Art nouveau

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Art nouveau
Image illustrative de l'article Art nouveau
Composition représentant les divers aspects de l'Art nouveau.
Période 1890 - 1910 environ
Vase Daum, Nancy (vers 1900).
Vase Rosenthal, Art nouveau (vers 1900).

L'Art nouveau est un mouvement artistique de la fin du XIXe et du début du XXe siècle qui s'appuie sur l'esthétique des lignes courbes.

Né en réaction contre les dérives de l’industrialisation à outrance et la reproduction sclérosante des anciens styles, c'est un mouvement soudain, rapide, qui connaît un développement international : Tiffany (d'après Louis Comfort Tiffany aux États-Unis), Jugendstil [Note 1] (en Allemagne), Sezessionstil (en Autriche), Nieuwe Kunst (aux Pays-Bas), Stile Liberty (en Italie [1]), Modernismo (en Espagne), Style sapin (en Suisse), Modern (en Russie). Le terme français « Art nouveau » s’est imposé en Grande-Bretagne, en même temps que l’anglomanie en France a répandu la forme Modern Style au début du XXe siècle [2].

S'il comporte des nuances selon les pays, ses critères sont communs : l'Art nouveau se caractérise par l'inventivité, la présence de rythmes, couleurs, ornementations inspirés des arbres, des fleurs, des insectes, des animaux, et qui introduisent du sensible dans le décor quotidien. C'est aussi un art total en ce sens qu'il occupe tout l'espace disponible pour mettre en place un univers personnel considéré comme favorable à l’épanouissement de l'homme moderne à l'aube du XXe siècle. En France, l'Art nouveau était appelé « style nouille » par ses détracteurs, en raison de ses formes caractéristiques en arabesques, ou encore « style Guimard », à cause des bouches de métro parisiennes réalisées en 1900 par Hector Guimard.

Apparu au début des années 1890, on peut considérer qu’à partir de 1905, l'Art nouveau avait déjà donné le meilleur de lui-même et que son apogée est atteint [3]. Avant la Première Guerre mondiale, ce mouvement évolua vers un style plus géométrique, caractéristique du mouvement artistique qui prendra la relève : l' Art déco ( 1910- 1940).

Aux origines de l'Art nouveau

Un long cheminement pour se libérer du classicisme

Les planches dessinées par Ernst Haeckel, comme ces coquillages, seront source d'inspiration pour les artistes de l'Art nouveau.

Au XIXe siècle, presque toutes les formes d'art s'inspirent du passé. L'imitation du gréco-romain cohabite avec celle des styles nationaux. Cependant, certains artistes ont espéré que le XIXe siècle trouverait enfin un style qui lui soit propre. La prédominance des formes inspirées du passé est la raison fondamentale de l'apparition d’un Art nouveau.

La source est très ancienne et la thématique de l'Art nouveau se trouve déjà dans les textes des théoriciens révolutionnaires. Ainsi, Claude Nicolas Ledoux est l'un des premiers à poser cette question d’un art qui ne soit pas l’imitation de quelque chose, mais qui aille plus loin en créant quelque chose de totalement original pour une civilisation nouvelle. On l'aperçoit aussi dans les formes les plus inattendues comme avec le retour à l’ historicisme qui n'est autre qu'un moyen d’évasion [4].

En étant l’un des premiers à dessiner une multitude de coquillages, fleurs, méduses, dans un but scientifique, Ernst Haeckel peut être considéré comme un autre précurseur de l’Art nouveau. Son travail a inspiré les grands lustres en forme de méduse de Constant Roux, pour le musée océanographique de Monaco. Les acteurs de l’Art nouveau feront souvent référence à cette réalisation, tant ce fut un choc pour eux, même si pour Haeckel il ne s'agissait que de copies du réel [5]. De même, la porte monumentale de l'architecte français René Binet, à l' Exposition universelle de 1900, s'inspire du travail de Haeckel.

Les précurseurs

Grande-Bretagne

La Séduction de Merlin, Edward Burne-Jones (1874), Lady Lever Art Gallery, Liverpool.

Les prémices de cet art sont perceptibles dans la dimension onirique perceptible chez les peintres préromantiques. Augustus Pugin, classé parmi les artistes de style néogothique, et qui vit en Angleterre vers 1830-1850, possède une invention qui préfigure l’extraordinaire saturation décorative de l’Art nouveau, la liberté des formes, la puissance de la couleur, la lutte entre architecture et décor qui est l’un des grands combats artistiques de la seconde moitié du XIXe siècle [4]. Par ailleurs, le préraphaélisme s'éveille dès 1850 aux courbes et aux couleurs, inspirées des maîtres italiens du XVe siècle ou de la Renaissance florentine ( Botticelli) par réaction à la révolution industrielle.

Les fondements théoriques du mouvement Arts & Crafts, comme les thèses de William Morris, de John Ruskin, lequel influence Arthur Heygate Mackmurdo, ou de Charles Rennie Mackintosh qui réalise la Glasgow School of Art à Glasgow de 1897 à 1899, définissent un nouvel art décoratif en Grande-Bretagne. Ils se prononcent contre les dérives de l'industrialisation et de l'assèchement créatif qu'elle entraîne, ils prônent un retour à l'esprit des guildes médiévales, à l'étude du motif naturel, à l'emploi de formes épurées : la régénération de la société ne se fera que par la vérité des formes qui l'entourent et dont elle use. Dans la foulée se développe un courant assez proche appelé esthétisme et qui marquera des artistes comme Oscar Wilde, Edward Burne-Jones à partir de 1874 ou Aubrey Beardsley en 1893.

Espagne

En Espagne, et plus précisément en Catalogne, le mouvement porte le nom de modernisme catalan à la suite de l' exposition universelle de 1888 de Barcelone. Il se construit durant les années 1870 sur la conjonction de plusieurs facteurs : la rénovation artistique, en parallèle d’autres arts contemporains, la recherche de nouvelles expressions formelles et la volonté de se situer dans une modernité d’envergure européenne. Selon les mots de l’écrivain Joan Fuster, il a vocation à transformer « une culture régionale traditionaliste en une culture nationale moderne ».

Ce mouvement présentait des similitudes conceptuelles et stylistiques avec diverses variantes de l’Art nouveau qui se développait en Europe à la même époque. Par contre, il se singularisait selon trois aspects : il se développait dans la continuité de la renaissance catalane (1833-1880) ; il apparait au moment où existait un pressant besoin d’évolution et de rénovation politique et sociale et, alors qu’au même moment, la plupart des villes de Catalogne s’agrandissaient à un rythme hors de toutes comparaisons depuis la Renaissance — Girone, Tarragone, Reus, Sabadell, Terrassa, Mataro et surtout Barcelone avec son plan Cerdà (lancé en 1859), qui offrait 1 100 hectares de terrains nus à l'imagination des architectes [6]. En outre, et contrairement à d'autres pays d'Europe, il cherchait à créer un art national là où d'autres pays cherchaient à dépasser leurs frontières [7]. Antoni Gaudí est le principal représentant des nouvelles tendances de ce mouvement, dès 1886 avec notamment le Palais Güell (1886-1890) orné de ferronneries et pinacles ouvragés, qui succède à sa période orientalisante initiée en 1883 ( El Capricho, Casa Vicens) et précède le Collège Sainte-Thérèse de Barcelone (1888-1889) aux accents déjà modernes, puis le plein épanouissement de sa période naturaliste à la fin du siècle.

Belgique et France

En France, le propos, plus ou moins moral, se veut plus rationnel, moins tourné vers le passé et moins fermé aux matériaux nouveaux : dans ses écrits théoriques marqués par le rationalisme (Entretiens sur l'architecture, 1863), Eugène Viollet-le-Duc ne rejette pas le matériau moderne (le fer notamment), mais veut au contraire l'afficher en lui donnant une fonction ornementale et esthétique, à la manière des structures gothiques du Moyen Âge. Paradoxalement connu comme le chef de file français du mouvement néo-gothique, Viollet-le-Duc sera l'inspirateur de nombreux architectes de l'Art nouveau. Par ailleurs, certaines de ses œuvres décoratives, notamment ses fresques peintes au château de Roquetaillade (1850), sont de parfaits exemples du lien de filiation entre le mouvement néogothique et l'Art nouveau. Mais c'est à partir de 1892 à Bruxelles avec Victor Horta, Henry Van de Velde et Paul Hankar, puis en France que sont définis les principes formels d'une architecture spécifiquement dénommée « Art nouveau ».

Dans les arts décoratifs, de même que dans les pays germaniques ou en Italie, l'excellence de l'artisanat d'art ne connait pas de rupture malgré l'avancée de l'industrialisation, les concepteurs n'ayant jamais cessés de bénéficier des savoir-faire de praticiens issus notamment de la tradition du compagnonnage. Au milieu des années 1860, l'influence du Japonisme par ses solutions formelles nouvelles aura un impact majeur sur les arts décoratifs en France, en introduisant également ses arabesques dans le mobilier ( Gabriel Viardot), dans l'art de la céramique, ou dans celui de l'estampe qui dans les années 1880 connait un renouveau, soutenu par Auguste Lepère, et en influant ensuite sur les beaux-arts, avec le cloisonnisme qui s'inspire du vitrail et se développe au moment où le symbolisme ( Gustave Moreau, Odilon Redon) mêle l'étrange à la rêverie. À la suite de l'émergence du style « Art nouveau » proprement dit au début des années 1890, caractérisé par ses courbes et formes végétales [8], le mobilier ne se départit cependant pas jusqu'à la fin du XIXe siècle de la sophistication propre à un artisanat de luxe au détriment de formes plus dépouillées expérimentées dans d'autres pays, cette fois sous l'influence initiale de l'habitat japonais. De cette esthétique particulière développée en Belgique et en France, à laquelle l' Exposition universelle de 1900 donnera une audience internationale, est issue l'expression « Art nouveau », apparue à Bruxelles et reprise à Paris par la galerie d'art créée par Samuel Bing, d'abord consacrée au japonisme puis rebaptisée Maison de l'Art nouveau en 1895, pour promouvoir cette nouvelle tendance. Celle-ci est contemporaine de plusieurs autres mouvements européens, parfois similaires comme à Prague avec Alphonse Mucha, déclinés dans plusieurs pays d'Europe selon leur contexte national ou plus avant-gardiste encore, avec la Sécession viennoise qui apparait également dans les années 1890.

Les débuts de l'Art nouveau

« À chaque époque son art, à chaque art sa liberté ! »

— Devise de la Sécession Viennoise inscrite sur le Palais de la Sécession à Vienne, 1897.

Intérieur de l' hôtel Tassel.

En architecture, les prémices de l'Art nouveau — appelé «  modernisme catalan » — se retrouvent dès 1871 dans les cours de la nouvelle École provinciale d'architecture de Barcelone, qui était alors dirigée par Elies Rogent i Amat (1821-1897) et dans les œuvres de Josep Domènech i Estapà — malgré lui, puisqu’il refusa explicitement ce mouvement. Cependant, il est classique de considérer qu'en Catalogne l' Art nouveau commence en 1888, lors de la première exposition universelle de Barcelone, occasion pour laquelle un grand nombre d'édifices modernistes furent construits. De cet évènement subsistent encore l' arc de Triomphe de Barcelone et le Château des trois dragons [6].

En 1893, Victor Horta construit à Bruxelles l' hôtel Tassel, considéré comme le tout premier édifice Art nouveau à exploiter la ligne courbe, symbole entre tous de ce mouvement. La fluidité des espaces fait écho aux courbes végétales qui investissent ferronneries, mosaïques, fresques et vitraux, éléments tant structures qu'ornements, dans la plus parfaite ligne d' Eugène Viollet-le-Duc. Horta conçoit un édifice inédit avec des meubles qui correspondent au rythme des murs et de l’architecture ; il dessine les motifs des tapis, conçoit les meubles : c'est la naissance d'un « Art total ».

Art nouveau, affiche de la galerie Siegfried Bing (1895).

À la fin du XIXe siècle, les échanges artistiques s’intensifient, ce qui participe à la diffusion du mouvement. Des albums et revues d’art et d’architecture sont abondamment illustrées et propagent les idées nouvelles, comme L'Estampe originale (1888-1895), The Studio (1893), Jugend (1896), Art et décoration (1897), etc. Le développement des moyens de communication permet aux architectes de voyager ; ainsi des connexions s'établissent entre Bruxelles et Paris : Hector Guimard sera très influencé au cours d’un voyage qu’il a fait en 1895 pour voir les architectures de Victor Horta, ce qui l’amènera à intégrer certaines de ses formes dans sa propre architecture [3]. De même, des liens très étroits se tissent entre Vienne et Glasgow, et un architecte comme Otto Wagner recevra la visite de Charles Rennie Mackintosh.

L'expression « Art nouveau » est employée pour la première fois par Edmond Picard, en 1894, dans la revue belge L'Art moderne, dans la lignée de La Jeune Belgique, pour qualifier la production artistique d' Henry van de Velde [9].

Cependant, le nom a été inventé par Van de Velde avec Victor Horta, Paul Hankar et Gustave Serrurier-Bovy [10]. Elle passe en France, lorsque, le , elle devient l'enseigne de la galerie d'art de Siegfried Bing, sise 22, rue de Provence à Paris, sous le nom maison de l'Art nouveau. Y sont exposés de grands noms des mouvances symbolistes et Art nouveau : outre van de Velde, citons Munch, Rodin, Tiffany ou encore Toulouse-Lautrec. Empruntant une voie plus solitaire, Hector Guimard fait figure de génie prolifique et isolé, créant son propre univers, le « style Guimard ».

Mais c'est Nancy qui va constituer le plus bel ensemble d'Art nouveau français. La ville a accueilli à partir de 1870 de nombreux Lorrains qui souhaitaient rester Français, après l'annexion de la Moselle par l'Allemagne. L'Art nouveau y devient le moyen d'expression d'un régionalisme revendiqué. Émile Gallé, Daum Frères, Jacques Grüber et bien d'autres, créent l' École de Nancy.

Ces créateurs authentiques sont vite rattrapés par le succès d'une mode dont ils sont (involontairement) les inspirateurs, et qui triomphe à l' Exposition universelle de Paris en 1900, notamment dans une bimbeloterie envahissante (dénoncée par Bing et van de Velde) qui ternit pendant longtemps la mémoire de l'Art nouveau.