Anarchisme

Dans une manifestation à Londres le 9 novembre 2011 : « Dites tout simplement non au gouvernement autoritaire ».
 Ne doit pas être confondu avec Libertarianisme, Libéralisme ou Le Libertaire.
Le A cerclé, symbole de l'anarchisme.
Illustration du livre Le Principe anarchiste de Pierre Kropotkine (1913).
Étoile anarchiste.
Black Bloc : « Peu importe pour qui ils votent, nous sommes ingouvernables » (2008).

L'anarchisme est un courant de philosophie politique développé depuis le XIXe siècle sur un ensemble de théories et de pratiques anti-autoritaires [1] d'égalité sociale.

Le terme libertaire, souvent utilisé comme synonyme, est un néologisme créé en 1857 par Joseph Déjacque pour renforcer le caractère égalitaire.

Fondé sur la négation du principe d'autorité dans l' organisation sociale et le refus de toute contrainte découlant des institutions basées sur ce principe [2], l'anarchisme a pour but de développer une société sans domination et sans exploitation, où les individus-producteurs coopèrent librement dans une dynamique d' autogestion [3] et de fédéralisme.

Contre l'oppression, l'anarchisme propose une société basée sur la solidarité comme solution aux antagonismes, la complémentarité de la liberté de chacun et celle de la collectivité, l'égalité des conditions de vie et la propriété commune autogérée. Il s'agit donc d'un mode politique qui cherche non pas à résoudre les différences opposant les membres constituants de la société mais à associer des forces autonomes et contradictoires [4].

L'anarchisme est un mouvement pluriel qui embrasse l'ensemble des secteurs de la vie et de la société. Concept philosophique, c’est également « une idée pratique et matérielle, un mode d’être de la vie et des relations entre les êtres qui naît tout autant de la pratique que de la philosophie ; ou pour être plus précis qui naît toujours de la pratique, la philosophie n’étant elle-même qu’une pratique, importante mais parmi d’autres » [5].

En 1928, Sébastien Faure, dans La Synthèse anarchiste, définit quatre grands courants qui cohabitent tout au long de l'histoire du mouvement : l' individualisme libertaire qui insiste sur l' autonomie individuelle contre toute autorité ; le socialisme libertaire qui propose une gestion collective égalitaire de la société ; le communisme libertaire, qui de l'aphorisme «  De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins » créé par Louis Blanc, veut économiquement partir du besoin des individus, pour ensuite produire le nécessaire pour y répondre ; l' anarcho-syndicalisme, qui propose une méthode, le syndicalisme, comme moyen de lutte et d'organisation de la société [6].

Depuis, de nouvelles sensibilités se sont affirmées, telles l' anarcha-féminisme ou l' écologie sociale [7].

En 2007, l'historien Gaetano Manfredonia propose une relecture de ces courants sur base de trois modèles. Le premier, «  insurrectionnel », englobe autant les mouvements organisés que les individualistes qui veulent détruire le système autoritaire avant de construire, qu’ils soient bakouniniens ou partisans de la propagande par le fait. Le second, «  syndicaliste », vise à faire du syndicat et de la classe ouvrière, les principaux artisans tant du renversement de la société actuelle, que les créateurs de la société future. Son expression la plus aboutie est sans doute la Confédération nationale du travail pendant la révolution sociale espagnole de 1936. Le troisième est « éducationniste réalisateur » dans le sens où les anarchistes privilégient la préparation de tout changement radical par une éducation libertaire, une culture formatrice, des essais de vie communautaires, la pratique de l' autogestion et de l' égalite des sexes, etc. Ce modèle est proche du gradualisme d' Errico Malatesta et renoue avec « l’évolutionnisme » d' Élisée Reclus.

Pour Vivien Garcia dans L'Anarchisme aujourd'hui (2007), l'anarchisme « ne peut être conçu comme un monument théorique achevé. La réflexion anarchiste n'a rien du système. [...] L'anarchisme se constitue comme une nébuleuse de pensées qui peuvent se renvoyer de façon contingente les unes aux autres plutôt que comme une doctrine close » [8]

Selon l'historien américain Paul Avrich : « Les anarchistes ont exercé et continuent d'exercer une grande influence. Leur internationalisme rigoureux et leur antimilitarisme, leurs expériences d' autogestion ouvrière, leur lutte pour la libération de la femme et pour l'émancipation sexuelle, leurs écoles et universités libres, leur aspiration écologique à un équilibre entre la ville et la campagne, entre l'homme et la nature, tout cela est d'une actualité criante. » [9]

Définition et sens commun

Articles détaillés : Anarchie et Acratie.
Ordre et anarchie

« L'anarchie est le plus haut degré de liberté et d'ordre auquel l'humanité puisse parvenir. » Pierre-Joseph Proudhon [10]

« L'anarchie c'est l'ordre, et le gouvernement la guerre civile » Anselme Bellegarrigue [11]

« L'anarchie est la plus haute expression de l'ordre. » Élisée Reclus [12]

L'Anarchie, journal de l'ordre, édité par Anselme Bellegarrigue, premier numéro, avril 1850.

Le terme « anarchisme » et ses dérivés sont employés tantôt péjorativement, comme synonymes de désordre social dans le sens commun ou courant et qui se rapproche de l’ anomie, tantôt comme un but pratique, car l'anarchisme défend l'idée que l'absence d'une structure de pouvoir n'est pas synonyme de désorganisation sociale [13].

Les anarchistes rejettent en général la conception courante de l' anarchie (utilisée par les médias et les pouvoirs politiques). Pour eux, « l'ordre naît de la liberté » [14], [15], tandis que les pouvoirs engendrent le désordre. Certains anarchistes useront du terme «  acratie » (du grec « kratos », le pouvoir), donc littéralement « absence de pouvoir », plutôt que du terme « anarchie » qui leur semble devenu ambigu. De même, certains anarchistes auront plutôt tendance à utiliser le terme de «  libertaires » [16].

Pour ses partisans, l' anarchie n'est justement pas le désordre social. C’est plutôt le contraire, soit l'ordre social absolu [17], grâce notamment à la socialisation des moyens de production : contrairement à l'idée de possessions privées capitalisées, elle suggère celle de possessions individuelles ne garantissant aucun droit de propriété, notamment celle touchant l'accumulation de biens non utilisés [18]. Cet ordre social s'appuie sur la liberté politique organisée autour du mandatement impératif, de l' autogestion, du fédéralisme libertaire et de la démocratie directe. L'anarchie est donc organisée et structurée : c'est l'ordre moins le pouvoir [19].