Anschluss

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L’Anschluss[a] ou Anschluß[b] désigne l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie.

Les événements de 1938 ont marqué le point culminant des pressions transnationales pour unifier les populations allemandes et autrichiennes au sein d’une même nation. Dans les années qui précédèrent l’Anschluss, l’Allemagne nazie avait soutenu le parti nazi autrichien dans sa tentative de conquérir le pouvoir et de doter l’Autriche d’un gouvernement nazi. Totalement attaché à l’indépendance de son pays, mais soumis à des pressions grandissantes, le chancelier autrichien, Kurt Schuschnigg, tenta d’organiser un référendum pour demander à la population autrichienne si elle souhaitait rester indépendante ou être incorporée à l’Allemagne.

Alors que le chancelier espérait un résultat favorable au maintien de l’indépendance de l’Autriche, le parti nazi autrichien organisa un coup d'État, planifié de longue date, le , peu avant le référendum, qui fut annulé. Le pouvoir ayant été transféré à l’Allemagne, les troupes de la Wehrmacht entrèrent en Autriche pour soutenir l’annexion, sans rencontrer la moindre opposition. Au cours du mois suivant, les nazis organisèrent un plébiscite, demandant au peuple de ratifier le rattachement de l’Autriche au Reich, qui, de facto, avait déjà eu lieu : 99 % des votes furent favorables à l'annexion.

Des partisans du chancelier Kurt Schuschnigg, en camion, arborant le drapeau du Front patriotique pendant la campagne référendaire des austrofascistes en mars 1938.

Si les Alliés de la Première Guerre mondiale étaient, en théorie, responsables du respect des termes du traité de Versailles et du traité de Saint-Germain-en-Laye, qui prohibaient une union entre l’Allemagne et l’Autriche, l'Anschluss ne suscita que peu de protestations de la France ou du Royaume-Uni, protestations qui furent d'ailleurs uniquement diplomatiques et n'eurent aucun effet.

L’Anschluss fut une des étapes majeures dans la création, voulue depuis longtemps par Adolf Hitler, d’un Reich regroupant les pays et territoires germanophones. Avant l’Anschluss, l’Allemagne avait déjà récupéré la Rhénanie et la Sarre après quinze années d’occupation par les troupes françaises. Après l’annexion de l’Autriche, elle s’empara du territoire des Sudètes, en Tchécoslovaquie, le reste du pays devenant le protectorat de Bohême-Moravie en 1939. Au cours de la même année, l’Allemagne annexa également le territoire de Memel, en Lituanie, ce qui constitua le dernier agrandissement territorial du Troisième Reich sans recours aux armes, avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

Démantèlement d'un poste frontalier quelques jours après l'invasion.

L'Anschluss entraîna une profonde « nazification » de la société autrichienne et l’Autriche cessa d’exister en tant qu’État indépendant jusqu’en 1945. Considérée comme « la première victime du nazisme » par les Alliés, l'Autriche fut dotée d'un gouvernement provisoire le , lors de sa libération par l'Armée rouge. Elle retrouva sa pleine souveraineté en 1955.

Les prémices

Articles connexes : Empire allemand et Austrofascisme.
La dissolution de l'Autriche-Hongrie.

Du XIXe siècle à la fin des années 1920

Le projet de regrouper tous les Allemands au sein d’un seul État fait l’objet de débats sans suite concrète depuis la fin du Saint-Empire romain germanique en 1806. En 1848, le Parlement de Francfort émet le vœu de rassembler tous les Allemands en un seul État national homogène, intégrant les Allemands autrichiens et rejetant la monarchie multinationale des Habsbourg[1]. En 1850, l'Autriche rejoint la confédération germanique dont elle est exclue par Otto von Bismarck en 1866, à la suite de la guerre austro-prussienne[1].

Dans les années qui suivent, le rattachement à l'Allemagne n'est soutenu en Autriche que par le Parti national allemand, qui reste minoritaire[1] et n'est pas soutenu par l'Allemagne : craignant que l'Autriche ne recherche à fonder une coalition anti-allemande, Bismarck adopte, à partir de 1870, une politique qui vise à rassurer Vienne et déclare, le , que les aspirations de la fraction qui œuvre à l'intégration des territoires allemands de la couronne autrichienne à l'Allemagne ne correspondent pas aux objectifs de sa politique[2]. L'Autriche se rapproche à nouveau de l'Allemagne en octobre 1879, lorsqu'elle conclut avec celle-ci un traité d'alliance militaire défensive : « François-Joseph devenait l'allié de Guillaume Guillaume Ier en attendant d'être, en 1914, « le brillant second » de Guillaume II »[3]. Cette confédération germanique sous une forme actualisée suscite des réserves en Autriche, à cause de la prépondérance de Berlin[4].

Du point de vue des idées, par contre, les idéologues völkisch, opposés à Bismarck, appellent de leurs vœux le rattachement de l'Autriche à l'Allemagne : ainsi, Paul de Lagarde voit dans l'Anschluss la première étape de la réalisation de la Mitteleuropa germanique, il propose même un plan précis d'union entre le Reich et la Double Monarchie, dont les premières étapes seraient un traité d'alliance indissoluble ; ensuite, le plan de Lagarde prévoit l'expulsion des populations non germaniques, envoyés dans des zones où elles seront confinées, la mise en place d'institutions communes, d'inspiration conservatrice, une union douanière et la possibilité d'une union personnelle[5].

Lorsque l’Empire austro-hongrois éclate à la suite de sa défaite lors de la Première Guerre mondiale, de nombreux Allemands et Autrichiens germanophones espèrent une unification des deux États, dans le cadre de la réorganisation de l’Europe : le traité de Versailles et celui de Saint-Germain, en son article 80, excluent explicitement la possibilité d’une unification entre l’Autriche et l’Allemagne sauf à obtenir l'accord de la Société des Nations[6],[7], les vainqueurs voulant maintenir les vaincus dans une situation d'impuissance militaire[8].

Toujours sous la pression des Alliés, le nom du nouvel État initialement dénommé, en , Deutsch-Österreich (république d'Autriche allemande) est transformé en Republik Österreich[7]. Les milieux politiques autrichiens sont divisés sur la question de l'unification : si certains sociaux-démocrates, emmenés par Otto Bauer, souhaitent une unification, les sociaux-chrétiens y sont opposés, notamment par crainte du protestantisme allemand[9]. En Allemagne, dès 1920, le programme du parti nazi exige la fusion de tous les Allemands dans une grande Allemagne, ce qui préfigure implicitement l'Anschluss ; en 1925, dans Mein Kampf, Adolf Hitler est nettement plus explicite :

« L'Autriche allemande doit revenir à la grande patrie allemande et ceci, non pas en vertu de quelconques raisons économiques. Non, non : même si cette fusion, économiquement parlant, est indifférente ou même nuisible, elle doit avoir lieu quand même. Un seul sang exige un seul Reich. »

— Adolf Hitler, Mein Kampf[10].

De 1930 à 1938

Le , le projet d'union douanière dit « plan Schober-Curtius » — du nom des ministres des Affaires étrangères autrichien Johann Schober et allemand Julius Curtius — est signé entre l'Allemagne et l'Autriche. La France s'y oppose. Le 3 septembre, les deux ministres annoncent officiellement à la commission des affaires européennes de la Société des Nations qu'ils y renoncent. Le , la Cour internationale de justice de La Haye, s'appuyant sur l'article 88 du traité de Saint-Germain-en-Laye et sur le protocole de Genève du 4 octobre 1922, condamne cette union douanière par 8 voix contre 7[11].

Article connexe : Guerre civile autrichienne.

Au cours des années 1930, les nazis autrichiens connaissent une notable progression sur le plan électoral, en passant de 112 000 voix aux élections de 1930 à 230 000 voix lors des élections partielles de 1932, dans les Länder de Vienne, Salzbourg et Styrie[12]. Maintenus dans l'opposition, ils se lancent dans une stratégie de tension et recourent au terrorisme, ce qui débouche, le , sur l'interdiction du parti nazi à la suite d'un attentat meurtrier contre des gymnastes catholiques[13]. Face aux tensions entre les socialistes, appuyés par leur milice, le Schutzbund, et les catholiques, eux aussi appuyés par une milice, les Heimwehren, le chancelier chrétien-social Engelbert Dollfuss établit, en mars 1933, une dictature cléricalo-fasciste à parti unique, connue sous le nom d'austrofascisme[14] : il ajourne le Parlement, dissout le Parti communiste et le parti nazi, et utilise les Heimwehren comme police auxiliaire pour écraser le soulèvement des socialistes viennois en [15] ; la répression fait un millier de morts et trois à quatre mille blessés[14].

Le , les nazis autrichiens tentent un coup d'État au cours duquel ils assassinent Dolfuss, assassinat vraisemblablement commandité par Adolf Hitler[16] ; la tentative de prise de pouvoir échoue, au grand dam de celui-ci, qui n'ose cependant intervenir en raison de la position de l'Italie fasciste, Benito Mussolini garantissant l'indépendance de l'Autriche[17].

Bien qu'il ait affirmé lors de la parution du premier volume de Mein Kampf, en 1925, que l'union de l'Allemagne et de l'Autriche était, pour les Allemands, « une tâche qu'ils [les Allemands] devaient s'employer à accomplir, par tous les moyens et tout au long de leur vie »[18], l'échec du putsch et l'attitude de l'Italie forcent Hitler à adopter une position publique conciliante et rassurante : dans l'important discours qu'il prononce devant les membres du Reichstag, le , Hitler affirme que l'Allemagne n'a ni l'intention, ni le désir de se mêler des affaires intérieures de l'Autriche, d'annexer l'Autriche ou de réaliser l'Anschluss[19]. L'absence de réaction des puissances alliées à l'entrée des troupes allemandes en Rhénanie, en mars 1936, permet à Hitler de renforcer la pression sur l'Autriche et de contraindre le successeur de Dolfuss, Kurt von Schuschnigg, à entamer avec Franz von Papen, ambassadeur à Vienne, des négociations visant à rapprocher les deux pays sous l'égide allemande[20].

De 1934 à 1938, Schuschnigg mène une intense mais prudente activité diplomatique afin de faire garantir l'indépendance de son pays par l'Italie, la France et le Royaume-Uni pendant que le chef d'état-major de l'armée autrichienne, Alfred Jansa, dresse des plans pour s'opposer militairement à une éventuelle agression allemande[21].

Si l'accord du réaffirme le maintien de l'indépendance de l'Autriche, celle-ci est désignée comme le second État allemand et elle s'engage à mener une politique extérieure conforme aux intérêts pangermaniques et à autoriser l'activité politique du parti nazi[22]. Au cours de l'été 1937, Hitler fait part à Joseph Goebbels de sa volonté de résoudre le problème autrichien par la force, non seulement pour des raisons idéologiques, stratégiques et militaires, mais aussi pour des motifs économiques, l'Autriche disposant d'importantes réserves d'or et de devises, de main-d'œuvre et de matières premières[23] ; ces motifs économiques expliquent le rôle majeur joué par Hermann Göring, ministre du Plan quadriennal, dans la préparation et l'exécution de l'Anschluss[24],[c]. Lors de la signature par Mussolini du pacte anti-Komintern, le , le Duce déclare à Joachim von Ribbentrop que les événements en Autriche peuvent suivre leur cours naturel : la souveraineté de l'Autriche a perdu son dernier garant[25], la France et le Royaume-Uni n'ayant pas montré d'intérêt pour la défense de l'indépendance autrichienne[26].

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