Apocryphes bibliques

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On qualifie généralement d’apocryphe (du grec ἀπόκρυφος / apókryphos, « caché ») un écrit « dont l'authenticité n'est pas établie » (Littré). Cependant dans le domaine biblique l'expression désigne, à partir de la construction des canons, un écrit considéré par les autorités religieuses comme non authentique. L'acception du terme a pu être interprétée de différentes façons ; ainsi, Jérôme nommait « apocryphes » les livres deutérocanoniques de l’Ancien Testament et les considérait comme non canoniques. Le qualificatif « apocryphes » est donné par les protestants à certains textes appelés deutérocanoniques par les catholiques, qui se trouvent dans la Septante et la Vulgate mais pas dans la Bible hébraïque. Les livres de l’Ancien Testament que les catholiques nomment « apocryphes », sont dits « pseudépigraphes » par les protestants.

Histoire de la notion

Apocryphes et pseudépigraphes

Analysant des apocryphes chrétiens, l'historien Simon Claude Mimouni souligne le fait qu'ils ont, à l'origine, une légitimité égale à celle des textes canoniques : « D'un point de vue historique, il convient de ne surtout pas considérer les récits canoniques comme supérieurs aux récits apocryphes. À l'époque de leur rédaction - vers la fin du Ier siècle et durant tout le IIe siècle - les uns et les autres avaient très certainement le même statut théologique[1] », jusqu'au moment où le Canon a été fixé. « C'est au sein d'une diversité doctrinale foisonnante – en partie gommée par la canonisation – que les récits apocryphes ont fleuri soit pour s'opposer à certaines tendances marginales (qui deviendront hétérodoxes), soit pour défendre certaines tendances majoritaires (qui deviendront orthodoxes)[1] ».

Certains apocryphes sont précieux pour étudier les formes littéraires comme le contexte de production des œuvres canoniques et pour connaître les mouvements religieux dissidents du judaïsme et du christianisme anciens.

Origène confond les deux notions :

« […] qui sont mis sous le nom des saints entendant par saints les personnages bibliques, et qui sont en dehors des « Écritures canoniques ». […] Nous n'ignorons pas, dit-il, que beaucoup de ces écritures secrètes ont été composées par des impies, de ceux qui font le plus haut sonner leur iniquité, et que les hérétiques font grand usage de ces fictions : tels les disciples de Basilide. En règle générale, nous ne devons pas rejeter en bloc, ce dont nous pouvons tirer quelque utilité pour l'éclaircissement des saintes Écritures. C'est la marque d'un esprit sage de comprendre et d'appliquer le précepte divin : « Éprouvez tout, retenez ce qui est bon » » (Origène, In Matth. Comm., Ser XXVIII, t XIII col 1637).

Le doute sur l'authenticité va de pair avec le doute sur l'inspiration et est à l'origine de la construction des canons par une autorité, car c'est le critère invoqué pour justifier de l'introduction ou du rejet d'un texte dans le canon. Le critère d'authenticité dépend donc, comme le montre Origène, de la confiance du lecteur à l'égard de cette autorité.

Les apocryphes sont toutefois à distinguer des pseudépigraphes, qui sont des œuvres dont on ne peut assurer l'origine, ou attribuées à une personne dont on sait qu'il est impossible qu'elle les ait écrites elle-même. L'exégèse moderne a montré que c'est le cas de plusieurs textes canoniques.

Livres deutérocanoniques (apocryphes dans le protestantisme)

Deutérocanonique (du grec δευτερος, deuxième) signifie « entré secondairement dans le canon », ce qui n'implique pas une hiérarchisation du degré d'inspiration.

L'Église catholique nomme apocryphes les textes qu'elle n'a pas retenus dans son canon tandis que les Églises issues de la Réforme les nomment pseudépigraphes. En ce qui concerne les écrits de l'Ancien Testament, elle nomme deutérocanoniques ceux que les Églises protestantes nomment apocryphes.

Cette différence tient au fait que le christianisme a d'abord tenu pour inspirée la Septante qui contient de nombreux livres qui n'étaient pas dans la Bible hébraïque. Au e siècle, les humanistes comme Didier Érasme et Jacques Lefèvre d'Étaples, ainsi que les protestants reviennent au texte hébreu là où Jérôme avait compilé les sources grecques et hébraïques. Catholiques et orthodoxes font valoir que le canon court, retenu par les Églises réformées, a été fixé par des docteurs juifs au synode de Jamnia, après l'apparition du christianisme et en réaction contre lui. Les livres deutérocanoniques du Nouveau Testament sont très généralement acceptés par les Églises chrétiennes. Voir l'article spécifique Livres deutérocanoniques

Recherche contemporaine

Chez les auteurs contemporains nous pouvons distinguer, sommairement, deux écoles quant à la compréhension de la notion d'apocryphes :

  • Les partisans d'une dichotomie entre apocryphes du Nouveau Testament et apocryphes de l'Ancien Testament.
  • Les partisans d'une distinction entre apocryphes juifs, parfois appelées écrits intertestamentaires, et apocryphes chrétiens.

Les premiers pourraient être qualifiés de plus « conservateurs » dans la mesure où l'utilisation de la notion d'apocryphes du Nouveau Testament est issue du travail de compilation des philologues des XVIIe-XIXe siècle, qui ont constitué des grandes éditions d'apocryphes du Nouveau Testament[2].

Un article de Éric Junod l'un des fondateurs de l'Association pour l'étude de la littérature apocryphe chrétienne ( AELAC) explique la raison du passage à l'appellation Littérature Apocryphe Chrétienne par rapport à celle d'apocryphes du Nouveau Testament [3]:

  • L'expression Apocryphes du Nouveau Testament laisse entendre que ces textes entretiennent un rapport étroit et nécessaire avec les textes du Nouveau Testament, rapport « qui peut être envisagé sous l'angle du plagiat, de la compétition, de l'opposition, du complément ou de l'errance [4]». Elle implique un présupposé théologique.
  • L'expression Apocryphes du Nouveau Testament rattache les apocryphes à un corpus « défini, stable et daté[5] ». Or les apocryphes ne constituent pas pour leur part un tel corpus, défini, stable et daté.
  • L'expression Apocryphes du Nouveau Testament rattache ces textes à des genres littéraires et pensées théologiques particuliers, ceux du Nouveau Testament. Or les apocryphes proposent des genres littéraires et des pensées théologiques plus divers.
  • L'expression Apocryphes du Nouveau Testament rattache ces textes à une littérature normative et sainte. Or tous les apocryphes ne sont pas nécessairement déterminés par cette littérature.
  • En entretenant l'idée que le rapport au Nouveau Testament est déterminant, l'expression Apocryphes du Nouveau Testament nuit à la lecture et à l'interprétation de ces textes.

L'expression Littéraire apocryphes chrétiennes est donc préférée par cette association à Apocryphes du Nouveau Testament. Cette littérature est définie sommairement dans la présentation de l'association[6] :

« L'Association pour l'étude de la littérature apocryphe chrétienne, fondée en 1981, a pour but l'édition critique, la traduction et le commentaire de tous les textes pseudoépigraphiques ou anonymes d'origine chrétienne qui ont pour centre d'intérêt des personnages apparaissant dans les livres bibliques ou qui se rapportent à des événements racontés ou suggérés par ces livres.

L'Association regroupe tous les chercheurs qui préparent l'édition d'un écrit apocryphe pour la Series apocryphorum du Corpus christianorum »

À l'inverse certains chercheurs, notamment dans le monde germanophone, refusent une définition aussi large de la notion d'apocryphes. Pour eux, le principal problème d'une telle définition est la confusion avec d'autres genres littéraires de l'Antiquité chrétienne, et notamment le genre hagiographique[7].

Les membres de cette école se rapprochent alors de la notion d'« Apocryphes du Nouveau Testament », telle qu'on la trouve définie dans les travaux précurseurs de Fabricius, Tischendorf et James[8]. Ainsi le rapport entre textes canoniques et textes apocryphes est décrit par Jens Schröter[9] de la manière suivante :

« À l'intérieur de ces écrits nous n'avons pas affaire à des « textes concurrents » du Nouveau Testament, mais à des mises à jour (Fortschreibungen) et à des enjolivements de (Ausmalungen) de la substance (Stoffen) que l'on retrouve dans les textes devenus canoniques (die in den kanonisch werdenden Texten begegnen) »

On perçoit dans cette définition une relation avec les textes du Nouveau Testament que refusent les tenants de l'appellation Littérature apocryphe chrétienne. Ainsi, les tenants de l'appellation Apocryphes du Nouveau Testament maintiennent pour les apocryphes la quadripartition Évangiles / Lettres apostoliques / Actes d'Apôtres / Littérature apocalyptique[10].

Voilà donc une définition de la notion d'apocryphes par un membre de cette école[11] :

« « Apocryphe » est une désignation qui est utilisée pour ces textes (situés) dans les éditions modernes de textes non canoniques du christianisme antique, qui ne se retrouvent pas dans le canon du Nouveau Testament, mais qui sont nés en partie en parallèle à sa formation [au canon du Nouveau Testament[12]] et qui ne se laissent pas incorporer à d'autres corpus — comme notamment la littérature « scientifique » ou apologétique des Pères de l'Église ou des prétendus « Pères Apostoliques » — ou bien de façon moins sensée. »

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