante. ex. : « Un un un café s'il vous plaît » ou « Un ca café s'il vous plaît ».
  • Le bégaiement tonique : réalisation du blocage sur un mot (souvent celui qui rompt le silence ou qui donne du sens à l'intervention) et déblocage par l'émission de l'amorce de la syllabe prévue bloquante dans une explosion glottique après une période de résistance. ex. : « Un.....cccccafé s'il vous plaît ».
  • Le bégaiement tonico-clonique : combinaison des deux types de bégaiement précédents.

Certains spécialistes rajoutent les manifestations suivantes, qui sont plus indirectes :

  • Le bégaiement par inhibition rend le sujet inerte après qu'on lui pose une question car il est pris au dépourvu peut-être par anticipation de blocage (au début ou au cours de l'intervention) et n'y trouve sur le moment aucune échappatoire, remarquée ou non. Le sujet présente alors pour les observateurs externes un moment d'absence, avant de reprendre la conversation.
  • Le « bégaiement » par substitution : le terme « bégaiement » est dans ce cas employé par extension de sens puisqu'il ne souligne pas une non-fluidité constatée. Il s'agit de l'ensemble des modifications de l'intervention prévue qui passent inaperçues aux oreilles des auditeurs et ne correspondent pas, dans leur esprit, à ce qu'ils entendent spontanément par « bégaiement » sans le définir, alors que la personne est tout autant victime du risque anticipé de blocage. C'est en réalité cette variante qui met le doigt sur le problème de fond et constitue la trame quotidienne du vécu de la personne concernée. Par exemple le fait de s'exprimer par synonymes ou périphrases : remplacement du mot anticipé bloquant par un autre : « Un express » au lieu de « Un café », et plus généralement la modification de la structure grammaticale de la phrase avec ajout de mots et d'expressions : « Eh bien, je vais prendre un petit café », y compris le fait de ne plus désigner la même chose (ex. : « un chocolat ») ou, tout simplement, de préférer se taire, avec la frustration et l'image faussée donnée de soi qui en découle, même si les auditeurs n'ont entendu ni blocages ni répétitions mais ont plutôt l'impression d'avoir affaire à quelqu'un de confus, timide, sans conversation, manquant d'assurance, nerveux ou même impoli selon le cas.

Les phoniatres francophones classent (ou ont classé) la gravité d'un bégaiement selon quatre degrés de sévérité[6] :

  • Premier degré : bégaiement léger, où l'on note quelques accidents de parole n'entravant pas notablement la communication,
  • Deuxième degré : bégaiement plus marqué, avec des accidents plus fréquents et plus prolongés, accompagnés éventuellement de troubles associés (tremblements, perte du regard) provoquant des interruptions de la communication,
  • Troisième degré : bégaiement sévère, avec accidents prolongés, troubles associés plus marqués (révulsion des yeux, spasmes respiratoires...) rendant impossible une communication suivie,
  • Quatrième degré : bégaiement empêchant pratiquement toute communication, chaque essai de parole étant le plus souvent voué à l'échec du fait de l'importance des « bégayages » et des troubles associés.

Cependant il s'agit d'un classement théorique et indicatif. En effet l'intensité d'un bégaiement chez un même individu peut varier sensiblement d'un instant à l'autre en fonction des circonstances, ou encore indépendamment d'elles.

Certains experts enfin décrivent le bégaiement comme un problème de l'enchaînement de la séquence parlée[réf. nécessaire].

Le bégaiement acquis, ou bégaiement neurologique, est une forme assez rare de bégaiement survenant à l'âge adulte, des suites d'une lésion ou d'un choc traumatique. La personne souffrant de bégaiement acquis, à la différence de celle souffrant du bégaiement persistant, bégaie aussi en chantant et ne bégaie pas plus en début d'énonciation.

Le bégaiement est à distinguer de la disfluence verbale (ou dysfluence verbale).

Descriptions alternatives

D'autres approches sont rencontrées pour expliciter le terme « bégaiement » parmi certains groupes de personnes, regroupées ou non autour d'une méthode ou d'une association. Ces tentatives de redéfinition du terme « bégaiement » sont dues en partie au fait que le terme « bégaiement » désigne à la fois les symptômes et le syndrome. Elles sont aussi l'expression d'une volonté de traduire la souffrance. Par exemple, certains groupes de personnes bègues préfèrent le terme d'incertitude orale. Ce serait le « risque ressenti par une personne de ne pas pouvoir dire exactement ce qu'elle veut dès lors qu'elle se sent écoutée, même potentiellement, alors qu'elle n'a aucun problème dans le cas contraire ». Cette description tient avant tout compte du ressenti de la personne bègue. D'autres personnes ou associations proposent diverses définitions, sur des bases qui ne sont pas forcément fondées scientifiquement.

Manifestations associées

L'effort pour s'exprimer correctement est susceptible d'ajouter des éléments au trouble initial. La personne bègue peut entretenir la peur d'affronter les situations dans lesquelles cela risque de se produire. Elle ressent souvent une dévalorisation psychologique et peut alors montrer des symptômes comme une hyperémotivité, des troubles apparemment moteurs comme des syncinésies, en grec : « mouvements associés », qui ne sont que des tentatives désespérées de faire passer coûte que coûte les syllabes bloquantes en appelant à la rescousse le corps entier, mais de façon inefficace, comme quelqu'un qui se noie fait des mouvements désordonnés au lieu de faire la planche. Des troubles vasculaires et sécrétoires comme l'hypersudation et la rougeur sont également constatés. Certains troubles ne sont pas limités au seul moment de l'élocution tels l'anxiété profonde, la colère et la frustration, la culpabilité ou la haine de soi. L'analogie de l'iceberg a été utilisée pour décrire les rapports entre le bégaiement et ces troubles, à partir de 1970 par l'orthophoniste Joseph Sheehan[7], en 1985 dans un sens technique par Ivan Impoco de l'Institut international d'élimination du bégaiement et de nouveau en 2007 par Mark Irwin de l'ISA (International Stuttering Association)[8].

Les troubles psychologiques associés sont un sujet controversé, certains spécialistes notamment psychologues ou psychanalystes les considérant comme une cause du bégaiement (et non pas simplement une conséquence), ce que récusent d'autres spécialistes notamment les neurologues[9].

Cinquante pour cent (50 %) des bègues bredouillent aussi. Le bredouillement est un trouble particulier de la phonation qui se caractérise par des paroles rapides et, ou, un mélange d'idées, produisant un télescopage de syllabes[10],[11].

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