Altermondialisme

Slogans altermondialistes lors de la manifestation au Havre contre le sommet du G8 2011 à Deauville.

Les mouvements altermondialistes regroupent divers acteurs qui, opposés à ce qu'ils appellent le «  mondialisme néolibéral », jugé injuste et dangereux, revendiquent la mise en place d'une autre mondialisation. Leur diversité incite à parler davantage de mouvance que de mouvement au singulier. L'altermondialisme met en avant des valeurs comme la démocratie, la « justice économique et sociale », la protection de l'environnement et les droits humains. Il s'agit donc pour ses acteurs de concevoir et d’œuvrer à une mondialisation maîtrisée et solidaire, par opposition à la mondialisation actuelle ou mondialisme.

Hétérogène [1], marqué par une culture qui pourrait se rattacher à la tradition libertaire ou à l'écologie radicale [2], le mouvement oscille entre réformisme (par exemple à travers la revendication d'une Taxe Tobin [3] proposée par Attac) et radicalisme [4], mais se rassemble autour du slogan « Un autre monde est possible » ou plus récemment, « D'autres mondes sont possibles » [5].

Néanmoins, on distingue des prises de position et des revendications communes à de nombreuses organisations concernant :

Ces thèmes se retrouvent d'une part dans un certain nombre d'ouvrages, de films ou encore de médias [12], d'autre part dans des textes de diverses organisations du mouvement altermondialiste : plate-forme proposée par Attac, manifestes ou rapports élaborés durant les forums sociaux mondiaux, dont le manifeste de Porto Alegre, des textes de l' Organisation des Nations unies de déclarations de droit et d'autonomie dont les altermondialistes « réformateurs » veulent l'application concrète [13] (voir aussi la partie Propositions).

Historique et structure

Article détaillé : Chronologie de l'altermondialisme.

L'altermondialisme se composant d'acteurs et d'organisations de différentes formes, son origine ne se rattache pas à une période bien définie. Elle s'enracine néanmoins dans les mouvements de contestation émergeant au début des années 1980 dans les pays du Sud avec la lutte, d'abord contre la dette du tiers monde et les plans d'ajustement structurels du FMI, puis contre l' Organisation mondiale du commerce créée en 1994 [14]. L'altermondialisme apparaît en partie comme une conjonction entre "différents courants occidentaux critiques du capitalisme et des courants anti-impérialistes du Sud" [15]. Ainsi, en 1984, naissent le Third World Network à Penang, association consacrée au développement et aux échanges Nord-Sud, et les contre-sommets, dont le premier se tient à Londres, sous le nom de Other Economic Summit.

Les manifestations de 1999 à Seattle sont les premières manifestations altermondialistes fortement médiatisées [16]. Elles sont suivies par un premier Forum social mondial, alternatif au Forum économique mondial de Davos, et par le rassemblement de Gênes en 2001 (avec la mort d'un manifestant par balle lors d'affrontements avec la police italienne) contre le sommet du G8. Les Forums sociaux mondiaux ont lieu chaque année, soit à Porto Alegre (de 2001 à 2003), à Bombay en 2004 ou encore polycentrique. En novembre 2002 s'est également tenu le premier Forum social européen à Florence, au cours duquel 450 000 à 1 million de personnes ont défilé contre la guerre en Irak et « pour un autre monde ». En tant que lieux d'échanges et événements médiatiques, les forums sociaux sont les espaces et les moments privilégiés du mouvement. Il s'est développé durant les dernières années plusieurs forums sociaux mondiaux, continentaux et locaux.

La ville d' Atlanta a accueilli le premier Forum social des États-Unis du 27 juin au 1er  juillet  2007, à l'initiative du Forum social [17].

Composition

Le mouvement altermondialiste résulte de la convergence et de la multiplicité de mouvements. Il regroupe des personnes d'horizons très divers qui ont en commun le refus de la mondialisation néo-libérale [18]. Pour cette raison, cette mouvance est appelée parfois « le mouvement des mouvements » [19].

Cette diversité se reflète dans le grand nombre d'organisations se revendiquant altermondialistes. Le point de vue altermondialiste connaît également un écho parmi certains dirigeants des PMA, ainsi que certains l'ont exprimé dans la déclaration de Dhaka ou dans leur appartenance au mouvement des non alignés.

La mouvance altermondialiste ne forme pas une organisation, mais plutôt un réseau au fonctionnement « horizontal ». Les associations réunies au sein du mouvement peuvent d'ailleurs se structurer ainsi (ainsi dans l' Union syndicale Solidaires en France), mais certaines, comme Attac France, reproduisent dans leur structure une hiérarchie pyramidale en octroyant un pouvoir décisionnel important à une minorité, comme le collège des fondateurs d' Attac.

Une dimension importante réside dans l'internationalité des réseaux (cf. la structure des mouvements Attac, ou Indymedia), notamment à travers des forums mondiaux, tel le Forum social mondial de Porto Alegre, permettant d'y développer des synergies entre les mouvements de différents pays..

Un mouvement français comme Les Désobéissants propose des ateliers pour organiser des actions de Désobéissance Civile en rapport avec les thématiques de l'altermondialisme.

Orientations

Protestations contre le G20 de Toronto en 2010. Les réunions internationales comme le G20 ou le G8 sont souvent pris pour cibles par les mouvements altermondialistes.

Le terme anti-mondialisation a été le premier utilisé par les journalistes pour désigner le mouvement contestataire. En 1999, le terme « altermondialisme » ou « altermondialisation », d'origine belge, fut introduit dans la francophonie pour mettre en avant le caractère favorable d'une partie du mouvement à une forme de mondialisation qui serait différente de la mondialisation actuelle [20]. Le terme lui-même est la reprise du slogan « Un autre monde est possible ». Pour l'essayiste Eric Zemmour, la substitution du terme altermondialisme au terme anti-mondialisme serait caractéristique de la reddition de ce mouvement à l'idéologie libérale et mondialiste [21]. Effrayés d'être accusé de repli frileux, les nouveaux altermondialistes se soumettraient aux idéaux universalistes, dénigrant le libéralisme économique tout en se pliant aux dogmes du libéralisme sociétal sans reconnaître que selon les travaux de Jean-Claude Michéa les deux sont liés [21]. Ils seraient les hérauts d'« une autre mondialisation » qui resterait une mondialisation, ambiguïté qui marquerait définitivement le mouvement [21].

La pluralité des orientations politiques au sein du mouvement est difficile à synthétiser. Il est possible de décrire un certain nombre d'orientations spécifiques au sein du mouvement :

  • Les antilibéraux qui critiquent le modèle du libre-échange (cf. critiques du libéralisme économique) veulent réformer en profondeur les principes de la logique économique, sur la base de critères sociaux et moraux. Certains proposent de taxer les flux de capitaux spéculatifs ( taxe Tobin) ;
  • Les souverainistes qui, ayant pour but déclaré de protéger la nation du «  néolibéralisme » des marchés et de l'insécurité sociale qui en découlerait ( chômage, «  dumping social », délocalisations), prônent des mesures protectionnistes d'intérêt national ou régional en matière d'économie. Cette dernière catégorie est clairement antimondialiste ;
  • Les écologistes, qui veulent préserver l'environnement contre les destructions et les prédations des ressources communes, causées généralement par une volonté d'accaparer des profits à court terme au mépris de l'intérêt général. Ces comportements sont fréquents dans les entreprises multinationales, pilotées selon les critères des marchés financiers et parfois tentées par l'impunité que peut conférer leur mobilité transnationale ou leur puissance économique ;
  • Les objecteurs de croissance qui s'opposent au développement de la consommation comme modèle social ;
  • Une partie de l'extrême droite française se réclame de l'altermondialisme, comme le journal Flash, proche du Front national, avec des auteurs comme Alain Soral [23] ;
  • Les localistes qui privilégient ce qui est local sans toutefois se fixer de limites frontalières, entendant favoriser ainsi la démocratie participative, la cohésion sociale et la production de proximité, donc l'emploi local et la préservation de l'environnement via une moindre empreinte écologique liée au transport de marchandises ;
  • les anarchistes qui sont contre l'oppression des libertés par l'Etat et le capitalisme.

La plupart des tendances s'accordent sur un compromis que l'on retrouve aussi dans la tendance modérée, celle des « réformateurs modérés » qui sont partisans du libre-échange mais souhaitent que le marché soit régulé selon des impératifs sociaux et environnementaux, par exemple le principe de souveraineté alimentaire. [réf. nécessaire]