Anarchie

Le « A » cerclé est un symbole de l’ anarchisme.

L’anarchie (du grec ἀναρχία / anarkhia, composé de an, préfixe privatif : absence de, et arkhê, hiérarchie, commandement) désigne l'état d'un milieu social sans gouvernement [1], la situation d’une société où il n’existe pas de chef, pas d’ autorité unique, autrement dit où chaque sujet ne peut prétendre à un pouvoir sur l’autre. Il peut exister une organisation, un pouvoir politique ou même plusieurs, mais pas de domination unique ayant un caractère coercitif. L’anarchie peut, étymologiquement, également être expliquée comme le refus de tout principe premier, de toute cause première, et comme revendication de la multiplicité face à l’unicité.

Polysémique, le terme anarchie s'entend sous des acceptions, non seulement différentes, mais absolument contradictoires [2]. Employé péjorativement, comme synonyme de désordre social dans le sens commun ou courant et qui se rapproche de l’ anomie, il l'est aussi comme un but pratique désirable à atteindre comme c’est le cas pour les anarchistes.

En 1840, Pierre-Joseph Proudhon est le premier à se réclamer anarchiste [3], [4], c'est-à-dire, partisan de l’anarchie, entendu en son sens positif [5] : « La liberté est anarchie, parce qu'elle n'admet pas le gouvernement de la volonté, mais seulement l'autorité de la loi, c'est-à-dire de la nécessité » [6], [7]. En 1987, Jacques Ellul précise : « plus le pouvoir de l'État et de la bureaucratie augmente, plus l'affirmation de l'anarchie est nécessaire, seule et dernière défense de l'individu, c'est-à-dire de l'homme » [8].

Pour les anarchistes, l’anarchie est l’ordre social absolu grâce notamment au collectivisme anti-capitaliste qui contrairement à l’idée de possessions privées capitalisées, suggère l’idée de possessions individuelles ne garantissant quant à elles aucun droit de propriété concernant l’accumulation de biens non utilisés [9], et au travers d’une liberté politique organisée autour du mandatement impératif, de l’ autogestion, du fédéralisme et de la démocratie directe.

En 1850, Anselme Bellegarrigue publie L'Anarchie, journal de l'ordre [10]. Pour ses partisans, l’anarchie est donc organisée et structurée : c’est selon les mots d’ Élisée Reclus « la plus haute expression de l’ordre » [11].

Anarchie et anomie

Article détaillé : Étymologie du terme anarchie.

Sens courant

Le mot anarchie est souvent employé avec une connotation péjorative.

Le dictionnaire des synonymes de référence du Centre de recherches interlangues sur la signification en contexte de l' université de Caen Basse-Normandie indique que parmi les 9 synonymes les plus proches, 7 relèvent du désordre (désordre, chaos, confusion, gâchis, trouble, émeute et pagaille) et deux des principes politiques de l'anarchisme (égalité et liberté) [12].

Cette proximité avec le champ lexical du désordre tient, dans les discours politiques dominants, d'une nécessité positive du principe fondamental d’ autorité : dans ce sens anarchie sert à désigner une situation de désordre, de désorganisation, de chaos, sur la base de l’hypothèse implicite que l’ ordre nécessiterait une hiérarchie. C'est ainsi que l'on trouve déjà dans le Littré (le mot est très peu usité avant le XVIIe siècle) la définition de l’anarchie comme « absence de gouvernement, et par suite désordre et confusion » [13]. Par extension ce sont toutes les formes de trouble et de désordre qui sont appelées anarchie ; c’est cette façon d’employer le mot qui prévaut dans l’usage courant, comme dans la plupart des dictionnaires.

En 1869, l'Encyclopédie générale rédigée sous la direction de Louis Asseline précise : « Pour les uns, c'est l'absence de gouvernement, d'autorité, de principe, de règle, et par conséquent c'est le désordre dans les esprits et dans les faits. Pour les autres, c'est l'élimination de l'autorité sous ses trois aspects politique, social et religieux, c'est la dissolution du gouvernement dans l'organisme naturel, c'est le contrat se substituant à la souveraineté, l'arbitrage au pouvoir judiciaire, c'est le travail non pas organisé par une force étrangère mais s'organisant lui-même, c'est le culte disparaissant en tant que fonction sociale et devenant adéquat aux manifestations individuelles de la libre conscience, ce sont les citoyens contractant librement non pas avec le gouvernement mais entre eux, c'est enfin la liberté, c'est l'ordre. » [2]

Le poète Armand Robin (1912-1961) définit « l'anarchiste » comme celui qui est « purifié volontairement, par une révolution intérieure, de toute pensée et de tout comportement pouvant d'une façon quelconque impliquer domination sur d'autres consciences » [14].

Anomie

Le mot correct pour une situation de désordre social, sans lois, sans règles, où les différends se régleraient par la seule violence physique (armée ou non), est l’ anomie. L’anomie, néologisme durkheimien, est une dissolution des normes sociales, règles, lois, coutumes : cette situation peut être liée à une volonté de domination réciproque de plusieurs pouvoirs concurrents, à une réaction de désespoir (L'anarchie est la formulation politique du désespoir, Léo Ferré [15]) face à une société moribonde.

À ce sujet, bien que anomie soit mieux adapté, le terme « anarchie » est utilisé systématiquement par les gouvernements pour indiquer une situation politique qu’ils ne maîtrisent pas (et qu’ils désireraient maîtriser), où leur pouvoir politique est en difficulté.

Anomie (en grec ἀνομία) a néanmoins un usage plus ancien, notamment dans le nouveau testament. Les exégètes lui donnent communément un sens similaire à celui de l'iniquité, notamment dans l'expression « mystère d'iniquité » [réf. nécessaire].

Repères historiques

De nombreux exemples historiques illustrent cette confusion avec l'anomie : il ne s’agit pas de situations qui puissent s’apparenter à l’anarchie au sens strict, auquel cas il n’y aurait plus de pouvoir, ni d’autorité, mais d’une désorganisation liée aux pouvoirs concurrents, d’une période politique troublée.

Ainsi, les historiens désignent par Anarchie militaire la période de 235 à 284 durant laquelle l' Empire romain subit la première grande crise de son histoire [16].

The Anarchy définit la guerre civile anglaise qui oppose deux concurrents au pouvoir, Mathilde l'Emperesse et Étienne de Blois entre 1135 et 1154.

Durant la Première Révolution anglaise (1642-1651), le mouvement des Niveleurs est stigmatisé par ses détracteurs comme « Switzerising anarchists » [17].

Lors de la Révolution française, pour Camille Desmoulins en 1789, « despotisme, anarchie, ou droit du plus fort, sont synonymes et emportent l'idée de l'absence des lois » [18]. Tandis que pour le girondin, Jacques Pierre Brissot, la ligne des Enragés, qui revendiquent l'égalité civique, politique mais aussi sociale, mène à l'« anarchie » [19].

Utilisation péjorative du terme

Bien souvent, le terme « anarchie » est utilisé pour décrire le chaos, les guerres civiles et les situations de désordre social.

Les anarchistes rejettent en général cette conception courante de l'anarchie utilisée par les médias et les pouvoirs politiques interprété comme l’absence d’ordre, de règles et de structures organisées, bref : le chaos de l’ anomie sociale. Pour eux, l'ordre naît de la liberté, tandis que les pouvoirs engendrent le désordre. Certains anarchistes useront du terme «  acratie » (du grec « kratos », le pouvoir), donc littéralement « absence de pouvoir », plutôt que du terme « anarchie » qui leur semble devenu ambigu. De même, certains anarchistes auront plutôt tendance à utiliser le terme de «  libertaire », inventé par Joseph Déjacque, en 1857, pour affirmer le caractère égalitaire et social de l'anarchisme naissant [20].

Par ailleurs, l'utilisation péjorative du terme provient des actions de certains anarchistes au tournant des XIXe et XXe siècle en Europe. À cette époque, les illégalistes qui ignorent les « lois » considérées comme illégitimes et les partisans de la propagande par le fait mettent en œuvre des moyens, y compris violents, dans le but de hâter l'avènement de l'anarchie. Concrètement, ces anarchistes illégalistes escroquent, volent et tuent au nom de leur idéal, avec comme victimes des puissants (présidents, rois, princes, ministres, riches, compagnies d’assurances, etc.) ou des serviteurs de l’État (juges, douaniers, policiers, etc.) [réf. nécessaire]. Quelle qu’ait été l’importance réelle de ce courant, il a énormément frappé les esprits. Ces actions provoquent la mise en place des lois anti-anarchistes («  lois scélérates ») à la fin du XIXe siècle dans de nombreux pays et stigmatisent l’ensemble des anarchistes, tandis que les termes « anarchiste » ou «  Ravachol » deviennent des injures.

L’usage du terme libertaire se répand en France avec l’interdiction des mots de l’anarchie, pour des raisons sociales et juridiques (être l’auteur de « propagande anarchiste » est resté passible de prison jusqu’en 1992 [21]).

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