Autonomie ouvrière

L'autonomie ouvrière est un concept qui postule que pour s'émanciper, le prolétariat doit développer son autonomie par rapport à la sphère du capital mais aussi vis-à-vis des syndicats et des partis politiques.

En pratique, l'autonomie ouvrière s'appuie sur l' action directe qui élimine toute instance intermédiaire dans la lutte des classes.

À la fin du XIXe siècle, ce courant est incarné par le syndicalisme révolutionnaire de Fernand Pelloutier.

L’autonomie ouvrière connaît une résurgence, en France et en Italie, après les événements de Mai 68.

Concept

Pour la revue Dissidences : « La notion d’autonomie est une notion récurrente dans la pensée de gauche et dans l’histoire du mouvement ouvrier. Déjà au XIXe siècle, l’Autonomie ouvrière pose deux impératifs, seuls moyens de faire naître une volonté révolutionnaire au sein de la classe ouvrière. C’est tout d’abord l’autonomie de cette classe par rapport à la sphère du capital, et c'est aussi l’autonomie vis-à-vis des syndicats et des partis politiques. Le premier de ces impératifs a pour conséquence la volonté de créer une sphère autonome de la classe ouvrière non régie par les lois du marché, en développant par exemple de nouvelles formes de sociabilités et de solidarité. Il en découle le second impératif, les syndicats soumis à l’économie ne permettant pas l’émancipation du mouvement ouvrier du capital, et les partis étant nécessairement voués à une certaine compromission dans la mesure où ils acceptent le jeu politique. L’application de ces principes donne naissance à une pratique nouvelle : l’ action directe. Elle élimine toute instance intermédiaire dans la lutte des classes sans emprunter "les voies normales de la démocratie, en faisant appel au parlementarisme, mais à une action qui aura recours à la violence". Ces idées apparaissent autour du syndicalisme d’action directe de Fernand Pelloutier à la fin du XIXe siècle. » [1]

Selon le sociologue Mateo Alaluf pour l' Institut d'histoire ouvrière, économique et sociale : « Dans l’histoire du syndicalisme, l’autonomie n’est pas seulement un moment daté du mouvement ouvrier mais aussi un trait culturel qui lui est propre. Elle se traduit par l’ action directe c’est-à-dire « l’action des ouvriers eux-mêmes ». Elle se distingue des formes de la représentation politique et se manifeste à travers « l’ auto-organisation des ouvriers ». Ses moyens sont des actions spectaculaires comme les manifestations, les grèves, les sabotages et les boycottages » [2].

Pour Jacques Julliard dans Autonomie ouvrière : études sur le syndicalisme d' action directe, la grève est par définition l' « autonomie ouvrière en acte » [3].

Selon l'historien Stéphane Sirot, pour les syndicalistes révolutionnaires du début du début du e siècle, « l’autonomie ouvrière n’a de sens que dans la mesure même où elle permet d’orienter directement les efforts des travailleurs des usines vers l’adversaire prioritaire à abattre - « le patronat » -, pour espérer tant une amélioration immédiate des conditions d’existence que le renversement de la société capitaliste. Autonomie ouvrière et syndicalisme d’action directe : le lien paradigmatique est clairement établi » [4].

Parlant de l'engagement politique de Simone Weil, l'historien Charles Jacquier précise : « [...] l’action directe et l’autonomie ouvrière s’inscrivent dans le meilleur de la tradition ouvrière depuis le début de la révolution industrielle . Derrière le concept d’autonomie, que redécouvrent d’une façon ou d’une autre les meilleurs militants ouvriers, il y a l’autonomie comme principe d’action, mais également comme visée du mouvement social. L’émancipation des travailleurs devant être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes, cela implique que les moyens d’action du mouvement ouvrier soient déterminés en toute indépendance, et que celui-ci ait la capacité politique de jouer son propre jeu sans servir de force d’appoint à d’autres courants dont les visées n’ont rien à voir avec le socialisme ouvrier, y compris et surtout quand ils se réclament abusivement d’une quelconque forme de socialisme. Hors de ce principe essentiel, le mouvement ouvrier perd toute capacité propre d’action pour se faire l’auxiliaire de forces, quelles que soient leurs dénominations, qui n’ont rien avec voir avec un processus d’émancipation sociale et humaine. » [5]

Selon le politologue Roland Lew : « [...] si l'ensemble du dossier historique relatif à l'autonomie ouvrière est encore mince, comparé à celui rassemblé sur d'autres thèmes, il est sans conteste prometteur, et tend à confirmer qu'il s'est opéré graduellement un mouvement de mûrissement, une véritable autoformation du prolétariat, une prise de conscience de son potentiel de subversion, de sa puissance. Ce qui convainc celui-ci, au moins à certaines occasions, que sa situation objective lui permet de concevoir et de mettre sur pied un projet social qui ne soit pas un retour à la situation antérieure, ou à une autre forme de système d'exploitation : un projet qui vise moins à regarder vers le passé qu'à prendre en compte les acquis et possibilités ouverts par l'impressionnant développement de la société industrielle. À cet égard, l'autonomie ouvrière est la forme la plus haute de la lutte des classes, sa vérité même : le lieu social où cette lutte n'est plus seulement un instrument de protection des opprimés, ou un moyen de faire avancer le capitalisme, mais le refus en acte de la société de classe. » [6]

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