Antoine de Saint-Exupéry

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Antoine de Saint-Exupéry
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Antoine de Saint-Exupéry au Canada en mai 1942.

Nom de naissance Antoine Jean-Baptiste Marie Roger de Saint-Exupéry [1]
Alias
Saint-Ex
Naissance
Lyon ( France)
Décès (à 44 ans)
au large de Marseille ( France)
Activité principale
écrivain, aviateur et poète
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture Français
Genres

Œuvres principales

Signature de Antoine de Saint-Exupéry

Antoine de Saint-Exupéry [Note 1], né le à Lyon [1] et disparu en vol le en mer, au large de Marseille, mort pour la France, est un écrivain, poète, aviateur et reporter français.

Né dans une famille issue de la noblesse française [Note 2], Antoine de Saint-Exupéry passe une enfance heureuse marquée par la mort prématurée de son père, puis d'un frère. Élève rêveur, il obtient cependant son baccalauréat en 1917. Après son échec au concours de l' École navale, il s'oriente vers les beaux-arts et l'architecture. Devenu pilote durant son service militaire en 1922, il est engagé en 1926 par la compagnie Latécoère (future Aéropostale). Il transporte le courrier de Toulouse au Sénégal puis rejoint l' Amérique du Sud en 1929. Parallèlement il devient écrivain. Il publie, en s'inspirant de ses expériences d'aviateur, ses premiers romans : Courrier sud en 1929 et surtout Vol de nuit en 1931, qui rencontre un grand succès.

À partir de 1932 Saint-Exupéry se consacre au journalisme et aux raids aériens. Il entreprend de grands reportages au Viêt Nam en 1934, à Moscou en 1935, en Espagne en 1936, qui nourriront sa réflexion sur les valeurs humanistes. Terre des hommes, publié en 1939, reçoit le grand prix de l' académie française.

En 1939, il sert dans l' armée de l'air, affecté à une escadrille de reconnaissance aérienne. À l' armistice, il quitte la France pour New York avec l'objectif de faire entrer les Américains dans la guerre et devient l'une des voix de la Résistance. Rêvant d'action, il rejoint enfin, au printemps 1944, en Sardaigne puis en Corse, une unité chargée de reconnaissances photographiques en vue du débarquement de Provence. Il disparaît en mer avec son avion un Lockheed P-38 Lightning lors de sa mission du . Son avion a été retrouvé, au large de Marseille et formellement identifié le .

Le Petit Prince, écrit à New York pendant la guerre, est publié avec ses propres aquarelles en 1943 à New York et en 1946 chez Gallimard, en France. Ce conte plein de charme et d'humanité devient très vite un immense succès mondial.

Biographie

Jeunesse et formation

Immeuble de Lyon où Antoine de Saint-Exupéry est né en 1900.

Fils du vicomte Martin Louis Marie Jean de Saint Exupéry (1863-1904), 37 ans et sans profession [1], et de Andrée Marie Louise Boyer de Fonscolombe, 25 ans [1], Antoine Jean-Baptiste Marie Roger de Saint Exupéry naît le 29 juin 1900 au 8, rue du Peyrat, dans le 2e arrondissement de Lyon dans une famille issue de la noblesse française [1].

Il partage une enfance heureuse avec ses quatre frères et sœurs. Mais en 1904, son père meurt, terrassé par une hémorragie cérébrale à seulement 41 ans, en gare de Foux. Marie de Saint-Exupéry éduque ses cinq enfants : Marie-Madeleine, dite « Biche », Simone, dite « Monot », Antoine, dit « Tonio », François et Gabrielle, dite « Didi ». Elle est aidée par la gouvernante autrichienne Paula Hentschel (1883-1965), qui restera auprès d'eux jusqu'à ce qu'ils deviennent grands. Dans son roman Pilote de guerre, l'auteur lui rendra hommage en ces termes : « Je remontais dans ma mémoire jusqu’à l’enfance, pour retrouver le sentiment d’une protection souveraine. Il n’est point de protection pour les hommes. Une fois homme on vous laisse aller… Mais qui peut quelque chose contre le petit garçon dont une Paula toute-puissante tient la main bien enfermée ? Paula, j’ai usé de ton ombre comme d’un bouclier… » [2].

La mère d'Antoine vit mal ce veuvage prématuré. Son naturel optimiste lui permet de faire face à ses obligations. D'une sensibilité à fleur de peau, artiste (elle pratique la peinture [3]), elle tisse avec Antoine des liens privilégiés et lui offre une excellente éducation, chose difficile à l'époque pour une femme seule. Elle transmet à son fils adoré des valeurs qu'il conservera toute sa vie : honnêteté, respect d'autrui, sans exclusivité sociale. Femme exceptionnelle, elle consacre sa vie à ses enfants, avec un humanisme que Saint-Exupéry a cultivé tout au long de ses voyages [réf. nécessaire].

Jusqu'à dix ans, il passe son enfance entre le château de La Môle dans le Var, propriété de sa grand-mère maternelle et le château de Saint-Maurice-de-Rémens dans l' Ain, propriété de sa tante Madame Tricaud.

En 1908, il entre en classe de huitième chez les frères des Écoles chrétiennes, à Lyon. À la fin de l'été 1909, Marie de Saint-Exupéry s'installe avec ses enfants au Mans pour se rapprocher de sa belle-famille. Antoine entre au collège jésuite de Notre-Dame de Sainte-Croix le 7 octobre suivant. Élève médiocre, surtout indiscipliné et rêveur, il est attiré par l'ailleurs, le lointain, l'aventure, cherchant depuis l'enfance à échapper à son milieu aristocratique [4].

En 1912, il passe les grandes vacances à Saint-Maurice-de-Rémens. Fasciné par les avions, il se rend souvent à vélo à l’aérodrome d' Ambérieu-en-Bugey, situé à quelques kilomètres et y reste des heures à interroger les mécaniciens sur le fonctionnement des appareils. Un jour, il s'adresse au pilote Gabriel Salvez, assurant que sa mère l'a autorisé à effectuer un baptême de l'air. Il fait donc son baptême sur un Berthaud Wroblewski [5], [6], avion fabriqué à Villeurbanne par l'industriel lyonnais Berthaud sur des plans de Pierre et Gabriel Wroblewski-Salvez. Il écrit un poème témoignant de sa nouvelle passion pour les avions :

Les ailes frémissaient sous le souffle du soir
Le moteur de son chant berçait l'âme endormie
Le soleil nous frôlait de sa couleur pâle.

Saint-Exupéry passe ainsi presque toute son enfance dans le château familial, entouré de ses frères et sœurs. Alors que la Première Guerre mondiale éclate, Marie de Saint-Exupéry est nommée infirmière-chef de l'hôpital militaire d' Ambérieu-en-Bugey. Elle fait venir ses enfants près d'elle. Ses deux fils, Antoine et François, intègrent en tant qu'internes le collège jésuite de Notre-Dame de Mongré, à Villefranche-sur-Saône. Le jeune Antoine peut donc enfin se consacrer à l'écriture, avec brio, puisqu'il remporte le prix de narration du lycée pour l'une de ses rédactions [7].

À la rentrée scolaire de 1915, Marie de Saint-Exupéry, toujours en poste à Ambérieu-en-Bugey, estime que ses fils ne se plaisent pas vraiment chez les pères jésuites de Mongré. Soucieuse de protéger ses enfants et de favoriser leur développement, elle les inscrit chez les frères marianistes de la Villa Saint-Jean à Fribourg, en Suisse. En rapport étroit avec le collège Stanislas de Paris, ce collège a développé une méthode d'éducation moderne basée sur la créativité. Antoine y retrouve Louis de Bonnevie, dont la famille est voisine et amie de la sienne à Lyon. Il noue avec lui ainsi qu’avec Marc Sabran et Charles Sallès une amitié profonde et durable [8].

En 1917, il obtient son baccalauréat malgré des résultats scolaires peu brillants. L'élève Saint-Exupéry est davantage à l'aise dans les matières scientifiques que littéraires. Au cours de l'été, souffrant de rhumatismes articulaires [7], François, le frère cadet d'Antoine, le compagnon de jeux et le confident, meurt d'une péricardite. Attristé par la mort de son frère, Saint-Exupéry vivra cet évènement comme le passage de sa vie d'adolescent à celle d'adulte.

La guerre aussi l'inspire. Il réalise des caricatures de soldats prussiens et de leurs casques à pointe, de l'empereur et du Kronprinz. Il écrit aussi quelques poèmes :

Parfois confusément sous un rayon lunaire,
Un soldat se détache incliné sur l'eau claire ;
Il rêve à son amour, il rêve à ses vingt ans !
Printemps de guerre

En 1919, Antoine échoue au concours de l' École navale (ses résultats dans les branches scientifiques sont très bons, mais ceux des branches littéraires insuffisants) et s'inscrit en tant qu'auditeur libre en architecture à l' École nationale supérieure des beaux-arts. À la mort de la tante Tricaud, en 1920, Marie hérite du château de Saint-Maurice où elle s’installe. Ses revenus sont modestes, elle subvient aux besoins de ses enfants en vendant les terres attenantes au château [3]. Antoine bénéficie alors de l'hospitalité de sa cousine Yvonne de Lestrange et accepte également plusieurs petits emplois : avec son ami Henry de Ségogne, il sera notamment figurant durant plusieurs semaines dans Quo Vadis, un opéra de Jean Noguès. En 1918, il avait fait la connaissance de Louise de Vilmorin, qui lui inspire des poèmes romantiques.

Je me souviens de toi comme d'un foyer clair
Près de qui j'ai vécu des heures, sans rien dire
Pareil aux vieux chasseurs fatigués du grand air
Qui tisonnent tandis que leur chien blanc respire.
À mon amie

Cette période lui inspire des poèmes, des sonnets et des suites de quatrains (Veillée, 1921) montrant qu'il vit une période difficile ; il se trouve alors sans projet de vie et sans avenir. Certains de ses poèmes sont calligraphiés et enluminés de dessins à l' encre de Chine. Il offre deux de ses cahiers de poésie à son ami Jean Doat [9].

Dans l’aviation

Immeuble de Strasbourg où Antoine de Saint-Exupéry vécut en 1921.
Monument commémoratif à Tarfaya, escale de l' Aéropostale.

Passage dans l'Armée de l'air

En avril 1921, il débute son service militaire de deux années en tant que mécanicien au 2e régiment d’aviation de Strasbourg. En juin, il prend des cours de pilotage civil à ses frais [10].

Le 9 juillet son moniteur, Robert Aéby, le lâche pour un tour de piste. Seul aux commandes de son avion-école, il se présente trop haut pour l'atterrissage. Remettant les gaz trop brusquement, il cause un retour au carburateur. Croyant que le moteur a pris feu il ne s'affole pas, fait un second tour de piste et atterrit en beauté. Son moniteur valide sa formation [11]. Néanmoins, il laisse le souvenir d’un aviateur parfois distrait, oubliant tantôt de rentrer son train d’atterrissage, tantôt de brancher ses instruments de bord, se perdant dans l’immensité du ciel [12]. Le surnom de « Pique la Lune » lui est ainsi resté, non seulement en raison de son nez en trompette mais aussi d’une tendance certaine à se replier dans son monde intérieur [12].

Titulaire du brevet de pilote civil, il est admis à suivre les cours de pilote militaire. La base aérienne de Strasbourg ne dispose pas d'école de pilotage. Le 2 août 1921, il est affecté au 37e régiment d’aviation au Maroc, à Casablanca, où il obtient son brevet de pilote militaire, le 23 décembre 1921 [13].

En janvier 1922, il est à Istres et promu caporal.

Reçu le 3 avril 1922 au concours d'élève officier de réserve ( EOR), il suit des cours d’entraînement à Avord, qu'il quitte pour la base aérienne de Versailles, en région parisienne. Il vole à Villacoublay [14]. Le 10 octobre 1922, il est nommé sous-lieutenant ; puis breveté observateur d'aviation, le 4 décembre 1922.

Pendant ses loisirs, il réalise des croquis de ses copains de chambrée au crayon mine de charbon et à l’encre turquoise. Ses dessins sont regroupés dans son cahier Les Copains.

En octobre il choisit son affectation au 34e régiment d’aviation, au Bourget. Au printemps 1923, le 1er mai, il est victime de son premier accident d’avion au Bourget : fracture du crâne. Après ce grave accident, il est démobilisé, le 5 juin 1923. Pourtant, il envisage toujours d’entrer dans l'armée de l’air, comme l’y encourage le général Joseph Barès. Mais la famille de Louise de Vilmorin, sa fiancée, s’y oppose. Commence pour lui une longue période d’ennui : il se retrouve dans un bureau comme contrôleur de fabrication au Comptoir de Tuilerie, une filiale de la Société générale d’Entreprise. En septembre, c’est la rupture des fiançailles avec Louise.

En 1924, Saint-Exupéry travaille dans l’ Allier ainsi que dans la Creuse comme représentant de l’usine Saurer qui fabrique des camions (il n’en vendra qu’un seul en une année et demie). Il se lasse, donne sa démission. En 1924, il commence une œuvre en prose, Manon, danseuse. En 1925, son poème intitulé La Lune montre une inspiration farfelue ; la suite poétique L'Adieu est écrite la même année :

Il est minuit — je me promène
Et j’hésite scandalisé
Quel est ce pâle chimpanzé
Qui danse dans cette fontaine ?
La Lune, 1925

Pilote à l'Aéropostale

En 1926, il est engagé par Didier Daurat, directeur de l’exploitation des lignes de la compagnie Latécoère (future Aéropostale) et rejoint l' aéroport de Toulouse - Montaudran pour effectuer du transport de courrier sur des vols entre Toulouse et Dakar. Il rédige alors une nouvelle (« L'évasion de Jacques Bernis »), dont sera tiré « L'Aviateur », publié dans la revue d’ Adrienne Monnier, Le Navire d’argent (numéro d'avril), où travaille son ami Jean Prévost. À Toulouse, il fait la connaissance de Jean Mermoz et de Henri Guillaumet. Au bout de deux mois, il est chargé de son premier convoyage de courrier sur Alicante.

Consuelo de Saint-Exupery

Fin 1927, il est nommé chef d’escale à Cap Juby au Maroc avec pour mission d’améliorer les relations de la compagnie avec les dissidents maures d’une part et avec les Espagnols d’autre part. Il va y découvrir la brûlante solitude et la magie du désert [15]. En 1929, il publie chez Gallimard son premier roman, Courrier sud, dans lequel il raconte sa vie et ses émotions de pilote.

En septembre 1929, il rejoint Mermoz et Guillaumet en Amérique du Sud pour contribuer au développement de l’ Aéropostale jusqu’en Patagonie. En 1930, il utilise la bibliothèque de son ami Paul Dony pour commettre divers sonnets inspirés d’autres poètes mais qui sont autant d’exercices de virtuosité poétique. En 1931, il publie son second roman, Vol de nuit, un immense succès, dans lequel il évoque ses années en Argentine et le développement des lignes vers la Patagonie. Le 22 avril 1931, il se marie à Nice [1] avec Consuelo Suncin Sandoval de Gómez (décédée en 1979), à la fois écrivaine et artiste salvadorienne.

Pilote de raids et journaliste

À partir de 1932, alors que la compagnie, minée par la politique, ne survit pas à son intégration dans Air France, il subsiste difficilement, se consacrant à l’écriture et au journalisme. Saint-Exupéry demeure pilote d’essai et pilote de raid en même temps qu’il devient journaliste pour de grands reportages.

Saint-Ex dans le Sahara, 31 décembre 1935

Reporter pour Paris-Soir, il voyage au Viêt Nam en 1934 et à Moscou en 1935. Le , accompagné de son mécanicien André Prévot, il tente un raid Paris- Saïgon à bord d'un Caudron-Renault Simoun, pour battre le record d' André Japy qui quelques jours plus tôt a relié Paris à Saïgon en 3 jours et 15 heures. Vers 3 heures du matin le , l'avion heurte un plateau rocheux alors que Saint-Exupéry avait volontairement diminué son altitude pour tenter de se repérer [16]. Les deux aviateurs sont indemnes mais perdus dans le désert Libyque, en Égypte. Ils connaissent alors trois jours d'errance [17] sans eau ni vivres avant un sauvetage inespéré [Note 3].

En 1936, Saint-Exupéry est envoyé comme reporter en Espagne pour couvrir la guerre civile. Il révèle alors des exactions commise par des républicains espagnols [18]. De tous ces voyages, il accumule une très importante somme de souvenirs, d’émotions et d’expériences, qui lui servent à nourrir sa réflexion sur le sens à donner à la condition humaine. Sa réflexion aboutit à l’écriture de Terre des hommes, qui est publié en 1939. L’ouvrage est récompensé par le prix de l’ Académie française. C’est dans ce roman que l’on trouve la célèbre phrase prononcée par Henri Guillaumet après son accident dans les Andes : « Ce que j’ai fait, je te le jure, jamais aucune bête ne l’aurait fait » [19].

À l'hôtel de ville de Montréal.
À gauche, son éditeur Bernard Valiquette ; et le maire suppléant Paul Leblanc
Saint-Exupéry et Marcel Peyrouton, Tunis, 1935

Puis c'est le raid de New-York à Punta Arenas, qui s'achève tragiquement par un violent accident au Guatemala, le 15 février 1938 [20], [21].

Guerre de 1939-1945

La campagne de France

En 1939, il sert comme capitaine dans l' Armée de l'air. Après un passage comme instructeur à Toulouse-Francazal, au Bataillon de l'air 101, il obtient sa mutation dans une escadrille de reconnaissance aérienne, le Groupe aérien de reconnaissance 2/33. L'unité est initialement positionnée à Orconte, près de Saint-Dizier, avant de se déplacer avec la ligne de front.

Le 23 mai 1940, il survole Arras alors que les chars allemands envahissent la ville : bien que son avion Bloch 174 soit criblé de balles par la DCA allemande, il réussit à retourner à la base de Nangis avec son équipage sain et sauf ; ce qui lui vaut d'être récompensé de la Croix de guerre avec palme et cité à l’ordre de l’Armée de l’air le 2 juin 1940. Cet exploit lui inspirera le titre et la trame de Pilote de guerre [15].

Il est démobilisé à Perpignan, d'où il s'envole pour Alger, le 20 juin 1940 [22].

Départ pour New-York en 1940

Après l'armistice, il part en novembre 1940 pour New York, où il arrive le 31 décembre 1940. Il poursuit l'objectif de faire entrer en guerre les Américains. Considéré par certains comme pétainiste car non gaulliste, Saint-Exupéry a du mal à faire entendre sa voix.

Comme l’immense majorité des Français, il est au départ plutôt favorable à Vichy, qui lui semble représenter la continuité de l'État et qui représente une forme de cohésion nationale pour les Français souffrant de l'Occupation [23]. Il est donc plutôt méfiant envers le général de Gaulle, lui reprochant de nier la défaite militaire de la France [24].

De fait, il souhaite surtout protéger les Français et a surtout essayé de réconcilier les factions opposées ; lors de son appel radiophonique du 29 novembre 1942 depuis New York, soit trois semaines après le débarquement allié en Afrique du Nord, il lance : « Français, réconcilions-nous pour servir »; Il tente aussi de repousser l' épuration qui se prépare [25].

Il reste alors incompris, il est trop tard : le moment est celui de l'affrontement général. Cependant, selon des archives américaines [26], il semblerait que les services secrets américains aient envisagé de le pousser en lieu et place du général de Gaulle.

En janvier 1941, il est nommé par le maréchal Pétain au Conseil national, l'assemblée consultative de Vichy, sans le prévenir. Antoine de Saint-Exupéry publie alors deux communiqués, où il refuse cette appartenance [24].

En mai 1942, il séjourne au Canada dans la famille De Koninck, rue Sainte-Geneviève, dans le vieux- Québec [27]. Alors que son séjour devait durer quelques jours, il passe finalement près de cinq semaines au Québec à cause de problèmes de visa. Gardant pour mission de faire entrer les Américains dans la guerre, il publie à New York en février 1942 Pilote de guerre pour rappeler aux Américains combien la bataille de France avait été dure.

Au sommet des ventes, ce livre fera beaucoup pour sensibiliser l'opinion américaine au conflit européen.

Retour à l'Armée de l'air en Afrique du nord

Avant de repartir au combat, il confie à Sylvia Hamilton, rencontrée en 1942 [28] un dernier manuscrit écrit à New-York : le conte poétique et philosophique Le Petit Prince [15].

Il ne pense qu'à retourner dans l'action. Pour lui, tout comme du temps de l' Aéropostale, seuls ceux qui participent aux événements peuvent en témoigner. En avril 1943, bien que considéré par les Alliés comme un pilote trop âgé pour un avion de combat, il reprend du service actif dans l'aviation en Tunisie grâce à ses relations et aux pressions du commandement français.

Toujours dans la reconnaissance aérienne, il effectue quelques missions. Plusieurs incidents le placent « en réserve de commandement », étant donné son âge et son mauvais état de santé général, consécutifs à ses accidents aériens. Il séjourne alors en Algérie, au Maroc, puis en Algérie de nouveau. Au printemps 1944, le commandant en chef des forces aériennes en Méditerranée, le général américain Eaker, l'autorise à rejoindre une unité combattante. Il retrouve le prestigieux groupe 2/33, alors basé à Alghero, en Sardaigne, avec le grade de commandant. Il effectue plusieurs vols, émaillés de pannes et d'incidents.

Dernier vol le 31 juillet 1944

Le 17 juillet 1944, le 2/33 s'installe à Borgo, non loin de Bastia, en Corse.

Le Saint-Exupéry décolle de l' aéroport voisin de Poretta. Il vole aux commandes du F-5B-1-LO, version photo du bimoteur P-38 Lightning. Quittant le terrain à h 25 du matin, pour une mission de cartographie, il met le cap sur la vallée du Rhône, devant ensuite passer par Annecy et faire retour par la Provence). Sa mission consiste en une série de reconnaissances photographiques afin de tracer des cartes précises du pays, fort utiles au tout prochain débarquement en Provence, prévu pour le 15 août.

Il est seul à bord, son avion n'est pas armé et emporte du carburant pour six heures de vol. À h 30, il se signale par son dernier écho radar. La mission démarre. Saint-Exupéry ne revient pas ; le temps de carburant étant écoulé, il est porté disparu. La mémoire de « Saint-Ex » est célébrée solennellement à Strasbourg le 31 juillet 1945. En 1948, il est reconnu «  Mort pour la France ».

Après la disparition de son fils, Marie de Saint-Exupéry se réfugie dans la prière, écrit des poèmes où elle parle de son fils et s'attache à faire publier ses écrits posthumes [29].

Le mystère de sa mort

Longtemps perdue, l'épave de l'avion de Saint-Exupéry a été identifiée en 2008, certifiant de la sorte le lieu de sa mort. Pour autant, en dépit de cette découverte essentielle, les circonstances de cette mort n'ont pu être éclaircies. L'hypothèse la plus probable est que son avion ait été abattu par un chasseur allemand. Elle n'est étayée d'aucune preuve. D'autres hypothèses se présentent.

Le , au Journal officiel, le commandant Antoine de Saint-Exupéry est cité à l'ordre de l'armée aérienne à titre posthume, pour avoir « prouvé, en 1940 comme en 1943, sa passion de servir et sa foi en le destin de la patrie », et « trouvé une mort glorieuse, le 31 juillet 1944, au retour d'une mission de reconnaissance lointaine sur son pays occupé par l'ennemi ».

Les multiples hypothèses quant aux circonstances de la mort de l'aviateur, sans cesse évolutives depuis 1944, forment un mystère.

L'identification du Lightning de Saint-Exupéry en 2008

En 2000, des morceaux de son appareil, soit une jambe du train d'atterrissage gauche, des éléments de carlingue (partie gauche d'une des deux poutres de cet avion aux lignes très particulières) sont retrouvés en Méditerranée au large de Marseille, face nord-est de l' île de Riou (archipel du même nom) par le plongeur professionnel marseillais Luc Vanrell [30].

Deux années plus tôt, le 7 septembre 1998, un patron pêcheur marseillais, Jean-Claude Bianco, assisté de son second, le marin Habib Benhamor, avait fortuitement remonté dans ses filets une gourmette en argent oxydée par un long séjour sous-marin et sur laquelle était gravée l'identité d'Antoine de Saint-Exupéry.

Ces découvertes localisent avec précision la zone de disparition du commandant Antoine de Saint-Exupéry.

Remontés à la surface entre le 1er et le , les vestiges de l'avion tant recherché sont formellement identifiés, le samedi 27 septembre 2003, par l'association Aéro-Re.L.I.C. (équipe composée de Philippe Castellano, Brian Cyvoct et Christian Vigne) grâce à un numéro matricule retrouvé gravé par le constructeur (Lockheed, Californie) de l'appareil. Les pièces du Lightning F-5B # 42-69223 sont désormais exposées au musée de l'air et de l'espace du Bourget, dans un espace consacré à l'écrivain aviateur.

p. 38 Lightning
F-5 Lightning à bord duquel Antoine de Saint-Exupéry a disparu le 31 juillet 1944 (reconstitution).

Ces éléments ne permettent cependant pas de conclure définitivement sur les circonstances de sa mort.

La simulation informatique de l’accident – à partir des pièces déformées – montre un piqué dans l'eau, presque à la verticale et à grande vitesse. Panne technique, malaise du pilote, attaque aérienne ou autre : la cause du piqué n'est pas éclaircie. Au grand dam de ses proches, l'hypothèse du suicide est même évoquée [réf. nécessaire] ; Saint-Exupéry est diminué physiquement (il ne pouvait fermer seul la verrière de son appareil), désespéré par le monde qu'il voyait s'annoncer. Ses derniers écrits conforteraient cette hypothèse, avec leur ton franchement pessimiste, par exemple les dernières lignes d’une lettre adressée à Pierre Dalloz, écrite la veille de sa mort :

Si je suis descendu, je ne regretterai absolument rien. La termitière future m’épouvante. Et je hais leur vertu de robots. Moi, j’étais fait pour être jardinier.
Île de Mainau, lac de Constance, Allemagne.
« Être homme, c'est précisément être responsable. »

Le chasseur allemand Robert Heichele

En 1950, un pasteur d' Aix-la-Chapelle, ancien officier de renseignements dans la Luftwaffe, témoigne avoir appris, le 31 juillet 1944, qu'un P-38 Lightning avait été abattu en Méditerranée par un Focke-Wulf allemand. Puis, en 1972, surgit dans une revue allemande à caractère historico-fictionnel le témoignage "posthume" d'un jeune officier allemand, l' aspirant Robert Heichele, qui aurait fait feu sur le Lightning depuis son appareil, un Focke-Wulf 190, vers midi, au-dessus de Castellane dans le département des Alpes-de-Haute-Provence.

Heichele fut à son tour abattu en août 1944, échappa à la mort, fut très grièvement blessé en ayant essayé d’atterrir à Avignon, son avion en flammes. Le malheureux pilote sera finalement tué dans l'ambulance dans laquelle il se trouvait, mitraillée par la chasse alliée lors de la retraite par la vallée du Rhône. Bien que Robert Heichele ait effectivement existé, son rôle dans la mort de Saint-Exupéry est définitivement écarté. Le pseudo-témoignage provient de l'imagination d'un passionné allemand. Ce dernier s'excusera peu après d'avoir exposé cette théorie. [réf. nécessaire]

Gourmette de Saint-Exupéry retrouvée en 1998.

Le Lightning de Carqueiranne

Dans les années 1990, un autre témoignage surgit tardivement. Une habitante de Carqueiranne, madame Simone Boudet, aurait vu, le jour fatidique du dernier vol, le Lightning se faire abattre. La mer aurait ensuite rejeté le corps d'un soldat sur la plage, lequel aurait été enterré anonymement dans le cimetière de la commune. [réf. nécessaire]

Pour savoir si ce corps est la dépouille de Saint-Exupéry, il faudrait l'exhumer pour procéder à des comparaisons avec l' ADN des membres de sa famille, lesquels s'y montrent opposés. D'autant que, d'après des témoignages locaux [réf. nécessaire] les débris de vêtements militaires portés par la dépouille auraient été allemands. Il existe au moins trois épaves d'avions de guerre allemands dans cette baie, à différentes profondeurs.

L'aveu du chasseur allemand Horst Rippert

La plus probable hypothèse remonte à mars 2008. Un ancien pilote de la Luftwaffe, sur Messerschmitt Bf 109, Horst Rippert, affirme dans le journal La Provence avoir abattu un avion de type P-38 lightning, précisément le 31 juillet 1944, dans la zone où se trouvait Saint-Exupéry [31].

En mission pour retrouver un avion ennemi qui survolait la région d' Annecy, Horst Rippert tourna plusieurs minutes au-dessus de la Méditerranée sans rien repérer. Soudain, un avion allié le croisa, 3 000 mètres au-dessous de lui [32].

Horst Rippert tira et toucha l'autre appareil. Ce dernier s'enflamma et tomba à pic dans la Méditerranée. « Si j'avais su qui était assis dans l'avion, je n'aurais pas tiré. Pas sur cet homme. », déclara Horst Rippert, qui admirait l'écrivain [33]. Après la guerre Horst Rippert, par ailleurs frère d' Ivan Rebroff (décédé en février 2008, soit peu avant cette révélation), s'était reconverti dans le journalisme et dirigeait le service des sports de la ZDF.

Aucune preuve ne vient étayer ce témoignage.

La mort après le crash du Ligthning

En 2017, quatre auteurs envisagent une nouvelle piste : ayant survécu à la chute de son appareil, Saint-Exupéry serait, assez vite, mort en captivité [34].

Cette nouvelle piste ajoute une nouvelle variante sur les circonstances de sa mort, qui resteront sans doute encore longtemps sans aucune certitude.

Chacune de ces « révélations » relance l'intérêt aussi bien des spécialistes que du grand public, pour le « mystère Saint-Ex ».

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