Alexandre Alekhine

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Alexandre Alekhine
Image illustrative de l'article Alexandre Alekhine
Alexandre Alekhine

Nom de naissance Aleksandr Aleksandrovitch Alekhine
Naissance
Moscou Drapeau de l'Empire russe  Empire russe
Décès (à 53 ans)
Estoril Drapeau du Portugal  Portugal
Nationalité Drapeau de Russie  Russe
Drapeau de France  Français
Champion du monde 1927-1935
1937-1946

Alexandre Aleksandrovitch Alekhine (en russe : Александр Александрович Алехин), né à Moscou le 19 octobre 1892 ( dans le calendrier grégorien) et mort à Estoril ( Portugal) le , est un joueur d' échecs russe naturalisé français en 1927.

Quatrième champion du monde des échecs de 1927 à 1935 et de 1937 à sa mort, il fut le premier champion du monde d'échecs à reconquérir son titre et le seul à mourir en portant son titre. Il a donné son nom à une ouverture, la défense Alekhine, qu'il employa à Budapest en 1921.

Biographie

Jeunesse

Alekhine en 1909, photographie de Karl Bulla.

Alexandre Alekhine est né le 19 octobre 1892 ( dans le calendrier grégorien) à Moscou dans une famille aisée de l' Empire russe : son père était propriétaire terrien et sera député à la Douma d'État de l'Empire russe [1]. Alexandre a un frère aîné Alexeï, contre lequel il joua des parties, et une sœur, Varvara. Il apprend à jouer aux échecs à sept ans. Alekhine fait ensuite de brillantes études et apprend le français et l'allemand au lycée.

Alexandre Alekhine, étudiant en droit.

Après quelques tournois par correspondance, il dispute son premier tournoi important à Düsseldorf en 1908 et termine quatrième. En 1909, il entre dans l'école de Droit pour la noblesse de Saint-Pétersbourg, où les élèves internes portent l'uniforme militaire. Il obtient ses premiers succès au championnat de Russie amateur disputé à Saint-Pétersbourg en 1909, puis aux tournois internationaux de Stockholm en 1912 et de Scheveningue en 1913. En 1914, il remporte le championnat de Russie, ex æquo avec Aaron Nimzowitsch, et la même année, termine troisième du très fort tournoi international de Saint-Pétersbourg remporté par le champion du monde Emanuel Lasker devant son futur successeur José Raúl Capablanca.

Il participe au tournoi de Manheim lorsque la Première Guerre mondiale éclate et interrompt le tournoi. Alekhine est arrêté par les autorités allemandes. Il parvient cependant à rentrer en Russie, est blessé deux fois à la guerre et est ensuite plusieurs fois médaillé comme collaborateur de la Croix-Rouge [1].

Ascension vers les sommets

Alexandre Alekhine au début des années 1920

Après la guerre et la Révolution russe, Alekhine remporte le championnat de Moscou et le premier championnat de la RSFSR en 1919-1920. Arrêté une première fois par la Tcheka, il échappe chanceusement au peloton d'exécution. Selon la légende, en prison, il aurait joué une partie contre Léon Trotsky lui-même [2], qui était un très bon joueur.

Alekhine quitte la Russie soviétique pour l' Ukraine, mais revient à Moscou, où il obtient un poste de traducteur. Le 21 février 1921, il est arrêté une seconde fois par la Tcheka, mais il réussit à persuader la police qu'il est innocent des charges qu'on lui reproche [3]. En mai 1921, à l'occasion de son mariage, il obtient l'autorisation d'un voyage en Lettonie, il quitte définitivement la Russie d'abord pour Berlin [N 1], puis pour la France, où il arrive en janvier 1922. En 1921, il remporte les trois tournois auxquels il participe. Par la suite, Alekhine refusera toujours de revenir en Union soviétique.

En 1924, Alekhine termine troisième du tournoi de New York, derrière les champions du monde Emanuel Lasker et Capablanca.

Le premier février 1925, à Paris, où il habite désormais [4], Alekhine dispute une partie simultanée sur 28 échiquiers à l'aveugle avec un score de (+22 -3 =3). Le lendemain, il reconstitue précisément, de mémoire, les vingt-huit parties disputées [5]. L'année précédente, Alekhine avait déjà disputé une autre séance record à l'aveugle, sur 26 échiquiers, à l'issue du tournoi de New York 1924. Son record fut porté à 32 parties lors d'une simultanée à l'aveugle disputée à Chicago en 1933.

En 1927, Alekhine termine deuxième du tournoi de New York derrière le nouveau champion du monde Capablanca — Lasker ayant refusé de participer au tournoi. Avec ce résultat, Alekhine devient le challenger naturel du champion du monde qu'il rencontre à Buenos Aires en 1927.

Naturalisation

Alekhine a demandé pour la première fois son admission à résidence en France et sa naturalisation le 3 novembre 1924, mais le dossier a été classé sans suite en raison de ses multiples voyages à l'étranger pour participer à des compétitions internationales d'échecs, et parce qu'il avait été signalé en avril 1922 comme un «  bolcheviste chargé par les Soviets d'une mission spéciale en France ».

La Fédération française des échecs intervient en avril 1927 auprès du ministère de la Justice pour qu'Alekhine puisse participer à la tête de l'équipe française au premier « Tournoi des Nations » [N 2] qui doit avoir lieu en juillet 1927 à Londres. Mais la nouvelle loi sur la naturalisation, facilitant l'acquisition de la nationalité française en raison de la baisse de population consécutive à la Première guerre mondiale, n'est publiée que le 10 août 1927. Le décret de naturalisation d'Alekhine (et de plusieurs centaines d'autres postulants) est signé le 5 novembre et publié au Journal officiel du 14-15 novembre 1927 [6].

Championnats du monde

Match contre Capablanca (1927)

Alekhine (à gauche) face à Capablanca en 1927

Alekhine devint champion du monde en 1927 en battant à Buenos Aires le tenant du titre, le Cubain José Raúl Capablanca sur le score de 18,5 à 15,5 (+6, -3, =25), au terme d'un match marathon de plus de 2 mois et 34 parties. En dépit de multiples négociations, le match revanche promis au Cubain ne fut jamais organisé. À l'époque, c'était encore les champions qui choisissaient les challengers.

Matchs contre Bogoljubov (1929 et 1934)

Alekhine domina le monde des échecs pendant toute la période entre 1929 et 1933 : il réalisa l'exploit de se classer premier sans interruption dans les 15 tournois auxquels il participa, cette série étant arrêtée par une deuxième place au tournoi d'Hastings, derrière Salo Flohr. Au lieu de défier Capablanca comme il l'avait pourtant promis, il choisit comme challenger son ancien compatriote Bogoljubov, moins redoutable. Alekhine conserva facilement son titre face à Efim Bogoljubov en 1929 (15,5 à 9,5 ; +11, -5, =9), puis en 1934 (15,5 à 10,5 ; +8, -3, =15).

Matchs contre Max Euwe (1935 et 1937)

Alekhine face à Euwe en 1937

À la surprise générale, Alekhine perdit son titre en 1935 face au Néerlandais Max Euwe (14,5 à 15,5 ; +8, -9, =13). Alekhine souffrait d' alcoolisme et ne parvenait pas à contrôler sa dépendance. À la suite de sa défaite, il arrêta de boire et reprit le titre de champion du monde deux ans plus tard, en 1937, lors du match revanche (15,5 à 9,5 ; +10, -4, =11).

En 1938, le tournoi AVRO fut organisé pour départager les candidats éventuels à un match de championnat du monde contre Alekhine qui conserva néanmoins la possibilité de désigner son challenger. Le tournoi fut remporté par l'Estonien Paul Keres et l'Américain Reuben Fine, mais Alekhine entreprit des négociations avec le troisième du tournoi Mikhaïl Botvinnik. Les pourparlers furent interrompus par la Seconde Guerre mondiale.

Activités pendant la Seconde Guerre mondiale (1939 à 1943)

Alexandre Alekhine en 1936.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le titre de champion du monde ne fut pas remis en jeu.

En septembre 1939, lorsque la Seconde Guerre mondiale éclata, Alekhine participait à l' Olympiade de Buenos Aires. En janvier 1940, il arriva à Lisbonne, et demanda à être mobilisé comme interprète dans l'armée française. Il rentra en France en février. Après l'Armistice, démobilisé, il transmit à Capablanca en juillet 1940 sa proposition de disputer un match. La communication se fit par l'intermédiaire du consulat de Cuba à Marseille et les négociations se poursuivirent jusqu'en 1941 et l'entrée en guerre des États-Unis.

À la fin de mars 1941, Alekhine fut autorisé à se rendre en Espagne. Il avait l'espoir de partir au Brésil ou à New York. Son épouse, Grace Alekhine  (en), était restée dans leur château près de Dieppe pour sauver les biens du champion. Pour délivrer un visa à Alekhine et protéger sa femme, née américaine et naturalisée britannique, les autorités allemandes auraient alors demandé à Alekhine de rédiger plusieurs articles sur les échecs pour le quotidien allemand Pariser Zeitung qui parurent sous son nom en mars 1941.

Quand Alekhine arriva à Lisbonne en avril 1941, il apprit que son projet de match avec Capablanca avait échoué ; il fut malade et se remit à boire [7]. À ce moment, les articles d'Alekhine étaient repris avec d'importantes variantes [8] dans la Deutsche Schachzeitung et dans d'autres journaux nazis comme Deutsche Zeitung in der Niederlanden, d'avril à juillet 1941, sous le titre « Échecs juifs et aryens », sous-titré « Une étude psychologique, fondée sur l'expérience échiquéenne, montrant le manque de force de conception et de courage des juifs, par le champion du monde des échecs, le Dr Alekhine. ». Ils provoquèrent l'indignation dans le monde. Euwe refusa de participer dans les tournois auxquels participait aussi Alekhine [9].

À la fin de la guerre, Alekhine fut accusé d'avoir collaboré avec les Nazis [10] pour protéger sa femme et sauver ses biens en France, notamment son château à Saint-Aubin-le-Cauf. Après la libération de la France (en 1944), Alekhine affirma à plusieurs reprises que « pas une ligne » n'était de sa main et que ses articles avaient été manipulés. Cependant, lors d'entretiens accordés pendant son séjour en Espagne en 1941 [8], il aurait ajouté qu'il avait été « le premier à traiter des échecs d'un point de vue racial ». Dans ces articles, il écrivait que les « échecs aryens » étaient « des échecs agressifs » et considérait la défense comme la conséquence d'une erreur antérieure, et le fait que l'on pouvait gagner avec la « défense pure » un « concept sémitique [8] ».

En septembre 1941, Alekhine quitta le Portugal pour disputer le deuxième tournoi Europa à Munich. De 1941 à 1943, il multiplia les tournois en Europe occupée : à Cracovie, Lublin et Varsovie (en 1941 et 1942), à Munich (1941 et 1942), à Salzbourg (en 1942 et 1943), à Prague (en 1942 et 1943) ainsi que des conférences et des exhibitions en Allemagne, Autriche Pologne, Espagne et au Portugal. De 1941 à 1944, il disputa dix tournois à cadence lente et il termina six fois seul premier, trois fois premier ex æquo et il ne concéda qu'une deuxième place ex æquo lors du tournoi de Munich de septembre 1941 remporté par Gösta Stoltz. En 1942, il remporta le championnat européen organisé par les Allemands à Munich. Quelques jours après la fin du tournoi de Prague, en décembre 1942, Alekhine donna quelques parties simultanées, puis tomba malade et fut hospitalisé pendant un mois ; les médecins diagnostiquèrent la scarlatine. En avril 1943, Alekhine remporta le tournoi de Prague avec le score de 17 / 19 (+15 =4) et 2,5 points d'avance sur Keres. Il proposa alors de disputer un match contre Keres qui déclina l'offre. En juin 1943, il gagna le tournoi de Salzbourg, ex æquo avec Keres et devant Bogolioubov.

Dernières années (1944 à 1946)

Tombe d'Alexandre Alekhine à Paris

À la fin de 1943, les bombardements des Alliés ne permettaient plus d'organiser des tournois dans l'Europe occupée par les Allemands ; Keres déclina une proposition de match. Invité par la fédération espagnole, Alekhine quitta l'Europe occupée en octobre 1943 et arriva à Madrid le 15 octobre 1943. Par la suite, il ne quitta plus l'Espagne et le Portugal, alors que sa femme restait en France. Arrivé trop tard pour disputer le tournoi de Madrid, auquel il avait été invité, Alekhine disputa néanmoins un tournoi éclair (5 minutes pour toute la partie) et finit cinquième des quatorze participants. Affaibli, il fut interné dans un sanatorium pour résoudre ses problèmes d'alcool.

En 1944 et 1945, Alekhine, toujours sans sa femme, poursuivit son activité en Espagne et au Portugal. Un médecin diagnostiqua une dépression nerveuse. En 1945, Alekhine reçut une invitation pour disputer le tournoi d'échecs d'Hastings de 1945-1946 ; cette invitation fut retirée à la suite de l'opposition des fédérations néerlandaise et américaine. Le 28 novembre 1945, il apprit que son invitation au tournoi de Londres 1946 avait été résiliée. Reuben Fine et Max Euwe auraient protesté contre son admission. Ils reprochaient à Alekhine ses articles au Pariser Zeitung et son silence. Alekhine répondit par une lettre contre ces accusations : il niait avoir écrit les articles et regrettait de ne pouvoir se défendre à Londres. Fin décembre, choqué par ces nouvelles, il disputa son dernier tournoi à Cáceres et il finit deuxième. Accompagné du vainqueur, Francisco Lupi, il partit à Estoril au Portugal où ils étaient invités par le casino pour disputer un match. Alekhine s'installa dans une pension. Le match eut lieu du 6 au 9 janvier 1946 et fut remporté par Alekhine deux victoires à un et une partie nulle. Le 9 mars 1946, le champion du monde fit sa dernière apparition en public lors d'une partie simultanée à Lisbonne.

Détail de l'échiquier sur la tombe.

Alekhine mourut le 24 mars 1946 dans sa pension à Estoril, au Portugal, dans des circonstances assez troubles [N 3] et au moment même où un match contre Mikhail Botvinnik allait être organisé pour l'obtention du titre de champion du monde : début mars, Alekhine avait reçu la proposition de Botvinnik écrite en février 1946 et, la veille de sa mort, le 23 mars, la fédération anglaise avait donné son accord pour patronner le match.

Alekhine fut enterré au cimetière de Lisbonne le . En 1956, ses cendres furent transférées au cimetière du Montparnasse à Paris, dans la 8e division. Sur sa tombe, où son nom est gravé en caractères cyrilliques et romains, est représenté un échiquier. Un bas-relief représente Alekhine devant un jeu d'échecs. Il est inscrit : « Génie des échecs de Russie et de France, 1892-1946. Champion du monde des échecs de 1927 à 1935, et de 1937 à sa mort ».

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